Enseigner au XXI siècle

Il est urgent de ne plus se payer de mots!

J’avais commencé ce billet avant l’élection européenne de dimanche dernier. Mais le coup de massue de l’adhésion du quart de notre électorat à l’extrême-droite me fait modifier à la fois un titre premier et surtout m’amène à une conclusion que j’ai infléchi pour opposer le déni de réalité de l’élitisme de notre école derrière « les anneaux d’un beau style » à la prise de conscience de cette vérité amère que sont les fractures sociales, culturelles et politiques qui s’élargissent dramatiquement.

On aime beaucoup les mots dans notre culture française. Comme tout le monde, j’aime aussi, j’aime la rhétorique, notamment lorsqu’elle s’applique à l’école, à l’éducation. Il y a des textes admirables de Jaurès, de Zola, de Hugo sur le sujet (« savoir étant sublime, apprendre sera beau »). Quand j’étais étudiant, j’avais affiché cette proclamation de Trotski : « (dans la société communiste), l’homme moyen s’élevera à la hauteur d’un Aristote, d’un Goethe, d’un Marx, et sur ces hauteurs, de nouveaux pics s’élèveront ».

Mais il ne faut pas être dupe et savoir équilibrer ces utopies, ce lyrisme par le trivial pragmatisme, où on « ne se paie pas de mots », ne pas se laisser griser par le charme pas discret de ces envolées qui peuvent aussi devenir roulements de tambours et discours de comices agricoles dans bien des cas. Or, les programmes scolaires, leurs préambules surtout, sont plein de déclarations d’intentions qui nous dressent un horizon merveilleux : un enfant devenu élève, un enfant qui s’élève et qui, ébloui, comprend grâce au Savoir le monde qui l’entoure, sa complexité, sait se situer, exerce son esprit critique mais aussi sa créativité, etc.  Un monde admirable, mais au fond un horizon, et par définition on n’atteint jamais celui-ci qui recule sans cesse à mesure qu’on avance (emprunt de cette image à un de mes amis du groupe « socle commun, promesse démocratique »…)

Et voilà que le texte du « nouveau socle commun » du moins dans sa version initiale qui a « fuité » dans la presse risque de tomber dans ce défaut s’il n’est pas remanié. Car la fonction d’un tel texte, si on veut le prendre au sérieux et en faire un axe fort de la réforme profonde de notre école, ne soit surtout pas être un beau déroulement conceptuel qui nous dresserait le tableau d’un « paradis du savoir » d’un univers rêvé. Le « nouveau socle »doit partir des élèves réels, certes tels aussi que l’école peut et doit les changer, mais en prenant en compte tout le chemin à parcourir, qui ne peut être un voyage à Cythère. Il faut absolument indiquer ce qui , dans le champ du possible, est réalisable. De l’ambition, mais s’appuyant sur le réel. Abandonner les hypocrites références à une « excellence pour tous », ce slogan si creux… Le problème en effet n’est pas de présenter Corneille ou Racine à tous les élèves de France, mais de voir concrètement comment les faire accéder à ce qui est indispensable pour éventuellement apprécier Corneille ou Racine, ce qui malgré mon admiration pour ces derniers (qui est grande) n’est pas forcément non plus le nec plus ultra de la culture. Et puis, honnêtement, qui peut penser que sans une capacité à lire des textes de façon courante, en sachant tirer des informations simples rapidement, on pourra aller très loin dans la société moderne ?  Mais attention, l’appropriation de ces « fondamentaux » peut se faire de mille manières. En quatrième, dans mon collège Eclair,  j’ai utilisé la vidéo du Cid version flamenco, flamboyante et accrocheuse, et j’ai rapproché la pièce des rivalités d’ « honneur » de banlieue ; en cela, oui,  je me situe dans le cadre d’un socle commun qui part des élèves et de ce qu’ils doivent apprendre, s’approprier. Mais je sais que la langue de Corneille reste et restera largement inaccessible à la majorité. Quel homme du XVII° siècle aurait pensé d’ailleurs que ce texte puisse être compris en dehors d’un  petit cercle de lettrés ! Je me souviens d’une réflexion de Meirieu disant que Descartes aurait été surpris que des milliers de jeunes de son pays, fils de paysans et d’ouvriers (si on peut dire vu l’époque pré-industrielle), auraient étudié à 14 ans des questions d’optique que seuls quelques personnes pouvaient alors comprendre.

