Enseigner au XXI siècle

Après PISA, de l’avenir ne faisons surtout pas table rase !

Les commentaires suite à la publication des résultats de l’enquête Pisa, c’est un peu comme ces soirées électorales d’autrefois où chacun trouvait des raisons de se réjouir et  de dire qu’il avait gagné. Comme c’est pour la France moins catastrophique qu’on aurait pu le craindre, les uns vont dire que c’est grâce aux réformes mises en œuvre après 2008 qui portent leurs fruits (légère amélioration en maitrise de la langue, stabilisation dans les matières scientifiques) tandis que les autres verront dans le constat cruel d’un maintien fort des inégalités  la nécessité d’approfondir les réformes actuelles dont on ne pourra vraiment voir les effets que dans quelques années. On voit bien au passage la distorsion entre le temps des politiques et le temps de l’éducation. En egalité chancesregardant les titres des journaux (catastrophe ou simplement stagnation, selon qu’on lit le Figaro ou le Monde, on peut aussi imaginer une bonne séquence d’EMI (éducation aux médias et à l’information) avec des élèves…

De même sur le plan international, les remarquables résultats des pays asiatiques, interprétés souvent de manière caricaturale et stéréotypée, iront, selon certains, dans le sens d’une école « centrée sur les savoirs », autoritaire et prônant l’effort et l’exigence, alors que d’autres constateront une fois de plus que les systèmes peu sélectifs et mettant en avant le bien-être des élèves et la confiance ont de bons résultats, même s’ils sont un peu en dessous des pays d’Asie (Finlande, Canada, Norvège, et pour ce qui est de la moindre sélection la Pologne, avant les retours en arrière possibles du gouvernement actuel). Sur ce sujet, lire la passionnante interview de Jean-Marie de Ketele et notamment sa réponse à la dernière question ou sur la Pologne le chapitre de l’excellent Changer le collège.

Pourtant, on ne peut se contenter de ce point de vue distancié selon 478 - Dessin de Charblequel tout le monde aurait raison et qu’on n’aurait rien à tirer au fond d’une telle enquête. Si on peut prendre du recul et si on a parfaitement le droit de se moquer du ton parfois dogmatique d’experts internationaux, n’empêche qu’on peut quand même dégager quelques enseignements de PISA, surtout quand ils sont corrélés à d’autres études et enquêtes (PIRLS, TIMss ,DEPP pour la France…)

Je ne serai sûrement pas original, mais je me permets malgré tout d’énoncer quelques-uns de ces constats en les mettant en rapport avec ce que nous promettent certains candidats qui n’apprécient pas beaucoup la politique actuelle

 

Ce qui ressort de PISA et est souligné par les experts Programme politique des « chamboule tout »
L’inefficacité du redoublement« Le redoublement est plus répandu dans les pays et économies ayant obtenu un score en sciences inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE et où le milieu socio-économique des élèves est le plus fortement associé à la performance en sciences. » Certains veulent réactiver l’année supplémentaire aux moments clé de la scolarité, en particulier au CP où elle est la plus inefficace
La formation des enseignants doit être renforcée dans son aspect professionnalisant (enseigner, un vrai métier) Enseigner, pour certains, n’est qu’un savoir-faire qui s’apprend par la pratique. On n’a pas besoin de « pédagogues prétentieux » pour se former au métier d’enseignant qui est une question de bon sens
La formation continue des enseignants est essentielle Qu’est-ce que c’est, la formation continue ?
Il faut renforcer les dispositifs en direction des publics les plus défavorisés, parce que c’est là que se situe le problème (en France, les « bons élèves » s’en sortent très bien)  

Il faut aider d’abord « ceux qui le méritent ». On a beaucoup dépensé pour les zones défavorisées pour peu de résultats. Et puis si certains ne suivent pas, il y a toujours l’apprentissage précoce (au passage, s’ils ne sont plus à l’école, on ne les évaluera pas au prochain PISA, ça montrera qu’on a progressé !)

Le travail en équipe des enseignants, dans le cadre d’une autonomie d’établissements bien comprise, améliore la qualité de l’enseignement. La France reste un pays où les échanges entre enseignants restent faibles (enquête Talys) L’autonomie des établissements, oui, mais avec de vrais chefs. C’est quoi, le « travail d’équipe », la coopération ? Concepts fumeux de pédagogistes….
La confiance en soi est un facteur de réussite essentiel. Les filles ont souvent de moins bons résultats en sciences par manque de confiance en leurs capacités. Ce qui compte, c’est rétablir l’autorité des maîtres. Comme le dit le postulant à la présidence de la République : « quand il y a conflit entre le maître et des élèves, je prendrai toujours le parti du maître »…
La culture scientifique est une porte d’entrée essentielle dans le monde de demain. On peut s’inquiéter de son recul. I faut à tout prix la revaloriser… À l’école primaire, presque tout le temps doit être consacré aux « fondamentaux » (lire, écrire, compter). Les sciences, c’est pour plus tard !
La continuité des réformes engagées est un facteur de réussite Il faut revenir en arrière et abolir toutes ces élucubrations dues à une petite clique qui s’est emparée des leviers de l’Ecole.

