Enseigner au XXI siècle

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 « J’accuse », un grand film!

J’ai vu très récemment le film de Roman Polanski sur l’affaire Dreyfus et j’en suis sorti tout ému par la qualité de l’œuvre et par le resurgissement de tout ce que ce grand moment politique de l’Histoire française remue en moi : le sentiment de révolte devant l’injustice et la coalition des forces rétrogrades contre les droits de l’Homme, mais aussi toute la grandeur des défenseurs de l’innocent coupable, auxquels on n’associait pas suffisamment le colonel Picquart sans qui Dreyfus serait mort sur l’île du Diable, probablement (voir plus loin pour les nuances…) (suite…)

Un danger ne doit pas en cacher un autre

photo de la Biennale pendant l’intervention de Philippe Meirieu

A la fin de la deuxième Biennale de l’éducation nouvelle, un grand moment riche et intense, dont on peut retrouver des échos ici ou , le « grand témoin » Conny Reuter, secrétaire général de SOLIDAR, plateforme européenne qui travaille à faire progresser la justice sociale, nous mettait en garde : on n’est peut-être pas à la hauteur du défi que nous lance depuis quelque temps l’extrême-droite en Europe (et ailleurs), on doit se mobiliser contre les idéologies identitaires qui reposent sur l’exclusion et l’autoritarisme dans les prochains mois, pour éviter les catastrophes qui sont déjà en cours dans certains pays. (suite…)

Greta, mères voilées, Chirac : c’est toujours plus compliqué !

Les occasions ne manquent pas ces temps-ci d’observer les ravages du simplisme et de la pensée binaire. Choisis ton camp camarade, disent les uns en substance, soyons incorrects face à la « pensée unique » disent les autres. A chaque fois, la petite musique que nous aimons : « c’est plus compliqué que ça » a du mal à se faire entendre.
Prenons trois exemples. (suite…)

Croire/savoir, pas si simple !

On aurait envie d’opposer de façon binaire la « croyance »  au « savoir » (éventuellement au pluriel), la première, qui peut être respectable « mais… » n’ayant pas vraiment sa place à l’école, le second renvoyant aux Lumières, à la Connaissance, portée par les enseignants qui la transmettent, en ne tenant pas compte des croyances.
C’est évidemment bien plus compliqué que cela, et j’ai en cette fin d’été tenté de décortiquer la question avec les participants de l’atelier animé par mes amis Evelyne Chevigny, prof de sciences physiques et Michel Tozzi, bien connu pour son travail novateur en philosophie, lors des Rencontres annuelles du CRAP-Cahiers pédagogiques. Le grand avantage de ces ateliers est qu’on a du temps, sur cinq jours à raison de deux ou trois heures à chaque fois, de traiter les questions sous des angles divers, avec une grande variété de dispositifs. Qu’on en juge, on avait tout aussi bien un travail individuel puis collectif autour de ces deux notions, un stimulant jeu de rôles où l’on devait défendre le point de vue de diverses personnalités historiques comme Galilée, Popper, ou Auguste Comte défendant des positions différentes sur ce que doit être la Science, un exposé magistral sur l’histoire de l’épistémologie des sciences, une séance mémorable d’éxégèse de la Genèse ou un travail de groupes long sur « que faire de tout ça en classe ? ».

Croire, cela peut être effectivement la superstition, ce que dénoncent les zététiciens pourfendeurs du  paranormal et autres charlatanismes, et ici l’adjectif correspondant serait plutôt « crédule ». La religion est évidemment la représentation la plus courante de la croyance, dangereuse quand on fige des textes sacrés et qu’on ne sait en voir le côté symbolique (mais cela est vrai pour les détracteurs, qui comme les intégristes au fond, peuvent se montrer anachroniques en ne considérant pas le contexte). Mais bien évidemment, la religion ne se réduit pas à cela ; (suite…)

Les enseignants savent-ils ce qui est bien pour les élèves ?

J’ai lu la motion issue du Congrès de l’ICEM fin août ; il y aurait pas mal de commentaires à faire, une fois surmontés mon aversion pour l’écriture soi-disant inclusive et mon agacement devant un texte décousu et qui va un peu dans tous les sens, et au-delà de formulations extrêmistes que je suis loin de partager. Mais ici je m’arrêterai sur une phrase qui est la suivante, rétablie en français ordinaire, sans le point médian : « Ce sont les enseignants de terrain qui sont à même de savoir et de construire collectivement ce qui est bien pour leurs élèves » (suite…)

