Qui décide ?

On connait la fameuse phrase de Brecht après des insurrections ouvrières de Berlin de 1953 :« J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a trahi la confiance du régime et devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »

(une phrase parfois mal citée d’ailleurs et transformée en « si le peuple vote mal, pourquoi ne pas dissoudre le peuple ? » alors même qu’il n’y avait pas de vote libre en RDA à l’époque)

La tentation est humaine : celle de contester une décision qui ne nous plait pas, celle de s’indigner quand une décision qui nous plait n’est pas prise.  On vient d’en voir deux illustrations récentes :

  • votela contestation du vote Leave des britanniques (pétition pour refaire le vote)
  • la contestation de la légitimité du vote Oui en  Loire-Atlantique sur la question de Notre-Dame- des Landes, y compris de la part d’une partie de ceux qui ont reconnu cette légitimité en participant à la campagne. (à noter en revanche le sens démocratique de la prise de position de Nicolas Hulot qui, opposant, reconnait la légitimité d’un vote qui a vu une participation importante d’ailleurs pour ce genre de consultation)

Les mêmes qui brandissent le référendum comme la panacée pour décider (« la parole au peuple ») sont surtout d’accord quand le suffrage électoral va dans leur sens. Continue reading

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Eh non, ce n’est pas si simple!

Les tensions de la société française, si rudes, laissent de moins en moins de place à la nuance, à la prise en compte de multiples points de vue, au fameux « ce qui est terrible, c’est que chacun a ses raisons » de Jean Renoir dans La règle du jeu.  D’ailleurs, lorsqu’on pts de vueessaie de « se mettre à la place de l’autre », ou d’admettre que telle affirmation à laquelle on adhère peut cependant être critiquée, a ses faiblesses, ne doit pas être absolutisée, on semble donner des armes aux « adversaires » qui y voient un repentir, une reconnaissance d’erreur et non un doute légitime qui caractérise d’ailleurs toute pensée un tant soit peu scientifique et rationnelle. Par exemple, si on admet que la réforme du collège est loin d’être parfaite, que dans un certain nombre de cas, la formation organisée dans les académies est loin d’être satisfaisante, ou si, sur un autre point, on met un bémol à l’éloge qu’on peut faire de systèmes éducatifs performants comme le Canada ou la Finlande, certains ricanent : « même les pédagogistes (sic) sont envahis par le doute et n’y croient plus » ou « reconnaissent que… » Il est terrible de constater que des collègues ont peur de s’exposer en vantant les mérites de certains aspects de la réforme ou tout simplement en témoignant de projets préfigurant par exemple les EPI et renoncent parce qu’ils craignent d’être invectivés sur les réseaux sociaux ou dans certaines salles des profs (je n’ai pas inventé les qualificatifs de « collabos » ou « kollabos » ou encore de « talibans » , etc.) Je pense à des cas très précis, qui sont un peu effrayants car on est là dans une chape de plomb qui empêche d’avoir des rapports normaux, de débats sans insultes et de discussions sans injures. Continue reading

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Pourquoi en parle-t-on si peu ?

Que de pages à déplorer l’état de l’école, la superficialité des jeunes, la démission des familles devant leur devoir éducatif, que de colonnes remplies à plaindre les enseignants qui font un métier si dur qu’on comprend bien leur malaise ou leur colère ou au contraire à les critiquer car toujours râleurs, toujours à se plaindre, alors qu’ils sont toujours en vacances ! Que de livres superficiels pour nous dire que tout va mal, que le déclin est irréversible, que les jeunes sont dangereux et les méchants pédagogistes au mieux des irresponsables, mais plus certainement des criminels (qui devront expier ?) ! Que de chroniques de donneurs de leçons fustigeant l’angélisme, l’omerta qui nous aveugleraient quant à la faillite de notre époque et particulièrement de notre école. Que de libelles sur notre triste époque, que d’articles de journalistes à l’affût du moindre fait qui va corroborer les constats négatifs : telle agression dans un collège contre le personnel, tel message d’élève niant la Shoah. Que de complaisance pour le moindre discours négatif (entendu récemment: « on nous augmente nos salaires mais la wifi est très lente dans l’établissement » ! Bref, mis bout à bout, c’est le triomphe du pessimisme, du discours décliniste, de la lespoiratilunavenirjouissance rageuse à proclamer la décadence. Et qu’on ne se mette pas à vanter une réussite, à saluer un progrès, à louer une avancée, car on est ravalé au rang de « courtisan », d’ « idiot utile » de « bisounours de service » et autres noms d’oiseau. L’espoir n’a pas bonne presse, selon une vieille tradition analysée avec pertinence et finesse dans un récent ouvrage qui ose l’optimisme. Continue reading

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Provocations pyromanes. Madame Genevard et l’arabe.

