Enseigner au XXI siècle

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Donnez-nous aujourd’hui notre dictée de chaque jour !

Nouvelle parole du Pater ? La dictée fait toujours-déjà, comme on disait dans les années 70, son retour sur le devant de la scène. Il faut relire les sages paroles de Jules Ferry : « Vous avez compris qu’aux anciens procédés, qui consument tant de temps en vain, à la vieille méthode grammaticale, à la dictée – à l’abus de la dictée-, il faut substituer un enseignement plus libre, plus vivant et plus substantiel. »(Discours aux directeurs d’Écoles Normales du 2 avril 1880), ce qui lui vaudrait aujourd’hui sans doute des accusations de « pédagogisme » de la part de bien des lettrés et intellectuels médiatiques spécialistes de l’Inquisition.
Je sais bien que Najat Vallaud-Belkacem avait, elle aussi, prôné la « dictée quotidienne », mais le contexte n’était pas le même : il s’agissait davantage d’un contre-feu face aux accusations de négligence de la langue suite aux nouveaux programmes (pourtant considérablement exigeants en la matière) et la ministre précisait bien qu’il fallait surtout faire écrire tous les jours à l’école primaire et n’annonçait pas seulement dans le cadre d’une remédiation aux problèmes de compréhension de textes, révélés par l’enquête PIRLS. (more…)

Naufrage d’un ex-ministre et pouvoirs de l’école

J’ai pu lire sur les réseaux sociaux que le ministre de l’Education nationale s’était indigné de l’interview de Luc Ferry sur BFM TV où ce dernier disait notamment : «  Si on supprimait les 15% de quartiers pourris en France, avec des établissements dans lesquels il y a 98 nationalités, on n’arrive pas à faire cours, eh bien nous serions classés numéro 1 à PISA ».L’aurait-il considéré à juste titre comme indigne de quelqu’un qui fut son prédécesseur ? (more…)

Promouvoir l’impôt à l’école…

Le plus indécent pour qui a suivi les révélations des Paradises papers, c’est sans doute les réactions de quelques politiciens ou personnalités médiatiques qui osent dire que « l’optimisation » est à mettre sur le même plan que le petit contribuable qui cherche à déduire de ses impôts ce que la Loi lui permet de faire (isolation, dons à des œuvres, ou que sais-je encore ?) C’est bien connu, qui vole un œuf vole un paadisbœuf, n’est-ce pas ?  (more…)

Biennale de l’éducation nouvelle : le plein d’énergie !

Jean-Zay-le-ministre-aaine

le beau livre de Antoine Prost et Pascal Orry (présent à la BIennale)

Le 5 novembre matin, au moment où la fille de Jean Zay remettait aux organisateurs le prix des Amis de cette grande figure de l’histoire de France, désormais panthéonisé, on a su que l’expression « Biennale de l’éducation nouvelle » aurait un sens. Car comment ne pas se donner rendez-vous dans deux ans pour une seconde Biennale et viser même, à l’invitation de Philippe Meirieu, à une troisième pour célébrer les cahier ed nouvellecent ans de cette « Education nouvelle » ancienne et toujours nouvelle ?

Quatre jours de débats, d’échanges, de conférences, de présentation d’expériences (plus de 50), de tables rondes, avec le plein de participants (près de 300 en tout), ce fut un beau succès.

Je renvoie au site de la Biennale pour en savoir plus.
Je voudrais ici plutôt retenir quelques « flashes » de ces jours intenses à Poitiers. (more…)

Eh non, l’elixir miracle n’existe pas !

L’elixir d’amour du Docteur Dulcamara de Donizetti n’était que du charlatanisme, mais il était vanté avec tant de truculence ! Mais on sait bien que les remèdes magiques, ça n’existe pas. Et en matière de pédagogie, plutôt moins qu’ailleurs. Et pourtant, la tentation est grande, malgré les dénégations, de chercher le moyen infaillible de faire réussir les élèves et de résoudre tous les problèmes d’échec et elixirtoutes les difficultés scolaires.

Le dernier en date de ces solutions si merveilleuses est sans doute les neurosciences, qui nous diraient ce qu’il faut faire, il suffirait de suivre les indications sur la notice. Toute phrase commençant pas « les neurosciences nous disent que… » doit nous pousser à la vigilance, voire à la méfiance. Bien sûr que les travaux de Houdé, Dehaene, Della Chiesa ou Steve Masson sont passionnants, utiles, féconds. Mais quand ils sont transformés en préceptes, lorsqu’ils sont instrumentalisés, souvent à partir d’éléments partiels, le risque est grand, par contre-coup, de les voir alors rejetés dans un refus des sciences cognitives au lieu de constituer un élément éclairant les pratiques. Pour les uns d’ailleurs, ces neurosciences iraient dans le sens d’une pédagogie active, créative, tandis que pour d’autres, elles réhabiliteraient la répétition et le par cœur ! (more…)

A propos de l’écriture soi-disant « inclusive »

D’abord, on pourrait largement contester ce terme d’ « inclusif » appliqué à cet étrange « e » encadré par deux points. Au fond, le « ils » neutre désignant aussi bien les garçons que les filles dans « les élèves ont été intéressés » n’est-il pas plus inclusif ?  En quoi devoir écrire « les élèves de cette classe sont vifs/vives » est-il davantage « inclusif » quand il faut deux termes au lieu d’un pour désigner la même réalité.