Mais voilà maintenant ce que j’ajoute aux lendemains douloureux d’élections catastrophiques :

Ne pas se réfugier derrière les mots, derrière les intentions, derrière le mirage de la transmission lorsque celle-ci ne s’assure pas des conditions de la transmission, tout cela me parait particulièrement irresponsable aujourd’hui, surtout si on est un partisan d’une école démocratique et au-delà d’une République sociale et solidaire.

Je ne crois pas que l’école puisse faire des miracles.  Mais elle doit participer à un combat contre les idées rétrogrades, le simplisme, la démagogie et bien sûr l’intolérance et le rejet de l’autre. Pour ce faire, les grands mots ne résoudront rien. Si l’on prend les cinq domaines envisagés par le nouveau « socle commun », dans chacun d’eux , il y a  de quoi alimenter une formation citoyenne, alternative à l’extrêmisme anti-démocratique.
D’abord, savoir communiquer avec les autres et savoir comprendre ce que disent les autres est une première étape fondamentale. Comment ne pas mobiliser toutes nos énergies pour faire reculer l’illettrisme ou la non possession des compétences indispensables en littéracie ? Comment former les élèves au langage des tableaux, des pourcentages, des données statistiques simples, pour éviter d’être bernés ?

Comment également aider chacun à acquérir des méthodes personnelles, indispensables pour retenir des informations, ne pas oublier de les vérifier, de sélectionner celles qui ont des chances d’être fiables ?

Comment permettre l’émergence d’un citoyen, qui s’engage, ne serait-ce qu’à voter ? J’ai piloté un ouvrage qui ouvre de nombreuses pistes, dont celle de décoder des programmes électoraux, etc.

Comment encore développer chez les élèves la conscience écologique qui manque cruellement ? Comment enfin savoir s’inscrire dans une histoire longue, une histoire occultée ou déformée par les nationalistes aujourd’hui ?

La corrélation entre le niveau d’études et le vote Front national reste un fait avéré. Moins on est « instruit », plus on vote à l’extrême-droite (si on vote). Bien sûr, il y a des polytechniciens et ce fameux collectif Racine dont nous avons déjà parlé. Mais la grande masse des électeurs et des adhérents sont bien loin du débat d’idées. Combien d’ailleurs ont gardé la rancœur de l’échec scolaire ?

C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, il nous faut transformer notre système éducatif, construire chez les élèves des compétences qui peuvent contribuer à les éloigner du « Mal » en politique (je simplifie abusivement). Aujourd’hui, il est irresponsable de se cacher derrière des déclarations de principe, éthérées et hypocrites et de résister aux avancées sur ce socle qu’il est si facile de rejeter au nom d’une  Culture abstraite, parce que soi-disant qu’une logique de « minimum culturel », etc. servirait je ne sais quels intérêts de libéraux bruxellois. L’urgence, oui, est à de profonds changements dans notre école pour qu’elle puisse contribuer à empêcher la vraie défaite de la pensée, pas celle que fantasme l’auteur du livre portant ce titre, mais celle évoquée en 1940 par Marc Bloch. Comment ne pas avoir envie de citer longuement ce si beau texte qu’est L’étrange défaite :

« De tant de reconstructions indispensables, celle de notre système éducatif ne sera pas la moins urgente . Notre effondrement a été avant tout, chez nos dirigeants et dans toute une partie de notre peuple, une défaite à la fois de l’intelligence et du caractère.  Parmi ses causes profondes, les insuffisances de la formation que notre société donnait à ses jeunes ont figuré au premier rang. Un mot, un affreux mot,  résume une des tares les plus pernicieuses de notre système éducatif : celui de bachotage. Le secondaire, les universités, les grandes écoles en sont tout infectés. « Bachotage » : autrement dit : hantise de l’examen et du classement. On n’invite plus les étudiants à acquérir les connaissances, mais seulement à se préparer à l’examen.  Dans ce contexte l’élève savant n’est pas celui qui sait beaucoup de choses, mais celui qui a été dressé à donner, par quelques exercices choisis d’avance, l’illusion du savoir. Au grand détriment de leur instruction, parfois de leur santé, on plonge trop précocement les élèves dans la compétition  afin d’éviter tout retard pour intégrer telle ou telle grande école. Il n’est pas nécessaire d’insister sur les inconvénients intellectuels d’un pareille « manie examinatoire ». Mais ses conséquences morales, c’est la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves, le culte du succès substitué au goût de la connaissance, une sorte de tremblement perpétuel et de la hargne,  là ou devrait au contraire régner la libre joie d’apprendre. »

Rapprocher les difficultés à se mobiliser pour un vrai socle commun à l’école et celles à résister aux vagues populistes et aux simplismes dévastateurs n’est pas incongru, mais indispensable….

