Enseigner au XXI siècle

Sur quoi met-on l’accent ?

J’ai un peu hésité à rédiger un billet sur l’absurde buzz autour de l’orthographe de ces derniers jours, dont on aurait pu se dispenser pour « mettre l’accent sur des difficultés plus aigües et des causes bien plus graves… » dixit mon ami Philippe Watrelot dans sa revue de presse hebdo 

Mais comment ne pas avoir envie de rappeler quelques évidences et de faire part d’un constat quelque peu désabusé de la force dans notre pays que représente la nostalgie d’un passé mythique, de la difficulté à lutter contre la désinformation et de l’attitude crispée de l’opinion devant toute innovation qui toucherait soi-disant à l’ « âme de la France » ?

Oui, on doit bien rappeler que les légères modifications dont il est question aujourd’hui, à l’occasion de la refonte des manuels scolaires, datent de 1990, avec la caution de l’Académie Française, voulues par un premier ministre qui n’était pas un dangereux cerquilignigauchiste (Michel Rocard) et pilotée par un grand expert du langage : Bernard Cerquiglini. (Régalez-vous en écoutant ses chroniques Merci professeur) Ces modifications ne concernent que des points mineurs. Il est très douteux que le beau mot d’origine persane de « nénufar » et le curieux « ognon/oignon » apparaissent beaucoup dans les textes que les élèves auront à lire durant leur scolarité. Certes, « évènement » est plus fréquent, ainsi que certains noms composés. Mais il est bien des textes qu’on lit en orthographe dite rectifiée pour lesquels on ne s’aperçoit pas du changement, je l’ai testé ! (c’est le cas depuis assez longtemps des Cahiers pédagogiques). Les manuels se sont enfin mis (pas tous d’ailleurs) en conformité avec les nouvelles règles, mais rappelons aussi qu’il n’est pas question de sanctionner ceux qui restent fidèles à l’ancienne écriture. Moi-même, entraîné à l’orthographe ancienne, j’ai du mal à ne pas mettre certains accents circonflexes, mais c’est le lot de tout changement, il faut s’y habituer, et là on est dans une optique très libérale et pas du tout révolutionnaire. Disons simplement que lorsqu’on dactylographie, on est bien soulagé de moins mettre ces ^qui cassent le rythme de la frappe et ne pas perdre son temps à savoir s’il faut ou non un accent circonflexe sur le « e » de « thème » par exemple (une erreur que je faisais souvent, par zèle – et non zêle !)

Mais on voit bien que les quelques modifications légères déjà en vigueur mais de façon plus discrète dans les programmes scolaires de 2008 ne sont qu’un prétexte. Un prétexte à un déchainement réactionnaire (au sens propre de retour en arrière, j’assume parfaitement ce qualificatif, pleinement justifié ici). Il faut relire livre de closetsl’ouvrage grand public documenté d’un François de Closets et l’intéressante interview qu’il nous avait accordée aux Cahiers pédagogiques et sa dénonciation des « dévots » qui nous détournent des vrais problèmes de langue, en portant notre attention sur des détails. Il faut se souvenir de l’immense surprise de Bernard Cerquiglini qui, aux lendemains de la réformette qui venait donc de recevoir la caution académicienne, se vit soudain attaqué comme une sorte d’assassin de la langue. Et pas seulement de la part des contempteurs éternels d’un présent toujours sinistre par rapport à la gloire du passé, mais par des personnalités soi-disant progressistes (par exemple Delfeil de Ton dans le Nouvel Obs). A chaque fois, on observe aussi l’inculture historique qui ressort de ces diatribes. Henriette Walter, qui, elle, est une vraie experte, fit remarquer récemment, sur France Inter, la complexité de l’origine des mots et des évolutions lexicales dans notre langue (voir aussi l’entretien avec elle dans le dossier Orthographe des Cahiers)
slum-v-decadenceD’une part, on note comme toujours la surestimation du niveau orthographique des Français « autrefois », avec son mythe de la grand-mère qui ne faisait pas de fautes (voir annexes ci-dessous). Remarquons au passage que certains dénonciateurs du « niveau » actuel sont dans leurs messages capables de grosses erreurs (communiqué du syndicat étudiant ultra-droitier UNI qui parait presque une contrefaçon vu qu’il contient deux énormes erreurs de terminaisons, ou absence de ponctuation de certains messages).

D’autre part, on s’éloigne, avec ces polémiques, des vraies questions de langue. Celles qui touchent l’orthographe grammaticale de base et sur laquelle tous les efforts doivent être portés (ce que font par exemple les programmes de cycle 2 et 3 en fixant des priorités : nul besoin d’aborder des participes passés sophistiqués ou les accords de mots composés quand il s’agit de maitriser ce qui est le plus fréquent et le plus indispensable). Mais aussi les questions qui touchent la structuration de la phrase, la capacité pour les élèves à construire une explication, une argumentation. Tout cela est autrement plus important pour la réussite des jeunes dans leur vie sociale et professionnelle. Ajoutons un travail sur la dimension de « relecture raisonnée », capacité méthodologique qui se travaille en référence à ce qu’on sait de l’attention focalisée par exemple (voir à ce sujet le dernier dossier des Cahiers pédagogiques « Neurosciences et pédagogie » que j’ai co-coordonné et sur lequel je reviendrai ici-même prochainement)

On ne sait pas à vrai dire ce qui ressort le plus dans les commentaires qui se sont répandus ici ou là après …un reportage de TF1 mal documenté et simpliste : mauvaise foi, sottise, inculture ? Surtout que la polémique s’est concentrée sur les accents circonflexes, avec un odieux hastag « je suis accent circonflexe » qui est une insulte à la mémoire des morts d’il y a un an. On prétend par exemple qu’ils sont indispensables pour opérer des distinctions : entre jeune et jeûne par exemple, alors que n’importe qui est aussi capable de les distinguer quand il lit « le jeune n’est pas bon pour la santé du jeune » tout aussi bien qu’il comprend que dans « il est venu avec ses fils » il est question d’accompagnement familial et non de couture.

