Enseigner au XXI siècle

Archives par auteur: Jean-Michel Zakhartchouk

Au sujet de Jean-Michel Zakhartchouk

JM Zakhartchouk a une longue expérience d’enseignant, en milieu populaire, de formateur d’enseignants et de rédacteur des Cahiers pédagogiques et se considère comme un acteur engagé des changements nécessaires de notre système éducatif. Lequel a du mal à s’ancrer dans le nouveau siècle, à répondre aux défis du futur, conjuguer en gros justice, égalité et efficacité. Ce blog où il sera beaucoup question de formation des enseignants, qui doit être permanente, de l’acte d’apprendre et d’un métier en transformation, doit être un lieu de débat plus que de polémique, d’expression d’une pensée complexe plutôt que d’étalage de simplisme, de faux bon sens ou de parti pris non étayé sur des faits et non passé au crible de l’esprit critique. Ce qui n’exclut ni vigueur n i passion….________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Inlassablement, répondre aux mensonges et contre-vérités… (suite)

Seconde partie. Je remets l’introduction des cinq premiers items.

La mode est aux fake news, on le sait. Mais aussi à la riposte à ceux-ci, de plus en plus importante dans les médias et sur internet. Pourtant, en matière éducative, on est loin du compte : trop peu de journalistes par exemple s’emploient à démasquer mensonges, contre-vérités et approximations venant soit de responsables institutionnels soit  de plumitifs divers dont certains se prétendent « intellectuels » et ne le sont guère quand ils profèrent un peu n’importe quoi sur l’école et la pédagogie  (mais pour certains comme les producteurs de livres à la chaîne Onfray ou Debray, c’est sur tous les sujets !)

Prenons ici dix exemples de ces entorses à la vérité, certaines étant de pures calomnies ou mensonges éhontés, d’autres des déformations à partir de généralisations abusives ou de distorsion d’une réalité souvent complexe. Dix exemples, mais on pourrait les multiplier.

  1. Les pédagogues sont des ennemis de la culture « classique », ils font étudier des rappeurs plutôt que La Fontaine.
  2. Il faut rétablir l’enseignement du latin, dramatiquement victime de la réforme du collège.
  3. Les classes hétérogènes font « baisser le niveau », les élèves les plus faibles ont tout intérêt à être dans des classes spécifiques pour rattraper leur retard.
  4. Les ESPE et la formation continue sont contaminés par le pédagogisme.
  5. La méthode globale continue à faire des dégâts, même sous le masque du « mixte ».
  6. Les neurosciences remettent en cause les théories fumeuses des « pédagogistes ».
  7. Avec les EPI et autres avatars de la « pédagogie du projet », on a retiré de précieuses heures de cours aux élèves.
  8. Les nouveaux programmes ont été conçus par des idéologues coupés de la réalité des classes et jargonneurs suffisants.
  9. Dans les établissements règne le laxisme et la lâcheté.
  10. On n’ose plus enseigner de façon laïque, on fait concession sur concession aux revendications religieuse et on n’ose plus enseigner certains points « choquants ».

Répondons donc à ces accusations qui ne reposent souvent  sur pas grand-chose mais qui sont largement diffusées, sans recul critique.

Voici les réponses pour les 6 à 10. (more…)

Inlassablement, répondre aux mensonges et désinformations…

La mode est aux fake news, on le sait. Mais aussi à la riposte à ceux-ci, de plus en plus importante dans les médias et sur internet. Pourtant, en matière éducative, on est loin du compte : trop peu de journalistes par exemple s’emploient à démasquer mensonges, contre-vérités et approximations venant soit de responsables réforme dessininstitutionnels soit  de plumitifs divers dont certains se prétendent « intellectuels » et ne le sont guère quand ils profèrent un peu n’importe quoi sur l’école et la pédagogie  (mais pour certains comme les producteurs de livres à la chaîne Onfray ou Debray, c’est sur tous les sujets !)

Prenons ici dix exemples de ces entorses à la vérité, certaines étant de pures calomnies ou mensonges éhontés, d’autres des déformations à partir de généralisations abusives ou de distorsion d’une réalité souvent complexe. Dix exemples, mais on pourrait les multiplier.

