Enseigner au XXI siècle

Les profs de classes prépas, saints et martyrs ?

Que de mots dans la presse à propos des professeurs de classes prépas ! Est-ce vraiment une affaire nationale, voire un de ces « drames français » qui amusent parfois nos voisins ? Faut-il y consacrer encore quelques lignes, au risque de répéter ce qui se dit ici ou là.
Je me contenterai de quelques remarques, qui me viennent à l’esprit, alors même cependant que ce que révèle PISA et ce que montrent tous les jours les enquêtes sur notre école montrent que les problèmes essentiels ne se posent pas dans la rémunération plus ou moins grande de ceux qui enseignent à nos élites, quand bien même le problème ne serait pas négligeable.

-les profs de classes prépas se comportent comme n’importe quelle corporation qui voit ses revenus baisser, qui subit des effets de la « crise », l’ « élite de la Nation » défend ses intérêts. Peut-être avec raison, mais en tout cas, il ne faudrait pas brandir l’universel, la civilisation menacée et l’intelligence bafouée. Mais il est vrai que n’importe quelle catégorie qui défend ses intérêts brandit facilement l’intérêt général, c’est ainsi…

– on est quand même en pleine manifestation de la religion du diplôme. Avoir fait des études difficiles « donnerait droit » à vie à de meilleurs salaires, à de meilleures conditions de vie. Peu importe l’efficacité réelle ensuite. On est quand même dans une société aristocratique, (le mot « mérite » d’ailleurs revient tout le temps dans par exemple les tragédies de Corneille, c’est un mot-clé essentiel, donc le mérite ne s’oppose pas à la noblesse ; et certes, de droit tout le monde peut être prof de prépa, mais dans les faits, on est bien dans les inégalités au berceau dont parle Camille Peugny. SI j’étais méchant, je citerais Molière : «Je trouve que c’est le métier le meilleur de tous; car, soit qu’on fasse bien ou soit qu’on fasse mal, on est toujours payé de même sorte » (du moment qu’on a travaillé dur à dix sept ou dix huit ans, mais bien sûr c’est simpliste, réducteur et je connais des profs de prépas qui font particulièrement bien leur travail et ont à cœur la réussite de leurs élèves, et pas seulement des meilleurs.

– ce qui me choque, et que j’avais déjà lu dans le texte de Darcos présentant en 2007 le programme de Sarkozy, c’est l’idée selon laquelle les meilleurs profs sont ceux qui ont les meilleurs élèves. Chaque tâche a sa difficulté. La professeure des écoles avec des enfants de maternelle en ZEP à qui il faut tout apprendre, comme le professeur de Henri IV qui doit faire de bons cours, costauds, sur un texte de haut niveau. J’ai eu il y a bien longtemps, en un temps où il y avait beaucoup moins de classes prépas, des profs de tous genres. Dans un lycée pourtant plutôt bien coté (avec 4 intégrations à l’ENS dont la mienne, mais franchement plus dûes au climat de stimulation intellectuelle entre nous qu’aux profs), j’ai vraiment connu des situations très diverses. Un prof hyperbrillant, qui m’a éclairé sur Rousseau, un nullard absolu qui faisait des cours pitoyables. Arrêtons la mythologie des profs tous admirables, tous merveilleux , avec merveille des merveilles, les profs de classes prépas. ça ne vaut pas mieux que la diabolisation du genre « toujours en vacances », « pas à la hauteur », etc.

Et si on était plus humbles, plus modestes, plus à l’écoute des énormes inégalités de notre société.