 

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Commentaires (14)

  1. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Je suis tout sauf blasé, et quelque part, j’ai envie de souscrire aux paroles de Trotski, mais à condition, et à condition seulement de trouver des voies réalistes permettant d’approcher les idéaux. Le volontarisme, sans le réalisme, mène aux catastrophes et le fait que Trotski ait eu ce destin tragique l’a fait échapper aux pires crimes du communisme, mais je pense aujourd’hui (j’ai pensé autrefois le contraire) que la révolution bolchévique a été catastrophique pour l’histoire de l’humanité; l’histoire aurait pu tourner autrement). mais ce n’est pas l’objet de ce blog que de discuter ainsi de sujets historiques passionnants! Je me suis toujours battu en tant que prof pour jouer un rôle de « passeur culturel » auprès de mes élèves, pour accéder à des pics. Mais je me méfie des phraséologies. SI on veut être très transmetteur de culture, il faut être très pédagogue et très pragmatique; l’âge ne rien à l’affaire, encore une fois je n’ai rien perdu de mon enthousiasme et de mon optimisme du coeur, mais il faut bien l’équilibrer par la raison et un certain pessimisme sain quand il est une alerte, inadmissible quand il obère l’action…

  2. Daniel-Philippe de Sudres

    Cher ami,

    Vous prêtez à autrui ce qui est votre neurofonctionnement à vous seul.
    J’entends que
    – lorsque Trotski à dit : « (dans la société communiste), l’homme moyen s’élèvera à la hauteur d’un Aristote, d’un Goethe, d’un Marx, et sur ces hauteurs, de nouveaux pics s’élèveront ».
    – Trotski ne « se payait » pas « de mots » comme l’homme de votre âge que vous êtes, il était plus jeune que vous et dans une ambiance moins blasée, dans une époque autre, il était donc sincère dans son utopie qui, pour lui, n’était pas utopique mais suite d’une société de partages où l’école puis l’université offertes à tous et toutes aurait permis cette élévation intellectuelle et émotionnelle qu’il envisageait.

    Ayons la sagesse ethnométhodologique de replacer les phrases dans leur contexte historique, d’une part, et dans l’âge des humains les ayant prononcées, d’autre part, avec respect pour eux et pour, derrière l’histoire de la pensée et des idées, l’histoire des grands espoirs de l’humanité, qui la sous-tend.

    Humanistement,
    Daniel-Philippe de Sudres

  3. Patrick TARROUX

    Continuons le débat si vous le voulez bien
    Nous avons rencontré dans notre lycée près de Rennes Pierre Merle, lors d’une conférence sur l’évaluation. Je confirme qu’il est très critique sur l’évaluation par compétences telle qu’elle a été mise en place par Chatel (que Peillon a amendée voire ajournée…). Il est aussi très critique sur la désectorisation voulue par Sarkozy, porteuse de ségrégation sociale majeure (il a étudié la question pour les collèges de Rennes). Il réfléchit beaucoup sur les modalités e l’évaluation, mais sans avoir de réponse tranchée; il est plus enclin à une adaptation « bienveillante » et simplifiée du mode d’évaluation actuellement pratiquée, qu’à une révolution fondée sur la pédagogie des compétences. Quant à lui, ses positions sur l’école et sur la société nous sont apparues très « anti-libérales » et il prône manifestement un interventionnisme actif des pouvoirs publics notamment pour l’éducation prioritaire. De sa rencontre, quelqu’un comme moi, partisan d’une véritable école démocratique, en est sorti réconforté: il faut des réformes, mais pensées hors de toute précipitation sous le vent du néo-libéralisme, pas contre ni sans les enseignants et pas sans moyens — qu’on le veuille ou non en France la dépense publique d’éducation et de recherche en rapport au PIB a reculé depuis 1995. On vante le modèle scandinave et finlandais, mais ce modèle fonctionne avec des moyens largement supérieurs à ceux de notre pays, dans des structures économiques très keynésiennes, et les réformes ont été conduites sur un long terme et dans une totale concertation. Ce qui est fait en France est fait dans le but de réduire les dépenses, renvoyer les élèves en difficulté vers un apprentissage dont même le patronat ne veut pas (là aussi je pourrais parler de rencontres organisées à rennes avec des représentants du patronat et des CCI), et favoriser l’école privée (ici en Bretagne, on en sait quelque chose).
    Quant au sens du mot libéral, on ne va pas discuter, chacun connait sa signification dans le contexte européen et de la globalisation. Le libéralisme, façon Adam Smith n’existe plus depuis longtemps. Le libéralisme d’aujourd’hui est réactionnaire, au sens où il nous ramène aux sociétés du tournant du XIX°/XX° s, les plus inégalitaires qui soient (mais justement on y revient, voir Piketty à ce propos).