La langue a un fonctionnement trop complexe pour être confiée à des détracteurs simplistes de tout mouvement vers parfois des simplifications, des rationalisations, des harmonisations. Le chic étymologique évidemment « distingue », mais dans le sens de Bourdieu. Même quand il est erroné (« nénuphar »). Notons au passage que les refus d’évolutions et d’emprunts sont souvent aussi des obstacles au rayonnement de notre langue : heureusement qu’il existe des pays francophones qui inventent bien plus que nous, avec plus de liberté et de créativité. Mais à vrai dire « e puor si move », la langue évolue quand même. Loin des descriptions apocalyptiques qui rappellent ces récits de science-fiction où on voit un monde futur mortimerdécadent où tout est écrit en phonétique (voir la BD de Jacobs Le piège diabolique par exemple). Aimer la langue, oui, bien sûr, mais non comme on aime une belle endormie figée (avec la « beauté des accents circonflexes », on frise le ridicule !), mais comme mouvante, accueillant le nouveau, le rejetant parfois, l’assimilant à sa manière, comme vivante donc, de bien vivante quoiqu’en pensent ceux qui refusent toujours le mouvement, hier celui des formes dans les tableaux impressionnistes, hier l’avènement du cinéma ou du jazz comme art et aujourd’hui de nouvelles manières de faire la classe, plus « vivantes » justement.

orthoIl ne faut jamais oublier sans doute que le passé a été un présent et plus loin encore un futur. « C’est en vain que nos Josué littéraires crient à la langue de s’arrêter ; les langues ni le soleil ne s’arrêtent plus. Le jour où elles se fixent, c’est qu’elles meurent. » (préface de Cromwell)

Annexes

Pour s’amuser :

Lettre au marquis de Girardin de Thérèse, la veuve de JJ Rousseau, après sa mort :

Ameu non vileu

Genores pu pances que monsieur den girarden ores difame la famé deu gan gaque vous diteuque vous lemes cete onetomeu e moi geu leu dires touteu ma vi que sanes pa.

Faitteu moi lamitiés deu meurandeu toules papier e la musique e les quon fesion ineu son pa a vous geu veu goire deu mes droi i lia lontan que vous san gouisez.

Geu quite votteu messon geu naporteures rien a vous Geusui averepe e touteu la reuquonesanceu posibleu monsieur.

Fameu deu gan gaque.

Jacque, cité dans « Paroles de Poilus » page 122 Librio

Le 6 otobre 1915

je vai vou donné un peu de mais nouvél que je me porte toujou trèbien pour le momen je vou di que jais resu votre letre a vec un manda de 10 fran et pui je vou di que vou a vé mal qompri maletre qar je ne sui pas blésé les autre on eu du mal mais mais moi jais pas eu du mal cher feme je vais vou dire que mon camarade Bilien Sébastien ai more il ai tué par un cou de canon il ai tisi toupré de moi a 4 metre vous pou vé dir a sais paran sai trite sais son tour au joudui et a d’autre demin nou some tou les jour au feu de pui 10 jour san dormire je vou di au si que le Pape Frasiboi porte bien toujour doné nouvél a sa feme au cher feme la gaire est trite jai fini an vou an brasan de loin a vec mais deupeti anfan ne vou fait pa tro de bil a vec moi toujour plin de courage

Et ces citations, toujours savoureuses par leur date de parution

“ L’enseignement secondaire se primarise …Les élèves des lycées n’ont ni orthographe, ni vocabulaire, exact et varié, ni connaissances grammaticales, ni analyse logique, ni méthode d’expression écrite ou orale. ” (Paul Laumonnier, La crise de la culture littéraire, 1929)

Reforme-Orthographe“ La décadence est réelle, elle n’est pas une chimère : il est banal de trouver vingt fautes d’orthographe dans une même dissertation littéraire des classes terminales…Le désarroi de l’école ne date réellement que de la IV° République. ” (Noël Deska, Un gâchis qui défie les réformes, 1956)

Et puis, celle que j’adore :

« Le niveau baisse, il a déjà atteint celui de l’an prochain » (Ernest Lubitsch, La huitième femme de Barbe bleue)

Be Sociable, Share!

Commentaires (16)

  1. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    j’ai lu votre texte, certes un peu long pour un commentaire, mais pas inintéressant. Je regrette simplement que vous renvoyiez à la fin à ce lien sur le portrait de pédagogiste qui est très insultant et pas drôle car tellement plein de contre-vérités. Nous savons nous moquer de nos propres travers et c’est nécessaire, mais cette caricature est absurde. D’ailleurs dans votre texte, c’est passionnant quand vous parlez de vos projets, c’est toujours intéressant quand vous parlez de votre pratique (et j’ai toujours du respect pour ceux qui parlent de leur pratique), mais bien caricatural quand vous dressez le portrait de ce que vous appelez le « pédagogisme ». Et assimiler le travail des élèves à celui de professionnels comme l’infirmière me parait largement erroné. Peut-être à l’occasion reprendrai-je certains de vos propos pour préciser des choses, comme « s’adapter aux élèves » (position que je ne défends pas , je développe une formule qui serait « prendre en compte » pour « prendre en contre ») ou la suppression des notes pour ne pas traumatiser alors qu’il s’agit de le faire pour mieux évaluer et évaluer pour apprendre. QUant au travail de groupes, ce n’est nullement une solution miracle et le dispositif que vous développez se défend, mais probablement pas tout le temps et vous avez raison de vouloir combattre la division du travail qui fait reposer le groupe sur deux élèves sérieux, etc. Quant à la réforme du collège, il y a des situations très diverses, mais je continue à penser que globalement, elle va dans le bon sens. on a perdu trop de temps au début du quinquennat, le problème est qu’on ne pouvait pas ne pas accélerer ensuite. on souffre en France de l’absence de continuité politique, contrairement par exemple à la Finlande qui a poursuivi sa réforme malgré les alternances (il ne semble pas que les sinistres « vrais finlandais » au gouvernement puissent y faire obstacle). J’espère qu’on ne va pas défaire ce qui se fait aujourd’hui. En tout cas, les bons chefs d’établissement sont ceux qui sont souples et s’efforcent de garder ce qui existe aujourd’hui et qui est positif. Le futur dossier des Cahiers pédagogiques sur les EPI montrera plein de choses intéressantes qui se font et préfigurent les EPI.
    j’ajoute une chose: ce qui me hérisse dans les médias, c’est qu’on consacre tant et tant de lignes sur l’orthographe ou sur le latin, et qu’on parle si peu par exemple de la technologie…

