Après PISA, de l’avenir ne faisons surtout pas table rase !

Les commentaires suite à la publication des résultats de l’enquête Pisa, c’est un peu comme ces soirées électorales d’autrefois où chacun trouvait des raisons de se réjouir et  de dire qu’il avait gagné. Comme c’est pour la France moins catastrophique qu’on aurait pu le craindre, les uns vont dire que c’est grâce aux réformes mises en œuvre après 2008 qui portent leurs fruits (légère amélioration en maitrise de la langue, stabilisation dans les matières scientifiques) tandis que les autres verront dans le constat cruel d’un maintien fort des inégalités  la nécessité d’approfondir les réformes actuelles dont on ne pourra vraiment voir les effets que dans quelques années. On voit bien au passage la distorsion entre le temps des politiques et le temps de l’éducation. En egalité chancesregardant les titres des journaux (catastrophe ou simplement stagnation, selon qu’on lit le Figaro ou le Monde, on peut aussi imaginer une bonne séquence d’EMI (éducation aux médias et à l’information) avec des élèves…

De même sur le plan international, les remarquables résultats des pays asiatiques, interprétés souvent de manière caricaturale et stéréotypée, iront, selon certains, dans le sens d’une école « centrée sur les savoirs », autoritaire et prônant l’effort et l’exigence, alors que d’autres constateront une fois de plus que les systèmes peu sélectifs et mettant en avant le bien-être des élèves et la confiance ont de bons résultats, même s’ils sont un peu en dessous des pays d’Asie (Finlande, Canada, Norvège, et pour ce qui est de la moindre sélection la Pologne, avant les retours en arrière possibles du gouvernement actuel). Sur ce sujet, lire la passionnante interview de Jean-Marie de Ketele et notamment sa réponse à la dernière question ou sur la Pologne le chapitre de l’excellent Changer le collège. Continue reading

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Laïcité chrétienne ?

La croix ostensiblement arborée par la porte-parole de François Fillon le soir de sa victoire à la primaire de la droite fait parler d’elle. Celle-ci s’est défendue en déclarant qu’elle la portait toujours (on peut le faire de manière moins ostensible, non ?) et qu’elle ne la considérait pas comme un signe d’oppression.  (ajout: voir cet article : http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/28/critiquee-sur-twitter-la-croix-de-valerie-boyer-disparait-quelq/?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001) On le sait, la croix boyera été porteuse de valeurs bien contradictoires, elle a pu être signe d’oppression, brandie par les Conquistadores, les divers protagonistes des guerres de religion ou plus récemment par les Phalangistes libanais ou les prêtres couvrant les massacres du Rwanda, comme elle a pu être un symbole de liberté et d’humanisme, lorsque ceux qui s’en réclamaient s’appelaient à un moment de l’histoire Las Casas, Desmond Tutu ou Walesa. Davantage sympathique lorsque ceux qui la revendiquent ne sont pas au pouvoir ou en tout cas ne disposent pas d’un pouvoir absolu. Et puisque notre futur candidat à la présidence semble déplorer (bien à tort sur le plan factuel) que Voltaire ne soit plus enseigné ou plus au programme, comment ne guerre religionpas rappeler ce passage du Dictionnaire philosophique (article « Guerre ») : « Le merveilleux de cette entreprise infernale, c’est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain. Si un chef n’a eu que le bonheur de faire égorger deux ou trois mille hommes, il n’en remercie point Dieu; mais lorsqu’il y en a eu environ dix mille d’exterminés par le feu et par le fer, et que, pour comble de grâce, quelque ville a été détruite de fond en comble, alors on chante à quatre parties une chanson assez longue, composée dans une langue inconnue à tous ceux qui ont combattu, et de plus toute farcie de barbarismes. » Mais il est vrai qu’il ne faut pas tomber dans la « repentance » , nous dit-on et  ne pas évoquer les pages sombres d’une religion dont l’esprit originel a connu pourtant bien des trahisons et des déformations. Rappelons la célèbre phrase de Loisy : « Ils attendaient le Royaume et c’est l’Église qui est venue » Continue reading

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Lendemain de primaire : vers une école plus injuste et plus inefficace ?

En avril 2014, j’avais analysé sur ce blog le programme éducatif de celui qui risque fort de gagner la primaire et peut-être ensuite de devenir président de la République. Avec les propositions du père loidu socle commun ( dont j’avais constaté le peu d’enthousiasme devant la naissance de ce nouveau-né qu’il n’avait pas conçu, je me souviens de la présentation à la Sorbonne et de son peu d’élan en cette occasion) et d’une loi d’orientation bien plus progressiste que ce qui aujourd’hui ressort de ces propositions, on est bien loin du programme modéré de Alain Juppé qui ne souhaitait pas « tout chambouler » (j’ai évoqué aussi ce programme ici.)

