Enseigner au XXI siècle

Former des enseignants, ça ne s’improvise pas !

On peut lire ça et là des critiques sur la manière dont sont organisées les formations autour de la réforme du collège. Si certaines sont de mauvaise foi et tendancieuses, il n’en reste pas moins que des témoignages, y compris de sympathisants de la réforme, vont dans le sens de ces critiques, même si la généralisation est abusive, même si d’autres témoignages sont beaucoup plus positifs. De même dans les jugements portés sur les formations en ESPE, s’il faut faire le tri entre le démolissage systématique qui ne repose que sur des anecdotes invérifiables et les critiques honnêtes et étayées, il est vrai qu’on en est loin du compte en matière de qualité et d’efficacité.

J’ai pour ma part une longue expérience de formateur d’enseignants, à la fois jadis dans le cadre de la MAFPEN de l’académie d’Amiens, puis dans l’équipe de formateurs dans le cadre de l’IUFM de cette même académie. Par ailleurs, j’ai animé à la demande, et continue à le faire, des stages divers, de réseau, d’établissement, de circonscriptions. Sans oublier, last but not the least, les formations dans le cadre du CRAP-Cahiers pédagogiques : ateliers d’universités d’été et de rencontres estivales. Je pense avoir acquis un peu d’expertise et un peu de professionnalisme en la matière, mais je

rencontres conf

Les rencontres du CRAP: des conférences , aussi…

 

 

rencontres jeu de roles

mais surtout des dispositifs mettant les participants en situation (ici, théâtralisation)

 

reste modeste et suis convaincu que former des enseignants est une tâche difficile, parfois ingrate, mais le plus souvent passionnante. J’ai accumulé un nombre très important de fiches-bilan à l’issue de formations. Celles qui dénotent l’insatisfaction, fussent-elles très minoritaires, sont toujours celles qui ont attiré le plus mon attention et m’ont conduit à d’éventuels réajustements. Pas forcément d’ailleurs, puisque à la fin du même stage, des critiques peuvent être contradictoires : pas assez de travail de groupes pour les uns, trop pour d’autres ; pas assez d’apports/trop de moments magistraux, etc. De grandes différences existent, bien sûr, entre des formations demandées, avec des participants volontaires et des formations plus ou moins imposées, avec un public hétérogène. J’ai connu à la fois des journées merveilleuses, euphoriques, avec une profonde empathie entre les participants, des productions fécondes et riches, des « merci » finaux qui faisaient chaud au cœur. J’ai connu aussi des moments très pénibles : le formateur perçu comme l’ennemi, envoyé spécial de « ceux d’en haut » qui vient nous faire la leçon et nous dire que ce qu’on fait n’est pas bien. J’ai vu un jour avec émotion les pleurs d’une enseignante disant « qu’elle n’y arriverait jamais » et mesurant l’écart qui selon elle existait entre sa pratique et ce qu’elle « devrait faire », et ses collègues la réconfortant avec tact. J’ai aussi été très touché par la rencontre avec une collègue charb formationrevue quelques années après me déclarant que ce stage lui avait « redonné le goût du métier ».

M’appuyant sur mon expérience donc, mais aussi sur celle d’amis et collègues, je voudrais énoncer ici quelques points qui me semblent essentiels si on veut que les formations atteignent leur but, ou leurs buts, tant il est vrai qu’elles peuvent en poursuivre plusieurs.