  2. Jac

    Monsieur Zakhartchouk,
    je vous remercie d’avoir pris la peine de répondre avec bienveillance à mon dernier message, et vous voyez, dès qu’il y a dialogue, les frontières s’estompent, et de l’échange naît la progression et la richesse.
    J’ai relu il y a quelques jours votre interview par Claudie Paillette sur le site CFDT où vous défendez la réforme du collège 2016 en parlant notamment de désinformation quotidienne de la part des opposants à cette réforme. D’ailleurs c’est par rapport à l’esprit général de vos propos dans cette interview par exemple, que je vous trouve sectaire, un peu comme vous qualifiez (bien sûr avec malice et non réelle méchanceté, de « Josué littéraires » les versaillais de l’orthographe).
    Alors je me suis dit, que j’allais profiter que vous m’ayiez répondu pour vous donner les raisons de mon opposition à cette réforme du collège, et vous me pardonnerez d’utiliser à la fois votre billet sur la réforme de l’orthographe pour exprimer mes doléances ainsi que la longueur de ce que je vais écrire.
    Mais comme il y a dialogue, profitons de l’échange intelligent et accort avant tout (à défaut d’être d’accord).
    En premier lieu, bien avant de venir sur le terrain pédagogique, je ne comprends pas comment un esprit sensé peut ne pas être critique quant au déroulement logistique de la mise en place en de cette réforme.

    1) La nouvelle réforme induit des réductions horaires dans nombre de disciplines – notamment celle que j’enseigne : la technologie en collège.
    Actuellement j’ai 19 h 30 de cours (4 niveaux et 3 classes par niveau).
    Avec la réduction d’horaires de la nouvelle réforme, je passe à la rentrée 2016 à 16 h 30 de cours, perdant ainsi 3 h. Soit 12 h sur le mois. À 25 € de l’heure, cela fait 300 € de moins financièrement par mois, ce qui est conséquent sur le traitement d’un enseignant. (Je suis dans le privé sous contrat où nous sommes rémunérés au prorata des heures d’enseignement effectuées.)
    Donc à la rentrée, je suis obligé d’aller travailler dans un second établissement, faire un complément d’heures. Étant sur Paris, la forte densité d’établissements scolaires fait que je devrais résoudre facilement ce problème et la facilité des transports en commun permet de rejoindre en quelques stations de métro le deuxième établissement facilement.
    Mais qu’en est-il d’un collègue dans le même cas que moi, qui lui est en province en rase campagne ? Il va devoir faire peut-être 100 kms (plus des frais de véhicule, de fatigue) pour compléter des heures d’un temps plein perdu…
    Ajourons à cela, qu’arriver dans un autre établissement en parallèle de son établissement principal au moment de la mise en place d’une réforme aussi importante va compliquer les choses à tous niveaux.
    Il aurait donc fallu à mon sens, pour optimiser un tel changement d’esprit de façon de travailler, optimiser déjà la pérennisation d’équipes éducatives rodées.

    2) Mais au-delà de ces contingences matérielles, c’est surtout la mise en place foutraque de cette réforme d’ici à juin qui interpelle ! Aucune formation réelle, juste une réunion pour chaque cycle avec les IPR qui ânonnent les éléments de langage pour justifier la nécessité de la réforme comme s’ils n’y croyaient pas eux-mêmes, mais aucune formation idoine pour les enseignants, les éditeurs de manuels ne seront pour la plupart pas prêts pour la rentrée de septembre (et les commandes se font en mai) donc on va mettre en place la nouvelle réforme avec encore les manuels de cette année, etc.
    Là encore, pour se donner l’ambition de la réussite, après avoir défini les programmes cette année, surtout que l’on change tous les niveaux d’un seul coup, il aurait fallu une année de plus pour que les équipes pédagogiques aient le temps de bien se former, mettre en place des vrais projets d’EPI dans le cadre du projet d’établissement, que les manuels soient édités. Là tout doit se faire au pas de charge en surbookage du dernier trimestre, déjà réduit en temps et fort copieux.
    Ceci est la réalité au quotidien dans tous les établissements. Je ne comprends vraiment pas comment on ne peut pas s’insurger devant un tel amateurisme.