  1. Les pédagogues sont des ennemis de la culture « classique », ils font étudier des rappeurs plutôt que La Fontaine.
  2. Il faut rétablir l’enseignement du latin, dramatiquement victime de la réforme du collège.
  3. Les classes hétérogènes font « baisser le niveau », les élèves les plus faibles ont tout intérêt à être dans des classes spécifiques pour rattraper leur retard.
  4. Les ESPE et la formation continue sont contaminés par le pédagogisme.
  5. La méthode globale continue à faire des dégâts, même sous le masque du « mixte ».
  6. Les neurosciences remettent en cause les théories fumeuses des « pédagogistes ».
  7. Avec les EPI et autres avatars de la « pédagogie du projet », on a retiré de précieuses heures de cours aux élèves.
  8. Les nouveaux programmes ont été conçus par des idéologues coupés de la réalité des classes et jargonneurs suffisants.
  9. Dans les établissements règne le laxisme et la lâcheté.
  10. On n’ose plus enseigner de façon laïque, on fait concession sur concession aux revendications religieuse et on n’ose plus enseigner certains points « choquants ».

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Le fragile équilibre de l’esprit critique

Je viens de co-animer un passionnant atelier lors de nos Rencontres annuelles d’été du CRAP-Cahiers pédagogiques. La chance d’avoir du temps pour y travailler (une vingtaine d’heures en tout sur presque une semaine, avec des enseignants motivés de différents niveaux d’enseignement et de disciplines pour le secondaire (et même une parente d’élève non enseignante), en tout une quinzaine de personnes. Nous avons, comme c’est la tradition dans nos pratiques de formation, alterné divers dispositifs : analyse d’écrits, de pratiques, jeux de rôles, échanges et débats, construction de séquences, inventaires d’outils, photolangage, etc. Notre association propose d’ailleurs des formations à la demande selon cette logique.

charybde

Charybde et Scylla

Mais ce que je voudrais faire ici, au-delà de cet atelier , c’est pointer les écueils, les Charybde et Scylla qu’il faut déjouer si on veut vraiment former les élèves à l’esprit critique et les enseignants à la formation à l’esprit critique. Je vais en énumérer quelques-uns. (more…)

A la recherche des liens pour apprivoiser le savoir

- Qu’est-ce que ça veut dire « apprivoiser »? demanda le Petit Prince

{…]Cela signifie : créer des liens »

(Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince)

Dans la « torpeur de l’été » selon l’expression convenue et stéréotypée, on a des occasions de lire, de faire peut-être quelque randonnée pédestre ou visiter une expo. J’ai pour ma part du mal à laisser de côté lors de ces occasions mes préoccupations éducatives et je voudrais ici livrer quelques réflexions à propos de trois moments en référence à ces loisirs estivaux. (more…)

Arts et culture à l’école : assez de lyrisme de bazar et de désinformation !

Depuis combien d’années entend-on des discours médiatiques ou politiques déplorant l’insuffisante formation aux arts et à la culture à l’école ? Depuis combien de temps est-on abreuvé de ces envolées lyriques vantant l’importance des arts et de la culture à l’école, et dans la société, qui nous sauveraient de la barbarie et de la régression ? Avec chaque fois de belles résolutions : enfin, on va réhabiliter et redonner toute leur place aux arts et à la culture, enfin on va rapprocher le monde de la culture et l’éducation nationale… Récemment, j’ai vu un débat télévisé qui m’a irrité quand il a été question de ce sujet, dans la pourtant bonne émission « On va plus loin » de Public Sénat. L’animateur de la discussion (du jeudi 20 juillet) a affirmé que l’éducation artistique et culturelle était en déshérence depuis longtemps et qu’on attendait vraiment du nouveau avec la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. Une consultante culturelle, Julie Sauret, tout en disant des choses intéressantes par ailleurs, proposait d’abandonner l’usage de la flûte au collège, ignorant que c’était le cas depuis nombre d’années. Aucune allusion à tout ce qui a pu se faire depuis l’instauration de l’Histoire des arts, une des rares innovations progressistes des ministères de l’éducation sarkozystes, jusqu’à la mise en place, certes trop timide, du PEAC (parcours d’éducation artistique et culturelle) et surtout l’élaboration de nouveaux programmes qui redonnent une place importante à cet enseignement, dans le cadre d’un socle commun auquel on a rajouté le complément « culture » à « de connaissances et de compétnces ». Pour avoir participé aux travaux sur les programmes de collège, j’ai vu combien on a été soucieux de traduire les intentions de ce nouveau socle commun en actions, en mettant en avant en particulier la pratique et pas seulement les savoirs (bien sûr indispensables), puisque un des verbes clés du PEAC sont outre connaitre et rencontrer (des œuvres) : celui de « créer », de « pratiquer ». (more…)

Le respect d’autrui, un des « savoirs fondamentaux » ?

