Enseigner au XXI siècle

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Le monde enseignant et l’épidémie

Il n’est guère original de dire que la situation de fermeture des écoles pose de gros problèmes à tout le monde.  Elle interroge aussi sur le sens et les missions du métier.

En négatif, il y a par exemple l’indécent communiqué de Sud Education qui « « refuse catégoriquement que le télétravail puisse être imposé à la va-vite et en dehors de tout cadre réglementaire (…). Le virus ne saurait être le cheval de Troie de l’enseignement à distance. » Elle rappelle « que le télétravail n’est aucunement obligatoire ».

Bien sûr que le télétravail n’est pas mentionné explicitement dans ce mythique contrat qu’auraient les enseignants avec l’Etat, mais celui-ci existe déjà largement et se développe. On n’en est plus à la surprise d’élèves à qui il y a quelques années j’envoyais, étant malade, un travail à effectuer…par fax (eh oui, moyen moderne à l’époque !) ou à ces profs refusant de communiquer par téléphone avec les familles.  Est-on vraiment dans un métier de cadre ? (suite…)

Séparatisme ?

Les lecteurs de ce blog savent combien j’ai de l’aversion pour la pensée binaire et pour les extrêmes. Cela peut conduire à des postures somme toute confortables, mais aussi valoir des critiques de bords opposés. En fait, il ne s’agit nullement d’adopter un je ne sais quel « juste milieu » ou de se considérer comme étant d’« extrême-centre », mais plutôt d’inviter à la complexité, celle-ci cependant ne devant pas être un alibi pour ne pas trancher lorsque sont en jeu des  « valeurs », lorsqu’en fin de compte, la logique binaire reprend ses droits.  Il ne s’agit pas par exemple de ménager son rejet du fascisme, du terrorisme ou du stalinisme au nom par exemple du contexte et encore moins de la complexité (qui doit être utilisé pour les analyser pas pour en amoindrir la condamnation).

Je voudrais donc ici, dans le prolongement de billets précédents, évoquer la question de ce que le président de la République a appelé récemment « le séparatisme islamiste ». (suite…)

Réflexions autour de « l’affaire Matzneff »

Je n’ai pas lu une ligne de Matzneff, je crois (sauf peut-être des articles), ce genre d’écrivains m’attirant peu. En revanche, dans les années 70, j’avais un peu lu Tony Duvert ou René Schérer, même si ce n’était pas spécialement ma tasse de thé. J’avais aussi des échos de comportements pour le moins indignes de grands intellectuels qui étaient des secrets de Polichinelle dans certains milieux sans qu’on s’en offusque trop et sans d’ailleurs que ce soit étayé par des preuves ou des « aveux ». Après tout, Gide, L’immoraliste, les jeunes maghrébins déjà… Les propos rapportés récemment de Françoise Dolto durant ces années-là sont également bien choquants, même s’il ne faut pas se précipiter sur des informations hâtives, comme l’exprime de façon à demi-convaincante un billet de blog sur Médiapart.

Ce qui s’est déclenché autour du livre de Vanessa Springora me suggère au moins trois réflexions : l’une sur les relations entre Droits et Enfants, l’autre sur les relations homme/œuvre et enfin sur la « pensée 68 » comme bouc-émissaire.

Droits et enfants (suite…)

Les Misérables ou vive la complexité !

Nous sommes un peu gâtés en ce moment au cinéma avec quelques très bons films. J’ai déjà parlé ici de « J’accuse », on pourrait citer le magnifique « Traitre » de Bellochio et d’autres encore. Mais l’œuvre de Ladj Ly dépasse l’appréciation esthétique, puisque le film a engendré un « bruit » médiatique fort, pour le meilleur (le plus souvent) comme pour le pire (les révélations de la part d’organes de presse mal intentionnées sur le réalisateur, avec des déformations de la réalité, semble-t-il, sur lesquelles la justice devrait trancher puisqu’il y a eu plainte en diffamation). (suite…)

J’ai des points forts, moi ? (à propos de PISA 2019)

Depuis quelques jours, en dehors des discussions autour des grèves et de l’écho dérisoire qu’a la COP 25 qui devrait pourtant être au centre de nos préoccupations, on lit pas mal de commentaires autour des résultats PISA. Je ne reviendrai pas ici sur le score général et le classement de la France ni sur la confirmation du côté inégalitaire de notre école (voir par exemple l’analyse fort pertinente de Philippe Watrelot). Non, je voudrais ici mettre l’accent sur quelques aspects finalement assez peu relevés, alors même qu’ils devraient faire réfléchir les enseignants et inciter à l’action.