Sur le fond, je suis un farouche adversaire de cette complication, qui n’est pas de la complexification, et qui va à l’encontre de ce qu’on pourrait appeler le « génie de la langue » qui penche vers la simplification, la facilitation de lecture ou d’écriture. Quand on plaide pour une diminution des accents circonflexes ou une réduction drastique des trémas, voire, ô crime de lèse-orthographe, une simplification radicale des accords des participes passés, comment pourrait-on défendre un mode d’écriture qui d’une part va ralentir le rythme d’écriture, va gêner la lecture et d’autre part éloigne l’écrit de l’oral (« les parisien.ne.s –où mettre le second « n » ?- à l’écrit, parisiens/parisiennes à l’oral) ? (more…)

Les Anciens ont été un jour modernes

On connait le juste reproche qui est fait par les connaisseurs de l’Islam, croyants ou non, aux « fondamentalistes » en tous genres, qu’ils soient pacifiques ou non : celui de refuser toute historicisation, toute contextualisation des propos du Coran et autres textes canoniques. Avec de surcroît une lecture très partielle et partiale de ces textes. Qu’on lise par exemple des ouvrages grand public aussi remarquables que ceux de Rachid Benzine  Finalement il y a quoi dans le Coran ? ou du dominicain Adrien Candiard (Comprendre l’islam, ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien) qui montrent bien la nécessité d’un travail historique complexe pour SCU2013SacredTextsExhibit_IlluminatedKoransaisir dans quel environnement s’est développée cette religion et comment elle s’insère dans des pratiques de l’époque, parfois en opposition « progressiste » à la pensée dominante d’ailleurs. Leçons de relativisation qui provoquent bien sûr l’ire des docteurs de la Loi rigoristes qui mesurent la taille de la barbe en se référant à tel ou tel Hadit ou discutent à l’infini de ce qui est possible ou non en matière de rapports sexuels. L’usage du portable et de l’informatique n’étant pas cité dans les textes sacrés, ils deviennent « hallal » y compris pour des causes criminelles.  Resituer dans l’époque apparait pour les fondamentalistes comme un blasphème, comme c’était (c’est ?) le cas d’ailleurs des catholiques intégristes justifiant le racisme envers les Noirs à partir de quelques lignes de l’épisode de Noé et ses fils ou la violence contre les hérétiques à partir d’un extrait isolé de l’Évangile (« je suis venu apporter le glaive ») en oubliant d’autres (« la joue gauche et la joue droite). Mais le fondamentalisme ne concerne pas que la religion et ceux qui se réclamaient de Marx ont dans l’histoire combattu au nom de la lettre des textes dits fondateurs toute innovation ( d’où la gêne, par exemple, lorsqu’Engels lui-même laissait entrevoir les nouvelles possibilités ouvertes par la généralisation du suffrage universel et ouvrait la voie au réformisme pacifique dans un texte postérieur à la mort de son ami)

Tant pis si certains vont trouver le rapprochement hasardeux, mais je pense que l’attitude intellectuelle est la même chez ceux qui opposent l’école d’aujourd’hui, (more…)

Peut-on être nuancé sur les réseaux sociaux ?

La mode est aux tweets et aux messages type Facebook sentencieux et définitifs ou outranciers, renforcés par une typographie insupportable et parfois des fonds de couleur agressifs. Il est demandé de réagir vite et lorsque la réponse à telle déclaration, à tel évènement, semble tarder, on interpelle la personne concernée sur son absence de réaction. Ainsi, on évoque le silence du ministre de l’éducation nationale au message stupide du MEDEF « si l’école faisait son travail, j’aurai du réseauxtravail », alors que celui-ci faisait part de sa consternation dans la journée (mais il a donné le mauvais exemple en réagissant par tweets sur de multiples sujets). De même ne se préoccupe-t-on pas vraiment de ce qui est à la base de toute lecture d’un message informatif : à quelle date est-il émis ? D’où provient-il ? Qui est précisément l’émetteur ? À qui est-il destiné ?  C’est ainsi que dans le cas du message cité issu du MEDEF, on ne connaissait pas vraiment son statut, et c’est de plus en plus fréquent (ce qui permet ensuite plus facilement les démentis d’ailleurs, de façon hypocrite). De même circulent de manière loufoque des messages sur facebook faisant allusion à des événements vieux parfois de trois ou quatre ans : très récemment, j’ai vu annoncer la mort d’Albert Jacquard (qui date de 2013) ou on reprend des phrases de personnalités qui peuvent remonter à dix ans sans que cela soit précisé.  Ne parlons même pas des extraits sortis de leur contexte : ce n’est pas spécifique des messages sur les réseaux sociaux, mais c’est amplifié dans ce cas. (more…)

Inlassablement, répondre aux mensonges et contre-vérités… (suite)

Seconde partie. Je remets l’introduction des cinq premiers items.

