Enseigner au XXI siècle

Deux soulagements, trois craintes, et quelques raisons d’espérer

Le premier soulagement, c’est bien sûr l’écrasante défaite de Le Pen, alliée avec Dupont-Aignan qui avaient en commun un programme très réactionnaire sur l’école et dont l’alliance a dû faire plaisir à un Brighelli qui oscillait d’un parti à l’autre. Au passage, il est aussi rassurant de savoir que plus on est diplômé et instruit, moins on vote extrême-droite, même si cela signifie que la tâche est considérable justement d’éveiller à la citoyenneté notamment ceux qui ont fait ce choix détestable et de les remettre dans l’arc « républicain », pour au moins la part de ceux qui ne sont pas des extrêmistes convaincus. L’objectif serait de réduire le vote FN à 10 ou c-Philippe-Geluck12%, mais on prévoyait des scores tellement élevés que les 10 à 11 millions d’électeurs paraissent peu par rapport au pire. Cela reste énorme… D’autant que le but ultime n’est pas de réduire le score du front national, mais de réduire le poids de ses idées et il y a du travail quand on voit des enquêtes y compris auprès d’enseignants qui sont finalement d’accord avec certaines propositions sur l’école.

Le second soulagement, il ne faut pas l’oublier, c’est d’échapper à la politique de « terre brûlée » de Fillon qui voulait remettre en cause toutes les réformes progressistes de l’école, avait ciblé les « pédagogistes prétentieux » comme cible privilégié dans un poujadisme anti-intellectuel qui par certains côtés n’était pas très loin des idées du FN.  On peut mesurer la radicalisation de ce programme en comparant avec les premières moutures. Dérive catastrophique de personnes comme Annie Genevard, qui avait pourtant au début voté les textes du Conseil supérieur des programmes ou du sénateur Grosperrin, jadis défenseur courageux du socle commun et répondant aux invitations dans des colloques progressites (suivre son dialogue avec Philippe Watrelot lors d’une audition au sénat). Non, les enfants français n’auront pas à réciter les dynasties des Rois et surtout il n’y aura faujourbonheurpas de fin du collège unique. Même si certains points peuvent revenir par la fenêtre avec les élections législatives.

Les craintes ? j’en citerai donc trois, que j’ai déjà évoquées ici-même :

  • la liberté donnée aux communes de revenir à la semaine de quatre jours, pourtant condamnée par les spécialistes des rythmes. On peut discuter des activités péri-scolaires, dont le bilan est contrasté, des difficultés des communes, etc. mais pas permettre de revenir à quatre jours, ce qu’aucun pays européen ne pratique, à ma connaissance. M. Macron ouvrirait la boite de Pandore, le déchainement de demandes pas très inspirées par l’intérêt de l’enfant et une grande désorganisation. On peut admettre de nouveaux assouplissements, mais pas cette remise en cause qui choque de nombreuses personnes pourtant bien disposées envers le nouveau président.
  • la légereté dans la façon dont on aborde la question de la priorité à la réduction des effectifs. Je renvoie à l’excellente analyse de Sylvain Connac. Comment peut-on penser que des solutions quantitatives peuvent constituer « la » solution ? Et d’ailleurs, n’y a-t-il pas contradiction entre le crédo de l’autonomie laissée au local et l’application uniforme d’une disposition qu’il serait bien plus judicieux de laisser des équipes aménager, à partir de moyens distribués, avec des formules diverses, inspirées du « plus de maîtres que de classes ». L’équipe de Macron semble ne pas mépriser la recherche et s’appuie sur quelques études justifiant ce choix, mais ignore l’importance des pratiques pari collectifpédagogiques qui, si elles ne suivent pas, transformeront l’or en plomb.
  • - le flou entretenu sur l’autonomie des établissements peut conduire à des politiques trop hétérogènes dans les collèges en particulier. On suivra avec intérêt si des verrous peuvent exister pour bloquer les dérives, dont celles de la classe de niveau. Et si la réflexion sur la mixité sociale ne s’accompagne pas d’une autre sur la mixité scolaire (à l’intérieur de l’établissement), il y a peu de chances que les plus fragiles s’en sortent, surtout s’ils sont cantonnés dans des classes « faibles » au nom de parcours différents et des « solutions adaptées ».

En même temps (bien sûr, en même temps), il existe des motifs d’espoir, alors même qu’on était angoissé par ce qui risquait d’arriver pour l’école

  • espoir qu’on ne bouleversera pas sur le fond les programmes, les cycles, qu’on laissera au moins se faire l’interdisciplinarité
  • espoir autour de la formation continue, même si on attend de voir les modalités
  • espoir de voir valorisé autrement qu’en vaines paroles l’enseignement formationprofessionnel, même si là encore le chemin est étroit, car il y a certaines valorisations qui peuvent équivaloir  à des renoncements (« il n’est pas fait pour les études générales », « il est bon pour l’apprentissage », etc.

L’avenir n’est pas bloqué, mais il faudra beaucoup d’énergie pour éviter à la fois l’absence de vent (l’immobilisme) et les vents contraires (les retours en arrière et les conservatismes). Chiche que l’école soit du côté du progressisme ?

 

Voir aussi l’article du Café pédagogique et le « testament » de l’actuelle ministre : ici

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