Enseigner au XXI siècle

Bac et bashing

Un psychodrame national qui a donné du piment au marronnier actuel : le moment du bac. A côté des images sempiternelles de jeunes exultant à la vue de leur inscription sur la liste des reçus, des sujets de philo traités par divers intellectuels ou journalistes, ou des non moins sempiternelles évocations de triches et de fuites, on a eu droit au feuilleton de la rétention de copies. A ma gauche, les proclamations enflammées : « on n’a pas eu d’autre choix pour se faire entendre », « on a fait notre travail, on a juste retenu les notes, car jamais, ô grand jamais nous ne léserons nos chers élèves à qui nous pensons tous les jours et eux aussi victimes de la surdité (on n’ose plus dire « autisme » et c’est heureux) du ministre. Et de protester contre la réforme du bac, qui n’est-ce pas va aggraver les inégalités et introduire des différences, en oubliant combien elles sont régnantes aujourd’hui. A ma droite, le ministre droit dans ses bottes, avec en appui la porte-parole du gouvernement fustigeant les profs « non élus au suffrage populaire » et la presse à droite, voire très à droite ravie de l’aubaine pour taper sur les profs qui ne respectent pas les devoirs du fonctionnaire.
Et avec ça, des raisonnements absurdes : le contrôle continu va léser les élèves qui misaient tout sur l’examen et n’avaient guère travaillé dans l’année, ce qui d’une certaine façon montre bien l’écart qui existe entre obtenir l’examen, le diplôme et ce qui devrait être l’objectif du lycée : maitriser des connaissances et compétences. Et les pinaillages juridiques, l’incitation à porter devant la justice quelque chose qui finalement va concerner si peu d’élèves au pire, un sur cinq qui n’a pas le bac du premier coup, et ceux qui ne l’auront pas ensuite au rattrapage.

Mais, je ne suis pas prof de lycée, et ne veux pas me situer du point de vue de Sirius. Ce lamentable épisode révèle les méthodes technocratiques du ministre, l’absence non d’écoute mais de concertation véritable, quitte à retarder d’un an la réforme, avec en prime un Conseil supérieur des programmes pas à la hauteur du tout (les notions de philo par ordre alphabétique, le retour en arrière considérable en français et histoire et toujours de l’encyclopédisme effréné). Mais cela manifeste aussi un désarroi d’un certain syndicalisme, incapable de faire autre chose que du suivisme et de s’accrocher à l’existant, comme si celui-ci était satisfaisant. Et avec une indifférence complète envers l’opinion qui ne peut être favorable à ce type d’action qui reste archi-minoritaire, même si on entend les grands clichés habituels sur « la lutte qui s’amplifie ». Heureusement, il reste des forces réformistes, dont on peut déplorer qu’elles restent minoritaires, qui, tout en critiquant durement la façon d’agir du ministre n’adhèrent pas à des modes d’action aussi radicales qu’improductives et finalement dérisoires.

Plutôt que de faire du bashing, soit anti-Blanquer, soit anti-profs, il serait temps pourtant de s’interroger sur le sens du bac, sur, comme je le dis plus haut, son rapport avec la validation de compétences « du XXI° siècle. Comment en finir avec cette conception bancaire du savoir (heureuse expression de Meirieu) où on compte et on recompte les points. La caricature a été ces profs de langues anciennes se sont battus par garder leur coefficient, obtenant une incroyable exception à la règle commune.  On sait bien qu’au final, ça ne change pas grand-chose, sinon qu’on peut actuellement avoir un bac scientifique avec un 4 en maths par le jeu des moyennes et des points en plus dans certaines options et qu’on trouve bien plus d’amateurs de Lettres en S qu’en L. Qu’on s’interroge donc davantage sur la part que doit avoir l’évaluation dans une année, renforcée hélas par une vision tatillonne et lourde du contrôle continu, alors même qu’on sait qu’il faudrait privilégier l’évaluation formative, la validation de compétences, avec des niveaux d’exigence variables.  Mais pour cela, il faudrait du temps, le renoncement à l’autoritarisme et à l’indifférence de la machine administrative envers la pédagogie, la mise au second plan de la « com ». Tellement plus simple d’évacuer ces questions et de passer en boucle les images mentionnées ci-dessus des rituels de fin juin -début juillet.  Et de se poser pour victime, d’un côté comme de l’autre…

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Commentaire (1)

  1. Padro

    Merci pour cette analyse. Cela me conforte de voir qu’il y a encore dans le monde de l’éducation des personnes qui remettent les jeunes en.première ligne

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