  • Former des enseignants, c’est autre chose que former des élèves. On peut être très bon dans sa classe et ne pas avoir pour autant les compétences, du moins spontanément, pour former des adultes. La question des correspondances entre les pratiques pédagogiques avec les élèves et celles avec les adultes est complexe. D’un côté, oui, on peut reprendre en formation et réciproquement des pratiques de classe (travaux de groupes avec rapporteurs, situations-problèmes, etc.), mais le risque est grand d’une transposition mécanique, qui peut conduire aux reproches « d’infantilisation »
  • En fait, selon le public, selon l’objectif de la formation, les formes et dispositifs doivent s’adapter. Du coup, on ne peut pas dire de façon simpliste que l’ « isomorphisme » doit régner de manière absolue. Certes, on ne peut pas former à une pédagogie active sans mettre les formés dans des situations où ils seront actifs, mais pour autant, une conférence sur les pédagogies actives n’est pas absurde si elle vient par exemple en réponse à des questions que se posent des enseignants ou pour lancer des projets, des groupes de travail. D’autant que le mot « actif » est ambigu, car ce qui compte, c’est bien l’activité intellectuelle et non l’activisme. Passer une heure à venir inscrire sur un tableau des mots-clé sur un sujet donné peut être une activité fastidieuse, (je l’ai vu pratiquée ainsi) bien moins productive qu’un exposé appuyé sur des exemples vivants, avec une consigne d’écoute pour les stagiaires. Lancer des « formés » dans une mise en situation artificielle, mal comprise, peut être désastreux. Je me souviens d’avoir un jour co-animé avec un collègue, membre d’un autre mouvement pédagogique que le CRAP, qui avait lancé le « jeu des allumettes » popularise par le film de Resnais Marienbad comme introduction à une pédagogie de situations-problèmes qui s’est avéré désastreux, et auquel j’assistai, un peu consterné.
  • Le formateur doit être un stratège. Il doit savoir naviguer entre tensions et exigences contradictoires. Comment par exemple doser l’indispensable déstabilisation avec le besoin des formés d’être rassurés ? Ne pas les conforter dans le « on le fait déjà » qui rendrait au fond inutile la formation et l’impression qu’on s’en prend à leurs pratiques, qui seraient mauvaises. Comment apparaitre comme un « pair » , un collègue (et c’est bien facilité quand on a en même temps des classes, qu’on est « dans la même galère »), mais aussi comme un « expert », qui en sait un peu plus, qui a un peu plus réfléchi (et à cet égard, il faut assumer sa position de formateur, ce que ne savent pas toujours faire des formateurs qui restent trop des « praticiens », ou qui ont peur de quitter la seule posture de praticiens) ? Comment être à la fois souple et ferme ? Souple, lorsqu’on est capable de changer un dispositif qui visiblement ne marche pas, lorsqu’on dispose de plans B et d’armes secrètes pour faire face à des situations difficiles. Ferme, lorsqu’on tient à un dispositif et qu’on ne se laisse pas impressionner par un ou deux « perturbateurs ». Un très mauvais souvenir, en tant que participant à un atelier lors d’un congrès de profs de français (AFEF). Deux animatrices proposaient d’élaborer en deux heures une petite émission de radio, avec idée de transposition ensuite avec des élèves. Or, à cause de deux ou trois participants, nous avons passé tout le temps à discuter, à ne pas nous mettre au travail, et à finalement avoir parlé. au lieu de faire. Déçu, j’en parlai aux animatrices à la sortie qui osèrent répondre que c’était aux participants qui voulaient vraiment réaliser cette émission de réagir ! Bien entendu que les formateurs sont là comme garants de l’accomplissement de ce qui a été prévu, même si on peut et doit admettre des réajustements. Ne pas se laisser entrainer dans un dialogue avec un petit nombre de participants en oubliant la majorité…
  • Le formateur doit certainement équilibrer les formes de seminaire_formation_enseignants_gennevilliers__04.05_5travail, sans porter au pinacle par exemple la « mise en situation » comme je l’ai dit plus haut. L’idéal est d’avoir vu les stagiaires avant pour s’adapter le mieux à ce public, mais cela n’étant pas possible dans bien des cas, le formateur doit pouvoir très vite sinon « sentir » son public, peut-être à travers des dispositifs de mise en route. Ensuite, il y a à construire un scénario qui peut aussi bouger, mais pas trop, qui est également en relation avec le thème et le degré d’information des participants. Retransmettre des acquis de la recherche peut être très a-attention formationfructueux, tout dépend comment c’est fait et à quel moment. Rien n’est à rejeter et ce n’est pas parce qu’on critique les powerpoints que ceux-ci sont néfastes (mais ils passent mieux lorsqu’on n’abuse pas de gadgets visuels, lorsqu’on les agrémente de dessins humoristiques ou de vidéos, lorsqu’ils ne sont pas trop longs.
  • Il y a des erreurs à ne pas commettre, des phrases à ne pas prononcer, comme : « vous connaissez tous…. » (rien de plus vexant pour celui qui ne connait pas) ou « désolé, on n’a pas eu le temps de… » (mais c’est le problème du formateur, il n’avait qu’à mieux gérer ce temps), des attitudes à éviter tel laisser penser que c’est facile de…(motiver les élèves, attirer leur attention, mener un projet, gérer l’hétérogénéité…). Et au contraire, il est indispensable d’anticiper sur les argumentations contraires plutôt que des laisser venir, de ne pas se laisser embarquer par des polémiques hors champ (sur les moyens par exemple). Mais parfois pourquoi pas faire appel aux valeurs et à la noble mission dont nous sommes chargés, en faisant la différence entre ce qui est toujours discutable (les méthodes pédagogiques, les contenus d’enseignement) et ce qui ne devrait pas l’être (la considération positive à priori des élèves et le refus du mépris ou de la fatalité de l’échec) ? Je n’hésite pas à dire, mais sous forme de boutade, ou de demi-boutade, que le pessimisme est quasiment une « faute professionnelle » quand on est enseignant !
  • cahiers formationL’humour est évidemment une arme bien utile et permet de contourner bien des obstacles. Surtout quand l’humour s’exerce sur soi-même ou sur ses croyances, comme le montrent ces dessins ci-joint extraits des Cahiers pédagogiques; à ne pas confondre avec l’ironie, à proscrire dans les rapports formateur/formés, même si parfois on est tenté d’y avoir recours
  • Reste un point fondamental. Toutes ces considérations stratégiques, tous ces choix continuels qui sont à opérer, sans solution magique, toute cette adaptation nécessaire au public, aux circonstances, à la commande, etc. , tout cela demande une préparation en amont et surtout un travail collectif. Là où les formations fonctionnent plutôt bien, c’est lorsqu’il y a un travail d’équipe en amont. J’ai eu la chance d’appartenir à une telle équipe de formateurs, détruite à la fin de par la volonté d’une IPR voulant sans doute tout contrôler à sa guise… Dans cette équipe, nous élaborions ensemble des outils et lorsque nous nous réunissions, 4 ou 5 fois par an durant une journée, nous analysions des tentatives des uns et des autres, nous travaillions un sujet de manière approfondie, parfois avec l’aide de chercheurs (sur la métacognition, sur le constructivisme, sur la différenciation). Un vrai travail de mutualisation, souvent exigeant, toujours convivial, la convivialité permettant l’exigence, les analyses critiques, parfois vigoureuses de telle manière de faire, la mise en doute Formateur de formateur Charbsystématique de toute certitude trop établie, qui finalement consolide les convictions d’ailleurs en les mettant à l’épreuve (éventuellement dans un jeu de rôles). C’est ce travail d’équipe qu’il faudrait reconstituer là où cela n’existe pas.

