Enseigner au XXI siècle

Une école pas très insoumise ! A propos du programme éducatif de Jean-Luc Mélenchon

Je vais parler ici du programme éducatif du candidat de la France insoumise, en espérant que cela ne me vaudra pas des injures ou des attaques insupportables de chatcertains de ses partisans qui, à mon avis, sont le plus souvent contre-productifs et donnent une image sectaire d’un mouvement qui vaut certainement mieux que cela. Je pense aux appréciations lamentables portées sur mon ami Philippe Watrelot quand récemment il a pointé sur son blog certaines tendances conservatrices de la vision de l’école du futur chez JLM. Je précise bien « certains », car je connais aussi de nombreux partisans du candidat ouverts au dialogue et au débat d’idées.

Je n’évoque ici que le programme éducatif, même si celui-ci ne peut être totalement isolé du reste. N’entrent pas ici en considération les points qui peuvent me séduire (la conversion à l’écologie, certaines aspirations démocratiques et au renouvellement de la vie politique) ou me rebuter (le peu de fibre européenne- c’est le moins qu’on puisse dire, les positions internationales qui me consternent ou le culte de l’État et du Public pris comme un absolu désirable), même si cela peut jouer aussi au  niveau de l’éducation.

Mais si on prend les propositions sur l’école, je suis un peu perplexe, car il y a deux visages, l’un plutôt sympathique, l’autre qui me révulse et m’éloigne alors totalement du candidat.

D’un côté  Mélenchon veut plus d’égalité à l’école. Il mise certes beaucoup sur le quantitatif et on se demande où il trouvera les moyens pour créer autant de postes. On peut au passage discuter par exemple la gratuité de la cantine pour tous, quand bien des familles ont tout à fait les moyens de payer des sommes souvent modiques (la gratuité contre l’équité qui, elle  est favorable à une politique inégalitaire où ceux qui ont plus paient un peu plus), mais laissons cela pour l’heure.

Pour ce qui est du positif, retenons par exemple l’idée de « concevoir des rubon168-e9cb6partenariats avec des  mouvements  pédagogiques agréés pour créer une nouvelle culture pédagogique ; d’intégrer dans le système scolaire une base de ressources pédagogiques en accès libre. » On ne peut qu’applaudir quand, comme moi,  on est engagé dans un mouvement d’éducation nouvelle, sauf qu’avec les ministères de ce quinquennat, cela s’est fait et  n’est nullement reconnu par l’équipe de JLM. Tant mieux si cela s’amplifie d’autant que deux candidats, Fillon et Le Pen s’apprêteraient très vite à couper les vivres aux « pédagogistes prétentieux »…

Il est dit aussi que « L’école doit favoriser le développement de l’élève-citoyen, en  pessin réforme multipliant  les  formes  de coopération » Là encore, ceci s’est développé avec les nouveaux programmes de l’EMC  ou avec le « parcours citoyen ». La coopération est prônée dans les textes officiels  ce qui semble là encore ignoré (mais rien de bien ne peut être issu de gouvernements « socialistes », n’est-ce pas !)

De plus «  il conviendra de proposer une politique volontariste de refonte de la carte scolaire appliquée aussi au privé ». Concrètement  comment fait-on ? On sait combien c’est compliqué. Surtout si en plus on veut abolir le statut actuel du privé et la loi Debré, au risque de déclencher de nouvelles guerres scolaires dont la France n’a pas besoin.

« La formation devra être repensée par le biais d’abord  d’un  cadrage  national des ESPE mais aussi enrichie à travers l’histoire des mouvements pédagogiques, de la psychologie. » C’est certes imprécis, mais cela semble mettre l’accent sur les aspects pédagogiques de la formation  ce qui est, si les mots ont un sens, une rupture avec une conception qui insiste au contraire sur la formation disciplinaire en termes de « savoirs » comme une sorte de préalable.

« Enfin, il faudra renforcer l’exercice démocratique des établissements en limitant le pouvoir du chef d’établissement » : on ne sait pas trop là non plus ce que cela Obin_piloter_par_les_valeurssignifie. Osons une interprétation optimiste : la mise en avant des équipes, disposant d’une autonomie et d’un vrai pouvoir d’agir et non de la très ambigüe « liberté pédagogique » qui renvoie à une conception du métier très libérale (sans les inconvénients du risque…). Reste à savoir quelles formes cela peut prendre ; est-on oui ou non pour de vrais « conseils pédagogiques », pour une collaboration accrue avec les parents et un rôle  nouveau pour le chef d’établissement (car limiter son pouvoir, souvent d’ailleurs dérisoire, ne saurait être en soi positif, il faut faire de lui un animateur d’équipe qui aurait plus de responsabilités par exemple) ?

