Débats argumentés: une utopie, hélas!

A l’heure du confusionnisme débridé des prises de position concernant l’école et de leurs échos dans les médias, du délitement intellectuel de certaines personnalités incapables d’autre chose que de radoter sur l’école, en reprenant les vieux discours des années 80 sur la « décadence », le « désastre », la « destruction de l’école », on aimerait tant pouvoir débattre sereinement et sérieusement. Continue reading

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Croient-ils toujours ce qu’ils disent ?

C’est une question que je me pose souvent, à lire certaines déclarations ou affirmations d’hommes politiques, de personnalités médiatiques ou d’intellectuels, surtout quand ils sortent de leur domaine de compétence : jusqu’à quel point peuvent-ils croire à certaines contre-vérités qu’ils assènent ?

J’en resterai bien sûr à ce qui a trait à l’école, objet de ce blog.
Je n’ai pas de doute sur la duplicité et l’insincérité de certains. Brighelli a bien écrit des ouvrages pour des personnalités aussi discutables (bel euphémisme !) que Balkany ou Séguela et navigue sans vergogne entre proclamations anti-libérales (les tristes restes de son maoïsme de jeunesse) et participation aux débats organisés par Ménard ou le Front national. Lui est capable d’inventer n’importe quoi dans sa haine du « pédagogisme », qui est en fait souvent une haine de la démocratie. Continue reading

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Une question tellement essentielle !

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Pas si uniforme la « classe d’antan »!

 Si on en croit un sondage BVA pour la presse régionale récemment paru, près des deux tiers des français sont « favorables au retour de l’uniforme » à l’école. Curieux retour de quelque chose qui n’a pas existé depuis des lustres, comme le fait remarquer Claude Lelièvre, à l’exception de quelques établissements précis et ciblés. En tout cas, l’école de Jules Ferry n’a pas eu l’uniforme comme symbole. Mais peut-être veut-on parler de la blouse, qui, dans mon petit lycée de province était source d’inquiétude chaque lundi matin, puisqu’il ne fallait pas se tromper sous peine de colle le samedi suivant entre le gris et le vert (pour les garçons) ? En tout cas, voilà qu’on s’occupe vraiment beaucoup des tenues vestimentaires en cette fin d’été, c’est tellement plus simple que de parler des problèmes de fond. Continue reading

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S’accorder sur les désaccords

Je viens de participer à un atelier de nos rencontres du CRAP-Cahiers pédagogiques à Lorient, celui animé remarquablement par Michèle Amiel et Gwenael Le Guevel, sur « autonomie et pouvoir d’agir ». On y a échangé sur les moyens de partager davantage le pouvoir d’agir entre les divers acteurs de l’éducation et de rechercher de nouvelles formes d’exercice du pouvoir dans les établissements scolaires, en cherchant à concilier les contraintes institutionnelles, la nécessité de répartir davantage les rôles et responsabilités et celle d’être efficace et en ne pas succomber pour autant dans un consensus mou qui favorise l’inaction. Et l’animateur de rappeler le proverbe arabe : quand on veut agir, on trouve toujours des moyens ; quand on ne veut rien faire, on trouve des excuses. On a également évoqué la tension permanente qui existe entre les risques d’une dictature de la majorité qui oublie « ceux qui pensent autrement » et ceux d’une sorte de pouvoir négatif de la minorité, tel ce « grain de sable » brandi par certains pour s’opposer à la réforme du collège (où les questions de majorité et minorité sont bien complexes). Ou encore lplantu cours magistrales tensions entre le court terme et le long terme, entre les intérêts divergents des acteurs, ou la question du qui décide entre l’instance nationale et l’instance locale, entre les acteurs directement concernés et les représentants de l’Etat qui en principe émanent du peuple (mais on sait qu’une grave crise de légitimité traverse aujourd’hui la société française).
Je voudrais simplement ici évoquer un point précis sur lequel nous avons travaillé et qui me parait essentiel et mérite d’être creusé : celui des accords et désaccords. Se mettre d’accord sur ce sur quoi on est vraiment en désaccord, comprendre les raisons des désaccords et, pas forcément toujours, certes, reconnaitre une part de vérité dans ce que dit l’autre, tout cela est au cœur d’une démocratie authentique et d’un vrai débat d’idées. Voir notamment ce qu’en dit un des théoriciens de cette problématique, Patrick Viveret.

Je voudrais donner quelques exemples, mais aussi évoquer des cas où cette problématique atteint ses limites.