Dernière remarque : les mouvements de prépas ont améné des élèves à manifester avec leurs professeurs. On est bien loin des manifs de ma jeunesse où tous les internes de la Khagne manifestaient contre Franco ou Marcellin (ça ne nous rajeunit pas…), mais peu importe. Est-ce que le Figaro ou la PEEP s’insurgent contre cet enrôlement des jeunes pour des causes qui les concernent si peu ? J’aimerais savoir si les principes de neutralité républicaine sont vraiment respectés dans les classes (je les ai toujours respectés et n’ai jamais fait de propagande pro-grève auprès d’élèves, je ne change pas de discours pour la circonstance) Je m’amuse aussi de voir tout d’un coup, des pourfendeurs de dépenses publiques (presse de droite) proclamer que 25 millions, c’est une bagatelle, en comparant de façon démagogique à l’ensemble du budget de l’éducation. Facile et démagogique !

Bref, on est quand même dans un grand bal de l’hypocrisie ou dans le grand mouvement d’hystérisation de la société française.

Répétons-le, pendant ce temps, on n’aborde pas de vrais sujets. Pas sûr du tout en tout cas, contrairement à ce qu’affirme de façon péremptoire Patrick Fauconnier dans le Nouvel observateur, que la qualité de l’enseignement dépende du salaire des profs. J’attends par exemple qu’on me démontre l’efficacité de la prime individuelle ZEP (qui aurait pu être convertie en volant d’heures selon les investissements de chacun). Donc je ne crois pas non plus que le principe des vases communicants profs de ZEP-profs de prépa soit ici l’alpha et l’oméga. Mais de grâce, arrêtons de dire que c’est notre belle civilisation française qui est en péril parce que des primes ou indemnités sont diminuées.

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Commentaires (17)

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  2. Rekrutacja odwrocona

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  3. Irwin Mastrolia

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  4. Sirius

    « pourquoi beaucoup de commentaires sur ce sujet, et pas par exemple sur les programmes du primaire et secondaire qui me semblent un sujet d’une importance plus grande. »
    La réponse me semble simple et de bon sens : il n’est pas étonnant d’attirer des nombreux commentaires quand on parle de façon péremptoire de ce que l’on connaît mal.
    Parlez-nous donc des programmes du primaire et du secondaire qui sont, effectivement, des sujets de première importance.

  5. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Les commentaires argumentés sont toujours utiles et intéressants et je ferai le maximum pour y répondre.
    Sur le diplome, je pointais un problème plus général et plus sur le fond: dans l’argumentation excessive de certains médias en faveur de l’excellence des profs de prépa, il y a quand même cette idée qu’un diplôme supérieur « donne droit » à plus, pour toute la carrière, et je pense que la religion du diplôme est néfaste en France. J’y reviendrai.
    Je veux bien admettre l’insuffisance de mon information concernant la mobilisation des élèves. Là encore, j’ai toujours une certaine méfiance envers un discours enrôlant de professeurs, j’ai connu ça dans les lycées. Mais si vous m’affirmez que les profs de prépa sont restés neutres et n’ont pas cherché l’appui des élèves, je vous en donne acte, je n’ai pas d’élément vraiment solide dans un sens ou dans un autre. Ceci dit , parler de « diffamation » est également excessif…
    Quant aux 25 millions, là encore, il y a un raisonnement pernicieux de dire « qu’est-ce que 25 millions » quand ça arrange telle ou telle catégorie, qu’elles soient coiffées de bonnet rouge ou autres. Et comparer cette somme au budget de l’EN me parait démagogique.
    Maintenant, le fait d’avoir lier cette mesure à la révalorisation des profs de ZEP (dont j’ai dit que je doutais de l’efficacité, alors qu’il faudrait donner du temps à partir de projets à des équipes, ce qui serait beaucoup plus « rentable » que de payer des sortes de primes de pénibilité -bien que soit dit en passant, les ZEP ne se limitent pas à la pénibilité, j’y ai vécu des expériences passionnantes et enrichissantes), était très maladroit. et d’autre part, il ne fallait se lancer là dedans qu’en étant sûr de soi, et ne pas reculer ainsi ce qui donne encore une mauvaise image de ce gouvernement, que je soutiens par ailleurs, malgré ses errements.
    Une remarque: pourquoi beaucoup de commentaires sur ce sujet, et pas par exemple sur les programmes du primaire et secondaire qui me semblent un sujet d’une importance plus grande.

