Post -vérité et école

On débat en ce moment autour de la notion de « post-vérité », à l’heure où celle de « post-factuel » fait son entrée dans wikipedia et où se déchainent les mensonges les plus grossiers et autres manipulations dans les réseaux sociaux. Cela peut donner lieu d’ailleurs à des discussions passionnantes, comme vendredi 6 janvier dans l’excellente émission de Hervé Gardette (un bijou de post-truthFrance culture), que je cite car c’est une sorte de modèle de ce que peut être un débat intelligent avec un animateur haut de gamme.

Bien entendu, le domaine éducatif n’est pas épargné par les trumperies et autres pédagexits, on peut même dire que le sujet est en première ligne de la désinformation, de la calomnie et du mensonge éhonté.

Car quand même, comment ne pas être révolté par les déclarations à l’emporte-pièces, les diatribes jamais fondés sur de vrais faits, étayés et référencés, les déformations de propos coupés de tout contexte, détournés de leur sens, les références à un passé imaginaire au mépris des faits ?

Entendons-nous bien. Il est tout à fait légitime de se poser des questions, d’avoir un regard critique par exemple sur l’efficacité du travail de groupes, sur la pertinence d’une pédagogie constructiviste ou sur telle ou telle réforme institutionnelle. Mais pas de mentir, de tromper l’opinion publique et de trainer dans la boue des personnes, que l’on traite d’assassins ou de quasiment gibiers de potence (dans la prose d’un pamphlétaire désormais d’extrême-droite, il faut supprimer le « quasiment »).

Prenons quelques exemples.

  • On peut discuter les programmes de français de collège et lycée, on peut débattre de la pertinence ou pas de rompre dans l’étude d’œuvres du patrimoine avec une logique chronologique un peu pesante aux yeux des concepteurs de ces programmes, on peut contester l’importance accordée au travail sur l’oral, etc.

Mais on n’a pas le droit de proclamer qu’on n’enseigne plus la pinocchiolittérature, qu’on a remplacé Molière par le rap, que l’oral, c’est l’improvisation et le spontanéisme contre la rigueur de l’écrit. il suffit de lire les programmes pour se persuader du contraire. Et si par exemple les concepteurs (dont j’ai été un membre parmi d’autres) ont, après réflexion, préféré ne pas donner de liste d’œuvres, c’était pour laisser un choix aux enseignants. Cela aussi peut se discuter, mais pas en conclure qu’il ne fallait plus étudier les grandes œuvres

  • On peut, on doit débattre de la meilleure manière d’enseigner l’orthographe. On peut par exemple avec mon amie Danièle Manesse estimer qu’il ne faut pas négliger l’automatisation et le par cœur à certains moments au profit d’une réflexion sur la langue qui parfois est trop couteuse en temps pour un résultat parfois décevant. Mais là on est dans la subtilité, dans les grands équilibres : où met-on le curseur ? Comment répartir le temps consacré à ce travail global sur la langue écrite ? Et bien sûr, dans un contexte où il faut dégager des priorités, ce que font les nouveaux programmes des cycles 2 et 3.

Mais on n’a « pas le droit », comme le fait ce 7 janvier Le Parisien, de citer un professeur qui, sans aucune preuve, prétend qu’on tolère des erreurs graves d’accord,  à moins que le journaliste n’ait pas reproduit exactement ce que lui a dit ce professeur : « Peut-on écrire « le plafond s’émiettent » ? On serait tenté de dire non, trois fois non. C’est désormais un peu moins clair. « On m’a expliqué en parisienformation continue, en me citant cet exemple, qu’il existe un degré d’acceptabilité des erreurs des élèves, s’ils peuvent justifier la logique de leur démarche », raconte Anne-Sophie Ducatillon, professeur de lettres dans un collège de Saint-Amand-les-Eaux (Nord). » Je doute fort que le formateur ait dit cela ainsi. En revanche, il est vrai qu’il est important de comprendre ici la logique de l’erreur et de travailler avec l’élève  sur cette erreur qui vient peut-être d’une sorte d’accord par le sens (l’émiettement se fait si on veut de façon plurielle)  et non selon des lois syntaxiques, parfois subtiles (quand « on » est mis à la place de « nous » : on est parti ou on est partis ?) Dans le même article qui est à la une,  on réussit l’exploit de mettre au premier plan une question très secondaire (introduire ou non la notion de « prédicat » qui en l’occurrence est tout sauf moderne ?) au lieu de s’intéresser vraiment à l’utilité profonde de la grammaire dont le but devrait être d’aider à mieux lire et écrire. De même cet article présente finalement sous un jour favorable le prof « désobéissant » qui se flatte de faire « dictée sur dictée » et du « Bled », ce qui pour moi représente surtout un grand manque d’exigence et une solution de facilité pour l’enseignant qui abandonne toute inventivité et toute ambition de faire réussir tous les élèves.

