Enseigner au XXI siècle

L’éducation au développement durable n’est pas un gadget !

La COP 21 s’est achevée, mais déjà l’écho de la journée de samedi 12 a été étouffé par les commentaires post-électoraux et on risque fort de mettre au second plan cette question du réchauffement climatique qui, si on y réfléchit bien, est d’une importance bien plus grande pour notre avenir que l’ampleur de la menace terroriste ou que ce qu’il faut faire à court et moyen terme pour barrer la route au  Front national.

cop21Remarquons que concernant l’accord final et le déroulé de cette grande manifestation, on a retrouvé la même proportion de donneurs de leçons, de cyniques ricanant sur l’échec -toujours certain, « je vous l’avais bien dit »- de toute tentative de conjuguer le futur autrement qu’à la forme négative, de « déjà revenus de tout sans y être jamais allés » que lorsqu’il s’agit de proposer une analyse politique de la situation française ou d’évoquer les questions du terrorisme ou de la montée de l’islamisme radical. C’est tellement facile de se considérer ainsi comme les « bons » qui savent, eux, face aux « puissants » et les naïfs qui les suivent!

En fait, concernant ces questions, il me parait plus que jamais nécessaire d’en faire un enjeu pour l’école et de travailler sur le plan de nos responsabilités d’éducateur et de formateur sur plusieurs aspects:

  • comment faire réfléchir à l’école sur ce que signifie « être citoyen » aujourd’hui, au-delà de leçons de morale et de la guimauve qui mettrait sur le même plan ne pas faire couler l’eau quand on se lave les mains et les problèmes des énergies fossiles en Chine ou en Inde par exemple !
  • comment éduquer à l’esprit critique en éloignant les élèves des croyances non fondées, dont celle qui fait qu’on doit « se méfier de tout » (« on nous cache tout, on ne nous dit rien » chantait Dutronc)
  • comment permettre la conjugaison de l’esprit scientifique qui prône par essence un certain doute, un certain scepticisme (la fameuse loi de Popper sur la falsification) et la promotion de valeurs positives autour de la devise républicaine peut-être. Aucune loi scientifique ne nous fera rejeter le racisme, mais la lutte anti-raciste peut s’appuyer en partie sur la science.

Pour ne pas parler dans ce billet de trop de choses à la fois, je voudrais revenir sur l’éducation au développement durable. Timidement, elle est apparue dans les programmes scolaires et par exemple dans la thématiques des futurs EPI dans les collèges. A l’occasion de la COP 21, une petite place lui est faite, alors qu’elle était absente du Grenelle de l’environnement.

Mais la partie n’est pas gagnée quand on voit par exemple :

  • les quolibets des anti-pédagogues qui ne voient là qu’un renoncement de plus à s’occuper des soi-disant « fondamentaux » : ce ne serait pas l’affaire de l’école qui a juste à donner des éléments d’instruction dans les disciplines comme les SVT ou la géographie, déconnectés de la réalité et surtout de tout travail interdisciplinaire ou partenarial. Voir les scandaleuses moqueries de Onfray à ce sujet (« A l’école aujourd’hui, on apprend le tri des déchets, au lieu d’apprendre à lire, écrire, compter, penser « )
  • l’insuffisante formation des enseignants à ce sujet qui peut conduire certains à traiter superficiellement ces problèmes au lieu de les mettre au centre
  • la réduction des questions de développement durable à un
    un oiseau sympathique, mais...

    un oiseau sympathique, mais…

    moralisme de surface donc. Tant qu’une de mes bêtes noires, la théorie du « colibri » règnera, on n’avancera guère. Rappelons qu’il s’agit d’une fable : au milieu d’un terrible incendie de forêt, le colibri transporte un peu d’eau, à la mesure de ses moyens, ce qui est bien sûr inefficace et sans intérêt, mais lui est fier de sa contribution dérisoire. Il ne s’agit sûrement pas aujourd’hui d’être des colibris, de regarder de haut les Grands de ce monde qui s’agitent au Bourget et de penser qu’après tout, ce qui compte c’est d’avoir son compost personnel et de circuler moins en voiture, sans s’intéresser aux problèmes macro-économiques qui restent décisifs, de refuser au nom du purisme d’étudier des solutions forcément de compromis, où les alternatives ne sont pas agriculture bio pure et dure et agriculture hyperintensive, mode de vie austère sans trop de déplacements et gaspillage effrénée de l’énergie, etc.

