Enseigner au XXI siècle

Archives par auteur: Jean-Michel Zakhartchouk

Au sujet de Jean-Michel Zakhartchouk

JM Zakhartchouk a une longue expérience d’enseignant, en milieu populaire, de formateur d’enseignants et de rédacteur des Cahiers pédagogiques et se considère comme un acteur engagé des changements nécessaires de notre système éducatif. Lequel a du mal à s’ancrer dans le nouveau siècle, à répondre aux défis du futur, conjuguer en gros justice, égalité et efficacité. Ce blog où il sera beaucoup question de formation des enseignants, qui doit être permanente, de l’acte d’apprendre et d’un métier en transformation, doit être un lieu de débat plus que de polémique, d’expression d’une pensée complexe plutôt que d’étalage de simplisme, de faux bon sens ou de parti pris non étayé sur des faits et non passé au crible de l’esprit critique. Ce qui n’exclut ni vigueur n i passion….________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

Le jaune n’est pas forcément la couleur du soleil

Il n’est évidemment pas question, dans le cadre de ce blog, de se livrer à une analyse du mouvement des Gilets jaunes. Beaucoup le font, certains de façon argumentée et étayée, d’autres à coup d’approximations et de propos de cafés du commerce, citant ici Guilluy comme l’autorité suprême en matière de sociologie ou en s’appuyant sur des sondages qu’on décrie quand ils sont défavorables et qu’on prend pour vérité quand ils vont dans votre sens.

Je voudrais seulement livrer quelques réflexions concernant l’école et l’éducation qui me viennent à propos de ce mouvement et de son écho médiatique (en incluant les réseaux sociaux dans les médias) (suite…)

Réflexions autour d’un 11 novembre particulier

Ce 11 novembre du centenaire si chargé de symboles évoque en moi plusieurs souvenirs :

  • Enfant, j’étais heureux d’échapper aux cérémonies au Monument aux morts qu’à l’école on nous exhortait à suivre ; je craignais qu’on ne remarque mon absence. Tout cela me paraissait vive de sens. Et très tôt, je me régalais à la chanson de Brassens « Celle que je préfère » et voyais la première guerre mondiale comme une histoire du passé, avec anciens combattants radoteurs et massacres inutiles.
  • Plus tard, j’étais plus attiré par la très belle chanson de Zimmerwald (« L’ennemi est dans notre pays » et sentais monter mes larmes quand enfin je pouvais voir ce mythique film longtemps interdit Les sentiers de la gloire. Sur ce dernier point, c’est toujours le cas avec cette fin magnifique qui présente la double face du soldat.
  • Au lycée, l’étude de la Guerre était très abstraite, avec un long développement sur les batailles, mais il est vrai que j’avais un professeur particulièrement médiocre cette année-là. Ce qui ne m’a pas empêché d’avoir 19 au bac, avec une épreuve orale où il s’agissait de recracher des connaissances et j’avais eu, si mes souvenirs sont bons, « l’année 1917 » (sans question problématisante).

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Oui, si les vagues réchauffent le climat…

Beaucoup d’écrits, souvent courts (tweets), et de paroles, souvent médiatiques au mauvais sens du terme, autour de l’acte stupide et inadmissible de cet élève du lycée Branly de Créteil. Des annonces de mesures, des rodomontades qu’on a déjà entendues mainte fois (tolérance zéro, il n’y a pas de petite incivilité, il faut renforcer le pouvoir de sanction, multiplier les signalements, assurer les professeurs du soutien de leur hiérarchie, etc ;° On a entendu cela sous Bayrou, sous Darcos, sous Chatel…Un souvenir personnel : en 1979, quelques semaines après mon arrivée au collège Havez de Creil, célèbre dix ans plus tard avec l’affaire des foulards, un matin, j’arrive et on me dit que les collègues se sont mis en grève suite à une gifle donnée par un élève à une enseignante.(relaté dans un dossier des Cahiers pédagogiques sur la « discipline », n°211)
Alors rien de nouveau sous le soleil ? Si, les réseaux sociaux qui amplifient les phénomènes, mais une constante : l’approximation dès qu’il s’agit d’école de la part de commentateurs  et les insultes habituelles envers le « laxisme » et le « pédagogisme » de la part de trolls habituels.Si sans doute, une certaine violence s’amplifiant dans certains quartiers mais qui en l’occurrence est sans rapport avec cet « incident ». Près de chez moi, la même chose ou presque est arrivée au lycée voisin, très bien coté par ailleurs et dessin de Viberg à l'occasion du cahier pédagogique sur les ZEP. venant d’un élève de série S plutôt en réussite. Eh oui, les choses ne sont pas simples , pardon pour ce truisme qui va être le fil directeur des lignes qui suivent. (suite…)