    3) Et maintenant, je vais vous parler de ce qui vous tient particulièrement à coeur : les EPI, dont vous vous félicitez qu’ils aient désormais un cadre légal.
    Je ne vais pas vous citer 15000 références de brillants auteurs sur la pédagogie mais là encore vous entretenir du concret, du quotidien que je pratique et de la différence notable entre l’avant et l’après réforme.
    Je vais vous parler de mes classes de 3ème avec lesquelles je fais un projet sur l’année.
    Actuellement, en classe de 3ème, les élèves ont 2 h par semaine. Une heure classe entière et une heure en demi-groupe (donc 3 heures enseignant).
    Je fais travailler mes élèves cette année sur un projet de création de mobilier en carton, de la conception à la fabrication, projet fini à Pâques. Ensuite ma collègue d’Arts Plastiques prend le relais pour utiliser leurs travaux en lien avec son programme. (Oui, comme le bon monsieur Jourdain nous faisons déjà des EPI sans le savoir !…) Il se trouve que nos salles sont contiguës ce qui facilite grandement l’échange collaboratif.
    Cela permet aussi de faire un lien avec l’Histoire des Arts avec l’étude des premiers meubles en carton créés par Frank Gerhy dans les années 70. Et comme nous avons la chance d’être sur Paris, d’élargir avec la visite de la fondation Vuitton dont il est l’architecte.
    Le point d’orgue de tout ce projet annuel se situe en 2ème semaine de juin, pour la semaine européenne du développement durable, où différentes disciplines exposent à cet égard leurs projets annuels dans l’établissement (donc en ce qui me concerne avec ma collègue d’Arts plastiques l’éco-mobilier en carton).
    De Pâques à la fin de l’année scolaire je fais travailler mes élèves de 3ème sur l’impression 3D et la réalité augmentée. Comme nous nous trouvons à proximité d’un lycée technologique je fais du lien pour faire connaître les sections STI, nos IPR rêvant d’avoir des vocations d’élèves pour cette voie.

    Avec la nouvelle réforme, l’horaire passe en 3ème de 2 h à 1 h 30 par semaine. Et sur 1 h 30 il y a 1/2 h d’EPI. Il n’y a plus de classes dédoublées donc en permanence 32 à 34 élèves en cours.
    Et comme il faut faire des EPI pour faire des EPI, le chef d’établissement (qui décide selon son bon vouloir de l’attribution des EPI) a choisi pour le niveau 3ème l’EPI « Monde économique et professionnel ».
    Donc si on résume : si je voulais faire le même projet d’éco-mobilier que cette année, déjà il me prendrait l’année entière du fait de la réduction d’horaire, serait considérablement allégé et il n’y aurait plus de construction (car je ne gère pas une classe entière de 34 adolescents de 15 ans à manipuler des cutters). Plus de collaboration non plus avec les Arts Plastiques ayant un autre EPI arbitraire à mettre en place.
    Et exit tout ce que je fais avec l’impression 3D et le lien avec le lycée technologique faute de temps.
    Comment s’annonce l’année 2016 ?
    Au nouveau programme de technologie il y a désormais de la programmation informatique (que j’approuve, comme quoi vous voyez que je ne suis pas fermé à toute avancée intelligente). Du coup les élèves vont passer l’année derrière les ordinateurs à 2 ou 3 par poste informatique (ce qui réduit de beaucoup l’efficacité de l’apprentissage) à faire du codage car ils en auront une épreuve au nouveau brevet.
    Quant à l’EPI, lors d’une réunion ubuesque sur la nouvelle réforme, un formateur agréé nous a conseillé de faire travailler les élèves sur le métier de concepteur de jeu vidéo car porteur d’emplois ! (Combien d’ élèves iront vers cette profession ?…)
    Donc l’EPI va se dérouler ainsi : sur la 1/2 h de cours consacrée à cela, en technologie les élèves feront de la recherche sur Internet sur le métier de concepteur de jeu vidéo en faisant allègrement de beaux copier-coller, puis réaliseront un beau diaporama de synthèse avec Powerpoint qu’ils rédigeront en anglais et que ma collègue de langues projettera dans son cours en leur posant des questions dessus avec la redondance de faire visionner une dizaine de fois quasiment la même chose…
    Si vous comparez avec ce que l’on fait cette année, on va donc faire moins et moins bien dans l’état de la réforme telle qu’elle est imposée alors que ce pourrait être une formidable opportunité de développer des projets très intéressants, comme ceux, j’imagine, que vous voyez de votre fenêtre en en faisant le chantre. Mais cela est un autre monde démenti par la réalité concrète hélas !…

