Enseigner au XXI siècle http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk Tue, 15 Aug 2017 16:14:10 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=4.1 A la recherche des liens pour apprivoiser le savoir http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/08/15/a-la-recherche-des-liens-pour-apprivoiser-le-savoir/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/08/15/a-la-recherche-des-liens-pour-apprivoiser-le-savoir/#comments Tue, 15 Aug 2017 16:13:24 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1506 Savoir plus >]]> - Qu’est-ce que ça veut dire « apprivoiser »? demanda le Petit Prince

{…]Cela signifie : créer des liens »

(Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince)

Dans la « torpeur de l’été » selon l’expression convenue et stéréotypée, on a des occasions de lire, de faire peut-être quelque randonnée pédestre ou visiter une expo. J’ai pour ma part du mal à laisser de côté lors de ces occasions mes préoccupations éducatives et je voudrais ici livrer quelques réflexions à propos de trois moments en référence à ces loisirs estivaux.

Lecture et liens

J’ai enfin lu un premier roman d’Elsa Ferrante dont on parle beaucoup. Je n’ai été en fin de compte que moyennement séduit par « l’amie prodigieuse », même si j’ai un peu envie de connaitre la suite et si finalement j’ai été davantage captivé arrivée ferrantela deux centième page (la moitié du roman en Folio). Mais plusieurs points m’ont frappé à propos de la scolarité de la narratrice (et bien sûr du personnage principal, l’amie Lila). D’abord une parfaite illustration de la « méritocratie » à l’ancienne. La maitresse de ce quartier populaire de Naples récompense les meilleurs élèves en leur accordant l’insigne faveur de s’asseoir à ses côtés. Elle ne semble pas vraiment s’intéresser aux « cancres »

(p.50 : « Madame Oliviero laissait toujours près d’elle une chaise vide où elle invitait les meilleures de la classe à s’asseoir, pour les récompenser. »

Cela provoque d’ailleurs bien des jalousies et Elena s’angoisse lorsqu’elle voit plus souvent Lila à cette place.

Et plus tard, quand la maîtresse revoit Lila qui a abandonné les études et déçu ses espoirs, devenue jeune fille et venant la voir avec Elena, elle l’ignore cruellement, fait semblant de ne pas la connaitre.

Mais autre chose m’a laissé songeur. Elena (on ignore ce qui est ou non autobiographie puisqu’on ne sait rien ou presque de l’auteure) dévore les livres et ses lectures d’ouvrages prêtés par la maitresse notamment sont d’un haut niveau. Elle évoque Dostoïevski et Tolstoï. Par ailleurs, elle obtient d’excellents résultats en latin et sait traduire les grands auteurs. Mais que fait-elle de ce savoir ? Quel rapport ont les grands romanciers russes avec sa vie personnelle, souvent terne et mesquine ? En quoi l’histoire romaine, évoquée en latin,  l’aide-t-elle à comprendre le monde agité dans lequel elle vit mais qui n’est pratiquement pas évoqué dans le livre : fin du fascisme, nouvelle République. Très souvent, Elena évoque les matières scolaires en termes de résultats aux divers contrôles (j’ai eu neuf sur dix, etc.). Sauf peut-être lorsqu’elle développe un brillant raisonnement sur Didon et fait un parallèle avec la tristesse des villes sous le fascisme, mais c’est au départ sous l’impulsion de son « amie prodigieuse ».
Certes, Elena deviendra écrivaine  (dans la suite) et son savoir lui servira bien sûr. Mais j’ai quand même trouvé singulier le décalage entre le niveau de ses lectures et de ses dissertations et le caractère souvent étroit de beaucoup de ses pensées, enfermées dans un petit monde.

Et cela renforce en moi l’idée de l’importance à l’école de travailler sur les liens qui donnent du sens. En quoi l’histoire romaine ou grecque permet-elle de comprendre des phénomènes comme le fonctionnement de la démocratie ou la permanence des phénomènes de corruption depuis l’Antiquité ? En quoi les grands romanciers russes nous permettent-ils de sonder l’âme humaine, y compris celle d’horrible assassin d’une vieille dame ou de terroristes « possédés » ? Chaque fois que dans mes classes, des élèves étaient capables de percevoir des liens, c’était gagné quelque part, le savoir devenait autre chose que « bancaire » comme dit Meirieu, reprenant Paulo Freire, une simple occasion d’avoir une « bonne note ». Lorsque cette élève de sixième rapprochait les crues du Nil au temps des Pharaons des inondations qui frappaient alors l’Égypte. Ou quand des jeunes filles comprenaient ce que pouvait être un mariage forcé chez Molière à l’aune de ce qu’elles pouvaient voir autour d’elles. La contestation (en fait bien plus rare qu’on ne le dit) des théories de l’évolution prouve au moins que quelque part le cours de SVT a pris du sens et il vaut mieux cette confrontation, même si elle est difficile à gérer, que la passivité qui laisse intactes les croyances (on dira ce que veut le prof pour avoir une « bonne note »)