La plupart des idées que nous avions sur les manières de former durant des stages provenaient de lectures mais aussi de la participation à des stages de mouvements pédagogiques, universités d’été ou d’automne, et des vertus de la co-animation, autre facteur de réussite mais qui est devenu un luxe aujourd’hui. (car la meilleure façon pour un nouveau formateur de se former est d’être co-animateur avec quelqu’un de plus expérimenté, bien sûr)

 

Resterait encore bien des points à développer, je renvoie aussi à la lecture d’un dossier numérique publié par les Cahiers pédagogiques où j’ai exposé quelques-uns des outils que j’ai utilisés.
La formation des enseignants (dont nous avons surtout abordé le versant « continue »), est un domaine complexe disions-nous au début. Ici comme ailleurs, le « yaquaisme » ne nous aide pas beaucoup…

 

Commentaires (48)

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  26. HAMDI

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article et j’ai retrouvé beaucoup d’éléments de ma réflexion autour de la formation des enseignants. Je suis moi-même formateur d’enseignants FLE en Algérie et je prépare en master 2 à distance avec une université française autour de cette même question.

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  30. LOGIE Ph

    Je me cite pour avoir l’assurance d’être lu:
    « En effet, à vous lire, vous seriez le seul à avoir exercé dans les « vraies » classes et les collègues qui ne partagent pas votre point de vue n’auraient aucune expérience du terrain, se contenteraient de « yaka », et n’auraient auciun souci des élèves issus des classes populaires . Eh!bien, non! C’est là que vous êtes à la limite de l’insulte. Ils sont tout aussi dévoués et passionnés que vous. »
    Cela devrait vouloir dire, si on lisait ce passage dans son entièreté, que d’autres enseignants, qui sont au contact des classes et qui sont tout aussi soucieux que vous de la réussite de leurs élèves, ne partagent absolument pas vos analyses et en produisent d’autres. Quant au SNALC, vous m’avez incité à une visite sur leur site. Il est bien vivant et revendique une certaine représentativité, pour ne pas dire, une représentativité certaine.
    Bonne lecture.