  1. La place des grandes œuvres culturelles à l’école

Contrairement à ce que pensent les anti-pédagogues, je ne suis pas du tout en désaccord avec eux sur l’importance de faire goûter aux élèves, à tous les élèves, les grandes œuvres, c’est même une ambition essentielle pour moi et toute ma carrière de prof de français a été en grande partie orientée vers cet objectif. Probablement suis-je d’ailleurs en désaccord avec certains amis qui partagent par ailleurs avec moi bien  des valeurs et bien des approches pédagogiques communes, sur la nécessité de ne pas succomber au « tout se vaut », de ne pas être relativiste. Le rap, même de qualité, ce n’est pas Rimbaud et ne pas travailler sur les fables de La Fontaine dès les plus petites classes est une faute. Je déplore l’envahissement de la chanson de variété dans les cours de musique et le recours démago à des films bas de gamme en fin d’année, etc. Je partage l’agacement d’une amie qui voyait dans son grandes oeuvrescollège ZEP des collègues renoncer à travailler sur Grimm ou Perrault trop « compliqués » du point de vue langue. Bref, je suis pour, à fond, le travail sur les grandes œuvres. Mais d’une part, il faut s’entendre sur ce que cela signifie (je me souviens Finkielkraut considérant avec mépris par exemple « l’Ecume des jours » et je m’irrite du peu de considération de certains pour la bonne littérature de jeunesse qu’ils ne connaissent visiblement pas…) et élargir le champ du concept de culture de haut niveau. Après tout, il y a cent ans, le jazz était quasiment de la « musique de sauvage » et la science-fiction de la sous-littérature ! Il faut dénoncer la confusion entre culture et culte béat d’une Culture parée de tous les mérites, entre référence et révérence, et ne jamais souscrire à des phrases du genre « le plus mauvais Maupassant, c’est toujours mieux qu’un bon livre jeunesse ou une bonne science-fiction », car ça c’est faux et je renvoie au roboratif de Jean-François Bayart Comment améliorer les œuvres ratées ?

Mais en revanche, mon désaccord porte surtout sur les moyens à mettre en œuvre. Sans « ruses pédagogiques, sans mise en place de passerelles qui établissent des liens avec les formes culturelles mainstream, sans surtout la construction de dispositifs pédagogiques où l’élève est actif (je reviens plus bas sur cette notion), on en reste à des intentions, à des grandes déclarations creuses qui séduisent les médias mais débouchent sur du vain et pas du tout sur une appropriation réelle. Continue reading

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Malgré les ombres, « le vivace, le bel aujourd’hui » !(1)

Bien sûr, quand on fait une petite excursion hors de France, en l’occurrence en Espagne, on est impressionné en repassant la frontière par la présence de soldats armés au péage de l’autoroute souhaitant la bienvenue en quelque sorte dans notre beau pays ultra sécurisé, alors qu’on a passé deux jours sans patrouille policière ou militaire (mais il y a de l’espoir, car le pays Basque a bien connu ça il n’y a pas si longtemps).

Bien sûr, le chômage reste désespérément fort, la croissance non moins désespérément plate, et on n’a pas tort d’ironiser sur le « ça va mieux ! »

Bien sûr, les idées d’extrême-droite sont bien « vivaces » justement, il suffit d’écouter des conversations, de lire la prose de Brighelli sur l’école dans Le Point (2), d’écouter le machiavélique Philippot (pardon pour le grand Florentin pour l’utilisation probablement abusive de l’adjectif tiré de son nom) oser se réclamer du Front populaire à la radio pour mieux vendre sa camelote xénophobe (pauvre Blum !)

Je sais tout ça. Continue reading

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Résister aux « yakafokon » et autres idées simples…

Dans l’avant-dernier chapitre de Zadig, il y a cet épisode où un ermite d’apparence sage incendie la maison de son hôte et tue un  jeune innocent, à la grande surprise de Zadig. Peu après, l’ermite lui déclare : « Apprenez que sous les ruines de cette maison où la Providence a mis le feu, le maître a trouvé un trésor immense : apprenez que ce jeune homme dont la Providence a tordu le cou aurait assassiné sa tante dans un an, et vous dans deux. »  Zadig s’écrie alors : «  Qui te l’a dit, barbare ?; et quand tu aurais lu cet événement dans ton livre des destinées, t’est-il permis de noyer un enfant qui ne t’a point fait de mal ? »

large_minority_report_blu-ray1Dans Minority Report, un des meilleurs films de Spielberg, nous sommes dans une société où des brigades spéciales sont chargées de neutraliser des assassins virtuels, juste avant qu’ils commettent leur crime, et alors que ceux-ci n’ont encore « rien fait ».

