Enseigner au XXI siècle

Derniers billets

Ah oui, le réchauffement climatique…

Bien sûr, l’affaire Benalla n’est pas anodine et révèle surtout un fonctionnement des plus hautes instances de l’État peu digne d’une démocratie, et pas vraiment en rupture avec ce qu’on connait depuis des décennies (depuis les agissements du SAC, les écoutes secrètes de l’Elysée, etc.) Il est sain que la presse enquête et montre qu’elle est loin, très loin d’être « aux ordres », pas plus que la Justice. Au passage, soulignons quand même la différence avec des régimes où un homme de main du pouvoir ne serait pas visé (à juste titre) parce que coupable de violence sur manifestants, mais où, de Managua à Moscou, en passant par Ankara, il le serait pour n’avoir pas usé de violence contre « les ennemis de la Nation ».

Bien sûr, il était normal de consacrer de nombreux articles à la victoire des Bleus. J’ai moi-même vibré lors de la finale, ai été ébloui par les courses folles de Mbappé, la maitrise de Varane ou les beaux arrêts de Lloris et sensible à l’hommage à la « République » des joueurs, même si cela pouvait être aussi un « élément de langage ». La joie dans les rues était belle à voir, même si les débordements, parfois « machos », sont toujours pénibles et pas nouveaux (je me souviens d’une traversée très pénible dans Paris en 2006 après une victoire en demi-finale, pris par hasard au volant de ma voiture au milieu d’une foule certes euphorique, mais aussi inquiétante-voiture secouée, etc.)

Mais pendant ce temps… (suite…)

Orwell, Weber, Hugo…

Je vais inaugurer en cette saison V de mon blog (bientôt 200 billets) une nouvelle formule en alternance avec des points de vue sur un sujet précis : quelques réflexions qui me viennent au fil de lectures ou auditions médiatiques, toujours en lien plus ou moins direct avec l’éducation. Occasion de signaler des éléments intéressants qu’ils soient déplorables ou stimulants…

La guerre, c’est la paix ! »

On connait les fameux slogans du monde de Big Brother dans 1984, dont celui-ci. Certes, des paradoxes judicieux peuvent prendre la forme de ces formules saugrenues, qui sont en quelque sorte des « contre-tautologies ». Mais c’est aussi une grande facilité de pensée et une astuce de la com, qui nourrit parfois de vains slogans, empêcheurs de penser tout autant que leur plat envers. (suite…)

Si ça vous amuse !

Les propositions faites par de très sérieux linguistes et grammairiens belges de mettre fin à l’obligation d’accorder différemment le participe passé selon qu’il est employé avec «être » ou « avoir » risquent à nouveau de déclencher une polémique (si ce n’est déjà fait). Après la querelle du prédicat, il faut bien se mettre quelque chose sur la dent. On va évoquer la défiguration de notre belle langue française, la beauté du « es » des « fleurs qu’on a cueillies », dénoncer le laxisme qui va mener inéluctablement à une écriture phonétique et accentuer la déjà dangereuse pente de la paresse généralisée et du renoncement à tout effort. On croirait par moments entendre d’ailleurs des discours du bon vieux Maréchal… Et puis ces Belges ne veulent-ils pas ainsi se venger de leur défaite en coupe du monde en s’en prenant à un quasi symbole national, eux qui, en Wallonie du moins, prétendent toucher à une langue dont ils ne sont que des dépositaires, avec leurs bizarreries (pourtant bien rationnelles parfois tel le « septante » et le « nonante »….)

Je sais, j’ai déjà utilisé ce dessin de Charb, mais je ne résiste pas à le mettre à nouveau (paru dans les Cahiers pédagogiques)

Les toujours-déjà nostalgiques d’un passé rêvé qui constamment regrettent le piétinement de la belle langue sont fatigants. Savourons la délicieuse réplique de Victor Hugo après la déclaration de Victor Cousin : « la décadence de la langue française a commencé en 1789 » : « à quelle heure s’il vous plait ? ». Ces tristes personnes qui « contre les mœurs du temps se mettent en peine » (suite…)

Penser contre soi-même?

Nous avons vécu lors de nos traditionnelles rencontres d’été du crap-cahiers pédagogiques en ce mois d’août un moment fort avec la conférence de André Tricot autour de l’innovation, ses limites et la nécessité de ne pas se contenter d’idées commodes  en ayant le courage de savoir les questionner.

Les adversaires de la pédagogie sont parfois si bornés qu’ils sont incapables de comprendre qu’un chercheur, ami des Cahiers pédagogiques dont il fait souvent l’éloge, auquel il collabore, puisse inviter à interpeller nos croyances, de les faire passer sous les fourches caudines au besoin de l’évaluation à partir de recherches rigoureusement menées. (suite…)

L’absurde politisation du passé simple

Ne pas faire apprendre très tôt les conjugaisons complètes du passé simple (et j’espère bien avec les verbes « moudre » ou « convaincre ») semble être pour les pourfendeurs des programmes actuels de l’école et du collège un signe fort d’abandon de la Culture, de la Civilisation, de l’Identité nationale autour de notre langue et un « mépris » pour les élèves qui y ont droit, nous dit la présidente du Conseil supérieur des programmes dans un entretien au Point qui ne correspond pas vraiment à l’image que j’ai de la philosophie et des philosophes.