On a fort à craindre en réalité d’un programme d’action qui va dans un sens contraire à l’émergence d’une école plus juste et plus efficace et qui concilie non pas l’exigence et la bienveillance mais la dureté avec une exigence à la carte, en renonçant à l’exigence pour tous.

tighten one's beltIl y a d’une part la question des moyens : les suppressions de postes annoncés, l’alourdissement du temps de travail des enseignants, la fin plus ou moins annoncée du statut de fonctionnaire. Je ne m’étendrai pas là-dessus, mais à l’heure où on constate les bienfaits du dispositif « plus de maîtres que de classes », où on aurait besoin de plus de travail en petits groupes, où il faudrait étendre la scolarisation à deux ans pour les enfants de milieu populaire, développer la formation continue, poursuivre la numérisation des écoles,  cette taille thatchérienne dans les moyens n’annonce rien de bon. Continue reading

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Yaka faire plus de dictées ?

L’étude de la DEPP récemment publiée montrant la baisse sensible des résultats d’élèves à partir d’un texte dicté, le même qu’il y a quelques années, déclenche et va déclencher la réaction en chaine (le mot « réaction » est bien approprié) de tous ceux qui se réjouissent chaque fois qu’une recherche, qu’une étude montrerait la faillite d’une école dominée par le « pédagogisme ».

Bien entendu, les choses sont bien plus complexes et les « professeurs de désespoir » en tous genres et adeptes du « yakaïsme » nous égarent sur de fausses pistes.

charb139Notons d’abord que le dispositif choisi pour évaluer le niveau orthographique des élèves français, s’il a le mérite de permettre des comparaisons dans le temps assez incontestables, a l’inconvénient de limiter cette évaluation à la réussite ou non lors d’une épreuve bien particulière : la dictée. Il est bien plus difficile d’évaluer comparativement les performances des élèves lors d’une écriture de texte non dicté. L’exercice de la dictée a un côté artificiel ; rares sont les situations où on écrit à partir d’un oral extérieur. Il n’est pas certain qu’un autre type d’évaluation donnerait d’autres résultats, mais on ne le sait pas vraiment. On fera juste remarquer que les travaux de Brigitte Dancel dans les années 90 montraient le poids très fort de la préparation pour la dictée dans l’école de la Troisième République, au détriment de l’attention à l’orthographe dans les pratiques rédactionnelles. Philippe Savoie, rendant compte de ce travail, souligne :

«  Sous la Troisième République, et malgré les efforts des autorités pédagogiques pour en atténuer le poids, la dictée est l’épreuve suprême, celle qui peut à elle seule ruiner les chances d’un candidat. Spécialement préparés à cette épreuve, plus ou moins sévèrement sélectionnés en fonction d’elle, les candidats s’y montrent beaucoup plus rigoureux que les enfants d’aujourd’hui. Ils sont d’ailleurs moins vigilants en matière d’orthographe lors des épreuves de rédaction, dans lesquelles leurs performances sont en charb140général nettement moins convaincantes. Autrement dit, l’excellence en orthographe des lauréats du CEP ne s’explique pas par l’efficacité générale de la pédagogie primaire de l’époque mais plutôt par un effort particulier – un véritable conditionnement dans le cadre de la préparation au certificat – qui semblerait aujourd’hui absolument excessif et contre-productif, et dont le coût pédagogique préoccupait d’ailleurs les autorités scolaires de la Troisième République. »

La nécessaire standardisation des épreuves permettant de comparer des élèves dans le temps ou l’espace est d’ailleurs un véritable problème, car elle ne permet pas une évaluation plus fine, ici de l’écriture en live, telle qu’elle se manifeste dans les pratiques ordinaires. Continue reading

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ça vous fait rêver? (le débat de la primaire et l’éducation)

Il y a vraiment de quoi être consterné, voire effrayé quand on regarde le temps consacré aux questions d’éducation et plus encore au niveau d’argumentation et de propositions  sur le sujet lors du débat pour la primaire de la droite et du centre le jeudi 3 novembre.