Bref, d’un côté, un visage plutôt sympathique même si on reste dans le flou et dans les déclarations de principe, mais il est vrai qu’un programme présidentiel ne peut aller dans les détails.

Versant « coup d’œil dans le rétro »

Malheureusement, il y un autre versant, qui est fait pour la fraction la plus conservatrice du monde enseignant et se présente comme une entreprise de démolition de ce qui s’est fait de progressiste ces dernières années. Vision d’une école bien peu « insoumise », qui regarde surtout vers le passé et bien peu vers l’innovation…

Si on en croit en effet une récente conférence de presse (14 avril), voici quelques aspects de ce programme régressif

« Nous sommes contre le socle commun car il appauvrit les disciplines et donne un cadre utilitariste à l’école».

Nous voulons «abroger la réforme du collège pour que « la transmission des savoirs se fasse dans le cadre des disciplines »

«Nous supprimerons les EPI. Mais nous sommes favorables à l’interdisciplinarité. Seulement il faut de bonnes bases disciplinaires pour cela »

« Nous ne modifierons pas en profondeur les nouveaux programmes mais nous reviendrons à des programmes par niveau. Les cycles produisent de l’inégalité pour les 20% d’élèves qui changent de collège en cours de scolarité et n’ont plus de continuité éducative»

charb136Donc abandon d’un socle pourtant accepté sous sa forme actuelle par la communauté éducative et qui commence à produire des effets positifs (au moins un langage commun pour les enseignants d’un cycle à l’autre, d’une discipline à l’autre).SI on veut déstabiliser et démoraliser les enseignants, on ne saurait mieux s’y prendre. Le socle ambitieux actuel, peut-on vraiment le considérer comme un kit minimaliste ? Ceux qui affirment cela l’ont-ils vraiment lu ? On est sidéré de trouver les mêmes arguments ineptes depuis plus de dix ans…

Alors que le programme global de « la France insoumise » se prétend novateur il justifie les pires archaïsmes et va jusqu’à supprimer les projets interdisciplinaires (que sont donc d’autre que les EPI ?). On veut faire réfléchir les futurs citoyens sur l’environnement, la santé, leur permettre d’acquérir une culture scientifique et historique faite de questions plus que de réponses et on les enferme dans des cloisons, faisant fi de tout ce qui se passe sur le terrain : combien de projets riches qui loin d’éloigner de l’approche disciplinaire permettent des confrontations fécondes et des croisements innovants, motivants et donnant du sens, autour du développement durable, des liens techniques-sciences (pourquoi pas sur les hologrammes, chers à…), projets culturels qui établissent des ponts entre cultures populaires et cultures savantes… Aucune contradiction, vraiment, avec l’éloge des apports des mouvements pédagogiques ? Ou ceux-ci ne seraient-ils là que comme alibi masquant les régressions ? Et le découpage annuel, cher au SNES ou au SNALC,  qui va à l’encontre d’une logique de cycle qui permet la différenciation pédagogique  prônée par la recherche (conférence de consensus du CNESCO) et à rebours d’une indispensable évolution vers l’idée de « curriculum », n’est-ce pas le retour en force de l’uniformité, uniformité de façade d’ailleurs si on mesure l’écart entre le travail prescrit des programmes et le travail réel sur le terrain des classes ? On est surpris dès lors de ne pas trouver une défense acharnée de la notation traditionnelle et une diatribe contre l’évaluation par compétences, mais on peut certainement le trouver dans des textes produits par une équipe bien peu progressiste.