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texte écrit en « langue communautaire »

On se demande toujours, à lire ou entendre certaines déclarations s’il faut faire l’hypothèse de la bêtise ou celle de la méchanceté, de l’incompétence ou de la démagogie politicienne. C’est le cas pour la récente sortie à l’Assemblée nationale de la députée Les Républicains Annie Genevard sur l’enseignement de l’arabe. La ministre lui a répondu avec justesse en dénonçant l’incroyable conception hiérarchique des langues de son interpellatrice. Ainsi l’allemand serait une langue de culture, tandis que l’arabe serait une langue « communautaire ».

Le ministère met fin progressivement aux enseignements des langues et cultures d’origine (ELCO)  financés par des consulats, vestiges d’une époque où l’on était davantage dans le « retour » des « immigrés », qui avaient certes donné lieu à des dérives (mais de là à accuser globalement ces enseignements d’être des vecteurs de diffusion salafiste, il y a une marge, et tout est d’ailleurs confondu, les consulats marocain ou turc n’étant pas des bastions salfistes quand même, les choses sont plus complexes que ne le pense notre défenseuse des « racines »). Par contre, essaie de redorer un peu le blason de l’enseignement de l’arabe, qui ne va pas très bien comme on pouvait le lire dans un excellent article du Monde de 2009 . Considérer comme le fait Annie Genevard qu’enseigner l’arabe au collège (ce qui se fait déjà mais de façon trop marginale) serait en quelque sorte un gaspillage de moyens alors qu’il faut se concentrer sur ce qui est « noble » : langues anciennes et allemand, est tout simplement scandaleux. Dans l’article que je viens de citer, même Copé disait pourtant « Il y a des emplois en lien avec le développement économique des pays arabes, nous devrions assurer à tout jeune la possibilité d’apprendre cette langue. » Comment peut-on ainsi d’une part nier le haut caractère culturel de cette langue, son enseignement permettant justement de mettre en avant cet aspect, contre la sous-culture islamiste, et d’autre part ignorer les besoins d’arabisants de la France (dans le domaine commercial, mais pas seulement) ? L’allemand, le latin, le grec, contre tout ce qui est « communautaire », où sont les frontières avec le Front national? Continue reading

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Les parents, la réforme du collège, et au-delà…

La FCPE se démarquerait de la réforme du collège, dit-on,  à la grande joie de certains oppositionnels qui ne sont pas très scrupuleux en matière de vérification des informations ou de diffusion de celles-ci.

prog_5Ainsi occulte-t-on :

  • le vote très net contre une motion demandant la suspension de la réforme, celle-ci n’obtenant qu’un gros tiers des voix
  • le fait que la motion qui est critique sur la mise en œuvre de la réforme a été assez habilement rédigée pour être acceptable par ceux qui voudraient davantage de moyens (qui ne le souhaiterait pas dans l’absolu ?) et du coup a été votée, mais seulement avec deux voix de majorité , sans compter les abstentions semble-t-il, mais surtout dans une ambiance de fin de congrès, à main levée, ce qui est fort discutable s’il s’agit d’autre chose que d’un souhait, que les congressistes d’ailleurs n’ont pu examiner de manière minutieuse. S’il s’agissait d’un changement de ligne, un vote par mandats et avec un minimum de débats sur un texte pouvant être lu par chacun, s’imposerait (et c’était le cas de la motion hostile rejetée deux jours avant !)

Donc, d’après les informations dont je dispose, je ne peux que m’élever contre l’idée que la FCPE remettrait en cause son soutien à la réforme du collège. Il n’est pas inconditionnel, pas plus que ne le sont les organisations « réformistes » qui l’appuient globalement. Mais l’approximation qui règne souvent dès qu’on parle de l’école règne souvent dans les rédactions et la rumeur prend le pas sur la complexité des choses. Certes, il y a de la division au sein de la FCPE, des manœuvres politiciennes et des dispositifs de vote qui ne sont pas forcément toujours pertinents, et tout cela ne donne pas une bonne image de la vie démocratique de cette grande fédération  historique, avec qui j’ai souvent travaillé et espère travailler encore longtemps.