  • On a le droit de mettre en cause certaines pratiques pédagogiques, surtout quand elles sont trop exclusives. On peut critiquer la pédagogie inversée, l’organisation coopérative, la différenciation, la pédagogie de projet et surtout on peut et on doit d’ailleurs pointer les dérives possibles, les risques de dogmatisme.

Mais pas de caricaturer et dénaturer ce qu’on veut démolir, ce qui est la spécialité des anti-pédagogues depuis l’ancien ouvrage Le poisson rouge dans le Périer des années 80, livre qui au fond reparait avec d’autres mots depuis, avec toujours la même musique.  (voir l’excellent billet de Luc Cédelle au sujet des « antipédagogues ». On aime en particulier attribuer à tel formateur, à tel inspecteur, à tel responsable une phrase, qu’on cite sans référence ou qu’on coupe de tout contexte, comme l’a fait fauxrécemment Carole Barjon dans son très mauvais livre. Quand on accuse tel responsable de formation déclarer qu’il faut délaisser l’orthographe ou ne pas sanctionner, ou que sais-je encore, il faudrait citer le lieu et la date précise où la phrase a été prononcée, voire le nom de la personne pour qu’elle puisse éventuellement rétablir la véracité de ce qu’elle a dit.  Mais la rigueur, l’exigence intellectuelle, prônées par certains, c’est pour les autres. Après tout, tel un Zemmour reconnaissant après une émission qu’il avait menti, on a tous les droits puisqu’on fait œuvre civique en dénonçant les « assassins de l’école » !

Je ne reviendrai pas sur les falsifications concernant l’enseignement de l’Histoire, dont j’ai déjà parlé ici même. Ou les incroyables mensonges autour de l’enseignement de l’arabe. Les sciences sont un peu épargnées, il est vrai qu’elles intéressent peu nos intellectuels médiatiques, sauf pour fustiger l’éducation à l’environnement et au développement durable et les projets autour de la santé qui seraient d’insupportables intrusions moralisatrices dans ce qui doit rester privé et en dehors de l’école.

Face au post-factuel, à la post-vérité, il est très difficile de trouver la bonne stratégie de réponse.

Bien sûr, il faut pratiquer la désintox. C’est ce que les Cahiers pédagogiques font avec la série des Antidote qui en proposera d’ici l’élection présidentielle plus d’une vingtaine.

J’ai dit ici combien l’attitude d’indifférence est nuisible (« laissons les dire »). Non, il faut riposter, ne pas se laisser faire, et malheureusement, nous sommes trop peu nombreux à réagir auprès des médias, dans les commentaires d’articles, etc. et nous laissons trop la part belle aux adeptes du post-factuel.

La difficulté réside aussi en ce que les vrais pédagogues sont modestes, n’aiment pas trop se mettre en avant, pratiquent le doute bien plus que ce que prétendent ceux qui les baptisent « arrogants », à quelques exceptions près. Ils savent exposer des avis pluriels (voir par exemple le récent dossier des Cahiers pédagogiques sur l’enseignement des langues, qui donne la parole à ceux qui critiquent les nouvelles dispositions de la réforme en la matière à côté d’un soutien global à cette réforme). La réciproque est rarement vraie. Le risque est l’exploitation des doutes, des questionnements, voire des remises en cause partielles (par exemple sur les méthodes de lecture) par ceux qui, dans leur logique binaire, ne voient que le blanc et le noir et qui traduisent toute soi-disant faiblesse de leur adversaire, toute manifestation d’une honnêteté intellectuelle et d’une saine prudence en « reniement », « repentance » : vous voyez, ils reconnaissent s’être trompés, ils avouent leurs crimes, etc., etc.

