Enseigner au XXI siècle

PISA, suite : qu’est-ce qui est évalué ?

Je poursuis mon analyse des critiques qui sont faites à PISA par certains chercheurs et journalistes éducation et j’en viens au contenu des épreuves elles-mêmes, sans oublier pour autant que celles-ci s’accompagnent aussi de questionnaires (nous y reviendrons)

On connait certaines épreuves, et celles-ci sont très loin de n’évaluer que des connaissances basiques à l’aide d’un QCM.  Je prendrai quelques exemples. Dans l’une d’elles, sur laquelle butent beaucoup de jeunes, on demande de classer le degré de fiabilité de sondages électoraux selon qu’ils partent d’échantillons purement aléatoires ou plus représentatifs, suivant la taille du groupe des sondés, etc. C’est une fausse épreuve mathématique, car il s’agit davantage de raisonner et de savoir mobiliser quelques connaissances ici assez élémentaires pour bien répondre. Mais le nombre d’échecs est important. Voilà bien une compétence (mesurer la fiabilité d’une information) qui est vraiment une compétence du XXI° siècle, à l’heure d’internet, trop peu travaillée à l’école et qui n’ a rien à voir avec un formatage de l’individu dans un sens « libéral » (injure suprême !). Le fait que les réponses s’expriment par un QCM est secondaire (car c’est bien plus aisé à dépouiller bien sûr), d’autant que ce n’est pas la règle.

Citons aussi les exemples intéressants publiés par le Monde

Dans une autre épreuve, longuement analysée il y a quelques années dans La Revue française de pédagogie de manière critique (pointant des problèmes, mais ne conduisant pas à une remise en cause selon moi de ce type d’épreuve- je n’ai pas bien compris d’ailleurs ce qu’en fin de compte concluaient les auteurs de l’étude), les élèves devaient rédiger une page dans un dépliant recommandant de « ne pas nettoyer les plages » ceci pouvant s’avérer nocif, à rebours du bon sens, mais avec des arguments convaincants). Il fallait pour cela utiliser un article au titre provocateur : « sauvez une plage, gardez-la sale ! ». Là encore, on sollicitait une compétence d’écriture, mais avec un préalable d’analyse assez subtile, de mobilisation de savoirs et savoir-faire dans une situation complexe et qui a mis en difficulté pas mal d’élèves. Faire écrire des textes de toutes sortes, avec une intention, fait bien partie du socle commun en France et cette capacité doit être travaillée intensément.

Les épreuves PISA mêlent, semble-t-il, (puisqu’il y a un relatif secret sur leur contenu) des épreuves où il s’agit surtout d’ « appliquer » et d’autres où il y a vraiment mobilisation de ressources pour mettre en œuvre une compétence. Et d’ailleurs, on remarque que les élèves français sont bien plus à l’aise dans les premières, alors qu’on ose nous dire que les compétences ont envahi le champ de la scolarité. Je pense plutôt que le mot « compétence » est devenu dominant, mais hélas pas ce qu’il devrait recouvrir. Remettra-t-on en cause la « démocratie » parce qu’il y a eu des « démocraties populaires » de sinistre mémoire ou la « République » parce que certaines formes font honte à la notion (« république islamique », etc.) Oui, il y a bien des canada dry des compétences, qui sont en fait de purs « objectifs » au sens réducteur de la pédagogie par objectifs, il y a des conceptions dévoyées, mais peut-on raisonnablement énoncer cette contre-vérité que PISA n’évaluerait que de façon stéréotypée, en méprisant culture et connaissances ?

D’autant qu’on oublie les autres vertus de PISA : les questionnaires qui permettent par exemple de mettre en avant l’importance selon les pays de l’origine sociale ou culturelle par rapport à la réussite, les réussites ou non des enfants issus de l’immigration, les différences garçons-filles. Bien sûr qu’il faut relativiser ces résultats et n’accorder de valeur à des réponses que lorsqu’elles s’inscrivent dans une durée longue. Mais ne faut-il pas relativiser toute étude à prétention scientifique, notamment dans le champ des sciences humaines. Un lecteur de ce blog qui est aussi une personnalité éminente de notre système éducatif écrit à propos de mon billet précédent : « A suivre ces « chercheurs », il ne pourrait plus y avoir de recherches en sciences humaines, sociales et économique, ni  même en médecine ! Je comprends qu’un journaliste, même aguerri, puisse tomber dans ce piège[allusion à la pétition contre PISA] ; mais des « chercheurs » ? J’en suis ébahi ! Comme quoi l’idéologie rend aveugle ! »

A l’heure où le Conseil supérieur des programmes a bien du mal à définir un socle commun véritablement opérationnel et qui soit autre chose qu’un vague énoncé de belles proclamations « à la française » et à résister aux pressions de ceux qui ne veulent surtout pas changer le cours des choses (j’y reviendra longuement bientôt), continuer à défendre les évaluations internationales me parait important, malgré les dérives et effets pervers, dont on sait qu’elles servent toujours d’arguments à la pensée conservatrice, comme je l’ai dit dans mon premier billet sur ce blog.

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Commentaire (1)

  1. Byache Annie

    Je suis dans le même état d’esprit que Christophe Charteux. Notre école publique n’a pas relayé le travail effectué pendant toute une carrière d’enseignante en école maternelle. Alors j’ai pris le taureau par les cornes avec une collègue et amie et nous publions une démarche « d’éducation en étoile »que nous avons développé pendant des années. Volontairement, nous nous adressons à un public plus large que celui de l’éducation nationale (parents, grands parents, atsem, assistantes maternelles…) Nous vous laissons découvrir ; nous sommes intéressées par votre avis.
    Annie Byache

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