Enseigner au XXI siècle

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Abécédaire de l’ère Blanquer 2

Précision et réponse à certains commentaires sur ce blog ou via facebook par rapport à la première partie de cet abécédaire : oui, il faut faire des choix. Je n’ai pas retenu « expérimentation » et « innovation », mais je reviendrai sur ces notions et le sens qu’elles peuvent avoir sous le ministère Blanquer. Je n’ai pas mis non plus « management », mais il faudra aussi voir ce qu’il sera réellement entre bonnes intentions (« redonner la confiance à tous ») et réalités…

Poursuivons donc à partir de la lettre M

Médiateurs/médiation. Dans son interview à RMC, le ministre a évoqué la médiation entre pairs pour régler des conflits. On peut se féliciter qu’il cite ces expériences effectivement très riches et qui nous sortent de la verticalité descendante. Mais à mon avis, il faudrait étendre cette notion au domaine cognitif. Développera-t-on enfin les diverses formes de tutorat/monitorat dont on sait entraidel’efficacité depuis les expériences des années 80 (évaluation de l’INRP à l’époque sous la direction de Brigitte Peterfalvi, dispositif « Requins et Rémoras » dans un collège de l’Essonne, etc.) Dans la réflexion sur les « devoirs », il faudrait aussi évoquer l’intérêt de l’entraide qui peut aussi se manifester dans les classes multiâges où les grands aident les petits. (more…)

Abécédaire de l’ère Blanquer (1)

Notre nouveau ministre multiplie les interventions et on commence à y voir un peu plus clair dans ses intentions même s’il reste beaucoup de flou ! L’occasion m’avait été donnée de réagir à ses déclarations sur RMC (où il était interviewé par JJ Bourdin juste avant), mais le temps très bref et surtout les interventions d’auditeurs totalement à côté du sujet on bien limité cette possibilité de pouvoir développer quelques idées…. (l’émission ici, minute 16)

Essayons donc la forme toujours commode de l’abécédaire pour analyser un peu le vocabulaire blanquérien (mais pas seulement), en évitant les acrobaties pour parvenir à remplir toutes les lettres de l’alphabet…. (more…)

Deux soulagements, trois craintes, et quelques raisons d’espérer

Le premier soulagement, c’est bien sûr l’écrasante défaite de Le Pen, alliée avec Dupont-Aignan qui avaient en commun un programme très réactionnaire sur l’école et dont l’alliance a dû faire plaisir à un Brighelli qui oscillait d’un parti à l’autre. Au passage, il est aussi rassurant de savoir que plus on est diplômé et instruit, moins on vote extrême-droite, même si cela signifie que la tâche est considérable justement d’éveiller à la citoyenneté notamment ceux qui ont fait ce choix détestable et de les remettre dans l’arc « républicain », pour au moins la part de ceux qui ne sont pas des extrêmistes convaincus. L’objectif serait de réduire le vote FN à 10 ou c-Philippe-Geluck12%, mais on prévoyait des scores tellement élevés que les 10 à 11 millions d’électeurs paraissent peu par rapport au pire. Cela reste énorme… D’autant que le but ultime n’est pas de réduire le score du front national, mais de réduire le poids de ses idées et il y a du travail quand on voit des enquêtes y compris auprès d’enseignants qui sont finalement d’accord avec certaines propositions sur l’école. (more…)

Il faut laisser les Lumières allumées

Le débat Le Pen-Macron du 3 mai a été bien sûr une caricature de ce qui aurait pu être un échange d’arguments rationnels et étayés sur les politiques qui conviennent pour la France. On sait que cela a été un pugilat, dû au choix stratégique de la débatcandidate d’extrême-droite : attaquer « l’homme des banques » et la créature des islamistes de l’UOIF.

Je ferai simplement trois remarques avant d’en venir à ce qui fait l’objet de ce billet (more…)

Macron et l’école : promesses et zones d’ombre…

Les urnes ont parlé, selon la formule et mettent donc face à face pour le second tour de la présidentielle deux projets de société que tout oppose. Si on s’intéresse aux questions éducatives, on ne peut que rejeter les conceptions éducatives du Front national que nous avons dénoncées ici-même et que condamnent de nombreux acteurs du système éducatif.

Nous n’aurons pas en tout cas de mise en œuvre de deux autres politiques éducatives que j’avais aussi analysées sur ce blog. Chez Fillon comme chez Mélenchon, il y aurait eu la remise en cause complète de la politique de refondation (réforme du collège, cycles…) Les réponses de Mélenchon à JJ Bourdin exposant son vœu de revenir à un fort jacobinisme dans les rapports entre établissements et Ministère, rejetant pas exemple la marge de 20% d’autonomie laissée aux collèges, ne manquaient pas d’inquiéter. Quant à Fillon, jusqu’au bout il a réitéré ses diatribes contre les « pédagogistes prétentieux », y compris dans ses grandes meetings de fin de campagne, sans oublier son éloge du soi-disant « roman national » moqué de façon habile par Laurence de Cock dans sa confrontation avec lui sur France 2.