de chenille à papillonIl faut pourtant poursuivre dans la voie de la rigueur, y compris envers nous-mêmes, sans cependant trop tomber dans la naïveté, de se laisser déborder par la modestie paralysante. il faut parfois oser mettre en avant telle expérience, telle pratique qu’on juge bonne, qui a obtenu des résultats  et là encore trouver le bon curseur entre l’attitude toujours critique et « sceptique » qui caractérise l’approche scientifique d’ailleurs et le refus de prendre parti publiquement, d’oser aller sur la place publique, quitte à côtoyer la boue. La boue, mais l’âme, disait Victor Hugo (Les Misérables)

Je continuerai pour ma part à mener le combat contre ceux qui pensent que les faits n’ont pas vraiment d’importance, contre ceux qui, sans le dire bien sûr, croient arrivé le temps de la post-vérité.

23 Comments

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23 Responses to Post -vérité et école

  1. Jean-Michel Zakhartchouk

    On pourra revenir sur le fond, mais il va sans dire que je condamne tous les propos outranciers (du genre autrefois le « nabot » pour parler de Sarkozy ou les jeux de mots sur les noms par exemple) et tout ce qui entre dans un jeu malsain, dans lequel peuvent tomber les addicts à twitter (je n’en suis pas pour ma part). Mais être accusé d’être un djihadiste ou hier un khmer rouge est plus qu’indigne (y compris pour les vrais victimes de ces barbaries)

  2. Bonsoir,
    nous nous permettons de copier coller vos propos pour pouvoir y répondre de manière plus lisible. Nous espérons que vous n’en prendrez pas offense.

    « il y a un débat politique, qui n’a rien à voir là avec la post-vérité. »

    Nous divergeons sur ce point, car les termes du débat politique relève pour nous de la post-vérité, ou du moins de la désinformation. Le procès en élitisme fait au latin et au grec a vu ces disciplines elles-mêmes, presque ontologiquement, désignées coupables. On a aussi mis dans le même sac les enseignants de lettres classiques, qui demandent simplement à pouvoir faire le métier pour lequel ils ont été recrutés dans des conditions qui permettent à tous les élèves d’apprendre. Ce procès a été un moment de débat, mais aussi d’accusation haineuses et de querelles recuites ressorties pour l’occasion, dans des termes insupportables. Nous prendrons deux exemples:
    1) le sobriquet de « prof de voyage en Grèce », attribué par certains défenseurs de la réforme du collège, pas des quidams de base puisque suivis sur Twitter, entre autres, par un grand nombre d’huiles du ministère,
    2) beaucoup plus grave, le faux bulletin d’un responsable politique d’extrême-droite, qui a circulé toujours sur les réseaux sociaux. Cette jeune députée se voyait attribuer la moyenne de 19 en latin grec, avec une appréciation élogieuse qui se finissait par la phrase suivante: « vous saluerez votre grand-père que j’ai bien connu en Algérie ». L’implicite véhiculé par ce faux bulletin, en plus d’être foncièrement dégueulasse (en fait, les mots nous manquent…), est très révélateur de la vision qu’a toute une frange du monde éducatif sur le latin et le grec et leurs enseignants. On se permet avec le latin et le grec ce qui paraîtrait totalement stupide envers d’autres disciplines. Et la communication ministérielle a permis à cette parole de se libérer.
    Or, il se trouve que, parallèlement, la question des vraies filières de contournement, des vraies filières ségrégatives, telles que les langues très rares, les classes à horaires aménagés (pour faire du latin, il n’y a ni jury, ni oral, ni comité de sélection), les options internationales, n’a pas été posée, que ce soit par le ministère ou par les syndicats qui soutenaient la réforme: les deux se sont contentés de taper comme des sourds sur les profs de lettres classiques qui protestaient contre le sort qui leur est promis.
    De plus, les professeurs de lettres classiques, dans leur immense majorité, ne demanderaient pas mieux que de diffuser à tous les élèves le latin et le grec, langues et cultures associées. Ils ne manquent d’ailleurs pas de candidats. Mais lorsque les demandes d’ouverture de sections arrivent aux rectorats, c’est niet.
    Le procès en refus de démocratisation, instruit par celui qui en est, au fond, le responsable, ne peut que paraître hypocrite à celui qui se penche sérieusement sur la question.
    Une solution aurait été de donner une vraie place aux langues anciennes dans le socle commun, mais nous avons cru comprendre que cette idée a été farouchement combattue, peut-être par ceux qui parlent ensuite de « démocratisation » des langues anciennes via les EPI.

