Enseigner au XXI siècle

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C’est si tentant la démagogie !

« L’affaire du prédicat était symptomatique d’une école coupée des parents et méprisant la formation qu’ils avaient pu recevoir. » Cette phrase prononcée devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale par la nouvelle présidente du Conseil supérieur des programmes, Souad Ayada, ne manque pas d’étonner de la part d’une intellectuelle et philosophe. Au-delà de la question très technique de la pertinence ou pas de la notion de « prédicat » (et qui aurait dû rester une notion technique, de second ordre), ne peut-on lire là toute une conception de l’école qui ne devrait pas heurter le sens commun, qui devrait respecter les habitudes des familles et surtout pas les « choquer ». Par ailleurs, Souad Ayada fait l’éloge de l’esprit critique, par exemple appliqué aux religions, ce dont on ne peut que l’approuver. Mais j’ai appris, en terminale, il y a bien longtemps, que l’un des fondements de la philosophie était de secouer les préjugés. Ma première dissertation en terminale avait pour sujet « penser, c’est perdre le fil ». On peut étendre cela à bien d’autres domaines que celui de la philosophie. Oui, en SVT, on va sans doute heurter des conceptions venues du fond des âges en matière de sexualité notamment. Oui, en Histoire, on va remettre en cause des idées toutes faites sur le Moyen Age ou la colonisation et montrer la face grise de toute période contre aussi bien le « roman national » que la diabolisation. Oui, en français, on va aborder des œuvres qui pourront déranger (more…)

Non, les femmes n’ont pas « gagné le combat »

Parmi les sottises proférées par certains intellectuels médiatiques déclinistes et haineux de notre  présent,  il y a cette idée que les féministes auraient gagné, dans nos sociétés, et que du coup il ne faudrait pas aller plus loin, au risque de graves dérives (dont l’abandon de la « galanterie », promue comme valeur et soi-disant précurseuse de la libération de la femme). Au fond, la pétition récente lancée par Catherine Millet et autres s’inscrit dans la même logique, qui est celle du conservatisme éternel  qui insiste toujours sur les effets pervers pour remettre en cause le « nouveau ». Notons cependant qu’il serait malhonnête et dangereux de faire des amalgames hâtifs. Les déclarations scandaleuses d’une Brigitte Delahaie ou Elisabeth Lévy (mais qui peut accorder du crédit à une Elisabeth Lévy ?) ne déconsidèrent pas forcément un texte qui ne justifie nullement les agressions ni ne banalise le viol. On peut (et je le fais) le critiquer, montrer en quoi il est inopportun et non pertinent, sans pour autant le confondre avec ce qui a pu être dit après par certaines. Car à l’inverse, les aberrations au nom du féminisme de ceux qui veulent interdire le baiser du Prince charmant ou changer la fin de Carmen en dénaturant le sens de l’opéra de Bizet ne sont pas à mettre sur le dos de l’idée féministe qui est une des grandes avancées de l’humanité vers plus de progrès et de justice. (more…)

L’oral au bac, parlons-en!

Lisons d’abord ces quelques lignes, qui nous semblent écrites aujourd’hui.

« L’écolier apprend à lire, à écrire, à compter, à raisonner, non à parler. Or c’est en parlant que bien souvent il devra exercer sa profession ; c’est en parlant, en tout cas, qu’il lui faudra presque toujours défendre ses intérêts, soutenir sa pensée, convaincre ses interlocuteurs.

Trop souvent les meilleurs sujets de nos lycées en sortent enrichis de connaissances, mais inhabiles à en tirer une argumentation verbale, incapables quelquefois de faire prévaloir les ressources de leur intelligence. Ils seront dans la vie la proie de quelque bavard, expert au langage courant. Ils rédigeront parfaitement à tête reposée ; mais ils improviseront mal. […}

A personne, l’art de discuter, de mener méthodiquement une controverse, fût-elle d’ordre purement pratique, de choisir et de mettre en ordre des arguments, de vaincre la timidité, n’a été enseigné. »

zayCes lignes sont en réalité extraites du magnifique ouvrage qui reprend le journal du grand Jean Zay, Souvenirs et solitude. Le 1 septembre 1943, peu de temps avant qu’il ne puisse plus tenir ce journal, il revient sur les réformes de l’enseignement qu’il a lancées et met donc en avant pour le futur, auquel il espère participer, l’enseignement de l’oral (more…)

 La laïcité, le fait religieux : tout sauf simple !

En cette période de Noël où les crèches kitch côtoient les sapins en tous genres et où s’éloigne toujours plus le temps où des curés nous admonestaient de trop mélanger le profane et le sacré, « petit papa Noël » et « il est né le divin enfant », plusieurs faits ou déclarations nous font à nouveau réfléchir ce que peut être la laïcité aujourd’hui et en particulier concernant l’école. (more…)

Donnez-nous aujourd’hui notre dictée de chaque jour !

