Enseigner au XXI siècle

Une question tellement essentielle !

photo classe

Pas si uniforme la « classe d’antan »!

 Si on en croit un sondage BVA pour la presse régionale récemment paru, près des deux tiers des français sont « favorables au retour de l’uniforme » à l’école. Curieux retour de quelque chose qui n’a pas existé depuis des lustres, comme le fait remarquer Claude Lelièvre, à l’exception de quelques établissements précis et ciblés. En tout cas, l’école de Jules Ferry n’a pas eu l’uniforme comme symbole. Mais peut-être veut-on parler de la blouse, qui, dans mon petit lycée de province était source d’inquiétude chaque lundi matin, puisqu’il ne fallait pas se tromper sous peine de colle le samedi suivant entre le gris et le vert (pour les garçons) ? En tout cas, voilà qu’on s’occupe vraiment beaucoup des tenues vestimentaires en cette fin d’été, c’est tellement plus simple que de parler des problèmes de fond.

On connait les arguments maintes fois mis en avant par les partisans d’une tenue uniforme dans un établissement scolaire !

  • celui de l’égalité par l’uniformité, l’effacement des marques distinctives, tous pareils dès lors qu’on a laissé au vestiaire ses particularismes.
  • celui de la construction d’une identité d’école, à travers un symbole fort d’appartenance
  • celui d’un marqueur de respect pour l’institution (et ses professeurs et autres adultes)

Or, croire qu’un vêtement à lui seul aurait une telle répercussion est un leurre, une manière de mettre la poussière sous le tapis, de ne pas s’attaquer aux vraies questions :

  • celle de l’égalité réelle, qui implique davantage de mixité scolaire, une redistribution des moyens matériels et humains, des pédagogies différenciées qui justement ne sont pas « indifférentes aux différences »
  • celle d’une authentique vie d’établissement qui passe par un
    tous pareils

    Un slogan un peu bizarre, non?

    climat scolaire serein et par la mise en place effective de dispositifs créant davantage de collectif (par exemple des journaux scolaires, des conseils de vie, des moments conviviaux forts, à plusieurs périodes de l’année, des projets d’ensemble), qui passe par des rapports humains plus horizontaux dans l’école, comme c’est le cas dans de nombreux pays, que l’on porte ou non un uniforme (par exemple les pays anglo-saxons, et pas seulement les pays scandinaves)

  • celle du développement de la citoyenneté, pour que vive vraiment la devise républicaine, chacun devant respecter ses fondements, dont la fraternité. D’où un développements de pédagogies coopératives, de l’entraide, de la solidarité…

Après tout, une tenue commune ou des signes distinctifs communs ne seraient pas forcément une mauvaise chose. Cela existe souvent au niveau des activités sportives, une des rares occasions de mise en avant d’une identité d’établissement. Mais cela ne peut être positif que dans un contexte de vraie bienveillance au service d’une exigence pour tous.

le gall profsOr, les mêmes qui prônent l’uniforme comme un point-clé d’un programme politique aussi indigent que réactionnaire, ou aussi réactionnaire qu’indigent, sont ceux aussi qui veulent mettre fin à la carte scolaire, à la prise en compte des conditions matérielles dans l’attribution de « bourses au mérite », qui veulent sélectionner dès la fin de l’école primaire, ce qui est abandonner la perspective du socle commun, qui s’apprêtent à supprimer des milliers de postes nécessaires pourtant pour une vie scolaire digne de ce nom ou une formation des enseignants permettant la future implication de ceux-ci dans une vie d’établissement favorable aux apprentissages de tous. Davantage d’uniformité de façade pour toujours plus de ségrégation ?

école autrefois

un enseignant « bisounours » qui fait l’apologie de la « douceur »! Comme quoi, ce n’était pas toujours mieux avant, n’est-ce pas?

Les mêmes qui se gargarisent d’autonomie des établissements et de « liberté » veulent aussi imposer cette règle de l’uniforme, tout en fustigeant  le collège soi-disant « uniforme » confondant volontairement ce qui est commun et ce qui est uniforme justement.  Soyez autonomes, mais en allant dans un certain sens seulement !

Le système éducatif est confronté à des défis gigantesques. Citons en vrac, sans hiérarchisation: diminuer le nombre de décrocheurs, entrer pleinement dans l’ère du numérique sans s’y perdre ou sans y perdre son âme, développer l’esprit critique des élèves en édifiant des contre-feux aux diverses propagandes néfastes et aux attaques contre les Lumières, promouvoir la dimension culturelle contre le règne de la médiocrité médiatique et rapprocher de mille manières les grandes œuvres culturelles de ceux qui en sont éloignés, participer à la lutte pour un développement durable et contre les cahiers péda 500 dessin 01 (3)dangers qui menacent la vie des hommes sur la planète, permettre aux futurs citoyens de développer leur créativité, favoriser la prise de risques qui passe par un climat bienveillant et protecteur au bon sens du terme… Et voilà qu’on nous parle de blouse, d’histoire nationale à coup de Clovis et de Colbert (pourquoi pas aussi le général Bugeaud, massacreur en Algérie ?), d’enseignement intensif du « français » réduit à du Bled et du Bescherelles et de la promotion de l’Autorité au titre de « valeur républicaine ».

Au secours, Jules Ferry, ils sont devenus fous !

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