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dessin de F. Tonucci

Lorsque j’ai participé à des discussions ici ou là sur la réforme du collège, j’ai vu des parents certes perplexes, inquiets parfois, mais aussi intéressés dès qu’on leur expliquait le sens de ce qui va se faire : plus d’accompagnement, une pédagogie plus vivante, des projets, de l’interdisciplinarité, et sûrement pas moins de savoirs ou moins d’exigence. J’ai remarqué que parfois les oppositions vives pouvaient venir de parents enseignants. J’ai toujours souhaité que les enseignants n’occupent pas de postes de responsabilités, dans la mesure du possible, dans les organisations de parents, car il y a une sorte de conflit d’intérêt peu heureux qui peut se manifester très négativement.

Mais allons au-delà de cet épisode ponctuel de congrès. SI on prend avec recul les choses, on peut faire plusieurs constats dans les évolutions des représentants de parents ces dernières années :

– il y a d’abord quand même une main mise bien moins grande des enseignants sur les organisations de parents, plus de lien ombilical comme jadis avec le premier syndicat enseignant, et c’est donc une excellente chose

– les fédérations de parents s’intéressent beaucoup plus à la pédagogie. Certes, le poids du cartable ou les questions de cantine, dont je ne nie pas l’importance, continuent d’occuper une place très grande, mais les problèmes de l’évaluation des élèves ou d’orientation sont traitées avec  souvent une réflexion de grande qualité. A noter d’ailleurs que la FCPE vient de se doter d’un conseil scientifique qui regroupe des experts très favorables pour la plupart aux pédagogies nouvelles. L’APEL, qui représente les parents de l’enseignement catholique, propose depuis plusieurs années un travail de fond sur des questions pédagogiques qui l’ont d’ailleurs amenée à soutenir globalement la réforme du collège. Leur prochain congrès a comme invités des personnalités comme Serge Boimare, Marie-Aleth Grard ou Pierre Léna qui ont signé pour la réforme du collège et sont engagés dans la promotion d’une pédagogie active et d’une école bienveillante et exigeante à la fois à laquelle nous sommes nombreux à aspirer. La PEEP, beaucoup plus réservée sur la réforme du collège, n’y est cependant pas hostile et n’hésite pas à faire réfléchir ses adhérents en congrès sur des sujets tels que la place du numérique, dans une perspective qui n’est nullement manichéenne. Il y a quelques années, pour un ouvrage de la collection que je pilotais au CRDP d’Amiens, sur l’autorité, j’avais interviewé les deux présidents des fédérations de parents du public, et finalement, il y avait beaucoup plus de convergences que de différences.

– les parents organisés refusent finalement de n’être que des potiches, et réclament une place dans le cadre de ce que la FCPE appelle la « co-éducation », ce qui s’oppose au partage des rôles défendu par une certaine droite française passéiste (l’instruction à l’école, l’éducation dans la famille). Il s’agit de convaincre les parents qu’ils ont un rôle à jouer, comme c’est le cas dans beaucoup de pays, même s’il n’est pas toujours simple de définir des frontières claires. Les deux dérives existent : trop d’interventionnisme tâtillon, qui ne fait pas confiance dans le professionnalisme enseignant, trop de timidité à intervenir lorsque les choses ne vont pas bien, timidité légitime lorsque l’établissement dresse des barrages à toute intervention qui oserait aller sur les plate-bandes du domaine pédagogique, alors qu’il est intéressant pour les enseignants d’expliquer ce qu’ils font : pas « se justifier », mais simplement « justifier »

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-reste toujours la très grande difficulté à impliquer dans les organisations des parents issus de milieux populaires et notamment venant de la « diversité ». Ou même à faire en sorte que ceux-ci soient présents dans les conseils de classe ou votent aux élections de représentants.  Mais fait-on tout ce qu’il faut pour cela ? La qualité de l’accueil dans l’établissement est essentielle. Je le vois en tant qu’élu au niveau des écoles de ma ville : là où on fait des efforts pour impliquer les parents, ça marche : invitations à venir assister à des séances de classe, rencontres conviviales lors de journées portes ouvertes, participation à des sorties (mais cela signifie autoriser le port du voile pour un certain nombre de mères !), appel à la participation pour confectionner des costumes, mais en lien avec un projet pédagogique expliqué aux familles…Si on n’y croit pas, les parents ne viendront pas et cela nous confortera dans notre préjugé selon le célèbre principe de la prophétie auto-réalisatrice.