Ces deux références me viennent à l’esprit à la lecture de nombreux commentaires concernant les attentats et les risques concernant la sécurité de notre pays.

J’y retrouve dans la protestation du héros voltairien comme dans l’orientation générale du film de science-fiction inspiré par Philip. K. DIck cet humanisme dont nous avons bien besoin qui refuse tout autant bien sûr les gestes fous de ceux qui prétendent n’être que des exécutants d’un Destin déjà tout tracé par un dieu froid et pervers que les raisonnements de ceux qui sont prêts à tous les manquements aux droits de l’Homme pour « protéger la société » et prévenir les crimes à venir. Et donc bien des liens avec la situation actuelle de la France aux lendemains de la tragédie niçoise.

Bien évidemment, nous sommes en plein dans la complexité . Plus que jamais sont dérisoires ceux qui prétendent avoir « la » solution : enfermement des fichés, fermeture des frontières ou rétablissement de la peine de mort (contre ceux qui sont indifférents à la mort !) ou d’un autre côté fin des bombardements qui seraient cause des attentats (alors que ceux-ci touchent des pays qui ne sont en rien impliqués dans les conflits du Proche-histoireorient). Plus que jamais sont ridicules ces experts auto-proclamés qui sur les réseaux sociaux en savent plus que la police et l’armée sur ce qu’il faudrait faire pour arrêter un camion, pour démasquer des tentatives d’attentats, pour déradicaliser, etc. Plus que jamais sont pitoyables ces politiciens qui font assaut de démagogie pour dire qu’avec eux, ça ne se passerait pas comme ça, au risque, s’ils sont au pouvoir, de décevoir. Tous passent sous silence, en plus, les attentats qui ont été évités, mais par définition, c’est toujours plus difficile à prendre en considération. Après tout, si un accord de compromis boiteux avait été trouvé en 1914 après Sarajevo, on n’aurait jamais su qu’ainsi étaient épargnés des millions de morts. Si vingt ans plus tard, le gouvernement français avait empêché le réarmement de la rive gauche du Rhin par Hitler (il en avait les moyens, semble-t-il), ce qui aurait probablement provoqué la chute du nazisme, on n’aurait pas su non plus qu’on aurait évité les millions de morts des camps, etc. On aurait d’ailleurs peut-être protesté contre l’aventurisme du gouvernement français (comme plus tard on aurait fustigé la fermeté possible en 1938 si elle avait été préférée aux concessions munichoises). Il est toujours intéressant d’évoquer l’histoire contre-factuelle en ce qu’elle fait réfléchir dans son ampleur sur le hasard et la nécessité, sur les lois de l’Histoire perverties par le « et si »…

Le plus lamentable est sans doute l’absence chez certains de toute réflexion sur le but ultime de Daesch : envenimer les relations entre « communautés », provoquer le rejet des musulmans et favoriser la venue au pouvoir d’extrêmistes de droite, pour enclencher des « chocs de civilisation » rêvés par eux. Absence de réflexion ou choix démagogique de passer outre et de se complaire dans les guéguerres contre le gouvernement. Je ne prétends guère faire œuvre d’originalité en tenant ces propos, mais comment ne pas avoir envie de rappeler ces évidences.

Comment aussi ne pas réitérer-et nous rejoignons alors l’objet de ce blog- l’affirmation de l’importance plus grande que jamais de 529l’éducation au sens large, qui dépasse ce qu’on appelle de façon réductrice « l’instruction ». Education à  l’esprit critique bien compris qui s’oppose  à la critique cynique érigée en système (1), éducation à défendre des valeurs fortes, dont la fraternité, si malmenée, éducation à la complexité des situations qui implique notamment de savoir distinguer les deux sens du mot « comprendre » entre compréhensif et compréhensible… Mais là il s’agit quand même du long terme, et il n’y a pas alternative entre répression, prévention et surveillance par exemple, et éducation. C’est là que je me sépare de ceux qui tiendraient un discours un peu irénique sur la solution ne peut être que dans l’éducation et la culture.