Marche et géologie

Comment ai-je pu m’ennuyer autant lors des cours de géologie ou de botanique au collège et au lycée ? Une réflexion que je me fais souvent lors de marches en montagne. La réponse me parait simple d’ailleurs : parce que les cours étaient ennuyeux,  à coup de nomenclatures et de savoirs à ingurgiter « pour l’interro », avec très très peu de sorties en milieu naturel qui auraient permis de donner plus de sens à ce qui était appris (ayant fait mon école primaire à quelques lieues des montagnes, je mesure avec consternation aujourd’hui l’absurdité d’un enseignement purement livresque sur « des cahiers propres » comme dirait Bobby Lapointe au lieu de ballades pourtant simples à organiser, même à l’époque. Je mesure les progrès qui dans l’ensemble ont été effectués en SVT, devenue davantage science « Vivante » et « Tonique », pas partout certes, mais on est sur la bonne voie.

Cependant, il y a plus : comment permettre à chacun de relier davantage ces savoirs sur la nature aux œuvres humaines ? Quels liens entre la géologie et la géographie, entre la géologie et l’histoire ? Et en l’occurrence de mes randonnées Gavarnie depuis Sauguédans mes Pyrénées natales, quelle ouverture vers la littérature, alors même que les offices du tourisme exploitent le moindre texte de Hugo sur Gavarnie ou de George Sand sur Cauterets ? Occasion d’interdisciplinarités fructueuses. Pline et le Vésuve, bien sûr, et cela peut faire un excellent EPI (comme il y a eu des IDD sur le sujet)…

Et enfin, une autre pensée impertinente : pourquoi ne pas considérer comme essentiel l’enseignement de la géologie et plus généralement de la connaissance de la nature, à l’heure des dangers pour l’homme sur la planète (et non la planète elle-même qui n’est en danger que selon une conception anthropomorphique)? Pourquoi les médias ne s’intéressent  pas du tout aux programmes dans cette matière, alors que l’encre coule sur l’histoire ou le français ? Pourquoi faut-il absolument un nombre d’heures important pour les langues anciennes et pas pour les SVT par exemple ? Qu’on nous permette au moins de poser la question sans avoir immédiatement des protestations offusquées de certains ?

Expositions, passé, présent, histoire

Les expositions aujourd’hui sont souvent des trésors d’ingéniosité pour mettre en perspective une œuvre, un courant, et pour aider les visiteurs à établir des liens avec leur environnement culturel. Des progrès restent à effectuer cependant dans les textes des panneaux qui jalonnent les expositions (par exemple trop de « peintres qui annoncent tel autre », comme si c’était tout le but de la peinture que d’anticiper sur la suite) ou des commentaires d’audio guides souvent centrés  sur la biographie de l’artiste plus que sur l’observation de l’œuvre. Mais là encore, des progrès importants permettent plus d’accessibilité, grâce aussi aux technologies modernes. La magnifique expo Hockney au centre Pompidou en cette année d’anniversaire du Centre permet aussi de mesurer le chemin parcouru depuis le temps des diatribes contre les horribles tuyaux qui défiguraient le centre de Paris.

L’introduction de l’histoire des arts, nous l’avons dit ici, a été une fort belle initiative et désormais, même si ce n’est pas sans dérives et sans maladresses, dans tous les collèges de France (et en principe à l’école primaire), on met en contact les élèves avec le patrimoine artistique, là encore avec les apports d’internet, du vidéoprojecteur ou des films documentaires lorsqu’ils sont à la portée de tous.  hockneyReste à favoriser l’établissement de liens chez les élèves, avec l’Histoire, avec la technologie, avec la géométrie, et bien sûr les textes. Et des liens avec la vie quotidienne que la peinture nous aide à voir autrement (les piscines de Hockney). Sans oublier les dialogues entre artistes, symbolisées dans l’exposition citée par la surprenante Annonciation (voir image ci-contre) et sa perspective « inversée ».

Puisse donc notre ministre qui a été récemment en visite dans le Gers au superbe Festival d’astronomie de Fleurance et auprès de la non moins magnifique marciac« classe-jazz » de Marciac ne pas oublier sciences et arts comme composantes essentielles de l’école de la réussite et ne pas enfouir la nécessité du sens et des liens sous le triste règne de la répétition et de pauvres fondamentaux étriqués. Culture, sens, sciences, tout cela ne doit être ni un préalable, ni un luxe pour une élite…

 

 

 

 