     » Mais vous allez un peu vite en parlant de « débordements innocents ».  »

    Nous nous excusons si la syntaxe de notre phrase ne vous a pas parue suffisamment claire, mais les débordements sont ceux que nous citions plus haut et les innocents sont le latin et le grec, qui ne sont pas ontologiquement élitistes, mais qui ont été mis dans cette situation par les choix politiques que vous évoquiez (et qui remontent à quelques temps déjà), choix politiques portés par le ministère et quelques autres. Ceci est d’autant plus injuste que le ministère, par un retournement rhétorique habile, a, dans sa communication, jugé le latin et le grec – ainsi que les enseignants recrutés pour les enseigner – responsables de la situation que ses choix ont produit, tout en minimisant ou en traitant par l’ironie les bénéfices que peuvent tirer les élèves d’un apprentissage réel, suivi et structuré des langues anciennes.

    « Comparer les soi-disant pédagogistes à des djihadistes détruisant Palmyre, rien d’innocent. Je ne parle pas de « arrête ton char », mais de certains, qui méritent d’être dénoncés, non? »

    Nous sommes ici bien d’accord. Vous citez les pendants de ceux qui diffusent le faux bulletin de la jeune députée du Vaucluse.

    Le choix qui a été fait par le ministère relativement au latin et au grec reste, selon nous, une lourde erreur, d’un point de vue épistémologique, scientifique (je vous renvoie aux commentaires précédents, sur la critique des positions de Paul Veyne), culturel et professionnel.

  3. Jean-Michel Zakhartchouk

    ce qui me fascine, c’est le masochisme qu’il y a alors à continuer à lire mon blog. SI affirmer des convictions est de l’arrogance, si manier sans jamais insulter quiconque la critique est de l’intolérance, nous n’avons pas la même définition de ces mots.

  4. Jean-Michel Zakhartchouk

    il y a un débat politique, qui n’a rien à voir là avec la post-vérité . Mais vous allez un peu vite en parlant de « débordements innocents ». Comparer les soi-disant pédagogistes à des djihadistes détruisant Palmyre, rien d’innocent. Je ne parle pas de « arrête ton char », mais de certains, qui méritent d’être dénoncés, non?

  5. LOGIE Ph

    Monsieur Z,
    Ce qui me fascine dans vos diatribes, c’est leur arrogance et leur intolérance. Toutefois, ce n’est pas au militant ni au concepteur des programmes que je m’adresse, mais aux professeurs de français qui voudraient encore enseigner l’analyse grammaticale et l’analyse logique. Il y a un site, nommé « PédagoJ » (Eh! oui!) qui décrit l’histoire d’un abandon et en constate les dégâts. Ils y trouveront les arguments théoriques et les éclaircissements dont ils ont besoin.

  6. Bonsoir,
    il est dommage que nous ayons cessé la discussion sur la question de la communication ministérielle autour des LCA, qui a légitimé les débordements à l’égard des professeurs de lettres classiques et de leurs enseignements, bien innocents si on y réfléchit un peu.
    Pour ce qui est des post-vérités, nous en aurions une autre à vous soumettre: pourquoi dire que le latin est élitiste alors que cela été le choix du ministère et de toute une mouvance éducative de le parquer dans un option à la fin des années 1960?
    Qui sont les élitistes? Les professeurs de lettres classiques qui demandent des moyens pour diffuser les langues anciennes auprès de tous ou bien ceux qui ont décidé que ce n’était pas raisonnable et ceux qui les ont appuyé?

