Enseigner au XXI siècle

Peut-on être nuancé sur les réseaux sociaux ?

La mode est aux tweets et aux messages type Facebook sentencieux et définitifs ou outranciers, renforcés par une typographie insupportable et parfois des fonds de couleur agressifs. Il est demandé de réagir vite et lorsque la réponse à telle déclaration, à tel évènement, semble tarder, on interpelle la personne concernée sur son absence de réaction. Ainsi, on évoque le silence du ministre de l’éducation nationale au message stupide du MEDEF « si l’école faisait son travail, j’aurai du réseauxtravail », alors que celui-ci faisait part de sa consternation dans la journée (mais il a donné le mauvais exemple en réagissant par tweets sur de multiples sujets). De même ne se préoccupe-t-on pas vraiment de ce qui est à la base de toute lecture d’un message informatif : à quelle date est-il émis ? D’où provient-il ? Qui est précisément l’émetteur ? À qui est-il destiné ?  C’est ainsi que dans le cas du message cité issu du MEDEF, on ne connaissait pas vraiment son statut, et c’est de plus en plus fréquent (ce qui permet ensuite plus facilement les démentis d’ailleurs, de façon hypocrite). De même circulent de manière loufoque des messages sur facebook faisant allusion à des événements vieux parfois de trois ou quatre ans : très récemment, j’ai vu annoncer la mort d’Albert Jacquard (qui date de 2013) ou on reprend des phrases de personnalités qui peuvent remonter à dix ans sans que cela soit précisé.  Ne parlons même pas des extraits sortis de leur contexte : ce n’est pas spécifique des messages sur les réseaux sociaux, mais c’est amplifié dans ce cas. Je sais bien que si j’écris la phrase : « l’important n’est pas de transmettre des connaissances, mais de veiller à ce que l’élève s’approprie vraiment ces connaissances », je risque de ne voir reproduit que le début, preuve d’un éloge de tweetl’ignorance par les « pédagogistes ». Je sais bien que si j’écris : « Il n’est pas forcément essentiel d’étudier la langue latine, en revanche, il est indispensable de s’approprier des éléments de la culture romaine », on ne retiendra que le début, etc.

Malgré ce qui précède, il me semble important d’être présent sur les réseaux sociaux, car si ceux qui aiment la nuance, la complexité, la mesure, sont absents, il ne restera que les « flingueurs » et autres « snipeurs ». Être présent pour rectifier erreurs et approximations, pour mener le combat contre les falsifications et les fake, faire circuler des informations intéressantes (à cet égard, que de découvertes magnifiques de sites, de vidéos qu’on n’aurait jamais connus sinon). On sait bien que internet produit à la fois poisons et contre-poisons. Quant aux tweets, ils peuvent être le symbole d’une hyperréactivité consternante et de « mauvais gouvernement » comme un puissant moyen de communiquer des informations, notamment en live, pendant un colloque, une conférence.

Ajoutons qu’il faut sans doute se méfier des effets de loupe des réseaux sociaux. Ainsi, la très grande activité des contempteurs de la pédagogie pourrait laisser penser qu’ils dominent l’opinion alors qu’ils ne doivent pas nous impressionner, car ils sont loin d’être un courant majoritaire.

lussault

Michel Lussault sur France inter https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-26-septembre-2017

Un cas d’école : en ce jour on apprend la démission de Michel Lussault de la présidence du Conseil des programmes et défilent les messages haineux sur les réseaux sociaux  ainsi que les cris de joie d’un Dupont-Aignan ou d’un Philippot (qui se console ainsi de ses déboires présents), mais aussi les messages de soutien envers un grand intellectuel qui a mené à bien une œuvre colossale et salutaire de transformation de programmes éclatés en un ensemble cohérent et « curriculaire » (ouh là, mais ce mot est du jargon vont dire les défenseurs des idées simples et du « bon sens près de chez vous »). Il faut noter que ceux-là mêmes qui fustigent la pensée lapidaire sont les premiers à l’appliquer dans certains domaines.

Plaidons donc pour un usage modéré et raisonné des réseaux sociaux, en luttant contre toutes les formes de pollution : l’absence de références rigoureuses, le laisser-aller orthographique, le tutoiement intempestif, l’anonymat (que je déteste) ou les pseudo grotesques (mais je sais que certains aiment, y compris des proches, je n’en suis pas convaincu pour ma part) et bien entendu tout ce qui est injurieux. Et savoir discerner quand il est utile de réagir et quand il faut laisser passer, sans se laisser entrainer aux polémiques stériles et aux pertes de temps.

Quant à ce blog, il s’inscrit aussi dans cette bataille des idées. J’essaie de répondre la plupart du temps aux commentaires, n’éliminant que ce qui est attaque personnelle, mais me gardant aussi d’échanges répétés avec un même interlocuteur. J’ajoute que je n’écris pas sur un blog comme dans un texte de revue ou dans un livre. Il y a une part subjective, un ton un peu plus vif sans doute, un moindre murissement de textes écrits, mais je suis effaré que certains trouvent violentes des critiques que je peux faire ici contre ceux qui méprisent par exemple le travail des enseignants novateurs, je crois respecter le cadre que je me suis fixé dans un billet inaugural, mais pour autant, il est important de réagir avec vigueur aux attaques qui, elles, ne sont pas spécialement dans la nuance et la modération. On peut toujours ne plus lire ce blog si on n’est pas satisfait, mais je suis pris au dialogue courtois et démocratique, raisonné et argumenté, conforme à l’éthique de la discussion chère à Habermas et à quelques autres….

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Commentaires (2)

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