Enseigner au XXI siècle

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Macron et l’école : promesses et zones d’ombre…

Les urnes ont parlé, selon la formule et mettent donc face à face pour le second tour de la présidentielle deux projets de société que tout oppose. Si on s’intéresse aux questions éducatives, on ne peut que rejeter les conceptions éducatives du Front national que nous avons dénoncées ici-même et que condamnent de nombreux acteurs du système éducatif.

Nous n’aurons pas en tout cas de mise en œuvre de deux autres politiques éducatives que j’avais aussi analysées sur ce blog. Chez Fillon comme chez Mélenchon, il y aurait eu la remise en cause complète de la politique de refondation (réforme du collège, cycles…) Les réponses de Mélenchon à JJ Bourdin exposant son vœu de revenir à un fort jacobinisme dans les rapports entre établissements et Ministère, rejetant pas exemple la marge de 20% d’autonomie laissée aux collèges, ne manquaient pas d’inquiéter. Quant à Fillon, jusqu’au bout il a réitéré ses diatribes contre les « pédagogistes prétentieux », y compris dans ses grandes meetings de fin de campagne, sans oublier son éloge du soi-disant « roman national » moqué de façon habile par Laurence de Cock dans sa confrontation avec lui sur France 2.

Emmanuel Macron est désormais le favori de l’élection et il faut s’intéresser de près à ce qu’il dévoile d’un programme éducatif qui reste flou et peu incarné dans des personnes (qui sont ses experts ?) Un document récent nous éclaire un peu : une réponse qu’il a donnée à la Société des Agrégés à certaines questions. Je voudrais commenter certains aspects de cette réponse. (more…)

Une école pas très insoumise ! A propos du programme éducatif de Jean-Luc Mélenchon

Je vais parler ici du programme éducatif du candidat de la France insoumise, en espérant que cela ne me vaudra pas des injures ou des attaques insupportables de chatcertains de ses partisans qui, à mon avis, sont le plus souvent contre-productifs et donnent une image sectaire d’un mouvement qui vaut certainement mieux que cela. Je pense aux appréciations lamentables portées sur mon ami Philippe Watrelot quand récemment il a pointé sur son blog certaines tendances conservatrices de la vision de l’école du futur chez JLM. Je précise bien « certains », car je connais aussi de nombreux partisans du candidat ouverts au dialogue et au débat d’idées. (more…)

Innover, mais…Mais, innover !

On peut légitimement se méfier de la notion d’innovation. Elle est aux yeux de certains la marque d’un néo-libéralisme qui remet en cause les acquis sociaux par exemple. Ou  une pièce du fameux « tout changer pour que rien ne change ». Ou encore un rejet du passé bien préjudiciable au profit du « bougisme » et des effets de mode. De plus il est essentiel de savoir à qui profite l’innovation  et dans le domaine scolaire,  certains sociologues ont pu montrer qu’elle pouvait creuser les écarts culturels et défavoriser les élèves réforme dessindes milieux populaires.
Toutes ces objections, inquiétudes, interpellations nous aident, d’une certaine manière à mieux penser l’innovation, ou les innovations. Mais en même temps, celles-ci sont indispensables, évitent les scléroses, motivent et régénèrent. Quoi de plus à plaindre que ces enseignants se lamentant du temps présent et se repliant sur ce passé mythique qui n’a jamais existé ou qui sont revenus de tout sans y être jamais allés ! On ne peut guère compter sur eux pour faire aimer l’avenir à leurs élèves, cet avenir présenté comme une menace et non une promesse (que leur dit-on : « si vous ne travaillez pas à l’école, vous n’aurez pas un bon métier » ou « si vous travaillez à l’école   vous aurez des chances d’avoir un métier qui vous plaira » ? Rien que dans ses formulations, il y a toute une conception de la vie et de l’avenir…)

innovation

La ministre remettans un prix ice avec Philippe Watrelot président du CNIRE

Ces réflexions me viennent à   propos de deux événements récemment vécus (more…)

Programmes éducatifs : continuité ou ruptures ?