 

-les parents, selon moi, doivent être informés de ce qui se fait à l’école, des apprentissages. Il est dramatique que parfois des enseignants soient démunis et déclarent, avant une réunion de présentation de début d’année du travail qu’ils vont mener avec leurs élèves : « mais qu’est-ce que je vais dire ? » (je parle de situations vécues authentiques…). iI y a un vrai défi pour nous professionnels de l’éducation : savoir expliquer simplement les grands objectifs de l’école, le socle commun, les nouveaux programmes, les évolutions nécessaires dans les manières d’évaluer, en resituant cela d’ailleurs dans la perspective de ce qui peut être utile aux enfants dans la société du XXI° siècle. Les enquêtes montrent que lorsqu’ils parlent de l’école, la grande majorité des parents évoquent le futur métier qu’il faudrait préparer et non les apprentissages. Mais à qui la faute ? En partie à ceux qui ne travaillent pas assez la question. On doit par exemple être capable de donner de vrais conseils méthodologiques et non des exhortations inutiles (« il faut qu’il travaille », « il doit être plus attentif »), y compris sous forme de séances de conférences-débats. Chaque fois que j’ai répondu à un appel de la FCPE ou d’une association locale sur le sujet « qu’est-ce qu’apprendre à l’école ? » ou « comment réussir à l’école ? » , cela a été fructueux et intéressant, surtout si on partait d’exemples concrets et parlants et qu’on invitait ensuite au dialogue ouvert.

Sous le quinquennat précédent, les ministres ont surtout exprimé leur méfiance envers les organisations de parents et ont surtout prôné les contacts individuels. Or, ceux-ci ne sont pas contradictoires avec un aspect plus collectif. Les parents d’élèves organisés parviennent davantage, surtout s’il y a une impulsion de la direction, à dépasser l’intérêt individuel et à prendre en compte aussi les parents non organisés, de familles qui sont moins familières avec le monde scolaire et qui ont besoin de se faire entendre indirectement. Le délégué parent au conseil de classe n’est pas le représentant de « son » enfant, mais de tous. Dans la pratique, il y a des contradictions objectives qu’il est bon de reconnaitre pour les dépasser. Oui, certains peuvent souhaiter pour leur enfant une classe de bon niveau, mais doivent défendre les classes hétérogènes qui profitent toujours davantage aux plus fragiles.

arton10187-13c70Bref, voilà une question de fond, qui ne peut être réduite à des instrumentalisations diverses. Elle intéresse trop peu le monde enseignant : en témoigne le succès mitigé de publications sur les parents et l’école auprès d’enseignants (je l’ai vu au niveau édition et publication des Cahiers pédagogiques). Les choses bougent, et la refondation de l’école doit être une occasion d’aller plus loin dans la coopération, chacun à sa place, mais avec toute sa place !

 

 

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A-t-on fait un bilan de la refondation les 2 et 3 mai?

J’ai assisté les 2 et 3 mai aux journées organisées par le Ministère pour en principe établir un bilan d’étape de la « refondation » de l’école, trois ans après le début de mise en œuvre de la Loi voulue par Vincent Peillon et largement approuvée par le Parlement.
A part le fait que j’ai du coup pénétré pour la première fois dans le mythique Palais Brongniart, dont la célèbre « corbeille » apparaissait sur les images télévisées de mon enfance « en direct de la Bourse de Paris », je voudrais livrer quelques impressions et réflexions disons « contrastées » après avoir assisté à une grande refondationpartie des conférences et ateliers qui étaient proposés aux centaines d’invités (j’y étais au titre de membre des Cahiers pédagogiques, composante du collectif des associations partenaires de l’école-CAPE).

Je dois dire qu’il est vraiment dommage que le Ministère n’ait pas fait davantage appel à des enseignants en poste pour témoigner, échanger avec d’autres intervenants, faire un peu plus entendre la voix des classes. Continue reading

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« Justice » et l’école

L’ouvrage de Michael J. Sandell « Justice » vient d’être traduit en français et publié par Albin Michel. On ne peut que saluer le talent de ce philosophe américain de l’université de Harvard, dont la renommée s’étend à la planète, qui parvient à nous présenter des théories majeures de la philosophie politique et morale , de Aristote à Rawls en passant par Kant, à partir d’anecdotes, de dilemmes et d’études de cas parfois savoureux ou inattendus. Cela va de la sandellpossibilité ou non pour un champion de golf handicapé à bénéficier d’un  fauteuil roulant pendant la compétition aux cas de conscience de celui qui a reconnu son frère comme étant le tueur recherché par la police, en passant par des cas plus connus comme celui du tramway fou. On se régale à lire ce livre où l’on n’apprend au fond que dans les dernières pages ce que prône l’auteur, lequel examine avec beaucoup d’objectivité et d’honnêteté les différentes théories de la justice et les défend avec rigueur avant d’en montrer les limites ou de présenter des objections.