  4. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Ce nouveau commentaire ouvre davantage à la discussion. Je ferai juste trois remarques:
    – je suis étonné de la référence à Pierre Merle qui serait opposé aux compétences, celui-ci au contraire vient de préfacer un ouvrage que j’ai co-écrit sur « l’évaluation plus juste et plus efficace: comment faire? » en grande partie axée sur une évaluation par compétences.
    – pour moi, l’opposition binaire libéral/anti-libéral empêche de penser les choses aussi bien en économie que sur le plan de l’éducation. Outre le fait que le mot « libéral » a été dévoyé: il avait un sens progressiste et continue à l’avoir aux USA. Je déplore que le programme scolaire des « anti-libéraux » (si on critique, ça ne veut pas dire qu’on est pour le libéralisme à la Barroso, les choses sont quand même plus compliquées que ça!) soit aussi réactionnaire sur le plan pédagogique, je le maintiens
    – je pense avec Dubet qu’on peut à la fois sur le plan général douter de la méritocratie et préférer l’égalité des places à l’égalité des chances (je simplifie et renvoie à son livre) et en même temps, quand on fait cours, faire comme si chaque élève avait les mêmes chances que les autres, je veux dire tout faire pour qu’il puisse développer toutes ses potentialités, lui dire et redire qu’il est capable, etc. Mais cela ne suffit pas, et il faut de la pédagogie et non de belles envolées lyriques sur la Culture..

  5. Patrick TARROUX

    Je connais le travail fait par Mona Ozouf sur J. Ferry, le personnage a certes des côtés attachants et peut-être considéré comme progressiste sur un certain plan (n’oublions pas quand même son discours colonialiste, mais c’est autre chose). D’ailleurs, en la matière, je préfère les visions de Condorcet. Il n’empêche que les systèmes scolaires mis en place à la fin du XIX°s dans les pays de la révolution industrielle ont tous eu pour fonction, non l’épanouissement citoyen, mais la constitution d’une main d’oeuvre adaptable et compatible avec la révolution des modes de production et de travail de l’ère industrielle. Les enfants des classes populaires, sauf quelques exceptions qui confirmaient la ségrégation sociale, n’avaient pas vocation (comme on dirait aujourd’hui) à intégrer les élites dirigeantes. Le discours méritocratique était largement mensonger, comme l’est le discours libéral intégrateur étatsunien (« quand on veut, on peut » ou version Obama, « yes, we can ») alors que la mobilité sociale aux Etats-Unis est aujourd’hui moindre qu’en Europe…
    Quand à votre volonté personnelle de faire réussir vos élèves en zone Eclair, je ne l’a mets évidemment pas en doute (je suis aussi enseignant). Je conteste, comme beaucoup et nombre de chercheurs (citons juste deux, avec des approches différentes: Ch. Laval, P. Merle), l’école du socle, l’évaluation par compétences et l’individualisation des pratiques. Je maintiens qu’elle met en place une école à 2 vitesses, qu’elle réduit les ambitions, inféode l’école aux impératifs économiques (comme au temps de J. Ferry, on y revient) et aux objectifs de Lisbonne. D’ailleurs, aujourd’hui, même Philippe Meirieu, met en doute et en question les réformes imposées ces dernières années. Comme lui et beaucoup d’autres, je pense qu’il faut repenser l’école, mais sûrement pas comme cela est fait actuellement. Les « anti-libéraux » vous sont fatigants, mais selon toute évidence, les recettes « libérales » en économie, comme à l’école, n’ont pas réussi à juguler les crises économiques, sociales et culturelles ni le retour au premier plan de l’extrême droite. Il faut sans doute penser ailleurs…

