Enseigner au XXI siècle

Présidentielles : défendre une certaine idée de l’école

Alors que l’élection présidentielle s’avère plus ouverte que prévue et que les candidats commencent à dévoiler leur programme, avec toutes les incertitudes possibles pour l’un d’entre eux qui a plus de mal à donner ses leçons de morale aux « pédagogistes arrogants » même s’il continue de parler de l’école actuelle comme « caveau de la République »…, je voudrais poursuivre pour ma part ma réflexion sur les perspectives souhaitables lors du prochain quinquennat pour notre système éducatif. En récapitulant de manière synthétique quelques points forts qu’il faudrait  défendre ou promouvoir si on veut que l’école de demain soit au contraire le « caveau » des idées nauséabondes, des inégalités, des discriminations. Quelques points forts auquel j’aimerais que les candidats se réclamant du progressisme adhèrent. Il n’est pas sûr que ce soit bien le cas pour certains tandis qu’il y a de l’ambigüité pour d’autres. Je reviendrai sur les propositions concrètes qui sont émises, comme je l’ai fait à propos de la réduction des effectifs en REP et du soutien scolaire ultérieurement.

Quelques points clé  à mon avis incontournables

  • Un message optimiste: ne pas présenter l’école française colloque_ecole_les_voix_de_l_optimisme_vignette_556490.16comme « en faillite » en encourageant le déclinisme et la désinformation. Tout ne va pas bien et en particulier pour les plus faibles, mais il y a aussi beaucoup d’initiatives, d’innovations, d’efforts qui sont faits partout et n’oublions pas que les réformes récentes ont été saluées par l’OCDE comme allant dans le bon sens (de l’élévation du niveau général). (on vous a bien repéré, l’OCDE : vous êtes un laquais des forces ultra-libérales !)

 

  • La nécessaire continuité. Ne pas décourager les enseignants et autres acteurs (les chefs d’établissement en particulier, souvent décriés, ou les inspecteurs, caricaturés) en remettant en cause ce qui s’est fait ces dernières années. C’était un peu le mérite du programme de Juppé qui ne voulait pas défaire le collège unique, les nouveaux programmes, les nouvelles dispositions du collège (même s’il revenait en arrière sur certains points), pas celle de Fillion qui était et est toujours dans la dénonciation et le dénigrement. Il faut de la continuité dans les réformes, à la manière de pays comme la Finlande qui ont su dépasser les aléas des alternances politiques pour aller de l’avant (une réforme audacieuse en cours, initiée par des sociaux-démocrates, et poursuivie par la droite). En remettant toujours en cause ce qui s’est construit, on entraine le scepticisme et le découragement des acteurs, et leur immobilisme.

 

 

  • Le monde actuel, pas le vintage…L’école du XXI siècle ne peut être celle du retour au XIX siècle. A l’heure non seulement du numérique mais aussi des réseaux sociaux, des menaces contre l’environnement et la démocratie, du repli sur soi, de la nécessité de redonner un nouveau souffle à l’Europe, du désir de participation des citoyens, etc. les recettes du passé ne peuvent fonctionner. Il faut développer par exemple les compétences à l’oral (qui sont source de fracture sociale et culturelle lorsqu’il n’y a pas maitrise), au travail en équipe, à la recherche d’informations (et vérification des sources), et aussi les compétences dites « émotionnelles » et psycho-affectives (vertus de la persévérance, capacité à surseoir à son impulsivité, estime de soi, mais aussi capacité à avoir un regard critique sur soi-même et à tirer parti de ses erreurs ou de ses échecs).
mafalda contenus

donner du sens?

 

  • Contre une conception étriquée des « fondamentaux! Pourquoi décréter que l’analyse grammaticale est plus un « fondamental » que la capacité créative dans le domaine socleQuestionsartistique ? Pourquoi estimer que la connaissance de soi sur le plan physique par exemple (pour lutter contre les dangers pour la santé) est moins importante que la géométrie ? Il faut donner toute sa place à la culture, dans ses aspects créatifs, qui bien entendu reposent sur des compétences à faire acquérir, mais justement dans l’action, dans les projets, avec du « sens ». D’ailleurs ne s’agit-il pas aussi d’encourager très tôt « l’esprit d’entreprendre », compétence-clé dans certains pays scandinaves, ce qui implique d’encourager l’initiative, la prise de risque et la confiance en soi.