Dans ce livre, on n’aborde que de manière incidente les questions d’éducation et de système scolaire. Mais elles peuvent tout à fait être introduites dans la réflexion et je profite de l’occasion pour réfléchir (à nouveau) sur cette fameuse école « plus juste » à laquelle avec tant d’autres pédagogues j’aspire. Que veut dire davantage de justice à l’école ?

  • Pour certains, une école (plus) juste serait celle qui permet le libre jeu de la compétition, meilleure façon d’en assurer son efficacité. Et aujourd’hui, les plus libéraux vont rejeter toute discrimination positive, injuste pour ceux qui réussissent et qu’on défavorise (Sandell cite ce genre de débats aux Etats-Unis qui ont parfois poussé loin  l’affirmative action). Le libre jeu du marché scolaire permettra à tous de tirer profit de l’école, selon au fond la théorie du « ruissellement » que j’ai déjà évoquée dans un billet ancien. Certains sont certes « moins doués », moins « vaillants », mais grâce à des solutions adaptées (apprentissage à un âge précoce, classes spéciales), ils trouveront une place réaliste au lieu de devenir des aigris et des déçus de la compétition. L’école n’a pas à compenser les inégalités (et d’ailleurs, c’est une illusion de penser qu’elle le peut) et il ne faut pas brider l’excellence, sans quoi tout le monde est perdant. Même si en France, on n’a guère de « libertariens » purs et durs à la manière de tri scolairecertains politiciens américains, les tendances actuelles de la droite vont bien dans ce sens. Même si cette droite-là n’est guère conséquente quand elle prône en même temps un extrême conservatisme pédagogique et un autoritarisme forcené. Les Némo, Brighelli, SOS éducation prétendent au fond que l’école de leurs rêves, super élitiste est aussi celle qui finalement est la plus favorable aux élèves les plus faibles, d’autant que ceux qui « veulent s’en sortir » doivent pouvoir le faire, comme soi-disant ils pouvaient le faire « autrefois ». Tant pis si toutes les études sociologiques et historiques démontrent le contraire (voir Pierre Merle, Agnès Van Zanten, etc)

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Voile: refuser le choix entre hystérie et banalisation

 Sur une question comme celle du « voile », comme il est difficile de pouvoir exprimer une opinion modérée, qui tienne compte de la complexité des problèmes, qui tente d’accorder pragmatisme et respect de principes et valeurs !

hudhab dayLa récente « Hidjab-Day » à Sciences Po, dont l’impact médiatique a été disproportionné avec la réalité des faits, a été l’occasion de déchaînement de prises de position et de déclarations enflammées. J’ai tendance à penser que cette initiative avait surtout quelque chose de dérisoire, voire de grotesque, ne serait-ce que parce que porter un voile un jour ne peut absolument pas faire prendre conscience qui que ce soit de ce que cela représente, en positif ou en négatif et qu’on voit mal quel sens autre que provocateur peut avoir cette manifestation. Continue reading

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Fouchet, Haby, Fontanet, au secours, ils sont devenus fous !