A un tout petit peu plus d’un mois de l’élection présidentielle, on voit bien que les débats atour de ce que doit devenir notre système éducatif n’occupent guère le devant de la scène. Il est vrai qu’heureusement, le discours sur la restauration d’une « autorité »  bien peu éducative, le rétablissement de la chronologie des Rois de France (le modèle chinois !) ou la nécessité d’imposer l’uniforme sont moins audibles à l’heure du respect douteux des règles et d’affaires mettant en jeu d’autres vêtements (l’étoffe du président ?) Néanmoins, on continue à mettre en lumière des points de détail, souvent mal définis : interdiction du téléphone portable, classes bilangues ou place  de l’enseignement de l’arabe et cahiers péda 500 dessin 01 (3)on parvient difficilement à creuser certaines questions comme :

  • ce que signifie « les fondamentaux » qu’on réduit au triptyque rarement pensé : lire-écrire-compter, bien éloigné de la conception des fondateurs de l’école républicaine
  • comment remettre de la mixité sociale et scolaire au-delà des proclamations et pétitions de principe et dans cette perspective, quelle place pour l’éducation prioritaire ? (bien absente du programme des Républicains)
  • quelle formation pour les enseignants de demain ?
  • comment intégrer le numérique, en dépassant un stérile pour ou contre au profit d’une réflexion sur les conditions à réunir pour que ce soit efficace et démocratisant ?
  • quel type d’autonomie pour les établissements, ce qui pose la question du fonctionnement interne des établissements, certains prônant des recettes qui ont mené à des régressions comme en Suède ?…

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Enseigner le juridique?

Les affaires de justice sont sur le devant de la scène actuellement, mais beaucoup de français ont du mal à s’y retrouver entre les « enquêtes préliminaires » les « mises en examen », les « statut de témoin assisté » et autour des différences entre tribunal correctionnel, instruction par des juges, civil et pénal…Plus grave peut-être : a-t-on bien saisi le rôle de la Justice dans une démocratie (la notion de « réparatrice ») ou le sens de la séparation des « pouvoirs » (que ne fait-on dire à Montesquieu ?) (more…)

Pourquoi si pessimistes ?

Une enquête de grande ampleur vient de le confirmer : les jeunes Français sont parmi les plus pessimistes du monde. 53 % d’entre eux pensent que le monde se dégrade et 6 % à peine qu’il s’améliore.

pessimismeL’école est le facteur le plus cité par les jeunes Français parmi toutes les sources d’angoisse possibles dans leur vie. Plus de la moitié d’entre eux (51 %) l’ont placée parmi leurs trois premières sources d’angoisse.

Ce pessimisme français n’est pas l’apanage des jeunes, mais il est plus troublant, surtout si on  compare avec les réponses d’autres pays, où pourtant les difficultés sont bien plus grandes qu’en France (la Chine, l’Inde ont un taux d’optimisme fort) (more…)

Présidentielles : défendre une certaine idée de l’école

Alors que l’élection présidentielle s’avère plus ouverte que prévue et que les candidats commencent à dévoiler leur programme, avec toutes les incertitudes possibles pour l’un d’entre eux qui a plus de mal à donner ses leçons de morale aux « pédagogistes arrogants » même s’il continue de parler de l’école actuelle comme « caveau de la République »…, je voudrais poursuivre pour ma part ma réflexion sur les perspectives souhaitables lors du prochain quinquennat pour notre système éducatif. En récapitulant de manière synthétique quelques points forts qu’il faudrait  défendre ou promouvoir si on veut que l’école de demain soit au contraire le « caveau » des idées nauséabondes, des inégalités, des discriminations. Quelques points forts auquel j’aimerais que les candidats se réclamant du progressisme adhèrent. Il n’est pas sûr que ce soit bien le cas pour certains tandis qu’il y a de l’ambigüité pour d’autres. Je reviendrai sur les propositions concrètes qui sont émises, comme je l’ai fait à propos de la réduction des effectifs en REP et du soutien scolaire ultérieurement.

Quelques points clé  à mon avis incontournables (more…)

Le « soutien » une autre solution magique ?

J’ai développé précédemment l’idée que réduire de façon importante les effectifs des classes, notamment en éducation prioritaire, n’est pas forcément « la » solution pour réduire l’échec scolaire, voire même la première piste à suivre. Seuls ceux qui  n’arrivent pas à se défaire de la pensée binaire interprètent cet avis en me prêtant l’idée que ça  n’avait aucune importance. Le tout est de peser le rapport entre coût et efficacité, et se poser encore et toujours la question de la pédagogie : baisser les effectifs, pour quoi faire ?