La mode est aux fake news, on le sait. Mais aussi à la riposte à ceux-ci, de plus en plus importante dans les médias et sur internet. Pourtant, en matière éducative, on est loin du compte : trop peu de journalistes par exemple s’emploient à démasquer mensonges, contre-vérités et approximations venant soit de responsables institutionnels soit  de plumitifs divers dont certains se prétendent « intellectuels » et ne le sont guère quand ils profèrent un peu n’importe quoi sur l’école et la pédagogie  (mais pour certains comme les producteurs de livres à la chaîne Onfray ou Debray, c’est sur tous les sujets !)

Prenons ici dix exemples de ces entorses à la vérité, certaines étant de pures calomnies ou mensonges éhontés, d’autres des déformations à partir de généralisations abusives ou de distorsion d’une réalité souvent complexe. Dix exemples, mais on pourrait les multiplier.

  1. Les pédagogues sont des ennemis de la culture « classique », ils font étudier des rappeurs plutôt que La Fontaine.
  2. Il faut rétablir l’enseignement du latin, dramatiquement victime de la réforme du collège.
  3. Les classes hétérogènes font « baisser le niveau », les élèves les plus faibles ont tout intérêt à être dans des classes spécifiques pour rattraper leur retard.
  4. Les ESPE et la formation continue sont contaminés par le pédagogisme.
  5. La méthode globale continue à faire des dégâts, même sous le masque du « mixte ».
  6. Les neurosciences remettent en cause les théories fumeuses des « pédagogistes ».
  7. Avec les EPI et autres avatars de la « pédagogie du projet », on a retiré de précieuses heures de cours aux élèves.
  8. Les nouveaux programmes ont été conçus par des idéologues coupés de la réalité des classes et jargonneurs suffisants.
  9. Dans les établissements règne le laxisme et la lâcheté.
  10. On n’ose plus enseigner de façon laïque, on fait concession sur concession aux revendications religieuse et on n’ose plus enseigner certains points « choquants ».

Répondons donc à ces accusations qui ne reposent souvent  sur pas grand-chose mais qui sont largement diffusées, sans recul critique.

Voici les réponses pour les 6 à 10. (more…)

Inlassablement, répondre aux mensonges et désinformations…

La mode est aux fake news, on le sait. Mais aussi à la riposte à ceux-ci, de plus en plus importante dans les médias et sur internet. Pourtant, en matière éducative, on est loin du compte : trop peu de journalistes par exemple s’emploient à démasquer mensonges, contre-vérités et approximations venant soit de responsables réforme dessininstitutionnels soit  de plumitifs divers dont certains se prétendent « intellectuels » et ne le sont guère quand ils profèrent un peu n’importe quoi sur l’école et la pédagogie  (mais pour certains comme les producteurs de livres à la chaîne Onfray ou Debray, c’est sur tous les sujets !)

Prenons ici dix exemples de ces entorses à la vérité, certaines étant de pures calomnies ou mensonges éhontés, d’autres des déformations à partir de généralisations abusives ou de distorsion d’une réalité souvent complexe. Dix exemples, mais on pourrait les multiplier.

  1. Les pédagogues sont des ennemis de la culture « classique », ils font étudier des rappeurs plutôt que La Fontaine.
  2. Il faut rétablir l’enseignement du latin, dramatiquement victime de la réforme du collège.
  3. Les classes hétérogènes font « baisser le niveau », les élèves les plus faibles ont tout intérêt à être dans des classes spécifiques pour rattraper leur retard.
  4. Les ESPE et la formation continue sont contaminés par le pédagogisme.
  5. La méthode globale continue à faire des dégâts, même sous le masque du « mixte ».
  6. Les neurosciences remettent en cause les théories fumeuses des « pédagogistes ».
  7. Avec les EPI et autres avatars de la « pédagogie du projet », on a retiré de précieuses heures de cours aux élèves.
  8. Les nouveaux programmes ont été conçus par des idéologues coupés de la réalité des classes et jargonneurs suffisants.
  9. Dans les établissements règne le laxisme et la lâcheté.
  10. On n’ose plus enseigner de façon laïque, on fait concession sur concession aux revendications religieuse et on n’ose plus enseigner certains points « choquants ».

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