  6. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    On est vraiment mal parti avec ce genre de commentaire, qui confirme bien finalement le sens de mon billet. Bien entendu, on ne prend de ce que j’ai écrit qu’une phrase sans voir le contexte (j’explique aussi comment j’ai essayé en classe de collège Eclair d’amener aussi à Corneille, que je n’oppose pas aux « techniques agricoles nouvelles » qui font aussi partie de la culture multiforme qui doit avoir sa place dans notre école). L’école de Jules Ferry est au passage présentée de manière bien caricaturale, je renvoie au beau livre de Mona Ozouf sur Ferry qui montre la complexité de son oeuvre, comment par exemple il s’est battu pour étendre l’instruction aux jeunes filles, certes d’une manière qui aujourd’hui est archi contestable et dépassée, mais face aux conservateurs de l’époque, c’était un progrès. Je n’ai en tout cas pas de leçons de progressisme à recevoir et si j’apprécie hautement la Promenade des Anglais, quand je suis allé à Nice la dernière fois et si j’ai au passage fait cette balade’!), c’était pour travailler avec un collège en éducation prioritaire et notamment pour proposer de travailler à la fois à construire des compétences et à mener des projets culturels (comme je l’explique dans mon ouvrage: « transmettre une culture à tous les élèves ») Tant pis si la langue de bois « anti-libérale » m’oppose des slogans fatigants qui sont autant d’empêcheurs de penser. Ce n’est pas ça qui fera reculer l’extrême-droite…

  7. TARROUX

    « Le problème en effet n’est pas de présenter Corneille ou Racine à tous les élèves de France, mais de voir concrètement comment les faire accéder à ce qui est indispensable… » : Au bout du compte, ce que nous propose JMZ ce n’est que l’actualisation du système scolaire « bourgeois » de l’époque J. Ferry: une école à 2 ou 3 vitesses. Le minimum pour les enfants des classes paysanne et ouvrière pour aller aux champs et à l’usine avec de quoi « accéder » (comme dit JMZ) à ce qui était alors indispensable de savoir faire pour s’adapter aux quelques techniques agricoles nouvelles ou à l’organisation rationnelle du travail à l’usine — sans oublier l’apprentissage du patriotisme et du sacrifice de soi sur les champs de bataille. Quant à la bourgeoisie et ce qui restait d’aristocratie, l’étude de Corneille et Racine, Platon et Pythagore et les étés doucereux à Cabourg ou sur la Promenade des Anglais. Belle ambition pour l’école du XXI° siècle…

  8. Barrault Pierre-Marc

    Bonjour,
    j’apprécie vos propos empreints d’une ambition pragmatique et me permets de vous communiquer un article publié par mes soins. Article dans lequel j’aborde non seulement la vacuité des mots répétés à l’envi mais aussi leur caractère paradoxalement contre-productifs. Je pense ici surtout au mot « sanctuaire ».
    Cordialement
    Pierre-Marc Barrault
    Professeur d’Histoire Géographie.
    http://pmbarrault.blog.lemonde.fr/2014/05/22/enseigner-et-gouverner-en-temps-de-crise-concilier-urgence-et-reformes-democratiques/

  9. Viviane Micaud

    Donc, pour moi, l’analyse de Marc Bloch est inexact. On peut être un grand penseur et ne pas avoir raison sur tout.
    Je ne peux être convaincue que par un démontage par la logique de mes arguments que ce soit par un grand penseur ou un illustre inconnu sans diplôme. (L’homme qui avait la plus grande capacité à comprendre les organisations que je n’ai jamais connu était ouvrier qualifié et avait pour tout diplôme un CAP.)
    Merci de m’avoir répondu.