Une autre solution envisagée est de multiplier les moments de « soutien » sous toutes ses formes. Xavier Darcos avait créé l’accompagnement éducatif, en employant au départ l’horrible expression de « orphelins de 16H » comme si ne pas avoir ses parents pour vous aider à la fin de la classe devait être compensé par l’école (les mères auraient dû être au foyer ?). Pour la mise en place de cet accompagnement, il faut bien voir qu’on a dû puiser quelque part puisqu’en même temps on supprimait massivement des postes, et l’essentiel a été pris sur ce qui permettait de mener à accompagnementbien des projets, notamment culturels, des marges de manœuvre dans les établissements permettant de faine de la co-animation ou de se concerter. Au départ, la distribution des heures s’est faite de manière massive, des responsables parlaient de « open bar » et on encourageait les enseignants à prendre ces heures pour arrondir leurs fins de mois. Or, après plusieurs années de fonctionnement, aucune évaluation n’a été mise en place, sinon pour aligner des chiffres de participation qui ne signifient pas grand-chose. Un rapport de la Cour des Comptes notait seulement que dans bien des établissements, où l’accompagnement se faisait sur la  base du volontariat, les élèves les plus en difficulté n’étaient pas forcément touchés.  J’ai essayé de pointer dans un livre basé aussi sur des expériences concrètes les conditions à réunir pour que cet accompagnement soit efficace.

Récemment, Benoit Hamon, candidat aux présidentielles, prônait un service public national de soutien scolaire et un déploiement de moyens en conséquence. Les candidats de droite, dans l’ensemble, avec plus de « timidité » quant aux moyens, mettent en avant la nécessité de revenir à un accompagnement type Darcos ou sous d’autres formes afin d’aider les élèves les plus en difficulté.

Reste un débat sur la place du soutien hors école. Je l’ai déjà évoqué ici-même. On sait qu’il prend la forme privée et payante des cours particuliers, qu’on appelle en Asie « l’école de l’ombre », mais aussi celle, plus sympathique, d’un accompagnement proposé par des collectivités ou des associations.

Contre une approche dogmatique, je ne sous-estime pas l’intérêt de Le gall-aiderce « soutien » (je préfère le mot « accompagnement »), y compris extérieur à l’école, car il prouve aussi la mobilisation de divers acteurs autour de la réussite scolaire. Le travail dans le cadre scolaire avec de petits groupes, sous la forme d’un dédoublement de classe, de PPRE, d’heures spécifiques, tout cela peut, quand c’est bien fait, quand il y a de la formation derrière, avoir un rôle positif.

Mais cela pose de nombreuses questions :

-encore une fois, les moyens qui sont mis là ne sont pas mis ailleurs. A l’école, privilégie-t-on ces temps-là au détriment de l’accompagnement de projets, d’une souplesse d’emploi du temps permettant de travailler à deux par exemple ? En dehors de l’école, la place prise par le soutien scolaire empiète-t-elle sur le financement de projets, d’activités culturelles ou sportives ?

– il faudrait se défaire de l’idée qu’il est si simple d’encadrer le travail des élèves, surtout si on met dans un même paquet études surveillées, dirigées, aide individualisée et remédiations diverses. Soutien pour tous, y compris ceux qui n’en ont pas vraiment besoin ? Volontaire, pour « ceux qui en veulent » alors que la mission de l’école est de faire travailler et apprendre ceux qui, pour diverses raisons, « n’en veulent pas » et chez qui il faut trouver de la motivation, « aller la chercher » ! Le risque est de confier cet accompagnement à des personnels peu formés, peu préparés, on l’a vu avec la mise en place de l’accompagnement pédagogique où le meilleur côtoyait le pire.

– un gros risque me parait être la tentation de renvoyer au « soutien » tout ce qui n’a pas été compris en classe, tout ce qui n’a pas été assimilé. Quelquefois, je déplore que des professeurs, face à des parents un peu désemparés devant les difficultés de leur enfant, vinnyn’aient comme conseil à donner que « d’aller à l’accompagnement », alors que c’est d’abord en classe que les problèmes doivent se résoudre. Je le répète : je récuse l’idée inverse que tout ce qui serait extérieur à la classe serait mauvais, inefficace. Des études, comme celles de Glasman ou Rayou mettent en doute la plus-value d’heures d’aide déconnectées du cours et surtout encadrées « hors sol ». Mais il existe certainement des endroits où « ça marche » et il faut travailler sur les conditions de la réussite : formation des intervenants, idée centrale que aider c’est aider à se passer d’aide, liens avec l’établissement scolaire ou avec les professeurs de la classe, articulation avec d’autres types d’activités (culturelles, d’expression…) Le danger, signalé au moment de la mise en place des heures d’accompagnement en primaire, c’est cette autre tentation, d’aller plus vite en classe, car après tout, il y aura des heures de reprise pour ceux qui ne suivent pas.