  31. L. Stutzmann

    Monsieur Zakhartchouk,

    Ça fait une belle jambe aux professeurs obligés de supporter les formations à collège2016, que vous ayez pu participer à l’élaboration des nouveaux programmes.
    Bien sûr, le forum rempli en majorité de méchants professeurs anti-réforme (tous âges confondus !) qu’est néoprof, ne fait pas le poids face à un gentil retraité de l’éducation tel que vous.
    Vous devriez aller sur ce lien, je vous trouve les témoignages incroyables : http://www.neoprofs.org/t96527-temoignages-sur-la-formation-a-la-reforme-du-college-recension

    Chère Emma,

    Il n’y nulle agressivité dans mon propos. Cela dit, je comprends parfaitement que l’accusation d’agressivité puisse constituer un palliatif de votre manque d’argument.
    Je m’étonne simplement qu’un professeur comme Monsieur Zakhartchouk, qui a exercé de longues années en collèges, puisse affirmer, sans sourciller, par exemple que « former des enseignants, c’est autre chose que former des élèves » ou « en fait, selon le public, selon l’objectif de la formation, les formes et dispositifs doivent s’adapter ». C’est là le fruit de longues années de recherche, je n’en doute pas.
    Tant mieux pour vous si vous en tirez quelque chose de concret. Pour ma part, j’en arrive à comprendre la réticence voire l’agressivité de certains vis-à-vis des formations à collège2016.

  32. ylm

    Il y a des erreurs à ne pas commettre, des phrases à ne pas prononcer, comme : « vous connaissez tous…. » (rien de plus vexant pour celui qui ne connait pas)

    Je confirme: j’ai eu le malheur de dire ça aux formateurs et IPR pendant une formation college2016 à propos de Clisthène, du renouveau pédagogique québecois, des différentes études sur les différentes pédagogies, ils ne connaissaient rien de tout ça (tout ce qu’ils connaissaient du sujet c’était les documents de l’UNSA, qui nous étaient distribués sans aucune plus-value), ils se sont sentis insultés.

  33. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Evidemment, si vous vous informez sur néoprofs… Il faudrait peut-être diversifier vos lectures. Je vous laisse à votre mépris des « bras cassés » (ayant contribué au programme de cycle 4, j’en suis sans doute un moi-même, mais non rassurez-vous , mon bras va bien)

  34. Emma

    Et bien moi, je vous remercie infiniment, Jean-Michel. En formation pour devenir formatrice, justement, j’apprécie vos articles qui enrichissent ma réflexion (et pas qu’au sujet de la certification qui me préoccupe en ce moment par ailleurs).
    Quant à l’agressivité des commentaires…j’ai du mal à comprendre… j’en arrive à me demander si nous avons lu le même article.
    Emma

  35. L. Stutzmann

    Vous dites des choses d’une banalité sidérante. Une question cependant : ne pensez-vous pas que, si les antres de l’ignorance que constituaient les IUFM – à présent ESPE – (cette façon de s’exprimer par acronyme est détestable à plus d’un titre) avaient fait correctement leur boulot, les professeurs n’auraient pas besoin de « formation continue » ?

    Ce qu’on peut lire ici ou là des formations à collège 2016 est assez désastreux : indigence du contenu des formations, incompétence des formateurs, etc. On parcourra le site neoprofs ou on consultera les compte-rendus d’enseignants pour s’en convaincre.

    Si les bras-cassés qui ont fabriqué collège 2016 avaient un zeste d’intelligence et un brin de finesse, ils auraient commencé par appliquer la réforme dans certaines académies et auraient attendu les résultats de cette application, au lieu d’imposer cette inepte réforme sans concertation avec les enseignants (ne me dites qu’il y en a eue : le ministre a refusé de recevoir l’intersyndicale). « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » comme dirait l’hydrophile.