  7. Jean-Michel Zakhartchouk

    « pas le droit de » est , je le concède, de nature rhétorique. Bien sûr qu’on a le « droit » de contester toute politique, quelle qu’elle soit.
    L’expérimentation sur une certaine échelle pose de redoutables problèmes méthodologiques, mais surtout il y aurait besoin de temps long, et hélas, on n’en dispose pas parcequ’il ne peut y avoir de consensus sur l’école dans notre pays (au moins sur quelques grands points) et les échéances politiques sont toujours là, en creux. L’expérimentation s’est faite, si je ne me trompe pas, en Suède sur une partie du territoire. Ceci dit, bien des innovations actuelles ont été expérimentées par des équipes. Les évaluations Pisa indiquent aussi des pistes qui ont marché dans certains pays (par ex la sélection précoce, ça ne marche pas! Aucun pays ne fonctionne avec une semaine de quatre jours…) Ce qui est difficile aussi c’est de comparer ce qui peut se faire de manière expérimentale avec des gens motivés et ce qui existe quand il y a généralisation. voir aussi mon billet http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2013/12/03/pisa-pas-pis-mais-toujours-ces-sacres-inegalites-de-lecole-francaise/

  8. Bonjour M. Zakhartchouk.

    Vous dites « on a le droit », ou « on n’a pas le droit », de dire ceci ou cela. Je pense qu’on a le droit de tout dire, y compris des inepties (il arrive malheureusement que certains veuillent faire des lois pour empêcher les inepties ou les contre-vérités d’être dites). Mais ce n’est pas mon sujet.

    Je pense que, s’agissant de l’enseignement primaire, il y a surtout des choses qu’on n’a pas le droit de faire. En particulier, d’introduire des réformes, quelles qu’elles soient, qui n’aient pas été préalablement testées sur des « échantillons représentatifs » des populations scolaires les moins favorisées.

    On ne lance pas un nouveau médicament sans avoir longuement testé préalablement ses effets thérapeutiques et ses éventuels effets secondaires : pourquoi procéder autrement en matière d’enseignement, qu’il s’agisse de rythmes scolaires, de méthodes d’apprentissage de la lecture, ou d’enseignement du calcul ou de la grammaire … ?

    Ne pensez-vous pas que, si cela se faisait de façon proprement encadrée, avec un dispositif d’évaluation solide, il se dirait peut-être moins d’inepties, et nous échapperions peut-être à des débats foireux, fondés sur l’intime conviction des uns et des autres, mettant au même niveau d’irréfutabilité des réflexions sérieuses et des arguments de comptoir, et desquels l’intérêt des enfants est tristement absent ?

  9. Jean-Michel Zakhartchouk

    je maintiens parfaitement ce que j’ai écrit. Les profs qui font du bled à haute dose sont tout sauf exigeants (d’ailleurs, a-t-on besoin d’un certifié pour faire ça?) Qu’il ait une pratique plus complexe, je l’espère, mais de revendiquer bruyamment auprès du « Parisien » une pédagogie répétitive , qui m’a montré plus d’une fois son inefficacité, n’est pas innocent.
    et puis, chez les anti-pédagogistes (je les appelle ainsi, même si ce à quoi ils s’opposent n’existe pas et est créé par eux-mêmes, il y a toujours cette arrogance: eux savent. Moi, j’ai des doutes, structurels au métier si j’ose dire.
    enfin, sur les « excuses », vous plaisantez ou quoi? arrêtez vos leçons, comme avait dit quelqu’un autrefois: je ne suis pas votre élève, vous n’êtes pas mon professeur!

  10. Enseignant du bled ...

    Vous écrivez que « De même cet article présente finalement sous un jour favorable le prof « désobéissant » qui se flatte de faire « dictée sur dictée » et du « Bled », ce qui pour moi représente surtout un grand manque d’exigence et une solution de facilité pour l’enseignant qui abandonne toute inventivité et toute ambition de faire réussir tous les élèves. »

    C’est vraiment l’hôpital qui se moque de la charité. Après avoir dénoncé les dénonciations creuses,

    1) vous affirmez qu’une pratique pédagogique (qui se trouve ne pas avoir votre assentiment) est un manque d’exigence et une facilité ;
    2) et surtout, sans aucune preuve (connaissez-vous cet enseignant ?), vous prétendez qu’il ne veut pas faire réussir tous ses élèves. C’est une calomnie.