  6. Pichaureau

    Vous montrez une grande ignorance du système des classes prépas. Vous jugez sur des on-dits et des opinions infondées. C’est très dommage, mais c’est aussi très courant.

    Quelques exemples :

    * vous sous-entendez qu’il y a un diplôme qui donne droit à vie à un poste en CPGE. C’est totalement inexact. Les profs de prépa sont recrutés parmi des gens ayant l’agrégation et/ou des thèses et/ou des doctorats. Mais ils ont recruté aussi sur leurs compétences d’enseignants ! Ce sont d’ailleurs les seuls de l’EN qui soient nommées par quelqu’un, explicitement, pour tel ou tel poste. Il faut donc faire ses preuves si on veut évoluer, changer de poste, de ville, de lycée, etc.

    Bref, des diplômes pour la formation, suivi d’une sélection et d’une évaluation par l’Inspection Générale pour l’attribution ou pas d’un poste. Que voulez-vous de plus juste ?

    * Le pb que vous citez (des incompétents maintenus en place) est général à toute la fonction publique. C’est un véritable malheur, à la fois pour ces personnes et pour l’état. La solution est d’offrir une réelle mobilité dans l’appareil d’état, de la formation continue, des conseils, des soutiens, etc.

    La gestion des ressources humaines de l’état français est pitoyable. Celle de l’éducation nationale est à peine digne du 19ième siècle. Mais c’est un débat tout à fait différent de celui de l’efficience du système CPGE…

    * Je ne peux pas vous laisser dire que les élèves ont été enrôlés. C’est de la diffamation pure et simple, et je vous demande publiquement d’en donner des preuves.

    Bien au contraire, nous avons été nombreux à refuser de parler de ce mvt de grève en classe. D’ailleurs le nb d’élèves étant venus manifesté est resté très modeste par rapport au nb total d’élève de CPGE.

    * 25 millions, franchement, oui, ici, c’est une bagatelle. La réforme n’en était absolument pas une ! Rien, absolument rien n’était touché au fonctionnement des CPGE à un détail près : pour le même travail, les enseignants étaient payés moins.

    Qu’est-ce qui motivait une telle décision ? L’économie ? Allons bon ! Dans le même temps Peillon créé 4000 postes en collège. Nous avons été nombreux à y voir un jugement méprisant sur notre travail, une mesure purement vexatoire. Rien d’autre ne semble la motiver.

    C’était une idée idiote, à tout point de vue.

  7. Pingback: Blogosphère | Pearltrees

  8. sacrecharlemagne

    désolé, http://sacrecharlemagne.blog4ever.com/demaintous-pedagogues

    Il va falloir que je m’achète une mémoire, ou une concentration, ou les deux 🙂
    Loic Bonnas

  9. sacrecharlemagne

    Pour le coup, je me refais VRP de mon blog, il aurait été trop long de répondre ici et sur le « rassembler » d’un précédent billet…

    Je suis consterné par la réaction de Léon 🙁

    Si JMZ a des convictions citoyennes de partage des richesses des profs de prépas (mais pas que visiblement) que je ne partage politiquement pas, je trouve qu’il explique assez bien qu’on ne peut comparer les différentes missions des différents enseignants (contrairement à ce qu’on peut souvent lire ici ou là)

  10. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Vous parlez sérieusement? Les profs de prépa seuls à être évalués à cause des résultats de leurs élèves? Franchement, c’est surréaliste (au mauvais sens du terme). Etre à Versailles ou Henri IV est le facteur numéro 1 de réussite, même s’il y a d’excellents profs en province, il y a un effet d’émulation qui est très fort et c’est ce que j’ai vécu autrefois en prépa, effet bien plus important que la qualité des profs très variable (et j’en ai eu de vraiment très très mauvaise qualité). je pense en plus qu’il y a une grande différence entre prépas lettres et sciences, dans le premier cas, le critère de réussite n’est pas la réussite au concours (très peu de places), mais une bonne propédeutique à l’enseignement supérieur.
    je n’approuve pas le « mépris » pour ma part, mais je comprends aussi certains agacements devant cette prétention de certains de ces profs d’être si supérieurs au vulgum pecus des profs. Mais je sais que certains sont consciencieux et soucieux de la réussite de leurs élèves. Et une forme d’évaluation, c’est le faible nombre d’élèves qui abandonnent. Prend-on assez en compte ce critère?