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Arts et culture à l’école : assez de lyrisme de bazar et de désinformation ! http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/07/23/arts-et-culture-a-lecole-assez-de-lyrisme-de-bazar-et-de-desinformation/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/07/23/arts-et-culture-a-lecole-assez-de-lyrisme-de-bazar-et-de-desinformation/#comments Sun, 23 Jul 2017 12:46:00 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1498 Savoir plus >]]> Depuis combien d’années entend-on des discours médiatiques ou politiques déplorant l’insuffisante formation aux arts et à la culture à l’école ? Depuis combien de temps est-on abreuvé de ces envolées lyriques vantant l’importance des arts et de la culture à l’école, et dans la société, qui nous sauveraient de la barbarie et de la régression ? Avec chaque fois de belles résolutions : enfin, on va réhabiliter et redonner toute leur place aux arts et à la culture, enfin on va rapprocher le monde de la culture et l’éducation nationale… Récemment, j’ai vu un débat télévisé qui m’a irrité quand il a été question de ce sujet, dans la pourtant bonne émission « On va plus loin » de Public Sénat. L’animateur de la discussion (du jeudi 20 juillet) a affirmé que l’éducation artistique et culturelle était en déshérence depuis longtemps et qu’on attendait vraiment du nouveau avec la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. Une consultante culturelle, Julie Sauret, tout en disant des choses intéressantes par ailleurs, proposait d’abandonner l’usage de la flûte au collège, ignorant que c’était le cas depuis nombre d’années. Aucune allusion à tout ce qui a pu se faire depuis l’instauration de l’Histoire des arts, une des rares innovations progressistes des ministères de l’éducation sarkozystes, jusqu’à la mise en place, certes trop timide, du PEAC (parcours d’éducation artistique et culturelle) et surtout l’élaboration de nouveaux programmes qui redonnent une place importante à cet enseignement, dans le cadre d’un socle commun auquel on a rajouté le complément « culture » à « de connaissances et de compétnces ». Pour avoir participé aux travaux sur les programmes de collège, j’ai vu combien on a été soucieux de traduire les intentions de ce nouveau socle commun en actions, en mettant en avant en particulier la pratique et pas seulement les savoirs (bien sûr indispensables), puisque un des verbes clés du PEAC sont outre connaitre et rencontrer (des œuvres) : celui de « créer », de « pratiquer ».

Il est pénible de constater que l’on parle beaucoup de ces sujets sans connaitre vraiment les réalités du terrain. Ce qui est certain, en revanche, c’est la menace réelle qui pèse sur les projets culturels dès lors qu’il est question de « fondamentaux ». Le ministre de l’éducation a beau déclarer qu’il n’est pas question de diminuer la place des enseignements artistiques, mais qu’est-ce que cela veut dire quand on semble prôner une multiplication des heures de français et de maths à l’école primaire, alors même que les français battent déjà tous les EACrecords de durée en ce domaine ? On se souvient que sous Darcos, l’instauration de l’accompagnement pédagogique en dehors des cours s’était souvent fait au détriment des projets culturels. Récemment d’ailleurs, l’excellent Robin Renucci a lancé une alarme : « de nombreux tenants des fondamentaux la dédaignent car ils omettent que la faculté de dire, de ressentir, de se situer par rapport aux autres et vis-à-vis du monde fait partie du socle de connaissances, de compétences et d’aptitudes sur lequel un jeune doit s’appuyer pour s’orienter, au même titre que lire, écrire et compter. D’autre part, au nom de l’indispensable transmission des savoirs, les défenseurs de l’histoire des arts sous-estiment l’importance des ateliers au cours desquels les élèves éprouvent de manière sensible les langages de ces arts en commençant par s’y initier. »

Ce qui est souvent oublié, c’est que les enseignements artistiques ne doivent pas être une cerise sur le gâteau, un supplément d’âme ou un luxe, mais bien une part constituante de ce fameux socle commun, si tristement réduit à un kit de survie dans passerelleles discours de certains qui en ignorent le contenu, riche et exigeant.  Ce qui est oublié, c’est l’idée qu’on puisse acquérir des compétences essentielles par la pratique artistique et par la fréquentation des grandes œuvres : argumenter, observer sous différents angles, comprendre l’autre, raisonner… Mais ceci ne se fait pas tout seul. La musique peut faire entrer dans les mathématiques ou dans la pratique orale des langues étrangères, le théâtre est un puissant moyen d’acquérir des connaissances par le jeu dramatique, y compris des connaissances scientifiques, le travail sur l’image peut accompagner de façon très féconde le travail sur le lire-écrire (depuis les albums en maternelle jusqu’au roman graphique en collège). Mais il est clair qu’il faut abandonner tout discours éthéré et creux au profit d’une stratégie multiforme faite de convictions, mais aussi de « ruses pédagogiques », de construction de passerelles entre formes populaires et formes « légitimes » . Tout cela demande une formation et un travail d’équipe.Les musées aujourd’hui, certains artistes ou animateurs médiatiques (que l’on pense à JF Zygel par exemple) l’ont bien comprise et sont parfois en avance sur le monde scolaire.  Les EPI ont été également une formidable occasion de relier arts et culture à des réalités quotidiennes ou à des activités humaines que les élèves croient éloignées alors qu’elles ne le sont pas. Et c’est ainsi que les instruments de musique peuvent aussi être abordés sous l’angle de la technologie ou que les modes de communication actuels peuvent être resitués dans une histoire longue, à travers des projets interdisciplinaires.