  10. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Je ferai remarquer à Viviane Micaud que dans ce paragraphe (sans doute veut-elle parler de l’avant-dernier) je ne fais que reprendre un texte d’un brillant historien, une gloire de notre culture, et un grand humaniste. Mais j’approuve ce qu’il dit. Car que dit-il? Non pas qu’il ne faut pas à un moment donné sélectionner, non pas qu’on devrait poursuivre , si ce n’était anachronique en 1940, une utopie qui mène aux Khmers rouges à la limite, non pas que l’examen en soi est détestable. Mais il pourfend la culture du bachotage, qui fait qu’on apprend pour être reçu et non pour apprendre. Je me souviens avoir lu un texte d’un prof de maths de polytechnique où celui-ci disait en gros qu’en classe prépa, on faisait des maths pour être reçu au concours et non pour se préparer aux maths de haut niveau de l’X. L’étude récente tirée de Pisa nous montre aussi un rétrecissement de l’élite, alors qu’il faudrait beaucoup plus d’élèves en S, etc.
    J’ajoute que ce dont on souffre aussi notre système c’est bien la sélection précoce, le peu de seconde chance. Alors que dans les pays scandinaves, il n’est pas rare de voir des élèves de 25 ans suivre des cours de fac première année, parce qu’ils ont eu besoin de faire une expérience de travail pendant 4 ou 5 ans par exemple. Marc Bloch dénonce tout cela, l’obsession de « réussir l’examen ou le concours » prenant le dessus sur tout. Mais les choses seraient différentes avec d’autres types d’épreuves, qui révéleraient d’autres talents. Quand Sciences Po s’efforce de le faire, que n’entend-on pas comme réactions élitistes?
    En tout cas, de vrais débats. mais je ne me sens pas l’âme d’un « niveleur » de pseudo-révolution culturelle, il y a bien d’autres voies que cette fausse alternative à l’élitisme débridé…

  11. Viviane Micaud

    Je suis d’accord avec les idées sauf le dernier paragraphe.
    L’école du socle doit être une école qui permet à tous les élèves de progresser et dont la première des finalités est que tous les enfants aient les compétences qui permettent de s’intégrer dans le monde.
    Par contre, tous les pays ont des examens très sélectifs avec des années de préparation qui demandent un effort intellectuel pour apprendre à réussir des exercices qui correspondent nullement à toute la connaissance utile pour être efficace dans le métier préparé.
    Cela sert à rien de le nier. C’est contre-productif de le fustiger, d’autant plus que un grand nombre d’élèves apprécient le climat d’émulation intellectuel qui y règle, d’autant plus que lorsque le public ne s’en occupe pas le privé s’en charge, d’autant plus que les seuls biais sociaux pour ceux qui ont des prépas gratuites en sciences et en littérature est l’autocensure.
    Le problème de la mesure de connaissance et compétence est qu »il y a ce qui est mesurable de manière a peu près traçable et ce qui peut être estimé par l’appréciation des enseignants. Les deux sont complémentaires.
    En absence de pilotage basé sur les finalités réelles, les systèmes ont tendance à confondre ce qui est mesurable avec l’acquisition des compétences : ce qui est évidemment faux.
    Le système éducatif est formé de plusieurs blocs
    – l’école du socle jusqu’à la fin de 3ième,
    – les voies professionnelles qui conduisent à un métier et les voies technologiques et générales qui donnent des compétences qui permettent de poursuivre des études supérieures.
    A tous les niveaux, il y a des formations très sélectives : premier ouvrier de France, Médecine ou ENS. Soit on décide que les élèves qui ont le droit de faire Médecine soient tirés au sort, soit on laisse en place un système où seuls ceux qui prend des cours privés ont une chance raisonnable de réussir, soit on réfléchit à quel est la moins mauvaise solution pour diminuer les biais sociaux et avoir des médecins compétents.
    Avec des raisonnements comme le votre, nous sommes pas prêts de trouver une solution.

  12. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    tout à fait, mais sans doute aussi développer l’empathie, l’esprit de coopération, faire réfléchir sur l’éthique (voir à ce sujet le numéro des Cahiers pédagogiques « quelle morale laïque » paru il y a peu.
    Une remarque complémentaire. Les « jeunes » n’ont pas davantage voté front national qu’au premier tour de l’élection présidentielle. ILs se sont surtout abstenu. Hubert Vedrine, sur france culture ce matin, fait remarquer que le FN a fait en gros le même score en voix que JM Le Pen en 2002. Le problème n’est-il pas de ramener au vote des français et donc des jeunes plus que de vouloir retourner ceux qui votent pour l’extreme-droite. JMZ

  13. Yves GM

    Il est important de ne plus confondre « Brillant » et « Intelligent »
    Réussir des examens vous rendra brillant, mais pas forcement intelligent.
    Développons chez les jeunes l’intelligence, l’esprit critique, le gout de rechercher ce qui est caché.

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