Nouvelle parole du Pater ? La dictée fait toujours-déjà, comme on disait dans les années 70, son retour sur le devant de la scène. Il faut relire les sages paroles de Jules Ferry : « Vous avez compris qu’aux anciens procédés, qui consument tant de temps en vain, à la vieille méthode grammaticale, à la dictée – à l’abus de la dictée-, il faut substituer un enseignement plus libre, plus vivant et plus substantiel. »(Discours aux directeurs d’Écoles Normales du 2 avril 1880), ce qui lui vaudrait aujourd’hui sans doute des accusations de « pédagogisme » de la part de bien des lettrés et intellectuels médiatiques spécialistes de l’Inquisition.
Je sais bien que Najat Vallaud-Belkacem avait, elle aussi, prôné la « dictée quotidienne », mais le contexte n’était pas le même : il s’agissait davantage d’un contre-feu face aux accusations de négligence de la langue suite aux nouveaux programmes (pourtant considérablement exigeants en la matière) et la ministre précisait bien qu’il fallait surtout faire écrire tous les jours à l’école primaire et n’annonçait pas seulement dans le cadre d’une remédiation aux problèmes de compréhension de textes, révélés par l’enquête PIRLS. (more…)

Naufrage d’un ex-ministre et pouvoirs de l’école

J’ai pu lire sur les réseaux sociaux que le ministre de l’Education nationale s’était indigné de l’interview de Luc Ferry sur BFM TV où ce dernier disait notamment : «  Si on supprimait les 15% de quartiers pourris en France, avec des établissements dans lesquels il y a 98 nationalités, on n’arrive pas à faire cours, eh bien nous serions classés numéro 1 à PISA ».L’aurait-il considéré à juste titre comme indigne de quelqu’un qui fut son prédécesseur ? (more…)

Promouvoir l’impôt à l’école…

Le plus indécent pour qui a suivi les révélations des Paradises papers, c’est sans doute les réactions de quelques politiciens ou personnalités médiatiques qui osent dire que « l’optimisation » est à mettre sur le même plan que le petit contribuable qui cherche à déduire de ses impôts ce que la Loi lui permet de faire (isolation, dons à des œuvres, ou que sais-je encore ?) C’est bien connu, qui vole un œuf vole un paadisbœuf, n’est-ce pas ?  (more…)

Biennale de l’éducation nouvelle : le plein d’énergie !

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le beau livre de Antoine Prost et Pascal Orry (présent à la BIennale)

Le 5 novembre matin, au moment où la fille de Jean Zay remettait aux organisateurs le prix des Amis de cette grande figure de l’histoire de France, désormais panthéonisé, on a su que l’expression « Biennale de l’éducation nouvelle » aurait un sens. Car comment ne pas se donner rendez-vous dans deux ans pour une seconde Biennale et viser même, à l’invitation de Philippe Meirieu, à une troisième pour célébrer les cahier ed nouvellecent ans de cette « Education nouvelle » ancienne et toujours nouvelle ?

Quatre jours de débats, d’échanges, de conférences, de présentation d’expériences (plus de 50), de tables rondes, avec le plein de participants (près de 300 en tout), ce fut un beau succès.

Je renvoie au site de la Biennale pour en savoir plus.
Je voudrais ici plutôt retenir quelques « flashes » de ces jours intenses à Poitiers. (more…)

Eh non, l’elixir miracle n’existe pas !

L’elixir d’amour du Docteur Dulcamara de Donizetti n’était que du charlatanisme, mais il était vanté avec tant de truculence ! Mais on sait bien que les remèdes magiques, ça n’existe pas. Et en matière de pédagogie, plutôt moins qu’ailleurs. Et pourtant, la tentation est grande, malgré les dénégations, de chercher le moyen infaillible de faire réussir les élèves et de résoudre tous les problèmes d’échec et elixirtoutes les difficultés scolaires.

Le dernier en date de ces solutions si merveilleuses est sans doute les neurosciences, qui nous diraient ce qu’il faut faire, il suffirait de suivre les indications sur la notice. Toute phrase commençant pas « les neurosciences nous disent que… » doit nous pousser à la vigilance, voire à la méfiance. Bien sûr que les travaux de Houdé, Dehaene, Della Chiesa ou Steve Masson sont passionnants, utiles, féconds. Mais quand ils sont transformés en préceptes, lorsqu’ils sont instrumentalisés, souvent à partir d’éléments partiels, le risque est grand, par contre-coup, de les voir alors rejetés dans un refus des sciences cognitives au lieu de constituer un élément éclairant les pratiques. Pour les uns d’ailleurs, ces neurosciences iraient dans le sens d’une pédagogie active, créative, tandis que pour d’autres, elles réhabiliteraient la répétition et le par cœur ! (more…)