  • La pédagogie au centre. On doit réaffirmer que le quantitatif ne suffit pas. Entre ceux qui du coup sont en tirent prétexte pour réduire les moyens pour l’école et ceux qui sont prêts à toutes les promesses sans prendre en considération ce qui est possible et ce qui est prioritaire, il y a la place pour une vision du quantitatif au service du qualitatif. Rien ne sert à donner des moyens supplémentaires, à réduire la taille des classes, à investir dans la numérique si on ne se demande pas quoi faire avec tout cela. Et s’intéresser donc aux pratiques pédagogiques et à la formation des enseignants, qui permettent de transformer des « dépenses » en investissements pour l’avenir

 

  • Socle commun, vraiment commun ! Il défendre un vrai socle commun, l’école de tous et l’école pour tous…Et refuser
    charlemagne

    qui a eu cette idée folle d’inventer la sélection précoce?

    la sélection précoce. Qu’il y ait des moments en fin de collège de découvertes professionnelles par exemple, oui, si cela ne se fait pas au détriment des compétences communes à acquérir. Les comparaisons internationales montrent l’inanité de la sélection précoce. Le collège unique est un acquis du gaullisme d’abord, du giscardisme ensuite. Il est catastrophique que certains secteurs de droite et l’extrême-droite le remettent en cause.

 

  • Le bon sens n’existe pas, il faut de la recherche ! Encourager la recherche est indispensable, que ce soit dans le domaine de la sociologie de l’éducation, de l’histoire de l’éducation, des neurosciences « appliquées » à l’éducation, des comparaisons entre systèmes et bien sûr de la didactique. Contre le poujadisme anti-intellectuels et l’apologie populiste du « bon sens », il est nécessaire de promouvoir les recherches, même si elles ne dictent jamais ce qu’il faut faire, elles peuvent juste éclairer les pratiques. Il faut surtout permettre des rencontres entre chercheurs et enseignants, et aider ceux qui s’efforcent d’organiser ces rencontres (dont les mouvements et revues pédagogiques).

 

Cette liste n’est pas exhaustive, mais contient des points essentiels qui devraient être au centre des débats. Mais pourquoi parler de choses sérieuses quand il est tellement plus simple de penser qu’il suffit de : rétablir l’autorité à coup d’uniformes et de conseils de disciplines, pour les uns, créer des postes comme préalable à tout pour d’autres ? Surtout qu’aujourd’hui, tout passe au second plan car il faut bien évoquer les abus immoraux des donneurs de leçons qui paient mieux qu’un agrégé hors classe en fin de carrière quelqu’un qui rassemble des documents ou fait une revue de presse … Cela n’aide guère dans cette autre mission fondamentale de l’école de former les futurs citoyens…

 

 

Commentaires (6)

  1. LOGIE Ph

    « La » pédagogie n’existe pas; elle n’est pas une science. Il n’y a que « des » pédagogies, adaptées aux publics concernés. En revanche, les savoirs, dans leur diversité, existent. Pour un professeur de français en collège ou en lycée, ces savoirs englobent la langue (morphologie, syntaxe et lexique) et la littérature.

  2. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    POur une vraie instruction, et pour une éducation à la citoyenneté, il faut bien mettre la pédagogie au centre. Mais peut-être le centre est partout et la circonférence aussi!

  3. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Un message pessimiste et décliniste
    La litanie multidécennale continue sur ce thème
    La rupture qui n’est autre que le retour de vieilles lunes
    On remet une équipe qui a accentué les inégalités ou qui rêve du temps de la sélection à outrnace
    Pas de réponse sur les fondamentaux, oui à l’école de 1817
    Monsieur mon contradicteur n’a certainement pas le bon thermomètre!

  4. Vincent

    Un message optimiste
    Le plan quinquennal a été pulvérisé

    La nécessaire continuité
    On ne change pas une équipe qui perd

    Contre une conception étriquée des « fondamentaux!
    Benh oui, l’EducNat a de la fièvre, cassons le thermomètre !

  5. LOGIE Ph

    « La pédagogie au centre. »
    Telle est l’erreur fondamentale: prendre le moyen pour le but! Ce qui doit être au centre, c’est l’instruction, seule garante de la formation de citoyens conscients et responsables (voir Condorcet). Si l’art pédagogique est important et mérite, je vous l’accorde, un apprentissage, il n’est que l’auxiliaire de l’instruction.

  6. Arrête ton char

    Toutes ces compétences que vous citez peuvent être travaillées en cours de langues anciennes, en apportant aussi aux élèves un travail de fond d’ordre linguistique et culturel: pourquoi avoir alors combattu leur intégration dans le socle commun et les avoir démantelées lors de la réforme du collège, accompagnée par cette campagne de comm’ odieuse contre les enseignants de lettres classiques?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>