    4) Je vais terminer par quelques réflexions sur mon métier en pratique au quotidien qui me mettent en porte à faux avec les fameuses théories des pédagogistes que vous défendez.
    Le crédo pédagogiste est de mettre l’élève au cœur du système, construisant lui-même ses apprentissages, la primauté au travail de groupe, panacée du vivre ensemble, la pédagogie différenciée, l’accompagnement personnalisé, l’abandon des notes au profit de validation de compétences afin que l’élève puisse se développer sereinement dans un climat de bienveillance telle l’abbaye de Thélème rabelaisienne des temps modernes…
    Croyez bien que je n’ai rien contre ces belles théories d’autant que la matière que j’enseigne est l’une de celles qui permet le plus de mettre en place tout cela.
    Mais… Mais, mais, il y a là encore, hélas dirais-je, le principe de réalité qui contredit tout ceci.
    En aparté, une première remarque, j’ai toujours trouvé curieux ce principe éducatif de s’adapter à l’élève, comme si la vie s’adaptait à l’humain alors que c’est l’inverse qui se produit. C’est la canicule, vous ne supportez pas la chaleur, il va bien falloir vous y adapter et trouver des solutions car ce n’est pas le temps qui va se mettre au diapason de vos états d’âme.
    Passons à quelques exemples concrets dans ma discipline la technologie.
    Les élèves travaillent en îlots par groupes de 5-6, je leur présente une problématique à résoudre et le travail de groupe doit permettre à chacun d’apporter sa pierre à l’îlot dans une synergie positive et valorisante pour que chacun exprime son talent dans ses compétences. Je suis tout à fait pour cette façon de travailler.
    Mais le principe de réalité fait que dans un groupe de 5 élèves il y en a 2 qui travaillent sérieusement et 3 qui se la coulent douce en bénéficiant du travail des 2 autres (ce qui quelque part les prépare bien à l’esprit de la société d’aujourd’hui.)
    J’ai résolu ce problème de la façon suivante en recentrant sur l’individu : je subdivise la problématique en 5 questions différentes et complémentaires, et chaque élève (seul ou en binôme selon) doit en traiter une. Puis le groupe réunit son travail et le synthétise. Les vertus de cette façon de faire sont apparues de suite : déjà tous les élèves sont en activité et cela permet d’évaluer chacun à ses justes compétences. Ensuite, l’effet vertueux est que les élèves studieux tirent le reste du groupe dans leur sens. Ceux qui faisaient un travail bâclé se mettent ainsi au diapason de ceux qui font un travail approfondi et pertinent.
    Autre exemple : les pédagogistes prônent la suppression des notes, cause de traumatismes pour les élèves et de dévalorisation de soi en cas de note très basse voire de zéro.
    Je m’inscris en faux contre ce principe éducatif.
    Une élève infirmière fait des stages pratiques en hôpital tout au long de ses études où elle apprend des protocoles de soins, d’hygiène, qui doivent être extrêmement rigoureux car il en va de la vie des patients si elle fait une erreur. Lors de son examen final, si elle commet une erreur dans la pratique de ses protocoles elle prend une note éliminatoire, n’a pas son examen et ne peut exercer, quelles que soient ses compétences par ailleurs. C’est un garde fou par rapport au risque inhérent. Il est éducatif à mon sens que dès le collège les élèves soient aussi responsabilisés à cette pratique sous peine de tomber de haut quand ils vont aborder la vie à l’âge adulte.
    Par exemple, je note les classeurs des élèves selon une grille d’appréciation précise qu’ils ont. Il fut un temps quand je commençais cette belle profession d’enseignant, où les élèves jouaient à n’avoir jamais leur classeur quand je voulais le noter, repoussaient parce que leur classeur n’était pas à jour etc. Désormais je prends les classeurs de manière aléatoire, si l’élève ne l’a pas il prend 5 points de moins sur sa note et doit impérativement me le présenter au cours suivant sinon il a zéro (même si son classeur est un exemple). Effet magique : ils ont tous désormais leur classeur à chaque cours.
    Un dernier exemple pour la route : je mets une note d’attitude en classe. Évidemment une note est absurde pour évaluer cela. Dans le monde pédagogiste il faudrait faire des items du style : « Très attentif », « Attentif », « Assez attentif », « Peu attentif », mettre ainsi dans la même case « Peu attentif » l’élève studieux mais bavard impénitent et celui qui va plomber la classe à lui tout seul par son agitation. Et rien ne bougera.
    Je fais la chose suivante sur le principe du permis à points : à chaque trimestre les élèves commencent tous avec 20/20 en attitude. Et ensuite j’enlève des points à chaque incivilité, non travail, agitation, bavardage etc. Je peux vous assurer que lorsqu’ils se rendent compte à quel point leur note dégringole vite pour certains ou dès qu’ils commencent à arriver à 10/20 je vois un changement radical d’attitude en cours. Cette façon de faire responsabilise les élèves qui sont seuls comptables de leur note qu’ils construisent par eux-mêmes.
    Et je pourrais vous citer des tas d’autres exemples que je vis au quotidien et qui fonctionnent. Et plus tard les élèves me remercient de cette rectitude.
    Vous avez parfaitement raison en disant qu’ils n’y a pas une pédagogie miracle ni une seule pédagogie, que tout est fonction de multiples paramètres qui s’unissent en une alchimie qui est le lien entre l’enseignant et ses élèves.
    Mais voyez-vous, avec la nouvelle réforme, imposer des protocoles, qui vont être à 180 degrés de ce que je mets en pratique et a fait ses preuves, je ne peux le cautionner tant cela me semble d’une absurdité sans nom.
    Et c’est pour cela aussi que je suis si souvent en avis contraire avec vous de tout ce que vous dîtes (fort intéressant et instructif par ailleurs, notamment de part les références que vous citez).
    Je vous laisse pour la bonne bouche un lien avec le portrait du pédagogiste, écrit de manière amusante et que je trouve tellement vrai.
    https://docs.google.com/document/d/1etX7iMDEyAI_c9gWAJsYzqLy0RvqJi-3gIsIooaPG7E/mobilebasic?pref=2&pli=1
    Je vous remercie d’avoir pris la peine de me lire.
    Bien à vous.

  3. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    votre ton courtois tranche avec ce que je continue à appeler insulte (âneries, ce n’est pas une insulte (voir M.Stutzmann). Je n’ai pas envie de passer mon temps à répondre à ceux qui emploient un ton que je ne supporte plus, avec une argumentation simpliste derrière les belles paroles. Mais puisque vous commentez avec respect et civilité, je vous répondrai:
    – que je suis loin d’être un admirateur inconditionnel de Bourdieu (à sa mort, j’ai publié un billet mitigé sur le site des cahiers). Il a apporté beaucoup, mais il y a beaucoup de choses à redire , par ex à « la distinction » (voir l’ouvrage très critique de Verdès -ledoux. je ne comprends pas que vous puissiez trouver du sectarisme dans mes propos, mais je mets un clivage très net entre ceux qui respectent les élèves, respectent l’institution education nationale et en plus croient être parfaits dans leur enseignement, ignorant le doute et la remise en question et ceux qui font le contraire, et je ne doute pas que parmi eux, certains enseignent avec des méthodes éloignés de ce que je prône (sachant que ce je prône avant tout, c’est la diversité et la variété des approches). Il y a un point de votre billet qui me chiffonne, c’est l’expression détestable « pauvres chéris » pour parler des élèves, ignorant la souffrance de certains devant leur échec en orthographe, mais bien plus sur l’écrit de façon plus globale. Ce n’est pas digne du reste de votre billet
    – enfin, vous attribuez au ministère des aménagements proposés par de brillants linguistes comme Cerquiglilni, qui avait bien du mal à se faire entendre face à la démagogie de Bentolila dans une émission de LCI. Mais franchement, tout ce buzz pour quelque chose qui représente 1 à 3% des mots. Occupons-nous des vrais problèmes et sachons évoluer.
    J’en profite pour dire que je ne répondrai plus à ceux, en revanche, qui font preuve de morgue hautaine derrières parfois des phrases mielleuses, qui sont sûrs d’avoir raison (moi, monsieur, je sais enseigner l »imparfait du subjonctif, moi, monsieur je sais que tous les profs sont contre la réforme du collège, etc). Au retour d’une journée que j’ai animé en REP autour de la différenciation pédagogique avec des profs motivés, intéressés, cherchant des solutions devant de grandes difficultés scolaires et sociales de leurs élèves, je n’ai plus envie de perdre du temps à des polémiques avec certains. Je ne répondrai qu’à ceux qui sont constructifs, et c’est mon droit sur cet espace personnel qu’est mon blog et qui n’est pas un journal ouvert à toutes les opinions. Tant pis si on me traite de « censeur’ ou de personne fuyant le débat. Ce n’est plus du débat, mais de la polémique, et je n’en vois guère d’utilité.