Avec l’enseignement de l’histoire des Arts, évoquée plus haut, on a déjà eu un « frémissement » intéressant et on a ainsi vu se constituer un ensemble commun à de multiples établissements autour de Guernica ou des grands édifices du patrimoine mondial. Tout n’a pas été parfait. Il a fallu se battre d’abord sur le déterminant « histoire de l’art » ou « histoire des arts ». Le pluriel a autorisé l’introduction d’une grande diversité de pratiques, parfois mal contrôlée c’est vrai (lorsque les élèves faisaient des exposés sur des chanteurs à la mode ou sur des affiches peu artistiques), mais c’était l’écume. Et il a fallu mettre à sa juste place la notion d’ « histoire » au profit de « arts » : interroger un élève sur le sacre de Napoléon par David ne devait pas être l’occasion de rappeler ce qu’il sait sur l’Empereur, mais plutôt de décrire un tableau « officiel », morceau d’art de propagande. L’idée de carnet de découvertes culturelles (mieux en numérique) permet aussi de capitaliser ses expériences scolaires (et pourquoi pas extra-scolaires ?) en la matière.

Les pratiques prônées par la réforme du collège voulue par le précédent ministère avaient pour but de relier justement toutes sortes de formes culturelles. Cela implique souvent ingéniosité, formation à la créativité et à l’invention de dispositifs et un travail en équipe, qui donnent sens au métier lorsque des professeurs se lancent dans des aventures où ils apprennent bien souvent avec les élèves. J’ai été amené plusieurs fois à faire mille découvertes en travaillant par exemple sur des représentations artistiques très diverses du soleil et de la lune dans un projet commun français-sciences physiques, ce qui est toujours stimulant et excitant intellectuellement. De tout cela, on parle trop peu, et on préfère se gausser de quelques dérives ou fustiger des maladresses, avec quelques fake news en caahier eacsupplément (le fameux EPI sur le régime alimentaire de madame Bovary, qui n’a jamais existé que sous la forme d’une demi-boutade lors d’un exposé en formation).  Pourquoi ne met-on pas plus en avant le travail formidable qui est mené dans beaucoup de classes, avec ou sans partenaires, la grande qualité de certains spectacles ou expositions d’élèves ? Comment peut-on désinformer à ce point quand on prétend que le rap ou l’improvisation à la Djamel Debbouze (au demeurant des pratiques qui, contextualités, se défendent) envahissent les classes ? Comment ne pas trouver comique Natacha Polony, qui dans une chronique racontait son exploit d’avoir fait étudier Ronsard en lycée (dans sa brève expérience de professeure) alors même que la plupart des enseignants de français, dans le cadre d’un travail sur la poésie lyrique le font fréquemment, quitte à trouver des formes vivantes et dynamiques, en faisant notamment écrire des sonnets à des élèves qui sont beaucoup moins rétifs à cela qu’il n’y parait (je me souviens d’un travail de ce genre avec une quatrième particulièrement difficile) En tête du palmarès des auteurs étudiés au collège, on trouve toujours Maupassant, Molière, Hugo, ce qui n’empêche pas la coexistence avec la littérature jeunesse qui est souvent un bon passeur pour aller vers des œuvres d’accès plus difficile.

Si je compare avec l’enseignement souvent terne que j’ai reçu, avec une très faible proportion d’activités culturelles et encore moins de productions, je mesure les progrès. Je sais bien qu’il ne s’agit que d’une expérience personnelle dans un petit collège puis un petit lycée de milieu rural, mais je ne suis pas sûr qu’elle était unique (je parle d’un temps antérieur à mai 68)

epiReste qu’il faudrait aller bien plus loin qu’aujourd’hui et par exemple développer les activités culturelles et artistiques au sein même de la formation des enseignants (en valorisant très concrètement les pratiques, car il est difficile de lancer des élèves dans des productions quand on en est éloigné soi-même, difficile par exemple de mettre en place des ateliers d’écriture quand on n’a jamais participé à ce genre de dispositif, etc. Mais surtout, il faudrait cesser d’isoler les moments culturels de l’ordinaire de l’apprentissage. J’ai connu des collègues-Janus : une face hypertraditionnaliste avec règne du magistral et des exercices en veux-tu en voilà, et une face créative souvent à la marge, dans des ateliers ou clubs en dehors des cours. Dans son dernier livre, Empathie et manipulations, dont je conseille la lecture, Serge Tisseron montre combien  sont fécondes les activités culturelles à l’école si on veut développer la « bonne empathie ». Ainsi la fréquentation d’œuvres est essentielle si on sait combiner trois moments : la contemplation, l’expression personnelle, puis l’échange (voir pages 136-137), mais Tisseron insiste aussi sur l’intérêt de la pédagogie de projet  et la coexistence nécessaire du cognitif et de l’émotionnel.