Les EPI, comme hier les TPE, comme le travail en sciences à l’école primaire sont des occasions de penser des apprentissages de fond sur le développement durable, en le reliant à de nombreuses questions comme l’éducation aux médias, au débat ou la vérification des sources d’information.

Je voudrais simplement indiquer quelques exemples de travail que j’ai mené sur le sujet ces dernières années :

 

  • comme enseignant de français, à priori moins concerné que ceux d’autres matières, j’ai cependant mené tout un travail passionnant d’écriture autour d’une nouvelle d’éco-science-fiction et la construction (en quatrième) d’un univers parallèle selon qu’on a agi ou pas sur le réchauffement climatique, avec l’aide de l’écrivain jeunesse Christian Grenier et en s’appuyant sur de nombreuses lectures, dont les Nouvelles vertes ou d’autres récits futuristes.http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/27006-nouvelles-vertes. Le résultat, une nouvelle intitulée Cassandre 2092 que je peux envoyer à ceux qui seraient intéressés.

 

 

  • en tant que participant aux programmes de cycle 4, je me suis demené pour qu’apparaissent des croisements de disciplines entre français et sciences, et en intégrant ce type de travail dans le programme de français (voir page 256 des programmes)

 

Bien d’autres pistes sont possibles, depuis le plus jeune âge. D’autant que les questions de lutte contre le réchauffement climatique sont partie intégrante de ce qu’on appelle « parcours citoyen » qui ne doit pas être fadasse et encore une fois empreint de « moraline ». Je reviendrai ultérieurement sur un aspect « éducation politique » ou « éducation à la vie politique » qui doit être présent, y compris en lien avec cette question éminemment politique qu’est l’avenir de l’homme sur la planète (pas l’avenir de la planète qui n’est pas en danger et qui survivra bien aux hommes). Mais il me parait aussi urgent d’affirmer que s’occuper de questions environnementales à l’école est une composante des « fondamentaux », surtout que c’est aussi une occasion majeure d’apprendre à mieux « lire, écrire, compter – au sens utiliser l’outil mathématique- et penser ». Penser pour la planète…

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Commentaires (7)

  1. Pingback: Géographie | Pearltrees

  2. Gonçalves

    On peut tâcher d’être colibri et aussi penser global, s’investir dans des structures qui pèsent dans les orientations «macro». Pierre Rabhi donne une autre version du colibri.

  3. Pingback: Enseigner l'Histoire géographie avec le numérique : | Pearltrees

  4. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    il y a bien d’autres menaces, dont celle du repli identitaire. Les chiffres de la démographie montrent aussi qu’ormis le Pakistan, la plupart des pays musulmans enregistrent une chute de la natalité et l’iran ou l’algérie se rapprochent des chiffres de la France. Il n’y a aucune opposition entre l’admiration pour Stravinsky ou le beaujolais (encore que quand il est nouveau, ça reste à voir) et le combat pour le « bien vivre ensemble » et pour la promotion des énergies renouvelables (et sans être un nucléairophobe, votre apologie du nucléaire doit être tempéré: que faites-vous de Tchernobyl et Fukushima (rendrons-nous assez hommage aux courageux pompiers russes et japonais qui ont beaucoup fait, au péril de leur vie, pour sauver le monde de la dissémination)? Je vous laisse à votre pessimisme quasi houellebequien, je préfère l’optimisme de l’action positive…

  5. Bioman

    Je le dis et le répète depuis plusieurs années : il y a deux dangers mortels qui menacent la Civilisation, la pollution et l’islamisme. Qui sont les effets les plus alarmants de l’explosion démographique, car d’une part la pollution est évidemment une conséquence inéluctable de l’augmentation des êtres humains – et l’on sait maintenant que la pollution atmosphérique par les gaz à effet de serre (dont le CO2 expiré par les hommes) conduit à des catastrophes de plus en plus meurtrières –, et d’autre part l’islamisme se développe au sein de populations où la natalité est forte mais où l’accès à l’éducation est très limité. Je le disais déjà en 2011 : « la démographie explosive est la grande menace. Plus que jamais, l’homme est le pire danger pour l’homme » (J.C. Baudet : Curieuses histoires des inventions, Jourdan, Bruxelles, p. 10).

