Supposons que je dise…

Supposons que, rentrant du Salon de l’Education, porte de Versailles, je dise que finalement, ça fait du bien d’être parmi plus de cinq cent militants associatifs à soutenir la refondation de l’école, et à ne pas hésiter à applaudir le discours du ministre appelant à poursuivre l’action pour que l’école obtienne enfin de meilleurs résultats, surtout en matière de réduction des inégalités.

Supposons que je dise que, malgré tous les agacements que je peux avoir devant les insuffisances de cette refondation, ici trop de lenteur, là trop de précipitation, malgré les déceptions (si peu pour la formation continue, si peu pour associer vraiment les mouvements pédagogiques et d’éducation nouvelle aux réformes, si peu pour changer la gouvernance des établissements…), malgré le sain scepticisme, de principe, devant tout discours lyrique qui peut masquer des réalités bien plus médiocres, oui que malgré tout cela, je suis plutôt satisfait d’avoir un ministre qui a compris les grands enjeux de l’école, qui n’insulte pas les pédagogues et n’est pas tenté constamment de conjuguer l’école aux seuls temps du passé.

Supposons que je dise  qu’on ne pourra avancer, bâtir cette école pour ceux qui, comme le rappelait Eric Favey (de la Ligue de l’enseignement), entrant à l’école maternelle cette année, vont voter en 2027 et dont on ne sait pas bien dans quel monde ils seront, de solidarité accrue ou de concurrence généralisée, qu’on ne le pourra sans avoir un peu confiance dans le futur, en abandonnant la posture de « résistance » (quel mot galvaudé) en reprenant à ma manière le vieux slogan soixante-huitard : « soyons réalistes, demandons l’impossible ! » (1)

Supposons que je veuille faire partager mon envie d’être un acteur du changement, sans bonnet rouge ni plume de dindon (s’identifier à un dindon, non merci !), pas prêt à appuyer sur le bouton automatique de l’appel à la grève dès qu’on n’est pas totalement satisfait, pas prêt à adhérer à un discours sur la « fatigue »  quand les chiffres alarmants nous montrent les si grandes insuffisances de notre école (n’est-ce pas le discours sur la fatigue qui fatigue le plus ?).

Oui , supposons que je dise tout cela, comment faire autrement que d’assumer les accusations de naïveté, bisounoursophilie (il faudra un jour que je regarde ce celèbre dessin animé que je ne connais pas vraiment !), ou celle d’être un « valet des puissants », « à la botte de la maffia socialiste » et en dernière instance un serviteur des Maîtres suprêmes du libéralisme qui veut détruire notre école et que servent nos gouvernants actuels. Je caricature à peine, hélas !

Eh bien tant pis !

D’autres billets, moins dans la continuité de celui-ci et du précédent, aborderont d’autres sujets, mais il est des temps où on a envie de se situer comme citoyen, au-delà de sa position professionnelle et « corporative » (qui ne se confond pas avec le corporatisme). Un autre slogan de manifs anciennes que je détourne un peu : « prof, sous l’uniforme, tu  restes un citoyen ! »

(1) Je vous épargne la métaphore footballistique sur l’équipe de France face à l’Ukraine qui défie tous les pronostics pessimistes. En fait , je viens de ne  pas vous l’épargner!

8 Comments

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8 Responses to Supposons que je dise…

  1. Jouanny Anne-Marie

    Essayé. ..

  2. Jouanny Anne-Marie

    Bravo.
    Complètement d’accord avec vos pensées encore plus d’actualités en 2015….
    J’ajoute pour ma part en avoir assez de ces vieux revolutionnaires, qui disent non à tout avant d’avoir essayer.
    L’école ne va pas bien. Il faut essayer, tenter…bouger pour nos élèves.
    Bien à vous,
    Une prof de musique qui tente.

  3. Pingback: Au salon européen de l’éducation | Le corps enchaîné

  4. Marie Lavin

    Bravo et merci.

  5. Etiennette Vellas

    Une porte d’entrée qui me semble la plus intéressante pour nos mouvements pédagogiques et d’Education nouvelle : oeuvrer, ensemble, à construire le cap et le chemin. Merci Jean-Michel

  6. Jean-Charles Léon

    Merci Jean-Michel. Il n’y a pas que moi qui me sens « collabo », « jaune »… Ils me font rires, les révolutionnaires qui, à force de révolution, sont revenus à leur point de départ !

  7. Beau billet, dans lequel il est bien difficile de ne pas se reconnaître !

    Le dernier paragraphe me fait penser à la citation qui se trouve en exergue de mon blog, que l’on doit à Jules Claretie : « Tout homme qui […] fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande armée des gens d’autant plus sévères qu’ils ne font rien du tout. »

  8. Pingback: Supposons que je dise… | Enseigner au XX...

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