Le président de la République a déclaré dans sa campagne son attachement à la culture. Mais il y a risque de grand écart entre la présence de la Pléiade sur la photo officielle et une insistance  suspecte sur les « fondamentaux » qui pourrait contribuer à écarter l’idée de culture pour tous dès les premiers apprentissages, entre une image passéiste de la Culture et un culte des start up et des nouvelles technologies . Bien au contraire, il faudrait, me semble-t-il, proposer des articulations entre ces composantes d’une vraie culture du présent qui ne soit pas ennemie ou oublieuse du passé, mais pas non plus prisonnière de celui-ci. L’accueil en musique à la rentrée, la distribution de La Fontaine aux enfants des écoles ou les déclarations de principe ne suffiront pas…

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Le respect d’autrui, un des « savoirs fondamentaux » ? http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/07/04/le-respect-dautrui-un-des-savoirs-fondamentaux/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/07/04/le-respect-dautrui-un-des-savoirs-fondamentaux/#comments Tue, 04 Jul 2017 12:20:13 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1491 Savoir plus >]]> Le ministre Blanquer, dont on est bien obligé de commenter les interventions tant elles sont nombreuses et pas toujours aussi limpides qu’il n’y parait de premier abord, vient d’ajouter au trop fameux triptyque lire-écrire-compter un quatrième terme : le respect d’autrui.
Cela n’est pas sans nous étonner. Les trois premiers verbes renvoient à des savoirs qui, certes, mériteraient d’être explicités quant au degré d’exigence que l’on demande (d’autant que « compter » est bien restrictif), mais sont bien des éléments qui ouvrent les portes et sans lesquelles il est difficile de bien « penser ». On pourrait ajouter « parler », mais là il faudrait encore davantage préciser le degré d’exigence, car tout le monde sait « parler ». Une fois qu’on a atteint un certain seuil, pour la vie, on sait lire, écrire, compter. Plutôt que de savoirs, d’ailleurs, il vaudrait mieux parler de « compétences » qui, comme toutes les compétences, mobilisent à le-respect-des-autresla fois des savoirs et des savoir-faire.

Mais « respecter autrui », ce n’est sûrement pas un « savoir », ni une compétence qui serait un jour « acquise » pour la vie. Il est très probable que l’école américaine où était Donald Trump lui a enseigné le respect d’autrui, mais qu’en est-il des dizaines d’années plus tard ? Il est vrai que dans son cas, on a même des doutes sur ses capacités en lecture ! (et en écriture, au-delà de 140 signes), mais c’est une autre histoire.

Le « respect d’autrui » ne décline pas en termes de « savoirs », même si bien sûr il est nécessaire de s’approprier des codes sociaux et culturels, ce qui n’est pas négligeable. Mais n’y a-t-il pas l’illusion, , que si on l’a bien « enseigné » ces codes , alors règnera le respect entre les élèves (et envers les adultes ?). On fera crédit au ministre de ne pas mettre au premier plan « le respect de l’autorité », mais pense-t-il à une des formes les plus riches de ce « respect mutuel » que sont la coopération, SI850680l’entraide, le travail collaboratif dans un projet commun.  Le mot « coopération » semble d’ailleurs avoir disparu du discours officiel.
Et qu’en est-il dans cet apprentissage du « respect d’autrui » de l’enseignement moral et civique qui le replace dans un contexte plus global. Le travaillera-t-on davantage que dans des leçons de morale inefficaces dans des débats autour de dilemmes ou d’études de cas. De même est-il intéressant de distinguer les aspects moraux du respect « social », avec une réflexion approfondie sur ce que signifie « respecter des règles » . Ce qui permet d’interroger les stéréotypes, les limites du « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » qui ne s’accorde pas avec une vraie empathie qui cherche à comprendre les raisons de l’autre, et aussi  les réponses à des questions dérangeantes comme « doit-on respecter celui qui ne nous respecte pas ? » ou « ne doit-on respecter que ceux qui sont respectables ? »
valeurs-morales-protegor1De plus, que veut dire ce mot parfois très usité chez les jeunes, avec parfois le sens de « admiration, coup de chapeau » et qui peut conduire à saluer des actes abominables (respect pour les kamikazes ? ou sans aller si loin, pour le « caïd » local) ? S’agit-il de savoir écouter les autres, d’accepter les différences, de savoir suivre les règles d’un débat démocratique ? Le respect peut être très formel et se transformer en vague tolérance (« chacun fait ce qui lui plait, et tout est respectable) ou se réduire à la politesse et la civilité. L’un des points forts à développer serait sans doute que le respect se distingue de la sympathie qu’on peut avoir pour tel ou tel et que les élèves comprennent qu’on n’est pas obligé de s’aimer pour collaborer ensemble.