  4. Jac

    Monsieur Zakhartchouk,
    Sachez d’abord que je lis régulièrement vos billets, que je trouve d’autant plus intéressants que j’ai une opinion diamétralement opposée à la vôtre.
    Dès lors je trouve enrichissant de vous lire pour cela.
    Néanmoins je suis toujours frappé de votre sectarisme manichéen dans le sens où les acteurs du monde éducatif seraient à classer en deux camps : les progressistes dont vous feriez partie (sic…) et bien sûr les réacs, conservateurs des plus rigides, biberonnés aux belles paroles des Finkielkraut, Polony ou autre Brighelli, étant donné qu’on a les références qu’on mérite n’est-ce pas, et réfractaires à toute évolution « progressiste » par principe.
    La réalité est un peu plus subtile et surtout plus concrète.
    Ce que je vous ai écrit précédemment, ce n’est pas chez des auteurs comme Bourdieu par exemple que vous citez dévotement, que j’en ai trouvé l’inspiration, mais tout simplement du simple constat – bien loin de toute idéologie croyez-le bien – que je fais au quotidien dans ma pratique d’enseignant.
    Il est bien évident que la langue évolue – et d’elle-même d’ailleurs et c’est très bien ainsi.
    Que l’on décide arbitrairement de la simplifier comme dans le sujet qui nous intéresse, ou de l’enrichir comme à la Renaissance où l’on créa de nouveaux mots (à partir du latin d’ailleurs), en soi tout ceci ne me choque pas.
    Ce qui me gêne, c’est que l’orthographe des élèves étant désastreuse, on valide cette simplification pour plus que ces pauvres chéris soient traumatisés de faire des fautes et du coup en fassent moins du fait de cela.
    Si on prend par exemple les mots « otoplastie » et « autoplastie », ils signifient deux choses différentes. Un élève découvrant ces mots en fera déjà la différence de par l’écriture, et s’il en ignore le sens, il pourra par déduction, s’en approprier peu ou prou le sens. « Otoplastie » ça commence comme « oto-rhino » et s’il a une bonne culture gréco-latine, il percutera de suite avec la signification du préfixe « oto » = ce qui se rapporte à l’oreille.
    Si par souci de simplification on uniformise l’écriture en otoplastie pour tous les sens, cela va rendre plus opaque la déduction sémantique.
    Voilà en quoi je critique le principe de simplification.
    Quant à l’accent circonflexe, le fin lettré que vous êtes connaît le bon mot de Jules Renard : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture. »
    Lirondel ne fra plu le printan.

  5. L. Stutzmann

    Monsieur Zakhartchouk,

    1) Je ne peux rien pour vous si vous êtes incapable de faire la différence entre la critique d’un propos et une attaque ad hominem . J’ai beau relire mon intervention, je suis incapable d’y déceler la moindre trace d’insulte ou d’injure, mais vous possédez manifestement des dons de perspicacité qui échappe à mon entendement.
    Ce n’est pas parce que je critique vos propos et que j’en démontre la fausseté que cela fait de vous un imbécile, un raté, un ignorant, etc. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.
    Cela dit, j’ai remarqué que vos accusations d’insulte étaient souvent le prétexte à une censure abusive.

    Je serais ravi, au demeurant, qu’un intervenant (ou vous-même) pointât et corrigeât mes erreurs et mes inexactitudes. Cela ne pourra ne m’être que bénéfique.

    2) Je vous cite : « mais sur le plan historique, ça peut donner des choses sinistres quand on s’attache à un passé souvent mythique (Charles Martel, la bataille de Kosovo Polje et les Serbes, le Califat, etc.)  »

    Vous moralisez le débat. D’une part, il n’y pas de « choses sinistres » dans l’Histoire mais simplement des faits, des évènements plus ou moins importants. L’historien s’attache à décrire les évènements et à expliquer pourquoi ceux-ci interviennent à tel moment et pas à un autre.
    D’autre part, ce n’est pas parce que vous trouvez ces évènements sinistres qu’il faut interdire à d’autre leur découverte, sous le prétexte fumeux que ce serait néfaste.
    Je crois que j’ai vraiment du mal à saisir le sens de votre propos. Peut-être manqué-je de sagesse ?

    « Remonter aux origines, peut-être, mais non troppo, pas en s’enfermant dans le passé comme le font trop de français aujourd’hui »

    Primo, c’est Français et non pas français. Secundo, qui êtes-vous pour mettre des bornes à la recherche des origines ? Et puis, que signifie l’expression « s’enfermer dans le passé » ? Tertio, je réitère ma question : en quoi la recherche des origines peut-elle s’avérer néfaste ?

    3) Le fait de mettre un accent circonflexe ne ralentit la tâche en dactylographie que pour ceux qui ne s’exercent pas. Vous conviendrez, cependant, que la difficulté supposée à mettre un accent circonflexe ne constitue pas un argument en faveur de sa suppression.

    Si vous n’aimez pas la contradiction, il sera effectivement plus utile de cesser le dialogue. Si vous voulez rester tranquille, n’autorisez l’accès de votre blog qu’à des sympathisants.