Une autre façon de voir l’évaluation

Heureuse surprise que le rapport parlementaire qui vient d’être publié, dû au comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques, sur « l’organisation de la fonction d’évaluation du système éducatif » ! Il contraste avec le discours dogmatique et simpliste qu’on retrouve souvent dans les déclarations ministérielles récentes et dans les directives diverses qui les accompagnent. Le fait que les deux rapporteurs soient de bord différent (LREM et ex-socialiste proche de Hamon) montre aussi que les clivages peuvent être dépassés en matière éducative, dès lors qu’on est vraiment centré sur la réussite de tous les élèves et sur l’efficacité en long terme du système. Des personnes qui me sont proches ont participé à des tables rondes consultatives et ont apprécié la qualité d’écoute des parlementaires qui ont fait appel à de vrais experts, de façon pluraliste. On ne peut là encore que s’en féliciter. On peut aussi regarder la passionnante vidéo sur le site de l’Assemblée nationale, loin des polémiques de certaines séances plénières.

On peut ne pas être d’accord avec tous les constats et toutes les propositions du rapport. Certains (comme Marc Bablet sur son blog) trouvent sévère l’affirmation d’une absence d’évaluation pertinente des établissements scolaires alors que des efforts ont été faits en la matière, d’autres contestent un rôle d’évaluateur donné aux directeurs d’école, ou trouvent ambiguë la formulation sur l’encouragement donné aux professeurs les plus engagés (qui ne doit pas cependant être lié à des résultats de tests, précisent les rapporteurs !) et regrettent que la dimension collective ne soit pas davantage mise en avant dans cet engagement. (suite…)

Orwell, Weber, Hugo…

Je vais inaugurer en cette saison V de mon blog (bientôt 200 billets) une nouvelle formule en alternance avec des points de vue sur un sujet précis : quelques réflexions qui me viennent au fil de lectures ou auditions médiatiques, toujours en lien plus ou moins direct avec l’éducation. Occasion de signaler des éléments intéressants qu’ils soient déplorables ou stimulants…

La guerre, c’est la paix ! »

On connait les fameux slogans du monde de Big Brother dans 1984, dont celui-ci. Certes, des paradoxes judicieux peuvent prendre la forme de ces formules saugrenues, qui sont en quelque sorte des « contre-tautologies ». Mais c’est aussi une grande facilité de pensée et une astuce de la com, qui nourrit parfois de vains slogans, empêcheurs de penser tout autant que leur plat envers. (suite…)

Si ça vous amuse !

Les propositions faites par de très sérieux linguistes et grammairiens belges de mettre fin à l’obligation d’accorder différemment le participe passé selon qu’il est employé avec «être » ou « avoir » risquent à nouveau de déclencher une polémique (si ce n’est déjà fait). Après la querelle du prédicat, il faut bien se mettre quelque chose sur la dent. On va évoquer la défiguration de notre belle langue française, la beauté du « es » des « fleurs qu’on a cueillies », dénoncer le laxisme qui va mener inéluctablement à une écriture phonétique et accentuer la déjà dangereuse pente de la paresse généralisée et du renoncement à tout effort. On croirait par moments entendre d’ailleurs des discours du bon vieux Maréchal… Et puis ces Belges ne veulent-ils pas ainsi se venger de leur défaite en coupe du monde en s’en prenant à un quasi symbole national, eux qui, en Wallonie du moins, prétendent toucher à une langue dont ils ne sont que des dépositaires, avec leurs bizarreries (pourtant bien rationnelles parfois tel le « septante » et le « nonante »….)