Entendons-nous bien. Je n’ai rien contre l’utilisation de l’expression compréhensible par tous de « respect d’autrui », elle a aussi l’avantage de pointer les aspects éducatifs de l’école, alors même que certains, amis autrefois de M. Blanquer, clamaient à hauts cris que l’éducation était l’affaire des parents et l’instruction de l’école.  Mais il est étrange de la placer dans ces « fondamentaux » au même titre que les « éléments » qui permettent un déploiement de tous les savoirs, comme il est regrettable d’ailleurs de sembler ainsi évacuer ce que Jules Ferry qualifiait de « faux accessoire » et de « vrai essentiel », à savoir l’éducation artistique, scientifique ou corporelle. Il y aurait en tout cas à s’interroger sur les différentes composantes du « savoir de base » au lieu de s’en tenir à des formules un peu paresseuses, de même qu’il s’agit bien de travailler, en formation notamment, sur ces notions faussement évidentes : respect donc, mais aussi bienveillance, vivre-ensemble, socialisation, etc.

La pensée complexe, comme dirait le président…

A écouter, « au nom de quoi respecter autrui ? », sujet de bac, commenté, ici. Raphaël Enthoven et son interlocutrice prof de philo décortiquent le concept.  Le sens est faible lorsqu’on est du côté d’un respect superficiel : respecter les lieux, suivre un règlement, et fort lorsqu’on va à la rencontre de l’autre

 

 

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Pas de La Fontaine pour tous sans savoir-faire pédagogique ! http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/06/25/pas-de-la-fontaine-pour-tous-sans-savoir-faire-pedagogique/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/06/25/pas-de-la-fontaine-pour-tous-sans-savoir-faire-pedagogique/#comments Sun, 25 Jun 2017 18:39:23 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1482 Savoir plus >]]> Ainsi donc, des milliers d’écoliers vont recevoir en cadeau les Fables de La Fontaine, avec, si j’ai bien suivi, les superbes illustrations de Chagall.  Je ne suis pas de ceux qui ironisent à priori sur le « coup de com » ministériel. La com est malheureusement devenue prédominante en politique et cette opération en fait sans doute partie. D’autant que ce geste aurait pu être l’œuvre de Vincent Peillon ou Najat Vallaud-Belkacem, tout aussi amoureux de la lecture et sans doute de La chagallFontaine que JM Blanquer. Notons simplement qu’une initiative comme la fameuse « rentrée en musique » du ministre actuel aurait valu sous les précédents les quolibets des mêmes qui peuvent l’applaudir aujourd’hui. Que n’aurait-on dit sur la rentrée « bisounours », sur la guimauve et l’idéologie du « climat de confiance » et de la bienveillance ! Aussi ne reprendrai-je pas ce que je peux lire sur les réseaux sociaux de la part de certains quant au côté forcément « réac » ou « rétro » de distribuer ainsi des livres d’un auteur-clé du « patrimoine ».

En revanche, ce qui m’irrite beaucoup, c’est le jugement implicite contraire que j’ai pu déjà lire : le ministre « qui met fin aux bêtises » (Le Point) réhabilité la « vraie » culture. Stupidité par exemple d’un commentaire saluant cette référence qui « nous changera de « Papa porte une jupe » (allusion à je ne sais quel livre de jeunesse, comme s’il fallait opposer des ouvrages d’humour pour écoliers et grandes œuvres littéraires, pas spécialement écrites pour la jeunesse d’ailleurs…).
En réalité, les pédagogues, les innovateurs n’ont jamais déserté La Fontaine et quelques autres. Bien au contraire, la revue honnie par les anti-pédagogues et dont je m’honore d’être un des rédacteurs a toujours mis en avant l’étude vivante, active, epi_lafontaine 3diversifiée des « grandes œuvres » et symboliquement, a utilisé les Fables comme illustrations décalées d’activités interdisciplinaires dans son dossier sur les EPI (voir dessin ci-contre). Un chercheur en sciences de l’éducation, trop mal connu, comme Michel Fabre utilise le matériau La Fontaine pour inciter au travail sur des situations –problèmes, notamment à travers des fables où la morale reste ambiguë comme La cigale et la fourmi (pour qui prend-on parti ?)

Ce que disent les pédagogues, c’est qu’il ne suffit pas de distribuer un livre de Fables, de faire étudier par cœur telle ou telle, d’en lire en classe en expliquant le vocabulaire , mais qu’il faut un vrai travail différencié selon les âges, pour que soit vraiment approprié un auteur qui a le mérite énorme d’être connu de tous les Français, d’être une sorte d’emblème de la culture française (tout en puisant ses sources dans de multiples cultures, dont les légendes et contes persans).