Le parti « les Républicains » vient de publier un document d’orientation suite à une journée de travail le 6 avril. Rarement on aura vu un écrit programmatique sur l’école aussi  déconnecté des exigences de l’école du XXIème siècle, rarement ou aura vu des propositions issues d’un grand parti se voulant démocratique et républicain aussi marquées à droite, et en l’occurrence aussi proches des propositions du Front national. On est loin, très loin, des avancées du gaullisme dans les années 60 à 80, au temps où on construisait le collège unique, où on limitait les barrières entre les différents secteurs de l’école obligatoire, et où on ne considérait pas l’école comme un champ de bataille idéologique contre les idées progressistes. Certes, on pouvait faire bien des critiques aux habyministres réformateurs de la Vème République qui d’ailleurs pouvaient subir les pressions des secteurs les plus conservateurs (sous la pression de la Société des Agrégés, les Cahiers pédagogiques furent brutalement privés de subventions) ; on pouvait aussi trouver que des réformes de structure intéressantes ne s’accompagnaient pas vraiment d’une mise en place d’un tronc commun ou que les travaux de recherche (INRP) restaient marginaux et n’influençaient guère la politique en vigueur. Mais un certain virage avait été pris par le gaullisme comme l’a si souvent rappelé Claude Lelièvre, le pragmatique De Gaulle sous une apparence archaïque s’opposant d’ailleurs à l’agrégé de Lettres Pompidou, beaucoup moins chaud pour l’enseignement de masse. Puis sous Giscard, la nécessité de démocratiser l’enseignement secondaire allait être encore plus forte, suscitant d’ailleurs l’ire des conservateurs (voir aussi les travaux d’Antoine Prost).

Les ministres de droite qui se sont succédé de 2002 à 2012 ont déjà bien mis à mal les acquis progressistes de la période précédente. Mais la mise en place du socle commun sous le ministère Fillion, tout aussi imparfaite qu’elle ait été, et malgré le peu de conviction de son instigateur théorique, demeure un point très positif. Certaines commissions indépendantes ont pu fonctionner  (Thélot par exemple) et le Haut Conseil de l’éducation par exemple était loin d’être une institution rétrograde. Des parlementaires comme Grosperrin (à l’époque, mais il a bien changé, hélas !) ou Périssol dialoguaient avec des forces réformistes prônant une pédagogie active et démocratisante.

Or, si on examine les propositions des Républicains, qui sont très loin aussi de celles de Alain Juppé (que j’ai analysées pour les Cahiers pédagogiques), on est partagé entre colère et consternation, par moments amusé par le ridicule de certaines d’entre elles, mais le plus souvent indigné, révolté. Continue reading

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Réservé aux volontaires ?

Lorsque des réformes se mettent en place, comme celle du collège, mais aussi par exemple des rythmes scolaires à l’école primaire, si certains s’opposent frontalement à celles-ci, d’autres se réfugient dans une idée qui peut séduire : d’accord avec tout cela, mais seulement pour les volontaires. Aux municipalités de mettre en place ou non des activités périscolaires. Aux circonscriptions de décider si oui ou non il faut quatre ou cinq jours d’école. Aux équipes d’établissement ou même aux enseignants de choisir de faire ou non des enseignements pratiques interdisciplinaires, réforme dessincomme ils peuvent aujourd’hui d’ailleurs prendre l’option de mettre ou pas des notes, d’adopter telle ou telle méthode dans leurs cours. Remarquons que les mêmes personnes peuvent refuser que la liberté de choix existe pour ce qui est de l’enseignement des langues anciennes ou de l’allemand dans les collèges. Mais il est important d’examiner cet argument du volontariat, d’autant qu’il est aussi repris par des partisans des réformes. Ainsi, Yann Forestier qui n’est pas le dernier des innovateurs et avec qui j’ai l’occasion de travailler d’ailleurs écrit-il un commentaire sur facebook où il déclare :  « Comme la plupart des réformes, celle-ci a fait les mêmes erreurs : conçue pour accorder une marge d’autonomie afin de permettre aux acteurs de s’adapter au terrain afin d’être plus efficace, elle se manifeste surtout par le renforcement de contraintes bureaucratiques, sans doute pour faire taire ceux qui s’effraient de voir l’ultralibéralisme s’immiscer dans tous les interstices d’autonomie. Les EPI pourraient être un espace d’innovation, on en a fait une usine à gaz, qui va encore plus contraindre les emplois du temps, les horaires, les parcours des élèves… et apporter de l’eau au moulin des réactionnaires. »

Donc trions. Il y a d’une part la mauvaise foi de conservateurs capables de dire que tout le monde fait de l’interdisciplinarité, qu’on n’a pas attendu les EPI pour cela (tant pis si je rencontre assez peu de gens ayant vécu comme élèves au collège des pratiques vraiment interdisciplinaires ; pour ma part, ça n’a jamais été le cas, mais j’ai été collégien il y a quand même assez longtemps !), et en même temps que l’interdisciplinarité est nocive, renforce les inégalités etc. Il faudrait savoir…Certains arguments sont spécieux et n’ont pour but que de s’opposer de manière plus subtile et détournée. Continue reading

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