Je sais, j’ai déjà utilisé ce dessin de Charb, mais je ne résiste pas à le mettre à nouveau (paru dans les Cahiers pédagogiques)

Les toujours-déjà nostalgiques d’un passé rêvé qui constamment regrettent le piétinement de la belle langue sont fatigants. Savourons la délicieuse réplique de Victor Hugo après la déclaration de Victor Cousin : « la décadence de la langue française a commencé en 1789 » : « à quelle heure s’il vous plait ? ». Ces tristes personnes qui « contre les mœurs du temps se mettent en peine » (suite…)

Penser contre soi-même?

Nous avons vécu lors de nos traditionnelles rencontres d’été du crap-cahiers pédagogiques en ce mois d’août un moment fort avec la conférence de André Tricot autour de l’innovation, ses limites et la nécessité de ne pas se contenter d’idées commodes  en ayant le courage de savoir les questionner.

Les adversaires de la pédagogie sont parfois si bornés qu’ils sont incapables de comprendre qu’un chercheur, ami des Cahiers pédagogiques dont il fait souvent l’éloge, auquel il collabore, puisse inviter à interpeller nos croyances, de les faire passer sous les fourches caudines au besoin de l’évaluation à partir de recherches rigoureusement menées. (suite…)

Ah oui, le réchauffement climatique…

Bien sûr, l’affaire Benalla n’est pas anodine et révèle surtout un fonctionnement des plus hautes instances de l’État peu digne d’une démocratie, et pas vraiment en rupture avec ce qu’on connait depuis des décennies (depuis les agissements du SAC, les écoutes secrètes de l’Elysée, etc.) Il est sain que la presse enquête et montre qu’elle est loin, très loin d’être « aux ordres », pas plus que la Justice. Au passage, soulignons quand même la différence avec des régimes où un homme de main du pouvoir ne serait pas visé (à juste titre) parce que coupable de violence sur manifestants, mais où, de Managua à Moscou, en passant par Ankara, il le serait pour n’avoir pas usé de violence contre « les ennemis de la Nation ».

Bien sûr, il était normal de consacrer de nombreux articles à la victoire des Bleus. J’ai moi-même vibré lors de la finale, ai été ébloui par les courses folles de Mbappé, la maitrise de Varane ou les beaux arrêts de Lloris et sensible à l’hommage à la « République » des joueurs, même si cela pouvait être aussi un « élément de langage ». La joie dans les rues était belle à voir, même si les débordements, parfois « machos », sont toujours pénibles et pas nouveaux (je me souviens d’une traversée très pénible dans Paris en 2006 après une victoire en demi-finale, pris par hasard au volant de ma voiture au milieu d’une foule certes euphorique, mais aussi inquiétante-voiture secouée, etc.)

Mais pendant ce temps… (suite…)

L’absurde politisation du passé simple

Ne pas faire apprendre très tôt les conjugaisons complètes du passé simple (et j’espère bien avec les verbes « moudre » ou « convaincre ») semble être pour les pourfendeurs des programmes actuels de l’école et du collège un signe fort d’abandon de la Culture, de la Civilisation, de l’Identité nationale autour de notre langue et un « mépris » pour les élèves qui y ont droit, nous dit la présidente du Conseil supérieur des programmes dans un entretien au Point qui ne correspond pas vraiment à l’image que j’ai de la philosophie et des philosophes.

Ne pas connaitre les autres personnes que la troisième empêcherait de comprendre les admirables vers de Racine et priveraient nos chers petits d’un des joyaux de la langue française, avec cet accent circonflexe au pluriel qui est si beau, n’est-ce pas ? (suite…)

La passion du foot: faire avec!

Certes, il y a bien des questions plus importantes que la coupe du monde de football : le sort  des migrants de l’Aquarius, les tweets ignobles de Trump et les non moins ignobles références bibliques de sa garde rapprochée pour justifier cyniquement la séparation des enfants migrants de leurs parents, ou pour en rester au domaine éducatif l’avenir des lycées généraux et professionnels, ou le décalage entre la com ministérielle sur la réduction des inégalités à l’école et une réalité qui ne bouge guère dans le bon sens.

Certes, il est un peu consternant que la « une » du site internet du Monde soit consacré plus à des Colombie-Japon (à l’heure où j’écris) qu’à l’élection inquiétante de la droite dure dans le premier pays ou le regain de nationalisme dans le second. (suite…)