Bac et bashing

Un psychodrame national qui a donné du piment au marronnier actuel : le moment du bac. A côté des images sempiternelles de jeunes exultant à la vue de leur inscription sur la liste des reçus, des sujets de philo traités par divers intellectuels ou journalistes, ou des non moins sempiternelles évocations de triches et de fuites, on a eu droit au feuilleton de la rétention de copies. A ma gauche, les proclamations enflammées : « on n’a pas eu d’autre choix pour se faire entendre », « on a fait notre travail, on a juste retenu les notes, car jamais, ô grand jamais nous ne léserons nos chers élèves à qui nous pensons tous les jours et eux aussi victimes de la surdité (on n’ose plus dire « autisme » et c’est heureux) du ministre. Et de protester contre la réforme du bac, qui n’est-ce pas va aggraver les inégalités et introduire des différences, en oubliant combien elles sont régnantes aujourd’hui. A ma droite, le ministre droit dans ses bottes, avec en appui la porte-parole du gouvernement fustigeant les profs « non élus au suffrage populaire » et la presse à droite, voire très à droite ravie de l’aubaine pour taper sur les profs qui ne respectent pas les devoirs du fonctionnaire. (suite…)

Il se vide ou il se remplit ?

La métaphore du verre à moitié plein ou à moitié vide a un défaut : elle ne montre nullement quelle est la dynamique en cours. Le verre est-il dans une phase de remplissage ou se vide-t-il ?  C’est essentiel.
Mais lorsque le verre tend à se remplir, on peut être impatient : quoi, il n’est pas plein ! C’est ce qui se passe dans bien des cas dans notre monde pressé et dans notre France si souvent enclin au pessimisme et ne voulant plus croire au progrès.

Prenons quelques exemples dans le domaine éducatif.

La dernière enquête Talis sur les enseignants dans différents pays de l’OCDE nous montre un paysage contrasté sur les pratiques des enseignants.
D’un côté, les enseignants français font davantage travailler les élèves en groupes (près de 50%, soit 12% de plus que lors de la précédente enquête). Mais on peut dire aussi que c’est bien insuffisant, surtout si on ne sait pas quelle est la fréquence de ce type de groupe.

De l’autre, on repère une fois de plus l’insuffisance de la formation des enseignants français, en particulier à la gestion de classe (ce qui explique en partie un climat d’indiscipline plus fort que dans d’autres pays, fait pointé par la grande presse, mais qu’on peut aussi interpréter comme une représentation des enseignants, qui peuvent être plus intolérants à certains comportements que dans d’autres pays !). Quand on connait les évolutions récentes de la formation, le fait que dans le premier degré, tout semble centré sur les « fondamentaux », on peut penser que là on est plutôt dans le verre qui se vide.

Certains chercheurs fustigent, à juste titre, l’insuffisante prise en compte dans notre (suite…)

Parler de l’Europe à l’école !

Je ne cache pas mon sentiment profond d’être européen. De même que les adversaires de la pédagogie ajoutent un méprisant « iste » à ce mot pour nous dévaloriser, les nationalistes de tout poil font de même avec « européiste ». Tant pis ! J’aime ce continent tant de fois déchiré par les guerres qui vit en paix depuis de longues années, chose devenue si naturelle qu’on oublie ce fait qui aurait semblé incroyable à nos ancêtres. Bien sûr, il y a des Salvini, des Orban, des Kaczinsky et chez nous des Lepen et Dupont-Aignan qui ternissent l’image d’un continent ouvert, avancé socialement quoiqu’on dise et même écologiquement, malgré toutes les insuffisances qu’on pourra épingler à juste titre.

Est-ce que notre école en fait assez pour faire partager ce sentiment d’appartenir à un passé et un avenir commun européen ? Probablement pas assez. (suite…)

La démocratie et l’Education nationale

Différentes affaires où des enseignants sont rappelés à l’ordre ou sanctionnés suite à des critiques des décisions ministérielles, le vote de la loi « pour la confiance » élaboré par un ministre qui avait pourtant déclaré qu’il n’y aurait pas de nouvelle « grande loi » sur l’école,  des annonces très médiatisées sur la réduction d’effectifs et des petits déjeuners gratuits en REP,  tout cela m’incite à écrire ce billet. Il se trouve que parallèlement, j’ai lu un ouvrage très stimulant de Pierre-Henri Tavoillot Comment gouverner un peuple-roi ? traité nouveau d’art politique (Odile Jacob) qui traite notamment des fondements d’un régime démocratique. Un livre clair, mais tout en nuances et à l’écriture fluide et agréable, qui fait réfléchir, même si on n’est pas d’accord sur tout, mais qui me semble bien supérieur à tous ces ouvrages récents, dont certains visiblement bâclés sur la crise actuelle de notre démocratie. Cela me fournit une grille de lecture en matière de politique éducative que je voudrais partager ici.

Pour Tavoillot, la démocratie digne de ce nom, c’est-à-dire « libérale » (elle s’oppose à ses diverses négations : l’anarchisme de la remise en cause permanente sous couvert de démocratie directe -illusoire-, la fausse monnaie de l’illibéralisme et la pseudo-démocratie théocratique) repose sur quatre piliers :

  • L’élection équitable
  • La délibération suffisante
  • La décision ferme
  • La reddition régulière de comptes

Qu’en est-il du fonctionnement actuel de l’Education nationale ? (suite…)