Enseigner au XXI siècle

Parler de l’Europe à l’école !

Je ne cache pas mon sentiment profond d’être européen. De même que les adversaires de la pédagogie ajoutent un méprisant « iste » à ce mot pour nous dévaloriser, les nationalistes de tout poil font de même avec « européiste ». Tant pis ! J’aime ce continent tant de fois déchiré par les guerres qui vit en paix depuis de longues années, chose devenue si naturelle qu’on oublie ce fait qui aurait semblé incroyable à nos ancêtres. Bien sûr, il y a des Salvini, des Orban, des Kaczinsky et chez nous des Lepen et Dupont-Aignan qui ternissent l’image d’un continent ouvert, avancé socialement quoiqu’on dise et même écologiquement, malgré toutes les insuffisances qu’on pourra épingler à juste titre.

Est-ce que notre école en fait assez pour faire partager ce sentiment d’appartenir à un passé et un avenir commun européen ? Probablement pas assez.

J’ai été heureux d’avoir mené tout un projet en quatrième autour de la naissance de l’Euro (juste avant Noel, j’avais offert à mes élèves des euros en chocolat, juste avant l’apparition des premiers euros deux ou trois semaines plus tard). Nous avions réalisé un petit journal et je me souviens avoir étudié le beau texte de Hugo sur les Etats-Unis d’Europe, en le mettant cependant en regard avec des images de destruction de la première Guerre mondiale.  Mais au fond, je regrette un peu de n’en avoir pas fait assez, les EPI, en voie de déperissement, auraient été (ou sont encore malgré tout) une occasion de travaux interdisciplinaires différents selon les niveaux d’enseignement.

L’offensive actuelle des tenants du « roman national » qui trouvent qu’on ne parle pas assez de nos « racines » ou des batailles glorieuses de l’Histoire de France et de ceux qui écartent la littérature étrangère des programmes de Lettres, tout cela va à l’encontre de la valorisation de l’esprit européen. Certes, in extremis, le ministre a fait rajouter le drapeau européen à l’affichage officiel dans chaque salle de classe des « symboles de la République », mais la Marseillaise n’est pas accompagnée de L’Hymne à la joie (en caractères 6, peut-être, car le ministre a dit que ça ne coûterait qu’un euro par affiche, quelle place va-t-il rester ?)

Europe, dans l’Antiquité grecque

Il faudrait tout au contraire confronter les textes et surtout mettre en avant le formidable échange d’idées qui a toujours été le contrepoint des conflits guerriers.  Libération récemment publiait deux pages sur cette Europe des sciences qui mêlait, contre l’obscurantisme de l’Eglise, les noms de Copernic, Kepler, Galilée, Newton. L’histoire des arts est aussi une occasion d’évoquer ces artistes qui circulaient d’un pays à l’autre, les Haendel, Vinci ou Picasso, Miro,  Stravinski, plus récemment… Et puisque Erasmus a ensuite bien du succès et qu’il est question de l’étendre, ne faudrait-il pas exalter la noble figure de Erasme. J’ai eu la chance de pouvoir étudier longuement L’Eloge de la folie qui est un magnifique écrit de tolérance et d’ouverture d’esprit.

Et puisqu’il est question ces jours-ci du Parlement européen, est-on sûr qu’on parle suffisamment de ce qui s’y fait, alors même qu’il est au cœur de pas mal d’avancées, en termes sociétaux ou écologiques ? Il est si facile de taper sur l’Europe ; l’école peut être ce lieu où se désamorcent les fake news. Il ne s’agit pas bien sûr d’opposer à la tentation nationaliste une contre-propagande, mais bien de montrer tout ce que l’Europe a apporté au développement de la démocratie, de ne pas tenir pour négligeable le fait qu’elle a assuré la paix (encore une fois, jamais dans l’Histoire on a connu une si longue période de paix) ou qu’elle favorise les échanges d’idées et de productions culturelles.

Ajoutons côté profs les opportunités d’échanges avec des collègues d’autres pays, la France s’ouvrant davantage sur la connaissance des autres systèmes qui ont à nous apprendre (et réciproquement), pouvant aussi déboucher sur des voyages croisés de classes. Nous avions consacré un dossier des Cahiers pédagogiques à ces échanges et plus généralement à la « cause de l’Europe » côté éducation  en 2006, il n’a pas vraiment perdu de son actualité (hélas, pourrait-on dire, car les choses avancent moins vite qu’on le voudrait)

Les moqueries de De Gaulle (« l’Europe, l’Europe ! » et les sauts de cabris), les diatribes anti-européennes de l’extrême-droite pleines de contre-vérités, l’assignation de l’Europe à un rôle de bouc-émissaire, tout cela s’oppose à ce qui reste un beau projet et la seule façon de faire face aux menaces d’un monde dominé par des Trump, Poutine et Xing Jing Ping.

PS: Donc, il faut voter dimanche et contre les nationalistes et souverainistes!

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