Evoquer les problèmes d’école en fin d’émission après avoir passé un long moment  pour savoir si Bayrou faisait ou pas partie du même camp que les candidats et ensuite présenter cette vision étriquée, purement idéologique du système éducatif d’aujourd’hui et encore plus de demain déçoit si tant est qu’on espérait vraiment mieux (les journalistes ont sans doute aussi leur part de egalité chancesresponsabilité dans la manière de faire défiler les sujets). Disons qu’un certain silence de Juppé était le seul élément positif de la discussion : modération sur la réforme du collège (puisqu’il abrogerait les dispositions sur les langues qui ne sont pas la partie la plus décisive des nouvelles dispositions), pas de diatribe sur le collège unique ou d’apologie de la sélection précoce (mais sans aller jusqu’à défendre ce qui est pourtant une œuvre majeure de la Cinquième République, sur laquelle veulent revenir plusieurs candidats, car il faut donner des gages aux plus à droite, n’est-ce pas ?), mais n’oublions pas que dans son programme, il y a la suppression de milliers de postes de fonctionnaires et on ne sait pas bien où se ferait la purge dans l’éducation. Si les moyens doivent être renforcés à l’école primaire, comme le prône Juppé, cela ne peut être en supprimant le dispositif « plus de maitres que de classes » ou en diminuant la scolarisation à deux ans. Et si on rétablit les classes bilangues, les heures perdues de langues anciennes, si on considère toujours essentielle la formation des enseignants, on se demande où vont être pris postes à supprimer ? []Voir mon analyse du livre de Juppé sur l’école ici. Continue reading

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« J’ai bien le droit d’être agressif ? »

Lorsqu’on va sur les réseaux sociaux ou qu’on consulte les commentaires de diverses publications en ligne, ce qu’on devrait d’ailleurs faire moins souvent, on peut lire des justifications d’emportements, de relâchement verbal, d’exagérations assumées, au nom d’une « sainte colère ». On a « bien le droit », non ? Droit à la mauvaise foi, à l’utilisation de citations tronquées ou de non-respect de la situation d’énonciation qui fait qu’on reprend tel quel une phrase hors de son contexte ? Le journaliste Alain Auffray de Libération le notait à propos de « petites phrases » comme les « ploucs » de Sarkozy récemment qui sont, selon lui, souvent coupées de leur contexte d’énonciation justement. Et il faut reconnaitre sans doute cela, même quand la victime ne nous est particulièrement sympathique le cas présent, c’est un euphémisme. Même chose au niveau des images qui circulent. Récemment, je vois circuler une photo du leader de FO trinquant avec le président du MEDEF, signe évident, pour celui qui la met en ligne, de l’ hypocrisie  totale  du syndicaliste qui fraie avec les patrons alors qu’il dénonce la loi travail, alors que la « courtoisie démocratique » fait qu’il existe des moments plus conviviaux, certes de façade, où l’on parait proche de gens qu’on combat. Rien de scandaleux là-dedans. Continue reading

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Sur le terrain

Que de fois aujourd’hui met-on en opposition la « vérité » du terrain aux beaux discours d’ « en haut » ou de chercheurs « déconnectés » des réalités ! Discours populiste bien dangereux, qui bâtit des oppositions manichéennes et occulte la question de la représentativité de ceux qui prétendent parler au nom du « terrain ».

Concernant la mise en œuvre des changements récents dans l’éducation, il est très difficile d’avoir une vue d’ensemble et le mieux est d’accepter en toute humilité de répondre « je ne sais pas vraiment »à la question souvent posée du « comment ça se passe dans les établissements, dans les classes ».  Parfois, on se réfère à des sondages qui, on le sait, ne donnent qu’une vue très approximative des choses, souvent se contredisent selon la manière dont est posée la question et qui sont brandies comme preuve plutôt quand ça nous arrange.

Une fois cela dit, on peut néanmoins se faire l’écho d’observations, de discussions, de mini-enquêtes, de réactions, tout en se gardant bien de prétendre brosser un tableau objectif et rigoureux d’une situation mouvante, voire insaisissable. Continue reading

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Madame Barjon nous trumpe !

