Enseigner au XXI siècle

Les élections municipales et l’école

Les élections municipales sont ou devraient être un grand moment de la vie civique. Dans un monde médiatique qui serait plus centré sur l’essentiel, elles occuperaient une place plus ample ; on  montrerait davantage la grandeur du mandat municipal, la passion qui anime bien des élus et leur engagement fort dans tout ce qui a un rapport étroit avec la vie de tous les jours. Je ne parlerais pas de elections municiaples« dévouement », un mot que je n’aime guère, car il y a aussi une dimension « plaisir » sans laquelle d’ailleurs un engagement me paraitrait suspect.

Je suis pour ma part engagé dans le « combat » (pacifique) des élections municipales dans ma ville de 20 000 habitants (Nogent sur Oise) dans une liste (avec des chances raisonnables d’être élu dans dix jours) pour m’occuper un peu d’éducation au sein d’une équipe vraiment intéressante, plurielle, citoyenne et qui a l’avantage d’être constitué de gens de métiers différents avec une proportion limitée d’enseignants, ce qui n’est pas plus mal finalement !

Une campagne électorale, je trouve ça enthousiasmant : le porte-à- porte qui nous fait rencontrer des gens de toutes sortes : des sympathiques et des sympathisants, des grincheux, des inquiets, ceux qui voteraient volontiers Front national (mais heureusement celui-ci n’a pas été capable de faire une liste malgré de beaux scores habituels aux élections nationales) mais avec qui il est intéressant de discuter ; rédiger des papiers électoraux : comment être simple, lisible, concret, mais pas démago, trouver le juste équilibre entre la sérénité et la nécessaire riposte aux arguments des adversaires surtout quand il y a désinformation et déformation de la réalité sur des questions comme la délinquance ; mais aussi partager des moments forts avec des personnes très différentes, y compris d’ailleurs celles qui ne partagent pas vraiment vos options politiques sur le plan national, mais rassemblées autour de valeurs et de volonté d’action pour leur ville.

Mais je ne perds pas de vue l’objet de ce blog qui est de relier notamment de relier l’actualité aux questions de l’école. Et je voudrais ici évoquer trois points à propos de ces élections qui concernent le monde de l’école : les rythmes scolaires ou plutôt le temps de l’enfant, la politique culturelle en direction des écoliers, le champ de compétences d’une commune aujourd’hui.

Sur les rythmes. J’ai coordonné avec Christine Vallin un dossier numérique sur le sujet il y a quelques semaines. On pensait alors que la question serait un enjeu fort des élections municipales. Or, il en a été assez peu question et dans ma ville, pas un vrai sujet de polémique, contrairement à la sécurité ou la fiscalité. Peut-on espérer que peu à peu on passera des cris d’alarme et des descriptions apocalyptiques d’une école devenue centre de loisirs à de vrais débats, ouverts, sur le temps de l’enfant ? Par exemple, quel rôle peuvent jouer les activités péri-scolaires par rapport à l’acquisition de compétences ? Il peut y avoir de vrais clivages, qui ne sont pas gauche/droite sur le rôle éducatif de celles-ci (et non occupationnel ou simplement ludique), sur les frontières de l’école (destinées à  faire barrage ou vouées à être franchies ?) Un débat d’avenir sur la place spécifique de l’école dans une vision large de l’éducation, alors même que certains voudraient revenir  à un sanctuaire mythique, qui n’a jamais vraiment existé en fait, où on se contenterait d’instruire. Une école qui résiste au monde et non une école qui fait aussi aimer le monde, pour reprendre la dichotomie de Denis Meuret, dont je recommande le livre sur la comparaison France-Québec.  Débat qui peut être passionnant s’il n’est pas passionnel…Mais il ne faut plus parler des rythmes scolaires, mais bien du temps de l’enfant, et du temps d’apprendre.

Sur la culture. Dans ma ville, où le nombre de diplômés est restreint et où aller à un spectacle un tant soit peu exigeant n’est pas une habitude très partagée, nous avons (je dis « nous » car je me suis engagé dans le mandat précédent à un niveau de responsabilités fortes dans la politique culturelle) développé une politique culturelle ambitieuse, d’éveil à de grandes œuvres chez les élèves : des spectacles de grande qualité, comme une adaptation de Niels Holgersen, récemment, pour un millier d’enfants (en trois séances), peu familiers des scènes théâtrales, et cent autres exemples. Là aussi, c’est un choix, surtout budgétaire. Mais cela ne fait-il pas partie des missions d’une ville « éducatrice », qui par ailleurs favorise aussi le sport de masse, des animations en tous genres notamment à la Médiathèque, des spectacles de rue, etc.

Sur le champ de compétences. Dans le rapport de Terra nova auquel j’ai participé, on s’interroge sur qui doit gérer au niveau collectivités ce qui se rapporte à la scolarité obligatoire. La commune n’a-t-elle pas son mot à dire ? Evidemment, les choses sont plus simples dans une ville où tous les collégiens sont de la commune, ce qui est le cas localement. Mais déjà aujourd’hui, quelle doit être l’implication d’une ville au-delà de l’école primaire ?  Les liaisons intercycles, qui préfigurent l’école du socle, concernent la politique municipale (aide aux projets, propositions d’interventions…) Nous envisageons pour ma ville le développement d’une maison des sciences pour aller dans le sens de l’opération de la Main à la pâte où certaines de nos écoles ont été fortement impliquées (l’une d’elles a pris d’ailleurs récemment le nom de Georges Charpak). Il y a aussi la question du soutien scolaire, de l’aide aux devoirs. Dans la ville proche de Creil, je m’occupe depuis 25 ans d’une association d’aide aux devoirs pour collègiens qui bénéficie d’une subvention appréciable de la ville, ce qui est aussi est lié à des choix budgétaires (pas de réduction de la subvention malgré la crise)

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Je pense qu’il faudrait, dans les ESPE notamment, faire réfléchir sur les liens entre école et commune, surtout, mais pas seulement pour ce qui concerne l’école primaire.  Dans nombre de pays qui réussissent au niveau enseignement, il existe un lien fort avec les collectivités. Mais il est intéressant aussi de travailler sur les dérives possibles, sur le plan budgétaire, sur le plan de l’interventionnisme possible des élus (qui doivent aussi être formés sur les enjeux éducatifs, par exemple autour de la question du numérique). Là encore, un chantier stimulant, loin des polémiques électorales.

Dans un futur commentaire de ce billet, je vous dirai si oui ou non, tous ces projets qui me tiennent à cœur pourront ou non se réaliser, selon le résultat des élections….

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Commentaires (2)

  1. Ella

    Bonjour mr Zakhartchouk,

    Je suis egalement sur une liste pour les municipales de 2020 (dans une autre région de FranceM et je m’occupe de l’education. Est-il possible de vous contacter en privé pour échanger ?

  2. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    un peu atypiques les résultats: la liste dont je fais partie est passée au premier tour (conduite par le maire sortant PS, mais de large rassemblement). Le fruit d’un gros travail , y compris dans le porte-à-porte et la rédaction soignée d’un programme ambitieux, mais réaliste. Je suis très heureux, au milieu des mauvaises nouvelles du côté d’Hénin (j’ai débuté dans l’enseignement à deux pas de là) ou d’Avignon (ville magique, qui ne peut pas devenir ville maudite)!

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