  36. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    le dialogue, en effet, peut s’arrêter là , puisque vous trouvez que je suis à la limite de l’insulte et que vous interprétez mes propos avec au mieux de l’incompréhension, au pire de la mauvaise foi. Franchement, il y a à mieux à faire qu’à plaindre les « fils de profs » et les pauvres syndicalistes persécutés par l’institution (je ne sais pas à quoi vous faites précisément allusion, mais si ne pas aller à une formation obligatoire équivaut à une journée de salaire en moins, au risque de vous choquer, je suis d’accord). Mais je trouve quand même un peu « gonflé » de me faire dire que je serais le seul qui… moi qui fais écrire sur leur pratique des dizaines et des dizaines de collègues chaque année, dans des échanges toujours passionnants, y compris bien sûr du snes ou du snuipp (du snalc, je ne suis pas sûr qu’il y en ait, encore que…)

  37. LOGIE Ph

    Monsieur,
    Quelques mots qui ne sauraient épuiser le sujet:
    -Le reproche classique (vous n’avez pas mis les pieds dans les classes) ici n’est pas acceptable: mon expérience des ZEP vaut la vôtre et je puis vous assurer qu’avec un peu de bonne volonté, on peut aborder des textes difficiles avec des élèves qui ne sont pas tous « fils de profs ». Je l’ai fait et c’est là même l’honneur de notre métier.
    -Quant aux « fils de profs », si je vous comprends bien, il faudrait leur enlever le seul capital dont ils disposent, le capital culturel.
    -Vous affirmez que la loi de la République s’impose avec souplesse. Pour ce qui est de la souplesse, je vous renvoie aux témoignages irrités de nos collègues du SNES FSU de Lyon. Vous y verrez la souplesse avec laquelle on pénalise nos collègues récalcitrants, en leur enlevant une journée de salaire. Mais il est vrai que le SNES est un syndicat « réactionnaire », comme tous ceux qui ne partagent les idées lumineuses du SGEN.
    -Enfin, vous donnez peut-être la solution: créer des écoles hors contrat. Malheureusement, les fils de profs ne pourront pas y accéder, faute de moyens financiers!
    L’enfer, on le sait, est pavé de bonnes intentions!
    J’interromps pour ma part cette ébauche de dialogue: je ne vois pas comment nous pourrions arriver à un accord quelconque. En effet, à vous lire, vous seriez le seul à avoir exercé dans les « vraies » classes et les collègues qui ne partagent pas votre point de vue n’auraient aucune expérience du terrain, se contenteraient de « yaka », et n’auraient auciun souci des élèves issus des classes populaires . Eh!bien, non! C’est là que vous êtes à la limite de l’insulte. Ils sont tout aussi dévoués et passionnés que vous.
    Salutations confraternelles

  38. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    il faudrait admettre votre alternative: ou disciplines ou compétences, alors que les compétences peuvent tout à fait être disciplinaires. Quant à la « liberté pédagogique » , j’ai envie de dire que de « crimes commet-on en ton nom »! mais bien sûr il ne s’agit pas de crimes. Jusqu’à preuve du contraire, il y a une loi de la République et celle de la refondation de l’école s’impose, avec souplesse certes, mais s’impose. Et vous confondez écoles privées sous contrat et hors contrat. Pour être intervenu plus d’une fois en formation avec des enseignants du privé, je pense vraiment que le clivage ne passe pas entre public et privé. En revanche, hors contrat, il y a au nom de la liberté pédagogique des pratiques aberrantes et condamnables.
    quant à votre seconde question, bien sûr qu’elle est moins impertinente que non pertinente. Vous connaissez beaucoup d’adultes qui ont lu, vraiment lu l’Odyssée. Le jeu dont il est question, n’est qu’un outil parmi bien d’autres pour au moins faire connaitre les grands épisodes du texte, mais il y a bien d’autres moyens (imaginer une autre aventure d’Ulysse, ce qui implique d’analyser plusieurs aventures lues; s’appuyer sur des films – il y en a un de bon, avec Irène Pappas superbe Pénelope, imaginer un abécédaire de l’Odyssée, jouer des scènes ou faire une mini-BD, mais le but est d’apprivoiser un texte difficile, et sûrement pas abordable dans des traductions littérales. Vous pouvez dire le contraire, mais mon expérience de plusieurs années de travail sur l’Odyssée en sixième avec des élèves de ZEP me fait penser qu’aucun coup de menton et aucun « yaka » ne permettra d’y parvenir. OU alors on réserve l’Odyssée aux fils de profs. J’ai développé tout ça dans le livre « l’eneignant, un passeur culturel » qui a rendu service à beaucoup de collègues qui ont témoigné en ce sens.
    Je ne m’éffarouche de rien, mais j’abhorre les injures. Il n’y en a pas dans votre commentaire, donc je réponds