Pour ma part, j’ai régulièrement travaillé de mille façons, selon les années et les classes, sur cet auteur. Avec chaque fois un effort de créativité  et d’invention.  Je cite en vrac :

  • la construction d’un abécédaire des Fables
  • une distribution d’exposés en permettant aux élèves de s’aider d’une édition concernant les versions d’Ésope ou Phèdre, plus accessibles pour comprendre le sens et en faisant en sorte que tel animal ou humain se présente ou donne son point de vue
  • des débats autour d’une fable, à partir d’une question comme « mais pourquoi donc le loup a-t-il besoin de justifier auprès de l’agneau qu’il va le manger ? » «  timbresle Renard est-il lucide et réaliste ou au contraire se ment-il à lui-même de manière hypocrite quand il dit que les raisins sont trop verts ? »
  • une confrontation d’images variées dont Chagall, mais aussi Rabier, Grandville, Doré et plus récemment…Tex Avery (délicieuse course entre le Lièvre et la pub corbeauTortue), ou encore le jeu d’acteurs masqués de la Comédie française à partir d’un DVD, ou encore l’utilisation de La Fontaine dans la publicité ou la philatélie.
  • l’écriture de fables, soit à la manière de Gudule qui change la fin de certaines, soit dans un travail interdisciplinaire autour d’animaux (par exemple travail sur « comment les animaux passent l’hiver » mené avec une collègue de SVT
  • Invention de « morales » quand il n’y en a pas
  • mises en scène théâtrales
  • transpositions dans la vie de tous les jours de situations prises dans les Fables

Et bien d’autres encore. J’ajoute aussi une interrogation que j’aimais souvent  proposer aux élèves : pourquoi donc continuons-nous à travailler sur La Fontaine aujourd’hui ? Et si on me répond « parce que c’est au programme », je demandai alors « pourquoi est-ce au programme ? » J’ai aussi d’ailleurs fait écrire des textes à la première personne où La Fontaine écrivait aux enfants d’aujourd’hui.

Certes, il arrive que des enseignants renoncent à La Fontaine. J’ai connu des enseignants du primaire (ceux de mes enfants) n’étudiant pas du tout La Fontaine, au profit de chansons de Cabrel ou Goldmann. Mais il s’agit rarement de pédagogues, mais peut-être de collègues qui n’ont pas suffisamment réfléchi aux possibilités de faire jouer au professeur le rôle de « passeur culturel ». J’ai pu faire travailler en formation sur des activités à inventer à propos de La Fontaine (et de bien d’autres, évidemment) et cela permet ensuite de sortir du « c’est trop difficile », « la langue est trop compliquée ».  La confrontation aux grandes œuvres n’est pas simple. Les anti-pédagogues sont souvent de faux tenants de la « rigueur » et de l’exigence et à bien des égards des « imposteurs ». Pour une réelle transmission culturelle, il faut faire preuve d’une grande imagination pédagogique et surtout pas d’un pseudo-bon sens qui devrait être honni  par toute personne qui se targue d’enseignement.

Une dernière chose. Ce qui serait désagréable dans la présentation qui peut être faite de cette distribution de La Fontaine à de jeunes élèves,  ce serait de l’enfermer dans un aspect moralisateur. La Fontaine est un auteur qui a un côté subversif, on le sait. Il dénonce et fustige l’orgueil des Grands. IL est vrai qu’il prêche aussi souvent la résignation et peut faire pencher vers le conservatisme du « un tiens vaut mieux que tu l’auras », antithèse de l’audace et de l’investissement dans l’avenir.  On sait que, après la destitution de Fouquet, il plonge quelque peu dans le pessimisme et l’amertume.  Mais on peut dire aussi que c’est le côté ouvert de son œuvre qui est koecorbintéressant justement. Et c’est gagné lorsqu’un élève soulève soudain une question inattendue lors d’un travail sur une fable, tel David, élève pourtant en grande difficulté et assez déviant, affirmant : « mais monsieur, d’accord, ce n’est pas bien que le Loup menace la Cigogne qui lui a enlevé l’os coincé, mais ce n’est pas bien aussi que la cigogne lui demande de le payer alors qu’elle a rendu service »

Bref, oui, que vive longtemps le grand La Fontaine, mais refusons toute instrumentalisation qui conduirait à en faire une « leçon de morale » ou une machine de guerre contre la littérature jeunesse, ou la créativité pédagogique qui n’est pas toujours la chose du monde la mieux partagée…

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Marche en avant ou néosarkozisme ? http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/06/14/marche-en-avant-ou-neosarkozisme/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/06/14/marche-en-avant-ou-neosarkozisme/#comments Wed, 14 Jun 2017 13:17:21 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1473 Savoir plus >]]> A mesure que se dessine la politique suivie par le ministère Blanquer, on ne peut qu’être inquiet, car de nombreux signes convergent vers une résurgence des recettes essayées sous le quinquennat Sarkozy plus que vers une vraie rénovation du système éducatif, vraiment pragmatique et « progressiste ».
Examinons les choses de près :

  • Le retour à la semaine de quatre jours semble, hélas, bien en marche (arrière). On nous dit même que des études montrent que la cinquième matinée ne change rien, sans que ces études soient publiées. On fait fi de diverses réactions, venant de bords politiques différents pourtant (et de gauche, et de rythmesdroite !) comme celle du groupe sénatorial qui a produit un intéressant rapport. Quant à la concertation, on la voit mal, puisqu’on semble acter déjà les prises de position précipitées de certaines villes, de Versailles à Nice. On retrouve là le « blitzkrieg » sarkozien qui brutalement avait imposé la semaine de quatre jours sans concertation.

