Enseigner au XXI siècle

Dix leçons d’un colloque sur « ces élèves venus d’ailleurs » (deuxième partie)

La suite de ces « leçons », voir mon billet précédent

  1. Temps : choisir le bon braquet

Ceux qui s’occupent de nouveaux arrivants demandent du temps pour former leurs élèves et les faire progresser dans notre langue. Trop souvent, ils n’en ont pas assez et trop tôt ceux-ci sont lâchés sans accompagnement dans des classes ordinaires.
Mais il y aussi le temps de l’urgence. Les nouveaux arrivants ont besoin à la fois d’une langue du quotidien qui les aide dans la vie courante et d’éléments fondamentaux de la langue de l’école (le langage des consignes, certains termes mathématiques) qui ne sont pas forcément compatibles avec une « belle progression structurée, par étapes ». Mais c’est souvent ce qui fait l’intérêt du FLE, ce en quoi il pourrait, devrait inspirer davantage l’enseignement du français langue maternelle : combiner la nécessaire progression dans l’étude de la langue et la réponse aux besoins selon les exigences des autres disciplines par exemple ou de projets divers.

Il y a donc des temps longs, de maturation, des temps de l’urgence, des rythmes divers. Et cela concerne en fait tout le système scolaire…

  1. Resituer des dispositifs dans un ensemble global

On connait la querelle entre les tenants du « tout se passe en classe » et ceux qui prônent des dispositifs d’aide, de soutien, d’accompagnement. Là encore la logique binaire est stérile. Et dans le domaine des nouveaux arrivants, comme ailleurs, pour soutenir des élèves en difficulté ou prévenir le décrochage.

Mais la nécessité de gérer des hétérogénéités très vastes à laquelle sont confrontés les enseignants de ces classes est un cas particulier de ce qui devrait être au centre cour de babeldu système scolaire : la différenciation, la capacité déjà évoquée précédemment de conjuguer différences et commun. De même est-il important de voir comment mettre des projets au service des apprentissages comme priorité, même si les apprentissages sont aussi au service de projets.

  1. Exploiter les marges de manœuvre.

C’est vrai que parfois les lourdeurs bureaucratiques, une conception archaïque de la hiérarchie peuvent bloquer des projets, peut amener à des positions rigides où on considère la lettre et non l’esprit des lois et règles. C’est vrai aussi que la résignation et le renoncement se servent parfois de l’argument du « caporalisme de l’institution » comme alibi. En oubliant toutes les marges de manoeuvre qui existent.
De même est-il vain d’opposer les méchants inspecteurs et chefs d’établissement et les bons enseignants, tous désireux de servir la cause des élèves. On peut s’appuyer sur des cadres qui veulent faire bouger les choses pour entrainer par exemple un corps enseignant pas toujours bien au fait des questions de plurilinguisme par exemple (les psychorigides de «  la langue française, seule langue de la Nation » ou qui confondent intégration et assimilation (voir le point 1).

  1. Professionnalisme et militantisme

Jusqu’où aller parfois lorsqu’on travaille avec des enfants migrants ? Certains débordent largement leur temps de service, vont au-delà de leur cahier des charges tandis que d’autres s’abritent derrière une conception étroite du métier (par exemple dans les CASNAV).
Oui, il y a une conception militante du métier, qui ne peut être partagé par tous, mais resfqui ne concerne pas que le public du colloque, mais finalement tous les acteurs de l’éducation, surtout quand ils oeuvrent dans des zones défavorisées. Un petit côté « hussards noirs mythiques » (on sait que dans la réalité, les choses étaient bien plus diversifiées sous l’école de la III ° République entre des enseignants indifférents à la réussite de tous et d’autres allant dans les familles pour convaincre des parents de laisser leur enfant poursuivre ses études, etc.)

Mais nous plaidons en même temps pour plus de professionnalisme, celui comprenant un aspect éthique et une déontologie, et renvoyant à un rôle de cadre et non d’exécutant. Ce qui impoique une formation et une redéfinition du métier d’enseignant.

  1. Le rôle des émotions et du psycho-affectif

On nie de moins en moins le rôle des « compétences émotionnelles ». Ici, la linguistique et la sociologie ne suffisent pas. Les phénomènes d’identité culturelle, de déchirements, d’appartenances multiples, autant de phénomènes qui ont bien sûr des profondes résonances psycho-affectives. Et bien sûr, le rapport à la langue joue un grand rôle.

Il faut en réalité aider tous les élèves à maitriser leurs affects, à surmonter les impulsivités, à allier le cognitif et l’affectif et non les opposer, trouver le chemin du plaisir d’apprendre et de la motivation, celle-ci reposant, on le sait, sur le sentiment de compétence et sur le sens qu’on va donner aux activités.

0401C-migrations L’arrivée de migrants dans notre pays, qui ne s’arrêtera sûrement pas malgré les lois répressives et restrictives, est un des défis lancés à nos sociétés européennes. Comment exploiter ce potentiel d’énergie, de créativité, de dynamisme que peut représenter cette jeunesse venue d’ailleurs, comment tirer parti de la mondialisation positivement, telles sont aussi des questions posées à l’occasion de ce colloque, qui débouchent peut-être sur une forte responsabilité pour les acteurs, enseignants, chercheurs, à la poursuite de solutions imaginatives et de transformation de contraintes en richesses…

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