  39. LOGIE Ph

    Monsieur,
    Voici qu’un long temps s’est écoulé depuis que vous avez interrompu ce qui se voulait, de ma part du moins, un dialogue. Cependant, je reviens vers vous afin de vous poser quelques questions:
    -Pourquoi vouloir contraindre vos collègues à adopter vos pratiques pédagogiques? En clair, que faites-vous de la liberté pédagogique? Il faudrait peut-être créer des établissements différents, les uns optant pour un enseignement qui privilégie les disciplines, les autres pour des pratiques fondées sur les compétences. Les parents pourraient choisir en fonction de leurs préférences éducatives. Mais, j’y pense, n’est-ce pas là le clivage entre le public et le privé?
    -Pouvez-vous me dire combien de vos élèves ont vraiment lu l’Odyssée pour réaliser votre jeu d’Oie?
    J’admets que la seconde question est quelque peu impertinente, mais vous voudrez bien ne pas vous en effaroucher.
    Salutations confraternelles

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  42. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    vous êtes formidable, vous faites un commentaire plein de mépris et vous voulez qu’on ne réagisse pas avec un peu de vigueur!
    Les moyens, bien entendu, sont importants, mais lors d’une formation, on ne va pas consacrer du temps à des questions sur lesquelles on n’a pas prise dans le contexte d’une journée de formation. Revendiquer des moyens est une affaire syndicale , collective, mais dans une formation, on essaie de voir ce qu’on peut faire dans les moyens existants, mais on peut aussi dire à quelles conditions telle ou telle innovation peut se faire. Sur les moyens, ce ne doit pas être un alibi à l’immobilisme. J’ai vu des gens faire vraiment la même chose avec un groupe de 5 élèves qu’avec 30, franchement! Mais on n’arrive pas à avoir une discussion sérieuse sur ce sujet, car on se fait injurier dès qu’on ose un peu relativiser cette question (au sens propre de « relativiser », à savoir mettre en relation moyens et objectifs poursuivis et type de pédagogie. Mais j’arrête là la réponse à ce commentaire, pour éviter les dialogues interminables (par principe sur ce blog: je réponds une fois, deux fois, mais après il faut arrêter) Mais je ne censure pas de commentaire du moment qu’ils ne sont pas injurieux (le votre était à la limite)

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  45. SCD

    et, bien entendu, vous ne répondez pas sur le fond : LES MOYENS (en vrac : locaux, salles, nombre d’élèves par classe, personnels précaires [CDD], TZR, DHG, salaire, temps de travail réel et, osons le dire, une vraie formation continue !).
    Faire semblant d’être sérieux, caché derrière le « beau » langage est une chose. L’être vraiment en est une autre.
    Ne pas comprendre la question des MOYENS c’est ne pas comprendre ce que vivent les élèves et enseignants.
    Répondre sur la question de « l’abus dérisoire de points d’interrogation » et esquiver la question des moyens … C’est un choix; il en dit long sur ce mépris des « formateurs » sur le malaise (la souffrance parfois) du monde enseignant !

  46. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Certes, ce « mossieu » n’a plus de classe depuis deux ans, étant en retraite après plus de trente ans en collège éducation prioritaire. J’ai des contacts avec de nombreuses équipes pédagogiques et je m’occupe aussi des questions scolaires dans ma ville de 20 000 habitants en tant qu’élu où on essaie comme on peut de donner les meilleures conditions de travail aux écoles. Ne parlez donc pas de ce que vous ignorez, et ce n’est pas l’abus dérisoire de points d’interrogation qui rend votre interpellation plus légitime!

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  48. SCD

    « ne pas se laisser embarquer par des polémiques hors champ (sur les moyens par exemple).  »
    Hors champ les moyens ???? Quelle honte d’oser dire ça. Encore un mossieu qui n’a pas mis les pieds dans une classe depuis longtemps!

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