Il n’y a pas « une » solution, de même qu’il n’y a pas deux camps, par exemple les bellicistes et les pacifistes, ou les autoritaristes et les démocrates, mais de multiples lignes de clivage. Ce qu’on pourrait demander en revanche, ce serait un peu d’humilité, un peu de modestie, notamment de la part de ceux qui se sont si souvent trompés dans le passé (un Bruckner qui donne des leçons aux gouvernants, alors qu’il a soutenu le « péché originel » de la guerre de Bush Junior en Irak, un Debray qui a soutenu en leur temps une guerilla aventuriste en Bolivie et bien plus tard les agissements serbes au Kossovo, sans parler de ceux qui à l’inverse ont nié la présence d’inquiétants djihadistes dans l’opposition syrienne à ses débuts dans la juste rébellion anti-Assad ou surestimé le caractère modéré et carrément proche de la démocratie chrétienne de l’AKP turque, comme Olivier Roy, analyste estimable par ailleurs). Il est toujours confortable de ne pas être celui qui prend les décisions. Certes, il faut des experts pour donner leur avis, certes, les citoyens ont le droit de donner le leur, mais on peut rêver d’une éducation qui encourage la prudence dans les jugements et la nécessité de s’abstenir d’en donner quand on a trop peu d’éléments pour le faire .. Que ce soit sur les moyens de mener une lutte efficace contre les sites incitant au terrorisme, que ce soit dans d’autres domaines, et si on reste à celui de l’enseignement : sur la réforme du collège, sur les modifications orthographiques ou sur la place de l’enseignement de l’arabe…Plus que jamais opposons à la démagogie populiste, où « le peuple a toujours raison contre les élites » , où « les vrais experts c’est vous » , où « le terrain ne ment pas », la démocratie qui repose sur l’éclairage public, la diffusion d’une information plurielle et l’échange d’arguments rationnels. On en est hélas loin en ces temps difficiles !

(1)Former au respect de l’expertise, sans la confondre avec l’argument d’autorité. L’expertise repose sur des enquêtes de terrain, sur des connaissances approfondies, même si cela ne garantit pas la « vérité » d’où l’importance de la pluralité des points de vue. Par exemple, sur les questions de terrorisme et de radicalisme, il faut lire tout autant Gilles Kepel, Farhad Khosrokhavar que David Thomson ou Gérald Bronner, qui ne disent pas la même chose, mais nous aident à y voir plus clair.

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Rocard, le clic et le foot

Je vais me permettre un billet assez disparate, en forme de commentaire de trois aspects de l’actualité de ce week-end, en n’oubliant pas ma préoccupation principalement « scolaire » et éducative.

On a donc appris le décès de Michel Rocard, j’ai assisté à une partie du colloque « CLIC 2016 » et j’ai regardé, comme beaucoup de Français le match de l’Euro France-Islande. Quelques réflexions…

Il nous manquera…

J’ai presque toujours eu beaucoup d’admiration pour Michel Rocard, à l’exception d’une courte période de ma jeunesse, où, attiré par des sirènes extrême-gauchistes, je n’appréciais pas son « virage à droite » et étais dans l’opposition à sa ligne au sein du PSU, et plus encore je rejetais avec vigueur son ralliement au PS. Aujourd’hui, je regrette tant qu’il n’ait pas été président de la République, mais aurait-il pu être élu sans utiliser ce qu’il michel_rocard_dans_son_bureau_photo_2011_frmeaux__associsdétestait : la démagogie, les rodomontades et les discours enflammés sans lendemains qu’on connait bien au PS depuis Guy Mollet au moins?…

Sur le plan scolaire, je noterais son action mal connue d’impulsion à une belle réforme de l’enseignement agricole en tant que ministre de tutelle et son appui aux innovations (par exemple l’interdisciplinarité, la pédagogie de projet, la part des activités culturelles). Mais je n’oublie pas surtout qu’il a été le premier ministre de la loi d’orientation dite Jospin. Il avait à Matignon un certain Antoine Prost comme conseiller spécial et il a, par exemple, soutenu la création d’un fonds d’innovation qui permettait de finances des projets. Antoine Prost rappelait, dans la préface d’un ouvrage que j’ai piloté dans la collection Repères pour agir, les capacités d’écoute des lycéens du premier ministre d’alors. Continue reading

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Qui décide ?