Ainsi, » les élèves en France sont parmi ceux qui indiquent co-opérer le moins tout en étant aussi ceux qui se sentent aussi le moins en compétition avec les autres élèves de leur établissement scolaire en 2018. En France, seuls 45 % des élèves ont déclaré que les élèves coopèrent entre eux dans leur établissement (moyenne OCDE : 62 % » (voir ici)

De nombreux rapports soulignent l’efficacité de la coopération, du travail collectif. Or, elle reste peu pratiquée dans notre pays où la verticalité des relations enseignant-enseigné fait souvent obstacle à l’horizontalité du travail entre élèves. On peut certes se demander si tous les élèves des territoires de l’OCDE comprennent la même chose sur ce mot et on peut s’étonner du second résultat concernant la compétition. Mais cela ne signifie-t-il pas au fond que les élèves français, ne se sentant pas en « compétition » sont prêts à coopérer avec d’autres ? Souvenir personnel d’un entrainement collectif convivial et efficace en classe prépa littéraire contrairement aux idées reçues sur le climat de compétition forcément induit par les concours. D’ailleurs, comme le soulignent plusieurs chercheurs dont Sylvain Connac, la coopération peut être compatible tout autant avec une idéologie libérale, dès lors qu’on a compris que l’individualisme forcené n’était efficace souvent qu’à court terme. (suite…)

 « J’accuse », un grand film!

J’ai vu très récemment le film de Roman Polanski sur l’affaire Dreyfus et j’en suis sorti tout ému par la qualité de l’œuvre et par le resurgissement de tout ce que ce grand moment politique de l’Histoire française remue en moi : le sentiment de révolte devant l’injustice et la coalition des forces rétrogrades contre les droits de l’Homme, mais aussi toute la grandeur des défenseurs de l’innocent coupable, auxquels on n’associait pas suffisamment le colonel Picquart sans qui Dreyfus serait mort sur l’île du Diable, probablement (voir plus loin pour les nuances…) (suite…)

Un danger ne doit pas en cacher un autre

photo de la Biennale pendant l’intervention de Philippe Meirieu

A la fin de la deuxième Biennale de l’éducation nouvelle, un grand moment riche et intense, dont on peut retrouver des échos ici ou , le « grand témoin » Conny Reuter, secrétaire général de SOLIDAR, plateforme européenne qui travaille à faire progresser la justice sociale, nous mettait en garde : on n’est peut-être pas à la hauteur du défi que nous lance depuis quelque temps l’extrême-droite en Europe (et ailleurs), on doit se mobiliser contre les idéologies identitaires qui reposent sur l’exclusion et l’autoritarisme dans les prochains mois, pour éviter les catastrophes qui sont déjà en cours dans certains pays. (suite…)

Greta, mères voilées, Chirac : c’est toujours plus compliqué !

Les occasions ne manquent pas ces temps-ci d’observer les ravages du simplisme et de la pensée binaire. Choisis ton camp camarade, disent les uns en substance, soyons incorrects face à la « pensée unique » disent les autres. A chaque fois, la petite musique que nous aimons : « c’est plus compliqué que ça » a du mal à se faire entendre.
Prenons trois exemples. (suite…)

Croire/savoir, pas si simple !

On aurait envie d’opposer de façon binaire la « croyance »  au « savoir » (éventuellement au pluriel), la première, qui peut être respectable « mais… » n’ayant pas vraiment sa place à l’école, le second renvoyant aux Lumières, à la Connaissance, portée par les enseignants qui la transmettent, en ne tenant pas compte des croyances.
C’est évidemment bien plus compliqué que cela, et j’ai en cette fin d’été tenté de décortiquer la question avec les participants de l’atelier animé par mes amis Evelyne Chevigny, prof de sciences physiques et Michel Tozzi, bien connu pour son travail novateur en philosophie, lors des Rencontres annuelles du CRAP-Cahiers pédagogiques. Le grand avantage de ces ateliers est qu’on a du temps, sur cinq jours à raison de deux ou trois heures à chaque fois, de traiter les questions sous des angles divers, avec une grande variété de dispositifs. Qu’on en juge, on avait tout aussi bien un travail individuel puis collectif autour de ces deux notions, un stimulant jeu de rôles où l’on devait défendre le point de vue de diverses personnalités historiques comme Galilée, Popper, ou Auguste Comte défendant des positions différentes sur ce que doit être la Science, un exposé magistral sur l’histoire de l’épistémologie des sciences, une séance mémorable d’éxégèse de la Genèse ou un travail de groupes long sur « que faire de tout ça en classe ? ».

Croire, cela peut être effectivement la superstition, ce que dénoncent les zététiciens pourfendeurs du  paranormal et autres charlatanismes, et ici l’adjectif correspondant serait plutôt « crédule ». La religion est évidemment la représentation la plus courante de la croyance, dangereuse quand on fige des textes sacrés et qu’on ne sait en voir le côté symbolique (mais cela est vrai pour les détracteurs, qui comme les intégristes au fond, peuvent se montrer anachroniques en ne considérant pas le contexte). Mais bien évidemment, la religion ne se réduit pas à cela ; (suite…)