 

Et intéressons-nous à cette donnée essentielle :

Le pourcentage d’élèves en difficulté (sous le niveau2) a connu une nouvelle augmentation en 2015. Cette augmentation, la troisième depuis l’évaluation PISA 2003, porte la proportion d’élèves en difficulté à 24% (contre 17 % en 2003 et 22 % en 2012), comme dans la moyenne OCDE. La proportion d’élèves très performants recule quant à elle à 11 % (contre 15 % en 2003 et 13 % en 2012). Toutefois, la proportion d’élèves performants (niveau 4 de compétence) s’établit, à 32 % des élèves en France, contre une moyenne de 29 % pour les pays de l’OCDE) (source : ici)

pisaOu encore :

Au final, le milieu socio-économique explique en France plus de 20 % de la performance obtenue par les élèves de 15 ans (contre seulement 13 % pour la moyenne des pays de l’OCDE).

Comment oser affirmer que c’est l’échec de la politique de la ministre actuelle, comme le fait la responsable des Républicains pour l’éducation, qui a pourtant voté le nouveau socle et les nouveaux programmes dans le cadre du Conseil supérieur des programmes, puisque bien entendu PISA n’évalue pas des élèves ayant connu la nouvelle politique de la refondation, sauf un peu en fin de collège ?….Lire ce genre de commentaire est ahurissant : « Patrick Hetzel, député LR du Bas-Rhin, proche de François Fillon, « attribue cette bien mauvaise note aux conséquences des réformes menées depuis 2012 par le gouvernement de François Hollande » qui s’est éloigné « de la maîtrise des fondamentaux ». Peillon avait salué les aspects positifs de la réforme du lycée de Chatel et Najat Vallaud-Belkacem dit s’inscrire en continuité avec le dernier ministère de l’éducation de Sarkozy dans la lutte contre le décrochage. Timides reconnaissances d’une pourtant grande nécessité de la continuité en matière d’éducation, qu’on voit dans certains pays comme la Finlande ou le Canada.

Ce qui est certain, c’est que la destruction de ce qui se met en place depuis quelques années, notamment la scolarisation à deux ans en milieu populaire, les nouveaux programmes de maternelle notamment qui insistent sur l’acquisition du langage et le développement progressif de la réflexivité, mais à un rythme LG-Réformeraisonnable, la mise en place de continuités éducatives (les cycles), la mise en œuvre du référentiel de l’éducation prioritaire dont JP Delahaye a dit que son seul défaut était qu’il ne s’appliquait qu’à l’éducation prioritaire justement, les tentatives encore bien insuffisantes de développement de la formation continue, l’intégration de l’accompagnement personnalisé à l’ordinaire des cours, la combinaison d’une règle commune (le socle, les grandes orientations) et de davantage d’autonomie (mais une autonomie d’équipes), une interdisciplinarité qui rapproche sans confondre les disciplines, loin d’une polyvalence bricolée qu’on nous promet (même si on peut étudier des possibilités de bivalence choisies),oui, si tout cela disparait au profit d’une politique en décalage complet avec ce que prônent la plupart des spécialistes internationaux, on est mal parti pour améliorer la situation.
Mais diront certains, vous vous référez donc aux horribles libéraux qui à l’OCDE nous dictent ce qu’il faudrait faire dans le meilleur des mondes libéraux possibles ? On ouvrirait là un autre sujet sur lequel je reviendrai et dont j’ai déjà parlé ici-même, toujours étonné qu’on considère que mettre en avant la lutte contre les inégalités, la créativité et la confiance en soi pourrait être dévalorisé sous prétexte que des experts internationaux le défendent, comme si le contraire et en particulier une prétendue centration sur les savoirs serait plus favorable à ceux qui pâtissent du système actuel.

Le principal mérite de PISA, quoi qu’il en soit, c’est de nous encourager à agir, en nous éloignant des polémiques foireuses avec les tenants d’une nouvelle Inquisition et en nous rapprochant du terrain des classes, de cette noble trivialité des classes.

 

Commentaires (3)

  1. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Oui, il peut y avoir des pédagos prétentieux, mais le discours de Fillon vise toute la pédagogie. Quant au rabachage, il n’a aucune efficacité en tant que tel, pas plus que le « descendant », en revanche, oui à l’entrainement et donc la répétition quand il y a du « sens » derrière, pour la justifier, et oui à des apports magistraux mais ceux-ci ne sont pas à proprement parler « descendants » , je n’entre pas dans la dichotomie ascendant/descendant. Et oui aux cours disciplinaires à condition qu’ils s’articulent avec du transversal et qu’il y ait une dimension scientifique. QUant à l’approche scientifique de la pédagogie, je ne sais pas vraiment ce que c’est concernant une pratique d’abord pragmatique.

  2. Fabrice Pesto

    Billet intéressant mais avec un brin de mauvaise foi. Elève enseignant, je suis perplexe devant les programmes, qui ont l’art de compliquer ce qui devrait être simple, et navré de constater que les cours de pédagogie ne sont souvent rien de plus que du bidouillage enrobé de grands mots. Ce qu’on veut c’est plus de cours disciplinaires pour solidifier nos connaissances, et une approche scientifique, rationnelle, de la pédagogie.

    Donc oui il y a des pédagos prétentieux, et oui, il faut parfois faire de la « pédagogie descendante » et du rabachage. Mais pas que.

  3. B. Girard

    Par ailleurs, l’éloge de l’Asie a de quoi laisser perplexe. Un petit coup d’œil sur la carte de géo fournie par PISA :
    https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/111216/pisa-2015-lasie-sert-tout-condition-de-savoir-sen-servir

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