Je ne puis ici évidemment argumenter davantage en faveur de tout ce que le programme de JLM propose de supprimer, mais je renvoie à de nombreux billets de ce blog où j’i présenté tout ce qui me fait plaider pour le socle, les cycles, les compétences…

Je sais que certains partisans de JLM se sont indignés de ces propositions qu’on serait trop gentil de qualifier de « peu audacieuses », que certains voteront pour lui « malgré » ce programme éducatif. Je pense (et le redis) qu’il reflète des tendances plus profondes de cette tendance (étatisme jacobin, instruction du peuple vue comme très verticale…), mais c’est sans doute un autre débat. Et j’ose espérer que si JLM est élu (et à coup sûr son programme est préférable à ceux qui, eux, prônent vraiment et franchement le grand retour en arrière, à savoir Fillon, Le Pen et Dupont-Aignan), des forces se lèveraient pour que, notamment, la tabula rasa sur le collège ou sur les cycles ne se produise pas…

 

NB J’ai notamment utilisé pour les citations le résumé fait par un nouveau magazine que je salue au passage et qui  nous vient de l’Université de Cergy

https://www.u-cergy.fr/fr/laboratoires/ema/recherche/ema-techedulab/le-magazine-de-l-education.html

 

Commentaires (14)

  1. MASSON Romain

    Je m’amuse un peu de voir que quand M. M. Zakhartchouk n’est pas d’accord, il nous ressort la vieille opposition entre les modernes et les passéistes. On pourrait d’ailleurs se demander si les conservateur dans cette histoire ne sont pas ceux qui restent accrochés à des théories vieilles de plus 30 ans qui ont échoué : lire à ce propos l’excellent livre de Jean-Pierre Terrail, Pour une école de l’exigence intellectuelle, changer de paradigme. A titre personnel, j’ai été rassuré que le programme éducation de la France insoumise ne tombe dans les pires âneries éducatives des Dubet, Meirieu, Frackowiak et toute la bande, qui ont démontré toute leur « efficacité » depuis les années 1990 – avec la complicité, il faut le dire, du Sgen et de l’UNSA. Je fais partie de ces jeunes enseignants qui ont démissionné de l’Education nationale car la vision que défendent Monsieur Zakhartchouk et ses amis au Ministère m’était devenue insupportable et signait la fin d’une conception humaniste de l’enseignement. Tout ce qui a suivi avec NVB m’a confirmé dans mon choix. Heureusement que la gauche insoumise a été capable de ne pas laisser la pédagogie prise en otage des tenants de la fin des disciplines et des compétences chères à l’Institut Montaigne et au Medef. Merci à la FI de proposer une voie alternative qui renoue avec une école de l’ambition pour tous en rejetant dos à dos les visions utilitaristes et pédagogistes de ceux qui ont échoué et la vision réactionnaire d’un Fillon ou d’une Marine Le Pen.

  2. Pingback: Macron et l’école : promesses et zones d’ombre… | Enseigner au XXI siècle

  3. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Votre commentaire,très long, est respectable, mais franchement,je ne suis en rien coupé du terrain, je fais régulièrement de l’aide aux devoirs et j’ai des contacts avec plein d’équipes partout en France et des profs en activité sont parmi mes proches. Vous ne pouvez opposer votre vérité présentée comme vérité à la mienne qui serait éthérée (cites-moi une phrase où je « donne des leçons » et je veux bien alors reformuler. Arrêtez de dire que vous exprimez autre chose qu’un point de vue qui mérite le respect du moment qu’on respecte un des fondamentaux: le respect des élèves. Quant à dire que le niveau aurait baissé depuis cinq ans, montrez-moi une étude sérieuse qui le montre. Depus quarante ans il est vrai, j’entends cette musique, le niveau a tellement baissé qu’il a déjà atteint celui de l’an prochain (hommage à Lubitsch)

  4. Es

    Je me permets de répondre à nouveau.

    La faiblesse de votre raisonnement tient à un fait que vous rappelez vous-mêmes : vous vous fondez sur votre expérience des 40 ans qui ont précédé votre retraite (car vous devez être en retraite depuis quelques années).

    or, les choses changent et évoluent, très vite. Des exercices ou des contrôles que les élèves d’un collège extrêmement défavorisés réussissaient à peu près à faire il y a 10 ans désarçonnent complètement mes élèves un peu moins défavorisés d’aujourd’hui même dans le cadre de travail en groupe. Même à l’échelle de deux ou trois ans, nous constatons une différence, et en termes de notations, je me rends compte que les contrôles de leçons sont de moins en moins réussis, même lorsque la leçon est minuscule, et que la capacité des élèves à mémorisée est moindre, faute d’entraînement (car on et bien d’accord, les enfants d’aujourd’hui ne naissent pas plus bêtes que leurs aînées, mais la rigueur intellectuelle et la capacité de mémorisation sont des aptitudes que l’on cultive sur le long terme).