  6. LOGIE Ph

    Sur le subjonctif imparfait, lisons ceci, par exemple:
    « Nathanaël s’émerveillait que ces gens […] tinssent maintenant tant de place dans sa vie… » (Marguerite Yourcenar, Un homme obscur, dans Comme l’eau qui coule, Paris, Galllimard, 1982, p.142)
    Du point de vue morphologique, le subjonctif imparfait est le tiroir verbal le plus régulier qui soit et, partant le plus facile à enseigner si l’on daignait ne pas considérer le passé simple comme une insulte aux pauvres prolétaires (un linguiste des années 60 proclamait en effet que tout écrivain progressiste devait abandonner ce temps). Notons que les réécritures des collections pour enfants (Club des Cinq, etc.) l’éliminent consciencieusement.
    C’est effectivement son emploi correct qui pose problème. J’ajoute immédiatement que son contournement systématique pose autant de problèmes (concordance des temps, etc.) et que le refus de l’enseigner contribue à rendre incompréhensibles des textes essentiels de notre littérature.
    Sur la réforme de l’orthographe, je renvoie à:
    Syndicat des correcteurs et des professions connexes de la correction, « Trait d’union, anomalies, et caetera. Analyse des « rectifications » de l’orthographe et contre-propositions », Castelnau-Le-Lez, Climats, 1991.
    Sur le latin:
    Ceux qui cherchent trouveront une réponse argumentée à votre billet « VIA SACRA » sous la plume de Vincent Bruni (dans « Arrête ton char »).
    Sur la différence entre pédagogie et pédagogisme, lire l’article de Jean-Michel Muglioni, Instruire d’abord, disponible sur le blog de Catherine Kintzler, Mezetulle.
    Bonne réflexion

  7. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Je pourrais supprimer ce commentaire qui contient une insulte initiale. Mais bon. je peux ainsi préciser:
    – La Rochefoucauld ou Racine utilisaient l’imparfait du subjonctif à bon escient, pas JM Le Pen qui plusieurs fois l’a mis alors qu’il ne le fallait pas, mais c’est un détail (si j’ose dire, car concernant ce sinistre personnage, ce mot n’est pas à employer)
    bien entendu que la recherche personnelle des origines peut être tout à fait intéressante et sur le plan personnel, je regrette de ne pas savoir plus de choses sur l’histoire familiale (émigration, etc.), mais sur le plan historique, ça peut donner des choses sinistres quand on s’attache à un passé souvent mythique (Charles Martel, la bataille de Kosovo Polje et les Serbes, le Califat, etc.) Remonter aux origines, peut-être, mais non troppo, pas en s’enfermant dans le passé comme le font trop de français aujourd’hui
    je ne suis pas en difficulté pour mettre l’accent circonflexe, mais ça ralentit et complique la tâche en dactylographie: faites-vous exprès de ne pas comprendre?
    – vous pensez vraiment que vos deux dernières lignes sont drôles? Je vous plains alors…
    je ne poursuivrai pas ce dialogue avec quelqu’un qui m’insulte de toutes façons.

  8. L. Stutzmann

    Votre dernier commentaire, Monsieur Zakhartchouk, est un florilège d’âneries insipides. Morceaux choisis :

    « Quant à l’imparfait du subjonctif, on se souvient de son emploi abusif par JM Le Pen parce que cela faisait chic. »

    J’ai peine à retenir mon exaspération. Vous reconnaîtrez sans doute que le borgne n’a pas le monopole du subjonctif imparfait. Que dire des Rochefoucauld, Proust, La Bruyère, Racine, Bossuet, etc. Eux aussi utilisaient le subjonctif imparfait pour faire chic ?
    Il faudrait que vous vous expliquassiez sur ce point.

    « on sait combien la recherche « de l’origine peut être néfaste et empêcher toute évolution »

    Allez dire ça à un orphelin…

    Vous dites « on », mais de quel « on » parlez-vous ? Pourriez-vous donner des exemples ou des études qui montrent le caractère néfastes de la recherche des origines ? En quoi cette recherche est-elle néfaste ? Vous condamneriez toutes ces personnes qui veulent découvrir leur arbre généalogique ?

    « je viens de voir avec l’accent circonflexe de empêcher combien ça ralentit le rythme de la frappe, pour rien »

    Comment ? Vous, un ex-enseignant « moderne », seriez en difficulté à mettre un accent circonflexe ? Pas possible !

    « Sur quoi met-on l’accent ? »

    Après plusieurs années de carrière, vous posez encore la question ? Sur le e, bien sûr ! Ou une autre voyelle.

  9. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Oui, et j’ajoute qu’on voit circuler des textes qui fustigent le « relâchement orthographique » sans mettre la ponctuation correcte (ce qui est d’une toute autre importance). Par exemple, grosse plaisanterie qui circule: « je suis « sur »/ »sur » ta soeur elle va bien », alors qu’ici ce n’est pas l’accent circonflexe qui est déterminant (d’ailleurs il n’est pas supprimé en ce cas), mais bien la place de la virgule ou des virgules). Quant à l’imparfait du subjonctif, on se souvient de son emploi abusif par JM Le Pen parce que cela faisait chic.
    Quant aux commentaires pointillistes et dignes de la pire sophistique, je n’ai plus envie d’y répondre quand ils sont d’aussi mauvaise foi (le problème n’est pas de savoir si l’accord du participe passé vient de Marot ou pas, ni d’aller chercher les origines étymologiques, on sait combien la recherche « de l’origine » peut être néfaste et empêcher toute évolution -tiens, je viens de voir avec l’accent circonflexe de empêcher combien ça ralentit le rythme de la frappe, pour rien…)