Le ministre Blanquer, dont on est bien obligé de commenter les interventions tant elles sont nombreuses et pas toujours aussi limpides qu’il n’y parait de premier abord, vient d’ajouter au trop fameux triptyque lire-écrire-compter un quatrième terme : le respect d’autrui.
Cela n’est pas sans nous étonner. Les trois premiers verbes renvoient à des savoirs qui, certes, mériteraient d’être explicités quant au degré d’exigence que l’on demande (d’autant que « compter » est bien restrictif), mais sont bien des éléments qui ouvrent les portes et sans lesquelles il est difficile de bien « penser ». On pourrait ajouter « parler », mais là il faudrait encore davantage préciser le degré d’exigence, car tout le monde sait « parler ». Une fois qu’on a atteint un certain seuil, pour la vie, on sait lire, écrire, compter. Plutôt que de savoirs, d’ailleurs, il vaudrait mieux parler de « compétences » qui, comme toutes les compétences, mobilisent à le-respect-des-autresla fois des savoirs et des savoir-faire. (more…)

Pas de La Fontaine pour tous sans savoir-faire pédagogique !

Ainsi donc, des milliers d’écoliers vont recevoir en cadeau les Fables de La Fontaine, avec, si j’ai bien suivi, les superbes illustrations de Chagall.  Je ne suis pas de ceux qui ironisent à priori sur le « coup de com » ministériel. La com est malheureusement devenue prédominante en politique et cette opération en fait sans doute partie. D’autant que ce geste aurait pu être l’œuvre de Vincent Peillon ou Najat Vallaud-Belkacem, tout aussi amoureux de la lecture et sans doute de La chagallFontaine que JM Blanquer. Notons simplement qu’une initiative comme la fameuse « rentrée en musique » du ministre actuel aurait valu sous les précédents les quolibets des mêmes qui peuvent l’applaudir aujourd’hui. Que n’aurait-on dit sur la rentrée « bisounours », sur la guimauve et l’idéologie du « climat de confiance » et de la bienveillance ! Aussi ne reprendrai-je pas ce que je peux lire sur les réseaux sociaux de la part de certains quant au côté forcément « réac » ou « rétro » de distribuer ainsi des livres d’un auteur-clé du « patrimoine ». (more…)

Marche en avant ou néosarkozisme ?

A mesure que se dessine la politique suivie par le ministère Blanquer, on ne peut qu’être inquiet, car de nombreux signes convergent vers une résurgence des recettes essayées sous le quinquennat Sarkozy plus que vers une vraie rénovation du système éducatif, vraiment pragmatique et « progressiste ».
Examinons les choses de près :

  • Le retour à la semaine de quatre jours semble, hélas, bien en marche (arrière). On nous dit même que des études montrent que la cinquième matinée ne change rien, sans que ces études soient publiées. On fait fi de diverses réactions, venant de bords politiques différents pourtant (et de gauche, et de rythmesdroite !) comme celle du groupe sénatorial qui a produit un intéressant rapport. Quant à la concertation, on la voit mal, puisqu’on semble acter déjà les prises de position précipitées de certaines villes, de Versailles à Nice. On retrouve là le « blitzkrieg » sarkozien qui brutalement avait imposé la semaine de quatre jours sans concertation.

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Abécédaire de l’ère Blanquer 2

Précision et réponse à certains commentaires sur ce blog ou via facebook par rapport à la première partie de cet abécédaire : oui, il faut faire des choix. Je n’ai pas retenu « expérimentation » et « innovation », mais je reviendrai sur ces notions et le sens qu’elles peuvent avoir sous le ministère Blanquer. Je n’ai pas mis non plus « management », mais il faudra aussi voir ce qu’il sera réellement entre bonnes intentions (« redonner la confiance à tous ») et réalités…

Poursuivons donc à partir de la lettre M

Médiateurs/médiation. Dans son interview à RMC, le ministre a évoqué la médiation entre pairs pour régler des conflits. On peut se féliciter qu’il cite ces expériences effectivement très riches et qui nous sortent de la verticalité descendante. Mais à mon avis, il faudrait étendre cette notion au domaine cognitif. Développera-t-on enfin les diverses formes de tutorat/monitorat dont on sait entraidel’efficacité depuis les expériences des années 80 (évaluation de l’INRP à l’époque sous la direction de Brigitte Peterfalvi, dispositif « Requins et Rémoras » dans un collège de l’Essonne, etc.) Dans la réflexion sur les « devoirs », il faudrait aussi évoquer l’intérêt de l’entraide qui peut aussi se manifester dans les classes multiâges où les grands aident les petits. (more…)