    De même, il y a cinq ou dix ans, nos élèves (et les vôtre, de ce fait) arrivaient en 6e avec moins de lacunes qu’aujourd’hui. De ce fait, il faut s’adapter continuellement, et même un enseignant en retraite depuis 4 ou 5 ans n’est déjà plus bien placé pour faire un état des lieux et donner de leçons de réforme du collège ou de pédagogie.

    Je n’ai jamais dit qu’aucun EPI ne fonctionnait. Chez nous, d’ailleurs, nous en avons UN qui fonctionne très bien : celui qui engendre un dédoublement de tous les cours pour les profs, et qui prend le tiers des heures « de marge » à lui tout seul. Réforme du collège et autonomie obligent, les collègues aux dents longues prennent tous les moyens pour eux, avec l’aval du chef (car ça fait « vitrine »), et dépouillent les autres. Pour les autres enseignants, tant pis. Certains d’entre nous refusent tout net les EPIS, trop contraignants, et font de l’interdisciplinarité entre eux, quand la situation s’y prête, de manière moins normée, moins codée, sans pression, sans obligation de faire effectuer aux élèves une « réalisation concrète » ou de réfléchir à ce que les élèves pourraient raconter de cet EPI à la nouvelle épreuve orale (bidon) du nouveau brevet.

    Le LSU fait l’unanimité contre lui dans de nombreuses disciplines. Apparemment, certaines matière sont davantage compatibles avec l’évaluation par compétence et ce nouveau système de bulletin, mais les mécontents sont bien plus nombreux, et les nouveaux bulletins sont illisibles pour les aprents, surtout pour ceux dont le parcours compliqué rend plus compliqué la compréhension de certains documents compliqués (et nous autres profs nous sentons très flicas et infantilisés).

    La logique de cycle est une aberration( quid des élèves qui déménagent en cours de cycle ? Des 6e recrutés sur 7 ou 8 écoles primaires différentes ?). Nous avons pas mal de parents d’élèves qui font l’effort de ne pas changer les élèves d’établissement en cours d’année lorsqu’il déménagent, afin de ne pas perturber leurs apprentissages, ce qui est tout à leur honneur car la logistique de trajets peut devenir compliquée, mais sur des cycles de trois ans, tout sera plus compliqué.

    Je veux en réalité le contraire de ce que vous préconisez : avec la réforme du collège, les EPIS, les directives déjà anciennes (travail en séquence, etc), je perds de ma liberté pédagogique, et par conséquence, la liberté de m’adapter à chaque classe.
    Je veux avoir une feuille de route, un programme national annuel, qui me disent « voilà ce que tu as à apprendre à tes élèves, débrouille-toi comme tu veux, mais il faut qu’ils arrivent à destination à la fin de l’année pour que ton collègue s’y retrouve l’an prochain ». Avec certaines classes, effectivement, le travail en séquences peut se justifier (pour certaines séquences, parce que si pour certaines notions ça coule de source, et nos profs n’ont pas attendu l’avènement de la séquence pour faire coïncider l’étude du passé simple et du conte, par exemple, TOUT caser dans les séquence implique d’effectuer parfois des regroupements très tirés par les cheveux), d’autres classes s’y perdent, ne comprenennent pas du tout l’intérêt du concept de séquence), mais comprennent très et réussissent mieux avec un fonctionnement dit « à l’ancienne ». Certaines classes ont besoin de faire beaucoup d’exercices en autonomie, d’autres se sentent mieux et progressent mieux avec davantage d’oral. Certaines classes vont s’impliquer dans de projets tandis que d’autres s’épanouissent mieux dans un fonctionnement plus classique, enfin, je connais mon boulot, je m’adapte, et j’aimerais simplement qu’on me lâche les baskets avec de préconisations et qu’on fasse confiance à mon intelligence pour analyser la situation, mes élèves, et les amener au mieux à un point clair et défini par des programmes annuels.