On connait la fameuse phrase de Brecht après des insurrections ouvrières de Berlin de 1953 :« J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a trahi la confiance du régime et devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »

(une phrase parfois mal citée d’ailleurs et transformée en « si le peuple vote mal, pourquoi ne pas dissoudre le peuple ? » alors même qu’il n’y avait pas de vote libre en RDA à l’époque)

La tentation est humaine : celle de contester une décision qui ne nous plait pas, celle de s’indigner quand une décision qui nous plait n’est pas prise.  On vient d’en voir deux illustrations récentes :

  • votela contestation du vote Leave des britanniques (pétition pour refaire le vote)
  • la contestation de la légitimité du vote Oui en  Loire-Atlantique sur la question de Notre-Dame- des Landes, y compris de la part d’une partie de ceux qui ont reconnu cette légitimité en participant à la campagne. (à noter en revanche le sens démocratique de la prise de position de Nicolas Hulot qui, opposant, reconnait la légitimité d’un vote qui a vu une participation importante d’ailleurs pour ce genre de consultation)

Les mêmes qui brandissent le référendum comme la panacée pour décider (« la parole au peuple ») sont surtout d’accord quand le suffrage électoral va dans leur sens. Continue reading

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Eh non, ce n’est pas si simple!

Les tensions de la société française, si rudes, laissent de moins en moins de place à la nuance, à la prise en compte de multiples points de vue, au fameux « ce qui est terrible, c’est que chacun a ses raisons » de Jean Renoir dans La règle du jeu.  D’ailleurs, lorsqu’on pts de vueessaie de « se mettre à la place de l’autre », ou d’admettre que telle affirmation à laquelle on adhère peut cependant être critiquée, a ses faiblesses, ne doit pas être absolutisée, on semble donner des armes aux « adversaires » qui y voient un repentir, une reconnaissance d’erreur et non un doute légitime qui caractérise d’ailleurs toute pensée un tant soit peu scientifique et rationnelle. Par exemple, si on admet que la réforme du collège est loin d’être parfaite, que dans un certain nombre de cas, la formation organisée dans les académies est loin d’être satisfaisante, ou si, sur un autre point, on met un bémol à l’éloge qu’on peut faire de systèmes éducatifs performants comme le Canada ou la Finlande, certains ricanent : « même les pédagogistes (sic) sont envahis par le doute et n’y croient plus » ou « reconnaissent que… » Il est terrible de constater que des collègues ont peur de s’exposer en vantant les mérites de certains aspects de la réforme ou tout simplement en témoignant de projets préfigurant par exemple les EPI et renoncent parce qu’ils craignent d’être invectivés sur les réseaux sociaux ou dans certaines salles des profs (je n’ai pas inventé les qualificatifs de « collabos » ou « kollabos » ou encore de « talibans » , etc.) Je pense à des cas très précis, qui sont un peu effrayants car on est là dans une chape de plomb qui empêche d’avoir des rapports normaux, de débats sans insultes et de discussions sans injures. Continue reading

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Pourquoi en parle-t-on si peu ?

Que de pages à déplorer l’état de l’école, la superficialité des jeunes, la démission des familles devant leur devoir éducatif, que de colonnes remplies à plaindre les enseignants qui font un métier si dur qu’on comprend bien leur malaise ou leur colère ou au contraire à les critiquer car toujours râleurs, toujours à se plaindre, alors qu’ils sont toujours en vacances ! Que de livres superficiels pour nous dire que tout va mal, que le déclin est irréversible, que les jeunes sont dangereux et les méchants pédagogistes au mieux des irresponsables, mais plus certainement des criminels (qui devront expier ?) ! Que de chroniques de donneurs de leçons fustigeant l’angélisme, l’omerta qui nous aveugleraient quant à la faillite de notre époque et particulièrement de notre école. Que de libelles sur notre triste époque, que d’articles de journalistes à l’affût du moindre fait qui va corroborer les constats négatifs : telle agression dans un collège contre le personnel, tel message d’élève niant la Shoah. Que de complaisance pour le moindre discours négatif (entendu récemment: « on nous augmente nos salaires mais la wifi est très lente dans l’établissement » ! Bref, mis bout à bout, c’est le triomphe du pessimisme, du discours décliniste, de la lespoiratilunavenirjouissance rageuse à proclamer la décadence. Et qu’on ne se mette pas à vanter une réussite, à saluer un progrès, à louer une avancée, car on est ravalé au rang de « courtisan », d’ « idiot utile » de « bisounours de service » et autres noms d’oiseau. L’espoir n’a pas bonne presse, selon une vieille tradition analysée avec pertinence et finesse dans un récent ouvrage qui ose l’optimisme. Continue reading

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