    Des excuses seraient bienvenues.

  11. Bonsoir,
    certes, on peut constater que les manuels se sont orientés vers l’intégration de textes latins et grecs en traduction. Mais outre, les problèmes administratifs que nous avons évoqué plus haut, l’autre problème posé par cette réforme a été celui de son accompagnement en termes de communication politique.
    Lorsqu’on prétend « développer » ou « renforcer » une discipline, tout d’abord on lui laisse ce statut, et ensuite on n’en dit pas ce qu’on en a dit dans les discours ou sur les réseaux sociaux.
    En début d’année scolaire, Arrête ton char a créé un sondage pour essayer de dresser un état des lieux de la situation. Les données chiffrées ont été traitées, vous en trouverez les résultats sur notre site (notamment la carte interactive). Elles montrent les immenses pertes d’heures de nos disciplines, sans que, contrairement à ce qui a été martelé (« aucune discipline ne perd aucune heure », mais c’est vrai qu’on a rayé les langues anciennes de la liste des disciplines, alors cette affirmation peut passer pour vraie), les EPI compensent cela. Les données qui nous restent sont les espaces d’expression libre des collègues, qui se sont vus, selon les témoignages laissés, à de nombreuses reprises malmenés en conseil pédagogique ou en rendez-vous avec leur chef d’établissement. A partir du moment où, pour tout un tas de raison, les plus hautes instances moquent les lettres classiques (la discipline autant que ceux qui – horreur! – ont été recrutés pour l’enseigner), comment croyez-vous que cela peut se passer sur le terrain? Les dégâts de cette communication se font sentir et, à notre sens, pour longtemps, car il est bien plus facile de détruire que de construire. C’était l’occasion de construire quelque chose de nouveau et de plus satisfaisant que la situation antérieure. La destruction de ce qui existait au collège (rappelons que la première mouture de la réforme ne prévoyait pas d’enseignement de complément, ce qui montre bien la franche hostilité des instances pour nos disciplines), sans penser la construction d’autre chose, au collège et au lycée (il y aurait énormément à dire sur la manière d’agir à l’égard des langues anciennes au lycée) ne peut pas passer pour une volonté de développer les langues anciennes.
    Cordialement

  12. Jean-Michel Zakhartchouk

    nous sommes en désaccord, mais au moins l’échange est courtois et sérieux, ça fait du bien…On aimerait que ce soit plus souvent le cas. En tout cas, je constate qu’aujourd’hui, en français, on étudie beaucoup plus les auteurs grecs, les mythes,etc. qu’au temps où j’étais élève ou débutant dans l’enseignement, et je m’en félicite…

  13. Jean-Michel Zakhartchouk

    j’ai fait une recherche, on voit une diapo sur http://www.neoprofs.org/t96736p60-de-l-epi-francais-svt-mme-bovary-mangeait-elle-equilibre qui est assez ambigue et pourrait être prise pour une boutade (on mêle Bovary et Gargantua), je n’en sais rien. Un EPI autour de l’alimentation avec des références à des personnages de roman n’est pas en soi absurde (mais il faudrait plutôt prendre « le ventre de Paris » de Zola. Mais il est possible, oui, qu’un Epi de ce genre ait été présenté, comme un projet semble-t-il et non une réalisation (ce qui n’est pas à faire à mon avis). De là à généraliser et à oublier tous les excellents EPI qui ont lieu ici ou là en France. On peut aussi prendre des exemples absurdes dans l’enseignement le plus traditionnel comme ce sujet de brevet qui, dans les années 80, demandait de raconter l’arrivée des pompiers lors de l’incendie du château vendéen dans Quatre-vingt-treize. Mais je veux bien admettre que l’exemple n’a pas été inventé. Je pourrais citer au moment des itinéraires de découverte de vraies absurdités, un projet sur la « résistance » qui mêlait Histoire et…physique (la « résistance » en électricité), mais je ne suis pas sûr que c’était autre chose qu’un projet. Se précipiter sur un petit fait , mal étayé, et en tirer des conclusions, cela reste malhonnête intellectuellement.