    D’ailleurs, finalement, je fais comme je veux : nos inspecteurs ont été si souvent réquisitionnés pour promouvoir la réforme du collège (que personnellement je vomis), que ces messieurs-dames n’ont tout simplement plus le temps de faire leur travail, à savoir nous inspecter : mon inspectrice m’a vue exercer il y a neuf ans, m’a encensée, et n’a plus daigné revenir depuis…

    En attendant, je déplore la perte d’heures de langues anciennes (il n’y a qu’à voir les préconisations du ministère : les exemples d’EPIs soi-disant LCA sont en réalité des EPIs CA dans laquelle la langue n’a pas sa place), la rigidité des nouveaux dispositifs, que ce soit de la pause méridienne (le temps post-cantine étant le numéro 1 du moment propice aux engueulades, notamment dans les classes de 6e, et on récupèrent des élèves totalement azimutés à 14h, dont il faut commencer par démêler les querelles avant de pouvoir reprendre le boulot sereinement), et, surtout l’AP : pendant longtemps, nous avions une heure d’AP en français, et on pouvait faire venir les élèves qu’on ovulait, quand on voulait, varier le casting d’une fois à l’autre au gré des notions finalement comprises ou des problèmes décelés un peu tardivement, prednre davantage d’élèves quand l’activité et le profil de la classe s’y prêtait, prendre parfois moins d’élèves quand le besoin de suivi était fort, faire venir un élève grippé la semaine précédente pour s’assurer que les cours rattrapés aient été compris, etc. Maintenant, c’est barrettes, demi-groupes imposés, groupes soi-disant de besoin sachant qu’on fait bien difficilement rentrer tout le monde dans les cases, etc.

    IL y a dix ans, quand je suis entrée dans le métier, je pensais qu’une fois que j’aurais acquis une bouteille suffisante pour ne plus avoir de bazar dans mes classes, je ferais le plus beau métier du monde… en réalité, après deux ou trois ans d’apogée, les directives de réforme du statut (qui me fragilise sur les compléments de services et grossit le nombre d’obligations statutaires), le réforme du collège, je me sens de plus en plus agressée par des obligations ineptes (mais souvent chronophages), un ministère qui se fiche de moi, des directives absurdes, et des discours (comme le vôtre) très éloignés de ce que je peux observer dans mes classes comme dans celles de mes collègues et en salle des professeurs.

  5. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Commentez si vous voulez au nom des professeurs (ce que vous me reprochez de faire,or,vous verriez que je n’utilise pas le « nous » comme vous).Mais une chose me choque dans vos propos : « les microbes que nous refilent nos élèves »; quel mépris insupportable…

  6. Es

    on voit, monsieur, que vous ne faites plus partie du navire.

    Peut-être avez-vous encore de contacts au SGEN-CFDT, syndicat si peu représentatif de ce qui se passe dans les salles des profs, mais avec un service complet dans un ou plusieurs établissements, vous verriez que la Réforme, les EPIs, les programmes par cycle, le socle et le nouveau brevet qui en découle étiolent le goût de la oku part des collègues pour leur métier.

    Le quinquennat Sarkozy fut un quinquennat d’humiliation, celui qui s’achève fut d’une violence mieux cachée, avec certes quelques sparadraps bienvenus (ne plus être pénalisés sur la fiche de paie quand les élèves nous passent leurs microbes), mais des coups nombreux (nouveau statut, réforme, mise en place des compétences à marche forcée, nouveaux programmes par cycle qui s’appliquent prou tous les niveaux en même temps – ce dernier point, a lieu seul, est lourde de conséquences en termes de désorganisation et de non-sens). Les rythmes scolaires furent un véritables foutage de gueule, en empêchant les enfants de dormir le mercredi matin sans pour autant leur rendre les trois heures de cours supprimées par monsieur Sarkozy).

    L’interdisciplinarité peut se faire sans le carcan inhibateur des EPIs, avec plus de liberté, plus de souplesse, moins de pression (EPI à présenter potentiellement à l’oral du brevet), tout comme l’AP peut être pratiqué, et se pratiquait très bien jusqu’à il y a peut-être quatre ans (avec souplesse ; le professeur faisait venir les élèves concernés, au gré des besoins, des difficultés, sans avoir besoin d’entrer dans un planning contraignant).

    Mes collègues vomissent autant que moi le nouveau LSU et ses bulletins si peu lisibles, surtout pour les parents les plus démunis culturellement et les plus éloignés de l’école.