En réalité, il faudrait sans doute concevoir des heures d’accompagnement, aide ou soutien comme des compléments du cours, et même, dirais-je, comme des indicateurs permettant de mieux faire la classe. Car c’est là que se révèlent les difficultés, qu’il est important ensuite d’anticiper, pour au fond, bâtir un cours à partir des obstacles. Ces heures peuvent être des leviers, elles peuvent déciller les yeux d’enseignants qui pensent que les élèves ont compris parce que cinq ou six ont bien participé et parce que la consignes edenclasse a semblé attentive. L’incompréhension de certaines consignes par des élèves en difficulté conduit alors à un vrai travail de fond sur les consignes (pas forcément pour les simplifier d’ailleurs, comme je l’expose dans un récent ouvrage).

Ce qui me paraitrait utile d’ailleurs, ce serait de rendre peut-être obligatoire le fait d’assurer soutien et accompagnement quand on se prépare à être enseignant ou au moins de valoriser cela dans un cursus pour le concours. Quoi de plus formateur que d’entrer en contact avec des élèves au moment où ils font leurs devoirs et apprennent leurs leçons, quoi de plus important pour assimiler la différence entre l’éclat et le brillant possible de l’enseignement et la « trivialité » besogneuse de l’ « apprendre » ! Mais là encore, des allers-retours sont nécessaires avec les professeurs des classes et conseillers pédagogiques ou formateurs pour ensemble analyser certaines situations et étudier des solutions.

On le voit, on est loin de la panacée de la généralisation des études et du soutien, qui peut se révéler inutile, voire nuisible. Ce qui importe, c’est bien de penser l’accompagnement dans le quotidien du cours, d’où l’intérêt de l’accompagnement personnalisé au collège, qui ouvre sur la différenciation, le travail sur les méthodes, le développement d’activités métacognitives avec les élèves. C’est aussi de réfléchir sur ce qu’il faudrait cesser d’appeler « les devoirs » au profit de l’expression « travail personnel de l’élève », ce qui permet au passage de dépasser les querelles quasi théologiques sur pour ou contre les devoirs à la maison. Qu’en fait-on en classe, en amont et en aval ? Quelle fonction a ce travail personnel : recherche préalable, entrainement, premier jet ou consolidation ? Qu’est-ce qui doit être fait en classe et qu’est-ce qui peut être fait à l’extérieur ? Quel rôle fait-on jouer aux parents et se donne-t-on les moyens d’aider ceux-ci à jouer ce rôle ? (j’ai toujours trouvé essentiel de donner aux parents des conseils techniques pour aider leur enfant au lieu de renvoyer à de pieuses injonctions du type : « il faut qu’il travaille davantage »)

Eh oui, là encore, désolé si je me répète, les choses ne sont pas simples et les formules standard qui peuvent impressionner l’électeur en quête de solutions rapides sont la plupart du temps inadéquates. Et il faut à la fois s’appuyer sur des recherches et des travaux (non fictifs, eux !) et sur des témoignages de pratiques, sans prendre au comptant telle anecdote, tel cas particulier. Là encore, foin de solutions paresseuses…

 

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Le quantitatif a besoin du qualitatif!

Dans les débats actuels autour de la présidentielle, si parfois on aborde le fond (l’organisation de l’enseignement, la pédagogie, la formation des professeurs), trop souvent ce qui est mis au premier plan est le quantitatif, comme solution magique, coupé du qualitatif.
Je voudrais, en évoquant des propositions de candidats, aborder trois points:

  • les effectifs de classe
  • la rémunération des enseignants
  • le « plus » du soutien et de l’aide aux devoirs

Je réserve le troisième point pour un futur billet. (more…)

Post -vérité et école

On débat en ce moment autour de la notion de « post-vérité », à l’heure où celle de « post-factuel » fait son entrée dans wikipedia et où se déchainent les mensonges les plus grossiers et autres manipulations dans les réseaux sociaux. Cela peut donner lieu d’ailleurs à des discussions passionnantes, comme vendredi 6 janvier dans l’excellente émission de Hervé Gardette (un bijou de post-truthFrance culture), que je cite car c’est une sorte de modèle de ce que peut être un débat intelligent avec un animateur haut de gamme.

Bien entendu, le domaine éducatif n’est pas épargné par les trumperies et autres pédagexits, on peut même dire que le sujet est en première ligne de la désinformation, de la calomnie et du mensonge éhonté. (more…)