  11. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Là on va dire que je « crache dans la soupe », mais j’ai dit que j’avais été normalien (mais ensuite prof de ZEP par choix) pour ne pas prêter flanc à l’accusation de jalousie.
    Mais votre « vigilance orthographique » aurait pu aller plus loin, voyez-vous et même relever des bévues que vous allez trouver indignes d’un normalien, non?:
    Je me contenterai de quelques remarques, qui me viennent à l’esprit, alors même cependant que ce que révèle PISA et ce que montrent tous les jours les enquêtes sur notre école montrent que l
    Répétition

    SI j’étais méchant
    Maj en trop

    dix sept ou dix huit ans=
    Trait-d’union et =

    avec 4 intégrations
    Quatre

    les mouvements de prépas ont améné
    Amené

    Je m’amuse aussi de voir tout d’un coup, des pourfendeurs
    Virgule en trop

    de façon démagogique à l’ensemble du budget de l’éducation. Facile et démagogique
    Enlever un des deux « démagogique »

    Mais ne perdez donc pas de temps à lire mes billets « sans intérêt », je vous en prie…
    JMZ

  12. Sirius

    @ Guy
    « La réussite au concours ne valide que la bonne préparation aux concours. » Oui, « que », incroyable ! Des professeurs qui remplissent leur mission en étant jugés sur leurs résultats. Quelle horreur ! Où irait-on si on généralisait cette règle ?

  13. Guy

    Après toutes ces remarques, deux questions :
    – la réussite des élèves de prépa repose-t-elle uniquement sur le travail fait par les profs de prépas ? (Au fait, comment sont-ils arrivés là, ces élèves ?)
    – comment peut-on être sûr qu’un processus qui donne un excellent résultat le fait pour son juste coût ? (Et avec encore plus de moyens, on ferait vraiment mieux avec ces mêmes élèves ? Finalement, avec un peu moins …)
    PS : La réussite au concours ne valide que la bonne préparation aux concours. Est-ce bien là la vraie valeur ajoutée (revendiquée) des profs de classes prépa, rendre accessible à quelques-uns ces lieux qui forment nos élites ? (finalement, ce n’est peut-être pas une question de connaissances, seulement la conformation à des codes établis).

  14. Henriet

    Sans intérêt notable…sauf que j’apprécie le conseil d’humilité de quelqu’un qui en profite pour glisser qu’il est normalien et qui , pour se rattraper écrit due avec un accent circonflexe..,

  15. Sirius

    Certes, les profs de prépas défendent leurs intérêts. Comme tout le monde. Mais il y a une profonde malhonnêteté intellectuelle à écrire « Peu importe l’efficacité réelle ensuite. » Car les profs de prépas sont justement les seuls dans l’éducation nationale à être soumis à une évaluation indépendante annuelle : la réussite de leurs élèves dans les concours auxquels ils préparent.
    Quand au « mépris » de Léon Jean-Charles pour des professeurs qui, selon lui, ne connaissent rien à la pédagogique, il ne mérite même pas le mépris tellement il est grotesque.

  16. Léon Jean-Charles

    Bonjour Jean-Michel.
    J’adhère à ce que vous écrivez. Merci. Quant aux professeurs de classes prépa ? Mon profond mépris, à la plupart, eux qui ne connaissent ni le A, ni le B de la pédagogie. Ne leur résistent que les étudiants qui leur ressemblent. La consanguinité n’a jamais fait de belles choses.

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