  14. Fabien Boyer

    Re bonsoir. Une recherche rapide sous Google images m’a renvoyé vers ladite photo, postée sur le forum neoprofs. Dans le fil la contenant , on trouve le témoignage suivant: « Dans la même veine, formation dans l’académie de Lyon aujourd’hui avec en point d’orgue la présentation d’un projet d’EPI par une formatrice DAFOP.  » Je n’ai pas tellement envie de passer plus de temps à sourcer cette image, peut être que votre meilleure connaissance des acteurs et des usages des formation vous permettra de conclure. En attendant je vous avoue que j’ai la faiblesse de croire à cette anecdote (ce qui ne veut pas dire qu’il faille tout prendre pour argent comptant).
    Par la même occasion je me suis aussi posé des questions sur cette histoire de prédicat (qui me dépasse en « matheux » que je suis). J’ai trouvé sur twitter 3 comptes différents qui parlent de cette formation avec les mêmes termes, une photo de l’interview de Kev Adams dont parle l’auteur du billet de blog. J’en conclus donc que ces propos ont pu/dû être tenus. Ont-ils été déformés? Ce serait idéal d’avoir les retours des formateurs en effet.
    Re-cordialement. Fabien Boyer.

  15. Fabien Boyer

    Bonjour. Je commence par vous présenter mes excuses les plus plates si fautes de frappe et/ou de conjugaison il y a, je ne vous écris pas dans les meilleures conditions. Je n’ai pas grand chose à apporter à ce que vous dites puisque je suis très loin d’être un spécialiste des questions d’éducation et de pédagogie, mais, j’ai souvenir d’une photo prise du diaporama de formation sur ce fameux EPI nutrition et Emma Bovary. A moins d’un « effet Mandela » je suis sûr que vous pourrez la retrouver au détour d’Internet pour peu que vous en fassiez la recherche. Très cordialement, Fabien Boyer.

  16. Bonsoir,
    si la Loi oblige les établissements à organiser les EPI (ce que tous les établissements font, administrativement du moins, elle n’oblige pas à ce qu’un EPI LCA soit proposé (« au moins 6 EPI parmi les huit thématiques »).
    De plus, nous insistons sur le fait qu’il y a une marge entre un EPI et le « latin pour tous ».
    Nous ne sommes pas d’accord avec votre idée de ne pas intégrer le latin et le grec dans les enseignements obligatoires. Leurs apports linguistiques, culturels et épistémologiques méritent d’être offerts à tous les élèves, et non réservés à une quarantaine de spécialistes (selon le désir de P. Veyne), qui, finalement, ne feraient que traduire un corpus extrêmement limité des textes écrits en latin et en grec (toutes époques confondues: on n’a pas arrêté d’écrire latin en 410 après J.-C.).
    Nous avons cru comprendre que certains (nous pensons à la Wallonie) ont fait un autre choix, comme quoi, rien n’est impossible à qui le veut vraiment et il ne leur a pas paru incongru d’intégrer à leur « commun » le latin (à vérifier pour le grec).
    Cordialement,
    ATC