Ne pas connaitre les autres personnes que la troisième empêcherait de comprendre les admirables vers de Racine et priveraient nos chers petits d’un des joyaux de la langue française, avec cet accent circonflexe au pluriel qui est si beau, n’est-ce pas ? (suite…)

La passion du foot: faire avec!

Certes, il y a bien des questions plus importantes que la coupe du monde de football : le sort  des migrants de l’Aquarius, les tweets ignobles de Trump et les non moins ignobles références bibliques de sa garde rapprochée pour justifier cyniquement la séparation des enfants migrants de leurs parents, ou pour en rester au domaine éducatif l’avenir des lycées généraux et professionnels, ou le décalage entre la com ministérielle sur la réduction des inégalités à l’école et une réalité qui ne bouge guère dans le bon sens.

Certes, il est un peu consternant que la « une » du site internet du Monde soit consacré plus à des Colombie-Japon (à l’heure où j’écris) qu’à l’élection inquiétante de la droite dure dans le premier pays ou le regain de nationalisme dans le second. (suite…)

Le politiquement correct, ça veut dire quoi ?

Trop d’élèves musulmans contestent certains contenus de cours et remettent en cause la laïcité. Bien des élèves ne sont pas à leur place au collège, mais on les fait passer de classe en classe au nom de l’égalité et de la bienveillance. Inclure les élèves handicapés (pardon, « en situation de handicap ») dans les classes ordinaires, c’est généreux, mais dans bien des cas, ça ne profite à personne et cela s’avère trop compliqué pour les enseignants. Il y a trop de laxisme à l’école, il règne trop souvent un « anarchisme pédagogique », où chacun fait ce qu’il veut, certains oubliant qu’ils sont fonctionnaires d’État.

On pourrait multiplier ce genre d’affirmations et de déplorations qui ont en commun de se vouloir en opposition au « politiquement correct ». Or, cette expression mérite pour le moins d’être interrogé (suite…)

Le contraire de « blanc », c’est forcément« noir » ?

Il est toujours intéressant en classe de français de faire chercher par les élèves le ou les antonymes de tel ou tel mot. En fait, de même que son envers, le synonyme ne peut signifier de manière absolue « qui a le même sens », l’antonyme représente le « contraire » de façon souvent floue et changeante. Le plus souvent, le contexte est essentiel pour pouvoir déterminer quel est le bon antonyme. Certes, il y a des cas où la logique binaire joue à plein. L’antonyme du candidat élu à une élection est bien le candidat battu, l’antonyme de allumé est bien éteint (on et off).Mais les choses sont souvent moins nettes. L’antonyme de  naitre, est-ce mourir? de courir, marcher ou  rester immobile ? Et il y a souvent des degrés d’antonymie. Froid peut s’opposer à chaud, à  tiède ou à glacé selon les contextes. Opposer léger ou superficiel à profond n’a pas la même signification.

Dans le domaine auquel est consacré ce blog, l’éducation, certains sont très forts pour créer des antonymies qui les arrangent et naissent ainsi des oppositions très contestables, dont je vais donner quelques exemples : (suite…)

Laïcité : des enseignants victimes de la traitrise et de la lâcheté ?

Charlie Hebdo a publié récemment un hors série « Profs, les sacrifiés de la laïcité » à la tonalité sombre et dramatique, dénonçant une « lâcheté » de l’institution devant la montée des intégrismes religieux (principalement islamique), institution qui abandonnerait les enseignants, victimes numéro 1 de ces trahisons. Dans un entretien au Parisien, le rédacteur en chef du magazine va plus loin encore, déclarant qu’on avait une génération d’ados « foutue ». Rien moins que cela! (suite…)

Au nom de quoi être critique sur les directives ministérielles ?

Récemment, des « notes de service », signées du ministre, sont parues sur l’enseignement de la lecture et l’écriture et celui des mathématiques, principalement orientées vers l’élémentaire. En même temps parait un guide « orange » qui, nous dit-on, n’est là que pour fournir des « repères » aux enseignants, mais qui peut apparaitre comme prescriptif et injonctif, tant il va loin dans les détails de ce qui serait fortement conseillé aux enseignants. De plus, cela a été accompagné par des interviewes du ministre dans des médias grand public où ce qui peut paraitre nuancé et plus équilibré dans les textes officiels disparait au profit d’un simplisme communicationnel, digne de ce « populisme éducatif » dont parle Xavier Pons. (suite…)