Emmanuel Macron est désormais le favori de l’élection et il faut s’intéresser de près à ce qu’il dévoile d’un programme éducatif qui reste flou et peu incarné dans des personnes (qui sont ses experts ?) Un document récent nous éclaire un peu : une réponse qu’il a donnée à la Société des Agrégés à certaines questions. Je voudrais commenter certains aspects de cette réponse. (more…)

Une école pas très insoumise ! A propos du programme éducatif de Jean-Luc Mélenchon

Je vais parler ici du programme éducatif du candidat de la France insoumise, en espérant que cela ne me vaudra pas des injures ou des attaques insupportables de chatcertains de ses partisans qui, à mon avis, sont le plus souvent contre-productifs et donnent une image sectaire d’un mouvement qui vaut certainement mieux que cela. Je pense aux appréciations lamentables portées sur mon ami Philippe Watrelot quand récemment il a pointé sur son blog certaines tendances conservatrices de la vision de l’école du futur chez JLM. Je précise bien « certains », car je connais aussi de nombreux partisans du candidat ouverts au dialogue et au débat d’idées. (more…)

Innover, mais…Mais, innover !

On peut légitimement se méfier de la notion d’innovation. Elle est aux yeux de certains la marque d’un néo-libéralisme qui remet en cause les acquis sociaux par exemple. Ou  une pièce du fameux « tout changer pour que rien ne change ». Ou encore un rejet du passé bien préjudiciable au profit du « bougisme » et des effets de mode. De plus il est essentiel de savoir à qui profite l’innovation  et dans le domaine scolaire,  certains sociologues ont pu montrer qu’elle pouvait creuser les écarts culturels et défavoriser les élèves réforme dessindes milieux populaires.
Toutes ces objections, inquiétudes, interpellations nous aident, d’une certaine manière à mieux penser l’innovation, ou les innovations. Mais en même temps, celles-ci sont indispensables, évitent les scléroses, motivent et régénèrent. Quoi de plus à plaindre que ces enseignants se lamentant du temps présent et se repliant sur ce passé mythique qui n’a jamais existé ou qui sont revenus de tout sans y être jamais allés ! On ne peut guère compter sur eux pour faire aimer l’avenir à leurs élèves, cet avenir présenté comme une menace et non une promesse (que leur dit-on : « si vous ne travaillez pas à l’école, vous n’aurez pas un bon métier » ou « si vous travaillez à l’école   vous aurez des chances d’avoir un métier qui vous plaira » ? Rien que dans ses formulations, il y a toute une conception de la vie et de l’avenir…)

innovation

La ministre remettans un prix ice avec Philippe Watrelot président du CNIRE

Ces réflexions me viennent à   propos de deux événements récemment vécus (more…)

Programmes éducatifs : continuité ou ruptures ?

A un tout petit peu plus d’un mois de l’élection présidentielle, on voit bien que les débats atour de ce que doit devenir notre système éducatif n’occupent guère le devant de la scène. Il est vrai qu’heureusement, le discours sur la restauration d’une « autorité »  bien peu éducative, le rétablissement de la chronologie des Rois de France (le modèle chinois !) ou la nécessité d’imposer l’uniforme sont moins audibles à l’heure du respect douteux des règles et d’affaires mettant en jeu d’autres vêtements (l’étoffe du président ?) Néanmoins, on continue à mettre en lumière des points de détail, souvent mal définis : interdiction du téléphone portable, classes bilangues ou place  de l’enseignement de l’arabe et cahiers péda 500 dessin 01 (3)on parvient difficilement à creuser certaines questions comme :

  • ce que signifie « les fondamentaux » qu’on réduit au triptyque rarement pensé : lire-écrire-compter, bien éloigné de la conception des fondateurs de l’école républicaine
  • comment remettre de la mixité sociale et scolaire au-delà des proclamations et pétitions de principe et dans cette perspective, quelle place pour l’éducation prioritaire ? (bien absente du programme des Républicains)
  • quelle formation pour les enseignants de demain ?
  • comment intégrer le numérique, en dépassant un stérile pour ou contre au profit d’une réflexion sur les conditions à réunir pour que ce soit efficace et démocratisant ?
  • quel type d’autonomie pour les établissements, ce qui pose la question du fonctionnement interne des établissements, certains prônant des recettes qui ont mené à des régressions comme en Suède ?…

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Enseigner le juridique?

Les affaires de justice sont sur le devant de la scène actuellement, mais beaucoup de français ont du mal à s’y retrouver entre les « enquêtes préliminaires » les « mises en examen », les « statut de témoin assisté » et autour des différences entre tribunal correctionnel, instruction par des juges, civil et pénal…Plus grave peut-être : a-t-on bien saisi le rôle de la Justice dans une démocratie (la notion de « réparatrice ») ou le sens de la séparation des « pouvoirs » (que ne fait-on dire à Montesquieu ?) (more…)

Pourquoi si pessimistes ?

Une enquête de grande ampleur vient de le confirmer : les jeunes Français sont parmi les plus pessimistes du monde. 53 % d’entre eux pensent que le monde se dégrade et 6 % à peine qu’il s’améliore.

pessimismeL’école est le facteur le plus cité par les jeunes Français parmi toutes les sources d’angoisse possibles dans leur vie. Plus de la moitié d’entre eux (51 %) l’ont placée parmi leurs trois premières sources d’angoisse.

Ce pessimisme français n’est pas l’apanage des jeunes, mais il est plus troublant, surtout si on  compare avec les réponses d’autres pays, où pourtant les difficultés sont bien plus grandes qu’en France (la Chine, l’Inde ont un taux d’optimisme fort) (more…)