    En 10 ans, j’ai fait pas mal de bahuts, sous Darcos, Chatel, Peillon, Hamon et Vallaud-Belkacemn, et si, à chaque réforme, dans un premier temps, une poignée de professeurs semblent charmée par les jolis mots de l’emballage, une fois les jolis réformes installées, on a bien 80% de professeurs qui la déplorent (10% de satisfaits parce que pour une raison ou pour une autre, le hasard fait que certaines modalités coïncident avec une partie de leurs besoins, 10% qui ont pris le parti de s’en foutre, d’appliquer bêtement et de surtout ne pas se prendre le chou inutilement avec des convictions, pour ce que ça apporte).

    Prenez la parole en votre nom propre, voire en celui de votre syndicat, puis qu’apparemment ça vous chante, et que vous avez une tribune pour, mais restez-en là, car votre opinion ne reflète pas celle de la majorité du terrain, du vrai terrain qui ne passe pas la moitié de son temps en ESPE ou en commissions de programmes diverses et variées.

  7. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    BOnjour
    Je respecte votre point de vue qui n’est pas « la « vérité du terrain, mais un regard particulier entre autres dans un paysage contrasté. Je pourrais vous citer bien des exemples d’EPI « qui marchent » et à l’inverse (et là c’est encore plus massif) de cours traditionnels qui ne marchent pas (le critère étant « l’apprentissage durable » et rien d’autre.
    Mais il y a un point qui me choque dans votre commentaire en évoquant mes « certitudes ». J’énonce des convictions, qui s’appuient notamment sur près de quarante années en éducation prioritaire et actuellement sur une expérience d’élu municipal, sur des recherches et sur tous les collègues que je fréquente dans divers réseaux, dans la formation, etc.Si on confond certitudes et convictions (l’accusation pour les autres d’être enfermé dans les certitudes), alors rien ne va plus. Faites moi crédit que mes convictions peuvent être respectables; quant aux propositions, j’en fais constamment dans mes livres ou sur les billets de ce blog. Certains me reprocheraient plutôt ma « modération »… Bien sûr je lis avec attention votre point de vue, quand d’autres (commentaire ci-dessous) préfèrent m’insulter «  »lnfame Zakhartchouk » dit Brighelli, mais c’est un honneur d’être insulté par certains… Quant à Mélenchon, je connais beaucoup de ses partisans consternés par ce programme éducatif…

  8. B. Girard

    D’où il ressort que le projet éducatif de la « France insoumise » n’a guère à voir avec l’émancipation des individus :
    https://blogs.mediapart.fr/b-girard/blog/150417/melenchon-et-lecole-un-projet-resolument-reactionnaire

  9. jbg

    merci à JM Zakhartchouk d’avoir mis à jour les ambiguïtés du programme et des déclarations de JML dans le domaine de l’éducation.
    Celles ci se retrouvent dans d’autres domaines et s’accentuent au fur et à mesure de la croissance dans les sondages
    1. La politique à l’égard des migrants : les malheureux attendent de revenir une fois la paix revenue dans un monde où les guerres durent et ou les crises se multiplient

    2. la sortie de l’UE une radicalité qui permet d’affaiblir chaque pays européens face aux puissances actuelles