  10. Pascal Bouchard

    Merci Jean-Michel de ce texte nuancé et intelligent (excuse le pléonasme). Auteur d’un « Anti-manuel d’orthographe » (Point-Seuil), je me sens autorisé à ajouter que je partage ton inquiétude. Beaucoup de nos donneurs de leçons ne connaissent pas eux-mêmes l’orthographe élémentaire. Ils se passionnent pour l’imparfait du subjonctif, mais ne savent pas conjuguer le présent du subjonctif. Combien de « il faut qu’il voit » (au lieu de voie), y compris dans des « journaux de référence », et chez d’excellents auteurs ? Je prendrai au sérieux les « défenseurs de l’orthographe » le jour où ils lanceront une croisade pour les formes usuelles du subjonctif, pour le respect de l’interrogative indirecte, car ils sont nombreux « à se demander qu’est-ce qu’on peut faire » (ce qu’on peut faire, ou si on peut faire quelque chose), et pour dénoncer la confusion quel que et quelque…

  11. LOGIE Ph

    A la fin, vous êtes fatigant. Dès qu’une contradiction vous est apportée, vous répondez par un jugement ad hominem, teinté de mépris (accusation d’ignorance ou de conservatisme). On a pu lire comme vous Walter dont la perspective vulgarisatrice est fort utile. Cependant, elle trouve ses sources dans les travaux savant qu’on peut lui préférer. Quant à Catach, son ouvrage a fait l’objet d’incompréhensions gravissimes dès qu’on s’est mêlé de transposer ses avancées scientifiques dans le domaine de l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe. On a même pu en tirer d’autres conclusions que les vôtres. Vous êtes-vous un jour demandé s’il fallait vraiment attribuer à ce pauvre Clément Marot la règle actuelle de l’accord du participe passé conjugué avec avoir? Savez-vous qu’en fait Clément Marot n’a entériné qu’une licence poétique et que dans l’ancienne langue, cet accord se fait constamment avec le COD, quelle que soit sa place? Souvenez-vous de Ronsard et de la robe déclose de la rose! Que l’étymologie ne soit pas un phénomène d’absolue rectitude n’échappe à personne et l’on sait que certaines graphies sont dues à des confusions. Il n’empêche que les mots français, dans leur écrasante majorité, proviennent du latin , que leur formation soit le fait de savants ou d’une évolution phonétique populaire (ex: fragilem qui nous donne à la fois fragile et frêle).
    Quand allez-vous reconnaître les conséquences dramatiques de votre prosélytisme aveugle? Ce ne sont pas les « fils de profs » qui en sont les victimes principales. Heureusement pour eux, leurs parents ne se laissent pas aveugler. En revanche, quelle n’est pas la catastrophe pour les enfants des milieux défavorisés! Pourquoi la proportion des fils d’ouvriers dans les études supérieures qui conduisent à un statut social enviable est-elle en constant déclin? De multiples études scientifiques le démontrent.
    Mais de tout cela vous n’avez cure, puisque vos détracteurs ne sont que d’infâmes réactionnaires, qui ignorent les beautés de la pédagogie et qu’obsède un souci élitiste de la langue!
    Salutations

  12. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Vos remarques sont aussi fausses historiquement (relisez donc des textes fautifs des années 1950 ou 60, vous aurez de tout!) que sans fondement pour ce qui concerne l’étymologie, qui serait toujours rigoureuse, alors que ce n’est pas la cas. Lisez les vrais spécialistes de l’orthographe, Gross, Catach et les textes de Henriette Walter au lieu de vous crisper dans le conservatisme le plus rigide.

  13. Jac

    Le problème de la simplification de l’orthographe, primordial et non évoqué dans le débat, est qu’un mot est construit à partir de racines linguistiques comme le latin par exemple. Et son orthographe n’est pas le fruit du hasard mais a un sens qui procède d’une logique.
    Modifier arbitrairement cela c’est modifier cette logique référente, ce repère.
    Connaître les racines d’un mot permet de mieux en appréhender le sens. « Orthographe » par exemple vient de l’association du préfixe grec « ortho » et de « graphe ». Avoir pleine conscience de cela aide à mieux assimiler des termes construits sur le même mode comme « orthophonie » ou « orthodoxie » par exemple, leur origine de construction et de les écrire correctement car on en comprend le sens.
    Aujourd’hui on constate que les élèves n’ont plus de maîtrise de l’orthographe mais surtout n’en ont plus aucun sens.
    Prenons la phrase : « Les oiseaux chantent. » Avant, le « cancre » écrivait : « Les oisau chantes ». Malgré les fautes il y avait encore une logique.
    Aujourd’hui on voit écrit : « Lézoizo chennte ». Plus aucun sens de rien ! Donc en simplifiant on va encore plus développer ce phénomène.

  14. LOGIE Ph

    Fatalité: un « à » explétif s’est glissé dans ma réponse. Cruel clavier!

  15. LOGIE Ph

    Quelques remarques:
    -Si je comprends bien, il faut, dans la « nouvelle orthographe », un accent circonflexe à « entraîner »:
    « Moi-même, entraîné à l’orthographe ancienne, j’ai du mal à ne pas mettre certains accents circonflexes, »
    à moins qu’il ne s’agisse d’une subtile ironie!
    De même, dans cette phrase:
    « communiqué qui parait presque une contrefaçon vu qu’il contient deux énormes erreurs de terminaisons, ou absence de ponctuation de certains messages). »
    faut-il comprendre que ce communiqué fait obstacle à cette contrefaçon ou qu’il semble une contrefaçon?
    A la défense de ces étudiants, il faut rappeler qu’ils sont le fruit malheureux d’un enseignement calamiteux de la grammaire et qu’ils ne sont en rien une exception. Enfin, quoi qu’on en puisse dire, quelque minimes que soient les modifications apportées et quelques éloges qu’elles suscitent, il n’en reste pas moins que les vraies difficultés subsistent, qu’elles sont d’ordre grammatical et posent problème à même à ceux qui encouragent le mouvement:
    « bien vivante quoiqu’en pensent ceux qui refusent toujours le mouvement, »
    Mais on voudra bien ne voir là qu’un lapsus calami!
    Salutations confraternelles

  16. Pingback: Baliki | Pearltrees

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.