L’ouvrage de Carole Barjon Mais qui sont les assassins de l’école ? vaut bien cette entorse à l’orthographe, car son accumulation de contre-vérités, son fiel et sa diabolisation de ceux qui ne pensent pas comme elle me font penser au triste sire qui candidate aux destinées des Etats-Unis. Espérons que le livre comme le politicien, même si les enjeux ne sont pas comparables, connaitront l’oubli qui serait la meilleure chose qui puisse arriver. Comme le disent certains journalistes (ceux qui choisissent l’honnêteté et la mesure), on est en plain avec ce livre dans l’ère du post-factuel. Peu importe la vérité, le sérieux des citations attribuées à tel ou tel, la déontologie de l’interview et la rigueur demandée du travail d’enquête, ce qui compte, c’est la confirmation de vagues idées d’une mère de famille pas satisfaite de l’enseignement du français de maîtres ou maitresses de son enfant, ou d’une idéologie à priori qui dispense de lectures précises et variées, de travail sur le terrain (aller voir des classes fonctionner) et d’une écoute véritable de ce qu’ont à dire les personnalités rencontrées dont on pioche de façon déformée certains propos.

J’ai pour le site des Cahiers pédagogiques fait l’effort (un réel effort) de lire le livre avec attention, jusqu’au bout et je suis atterré par la pauvreté des thèses exposées, d’un contenu visiblement bâclé, d’une incompréhension totale de la complexité des questions éducatives. Je renvoie à ma recension donc pour ne pas me répéter.
Je voudrais juste donner un exemple de la façon ridicule dont elle parle de l’enseignement du français en collège, puis faire une remarque plus générale.
Mon ami Denis Paget, avec qui dans le passé j’ai débattu parfois avec vigueur (une discussion passionnante à Lyon sur le socle commun par exemple, où ce qui nous séparait était davantage tactique que sur le fond, mais peu importe), a contribué avec moi à l’élaboration des programmes de français de collège. Au sein du petit groupe que nous avions formé, en nous appuyant sur de nombreuses lectures et sur les réseaux d’enseignants avec qui nous étions en relation, nous avons travaillé de longues heures (que de mails échangés ! que de sandwiches vite mangés pour pouvoir fournir à temps des textes si souvent revus, amendés, améliorés !) pour aboutir à des propositions qui ont d’ailleurs été renégociées avec le Conseil supérieur des programmes qui nous avait passé la commande et finalisées par la DEGESCO. Nous avons notamment mis en avant quelques « grandes questions » qui pourraient servir de fil directeur à des activités très variées aussi bien de lecture, d’oral que d’écriture et d’étude de la langue. Par exemple « agir sur le monde », ou « vivre en société ». Il s’agit de problématiques qui permettent de sortir du formalisme, à juste titre reproché parfois à des évolutions de l’enseignement du français où la recherche de champs lexicaux pouvait se substituer à un travail sur le sens. Mais ethiquepour Carole Barjon, il s’agit là des « objectifs » de l’enseignement du français, ce qui est une stupidité. L’objectif du français n’est pas de « vivre en société » ou d’ « agir sur le monde », mais bien de permettre aux élèves d’avoir suffisamment de ressources linguistiques, culturelles, cognitives pour pouvoir aborder ces problèmes, aujourd’hui et demain – et mieux que certains journalistes peut-être… Parmi ces ressources, bien entendu les textes littéraires, pas du tout ignorés, bien au contraire. Dans notre groupe de passionnés de littérature et de culture artistique, nous étions bien loin de cette ignorance, je crois ! Continue reading

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Quelle lecture du rapport du CNESCO?

Beaucoup de bruit médiatique autour du rapport du CNESCO « comment l’école amplifie-t-elle les inégalités sociales et migratoires ? » : émissions de radio, interviewes, analyses diverses, réactions pour ou contre…On est quand même sur un sujet autrement plus intéressant que le port de l’uniforme, la place fantasmée de la chronologie et des « racines gauloises » dans l’histoire nationale ou la place de l’enseignement de l’arabe (si marginale, de toutes façons !)
Malheureusement, si certains médias donnent un écho assez complet et intéressant du rapport, dans le grand public, il est à craindre qu’on ne retienne que des formules-choc et souvent très orientées, parfois à contre-sens de l’esprit même de ce rapport :

  • Feu sur l’éducation prioritaire, discriminante et contre-productive !
  • Trop de réformes nuisent au système éducatif !
  • Les enseignants manquent de professionnalisme et ne sont pas bien formés…
  • Les élèves défavorisés socialement n’ont pas droit à un enseignement de qualité.

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Débats argumentés: une utopie, hélas!

A l’heure du confusionnisme débridé des prises de position concernant l’école et de leurs échos dans les médias, du délitement intellectuel de certaines personnalités incapables d’autre chose que de radoter sur l’école, en reprenant les vieux discours des années 80 sur la « décadence », le « désastre », la « destruction de l’école », on aimerait tant pouvoir débattre sereinement et sérieusement. Continue reading

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