  10. Tiger Lily

    Je suis enseignante dans un collège difficile de banlieue dans lequel l’échec des EPI est sinon cuisant au moins très pesant. Cela ne marche pas et cela ne marche pas car nous n’avons ni l’énergie ni le temps de nous réunir, d’organiser ensemble à cette échelle. Résultat, quand on lance un projet, rien ne se passe et on a du mal à se sentir forcé de s’engager sur les projets des autres alors qu’on se bat pour tout faire entrer en une année. Je constate quotidiennement que les projets qui existaient autrefois entre matières et j’ai envie de préciser, spontanément, ne se font plus. La motivation s’est barrée en même temps que nous nous sommes trouvés débordés. LA FORME des dernières réformes ne fonctionnent pas, je connais plus d’enseignants en souffrance à cause de celle-ci que l’inverse. Est-il rétrograde d’avoir entendu cette souffrance? Ne peut-on pas imaginer qu’en étant les premiers concernés, il sera de notre devoir de discuter ensemble, de faire des bilans ensemble et donc de décider de ce qui semble le mieux pour tous?
    Abandonner les EPI a un sens pour moi, cela me donnera de l’air. Abandonner l’AP que les IPR nous avaient promis d’aider à réaliser et dont l’aide demande encore davantage de travail aussi. Dans l’impossibilité de m’y préparer convenablement, je perds souvent le bénéfice de cette heure qui m’ote sur mon temps disciplinaire de l’avancée avec mes élèves. Je voulais ce genre de temps, j’ai été la première à m’enchanter du principe mais en l’état, c’est intenable. Je sais d’expérience pour avoir enseigné ailleurs que je n’aurais pas ce problème dans un établissement où ma seule préoccupation serait d’être meilleure en classe avec mes élèves. Il y a bien trop d’impératifs, dont les responsables sont variés et inattaquables. J’aimerais être partout, je n’y arrive pas. Quelle réponse a pu me donner cette réforme à l’épuisement quotidien? Aucun. Pire, il aura eu le mérite de me faire rédiger ma première lettre de résignation. Pour l’instant, elle dort dans un tiroir, heureusement. Le socle n’était peut-être pas la solution, est-ce qu’on peut imaginer une troisième voie au lieu de reculer? Bien sur. Il faudrait peut-être voir à proposer de nouvelles voies au lieu de critiquer des propositions qui ne sont que de simples propositions… Il y a une sorte de mise en garde contre les soutiens à Mr Mélanchon, jugés trop agressifs mais vous aussi vous parlez de mon métier comme si nous étions tous d’accord et pleine de vos certitudes qui ne sont clairement pas les miennes. L’ouverture devrait aller dans les deux sens, le discours ouvrir sur quelque chose. Dans un programme, il y a forcément des points qui nous déplaisent, la question c’est de savoir si on a les garanties de pouvoir en discuter. C’est la seule véritable question et si on apporte plus de concertation, comment cela peut-il mener à du mécontentement?
    L’autre chose sur laquelle je veux revenir c’est le pouvoir du chef d’établissement et de ses responsabilités. Au jour d’aujourd’hui, que se passe-t-il pour un chef d’établissement où je travaille? Ils sont aussi débordés que nous le sommes, plus de responsabilités? Je ne suis pas sure que l’idée soit enchanteresse quand on pense que plus d’une dizaine d’établissements ont été en grève, le notre aussi, pour obtenir des postes de direction, jugés insuffisants. Déléguer me semble plus efficace et plus réaliste que votre suggestion. Il faut comprendre que les réalités éducatives varient aussi selon les réalités sociales auxquelles elles se confrontent.

    Cordialement,

    Lily

  11. Bernard M

    Très beau texte même si tout ne m’a pas convaincu et si je me pose la question de votre situation géographique car étant moi-même actif dans un mouvement d’éducation populaire, je peu confirmer que les partenariats avec des mouvements pédagogiques agréés pour créer une nouvelle culture pédagogique ça existe depuis 1989 (les contrat bleu), bien avant ce quinquennat qui n’a jamais rien inventé de positif, mais que cela s’adresse au grande ville car en ruralité, on va plus voir l’association de foot entrer en action… au point de vu égalité, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Pour le financement des postes, la question n’est pas « ou vont-ils trouver l’argent mais plutôt ou vont-il le prendre car de l’argent, il y en a, mais je je ne suis pas sur qu’il soit réservé à l’éducation c’est tout (je sais j’argumente très peu sans dire « Ah oui ? Il est ou l’argent ! » Mais comme vous quand vous avez insinué qu’il n’y en avait pas). Mais pour finir et je crois que c’est la pire des situation, effectivement, il y y a un manque de réponse dans son programme voir des contradictions, mais les autres programmes sont pire ou inexistants. Tout t’est basé sur l’économie et de mon point de vu, l’éducation ne se monnaie pas, ou sur la continuité, on on voit se que donne les inégalités avec les nouveaux rythmes scolaires. Cette année je ne choisirai pas le meilleur candidat, mais le moins pire.

  12. Pingback: And the winner is… | Bonnet d'âne

  13. Jean-Michel Zakhartchouk (Auteur de l'article)

    Eh bien que le gouvernement « insoumis » (car il en faudra bien un!) ne commence par démolir ce qui s’est fait ces dernières années, comme les EPI et le Socle commun et n’impose pas la rigidité de programmes inefficaces et enfermants

  14. Christine MOULIN

    La particularité de la France Insoumise, c’est qu’elle a pour ferme intention de redonner le pouvoir aux « gens »: je pense qu’il faudra s’emparer de toutes les opportunités pour faire pencher la balance du bon côté, ne pas attendre du gouvernement qu’il décide de tout mais bâtir des choses dans son coin et les proposer.

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