  17. Jean-Michel Zakhartchouk

    je réponds, mais ensuite je clos la discussion sur ce point précis. Oui, il faut étayer et préciser le contexte (date, lieu, nom du formateur) quand on fait dire quelque chose de ce genre. J’ai trop lu des propos prêtés de façon malveillante à des formateurs, inspecteurs, etc. J’ai par exemple demandé à ce qu’on me dise où on avait évoqué le soi-disant EPI sur le régime alimentaire de Madame Bovary, mais je n’ai jameis eu de réponse. D’autre part, il est important aussi de contextualiser les propos. Je ne sais pas dans quel contexte on a évoqué la « sensation du passé simple », maladroitement dit peut-être, cela recouvre une réalité quand des élèves « sentent » que dans un conte, le passé simple va mieux que le passé composé, ou quelque chose comme ça. Il m’arrive dans des conférences, des stages, d’utiliser à certains moments des formules-choc, je les explicite ensuite et je précise qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Par exemple, « chez un enseignant, le pessimisme est quasiment une faute professionnelle » (bien sûr que c’est à décoder et à ne pas prendre littéralement) ou la formule du GFEN qui est discutable si on la prend dans l’absolu, mais fait réfléchir « expliquer empêche de comprendre ». Et pour en rester à l’orthographe, on s’est gaussé de l’expression « négociation graphique ». Je n’utilise pas cette expression, mais il ne faut pas la comprendre dans un sens malveillant: il ne s’agit pas de croire que l’orthographe d’un mot se « négocie », mais qu’on peut discuter pour savoir quelle est la bonne orthographe. On peut critiquer, à mon avis à juste titre, le choix de l’expression, mais pas faire croire qu’il s’agit là d’un renoncement alors qu’au contraire, c’est une voie féconde d’apprentissage, dans certaines conditions.
    Mais visiblement, je suis à vos yeux un « pédagogue prétentieux et arrogant » comme le dit celui qui risque d’être notre prochain président et tout ce que j’écrirai sans doute sera retenu contre moi. Je n’y puis rien….

  18. Rémi Duchier

    Ah bon, il faut étayer tous les propos ? Étayez donc celui-là : « Je doute fort que le formateur ait dit cela ainsi. »
    De deux choses l’une. Soit vous accusez la collègue d’être une menteuse, soit vous l’accusez d’être trop stupide pour comprendre ce que dit un formateur.

    Au passage, de mon côté, deux de mes collègues de lettres ont eu droit en formation, à « à la sensation du passé simple ». Certainement des menteuses elles aussi. D’ailleurs, j »imagine que vous assistez à toutes les formations de France, dans toutes les disciplines, pour savoir tout ce qui s’y dit.

  19. Jean-Michel Zakhartchouk

    Si des établissements n’organisent pas d’EPI, ils sont fautifs, non respectueux de la Loi. Il faut se battre pour que des EPI intégrant les langues anciennes soient présents partout. Mais l’enseignement du grec et du latin dans le socle, non, je ne parle pas de « ridicule », mais d’incompréhension de ce qu’est le socle commun « ce qu’il n’est pas permis d’ignorer ». Il n’est pas permis d’ignorer l’héritage greco-latin, et celui-ci est intégré aux programmes de français et d’histoire, mais il est permis d’ignorer les subtilités de la langue latine et grecque (que pour la seconde, même Finkielkraut ignore!)

  20. Jean-Michel Zakhartchouk

    De quels autres parlez-vous? Je doute à priori de tout propos rapporté qui n’est pas référencé (de même que je me bats y compris près de mes amis pour qu’aucune citation d’auteur ne soit faite sans référence précise) C’est le minimum pour échapper aux « on a dit » non étayés. Et si j’en crois Dubet ou Meirieu, par exemple, les propos qu’ils ont tenu à Carole Barjon ont été déformés et manipulés…

  21. Rémi Duchier

    Vous permettez de douter de la véracité des propos d’une collègue lors de cette formation à laquelle vous n’étiez pas présent. Intéressant de voir quel crédit vous apportez aux autres.

  22. La post-vérité est partout. On nous a par exemple annoncé que le latin et le grec seraient offerts à 100% des élèves via les EPI, ce qui est faux pour au moins deux raisons:
    1) Tous les établissements n’ont pas organisé d’EPI,
    2) On ne peut connaître le contenu effectif de chaque EPI organisé et par là on ne peut pas dire que le latin et le grec sont effectivement offerts à tous.
    Un moyen de le faire aurait été d’intégrer ces disciplines (car ce sont des disciplines et non des « clubs », comme certains le disent de manière méprisante) au socle commun de connaissances, compétences et culture, ce qui a visiblement été jugé ridicule par certains (parfois les mêmes que ceux cités plus haut).
    Nous aussi, à Arrête ton char, sommes lassés de ces post-vérités.

  23. Emmanuelle Perrier

    Merci Jean-Michel pour ce texte qui me fait du bien!
    Emmanuelle

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