    Seules les populations qui auront su se prémunir contre les invasions et qui auront maintenu une capacité suffisante de production d’énergie nucléaire (dont la production ne libère pas de CO2) auront une chance de survivre dans une atmosphère surchauffée, sur une Terre ravagée par les prolifiques et parcourue par des terroristes islamistes toujours plus nombreux et qu’il sera de plus en plus difficile de combattre. Ces populations rescapées seront-elles encore porteuses de la pulsion civilisatrice basée sur la pensée libérée des fantasmes et des superstitions, ou seront-elles dominées par la non-pensée de l’obscurantisme, du fanatisme et de la barbarie. L’Humanité doit-elle se préparer à un Nouveau Moyen Âge ?

    Mais faut-il se soucier de l’avenir de l’Humanité, et de la Civilisation qu’elle a eu tant de peine à construire ? Car au temps de Lavoisier, de Dalton, de Hegel, de Mozart et de Beethoven, peu nombreux étaient ces « grands hommes » par rapport au milliard d’êtres humains vivant alors sur la Terre, et aujourd’hui, sur les 7,5 milliards d’hommes, peu nombreux sont encore les scientifiques, les politiques avisés, les artistes créateurs, les écrivains travaillant « pour l’honneur de l’esprit humain » !

    Je n’ai pas d’argument autre qu’esthétique pour prévenir du risque de régression civilisationnelle, et pour inciter les « hommes de bonne volonté » à lutter contre l’accroissement dangereux des humains. Que m’importe la « fin du monde », puisque de toutes façons je vais le quitter bientôt ? Mais s’il fallait vraiment chercher un « sens de la vie », s’il fallait s’engager pour un « but de l’existence », il me semble que je choisirais la démocratie plutôt que la théocratie, l’égalité juridique des hommes et des femmes plutôt que l’oppression des plus vigoureux, la recherche scientifique libre plutôt que l’endoctrinement religieux ou idéologique, la liberté d’entreprendre et si possible de s’enrichir plutôt que les limitations haineuses du droit de travailler, la sécurité des corps et des biens plutôt que le laisser-faire, et pour tout vous dire, je choisirais le beaujolais plutôt que le thé vert, la saucisse de porc plutôt que le soja, Stravinsky plutôt que Maurane, les universités plutôt que les temples, le violon plutôt que la guitare (mais j’aime bien la guitare aussi), Julien Green à Amélie Nothomb, et l’astrophysique à l’astrologie.

    Si vous n’acceptez pas les idées de ma chronique, si vous criez « l’amour pas la guerre » ou si vous placez toutes vos espérances dans les « énergies renouvelables » et dans le « vivre ensemble », alors je vous invite à penser. Considérez les courbes (croissantes), pour les cent dernières années, 1° de la population mondiale, 2° de la température moyenne de l’atmosphère, 3° du nombre des victimes du terrorisme islamiste. Et extrapolez pour les dix ans à venir !

  6. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Sans doute y a -t-il plusieurs façons de raconter la fable du colibri. J’en connais une version qui ne me plait pas, où ce que fait le colibri parait inutile. S’il s’agit de la modeste action qui participe de la grande, alors on est d’accord!

  7. Guillaume Touzé

    Je suis d’accord ( pleinement ) sur le fond…
    Mais pas avec le traitement du colibri.
    Après tout, cette fable sert aussi à expliquer l’importance du vote.
    Et puis ce n’est pas parce qu’on présente une action comme nécessaire qu’on la juge suffisante.

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