 

  • Les « fondamentaux» sont mis en avant, sans discuter sur ce que cette expression signifie. D’un côté, on met en avant le pragmatisme, expression vidée de son sens, puisqu’on part d’à prioris (« les neurosciences ont montré que… », « des études ont montré que… »)pour justifier une pseudo-pédagogie dite explicite qui fait fi par exemple des travaux du CNESCO sur la nécessité de différencier et diversifier les approches ou la recherche de grande ampleur pilotée par l’IFE et Roland Goigoux sur la non moins grande nécessité de mener conjointement un travail sur le décodage et la compréhension en lecture.  Bien sûr, en paroles, on s’accordera pour dire qu’il ne faut négliger ni les sciences ni les arts, mais il est à craindre que, surtout dans les endroits défavorisés où on va dédoubler les CP, on insiste avant tout sur des activités répétitives et soi-disant « structurées » en oubliant d’autres fondamentaux (que va devenir par exemple le travail sur les algorithmes et le codage informatique qui ouvre sur le monde de demain et sa compréhension.

 

  • Le retour en force du redoublement nous inquiète aussi. Dans les mots, entre « exceptionnel » avec le ministère précédent, et le « doit rester rare » de M. Blanquer, il y a peu de différences, et dire que le redoublement était interdit est quelque part une « fake news », mais ce qui importe est le message envoyée à l’opinion publique, l’appel au « bon sens » : on ne suit pas donc on redouble. Tant pis si pour le coup, des études solides montrent, en tout cas pour les petites
    plantu

    dessin de Plantu

    classes, les effets nocifs du redoublement. Les cas particuliers existent, certes. Mais on connait bien des gens s’alimentant mal toute leur vie, gros fumeurs et fuyant l’effort physique qui vivent centenaires tandis que de jeunes sportifs mangeant bio peuvent être victimes de crise cardiaque fatale, cela ne contredit pas les statistiques globales !

 

  • Le pilotage par les résultats: ce n’est pas en soi un scandale et je me démarque de ceux qui considèrent qu’il s’agit là d’une manifestation inadmissible du « new management » libéral, etc. Des évaluations régulières, des comptes à rendre, oui, c’est nécessaire pour améliorer l’enseignement et c’est ce qui se pratique dans nombre de systèmes qui fonctionnent plutôt bien (Écosse, Nouvelle-Zélande…). Mais le problème reste : quelles évaluations ? Celles du ministère Darcos étaient catastrophiques, bâclées, conçues on ne sait par qui (contrairement au remarquable travail de la DEP dans les années 90). Et d’autre part, le problème reste d’évaluer à moyen terme et non à court terme avec des QCM simplistes. Le travail de recherche d’un laboratoire du CNRS sur les effets d’une évaluation par compétences, sans notes, se fait sur le long terme et on n’a que des résultats partiels, plutôt encourageants. Le travail de terrain cité plus haut de Goigoux et autres a été long et nécessité des observations de classe  au plus près des pratiques, rien à voir avec par exemples des études vagues de comparaisons de méthodes de lecture, sans parler de celles qui auraient montré l’efficacité de la pédagogie de Céline Alvarez, vantée par M. Blanquer. Ce qui est à craindre c’est qu’on oppose à ce pilotage par les résultats un refus des évaluations qui du coup apparait comme conservateur et rétrograde.

 

  • Le détricotage de la réforme du collège semble bien parti, hélas. Certains ont parlé de ce décourageant « effet Pénélope », d’autres évoqueront Sisyphe. tricotCertes, les efforts des syndicats réformistes ont permis de sauver quelque peu l’idée même d’EPI et d’accompagnement personnalisé. Il est vrai que des options radicales initiales (liberté complète de faire ou non des EPI par exemple) sont peut-être là pour faire apparaitre comme modérées des mesures plus acceptables (obligation d’avoir fait au moins un EPI, ce qui incite à garder le dispositif et à contribue à le pérenniser, malgré tout). Le piège serait la démoralisation, le renoncement, le triomphe de l’aquabonisme. Mais on aimerait qu’un ministre se voulant encore une fois « pragmatique » accepter de regarder tout ce que les nouveaux dispositifs ont pu apporter, dise au moins un mot positif sur tous ces efforts accomplis pour mettre en place des pratiques qui allient par exemple la rigueur des apprentissages et le bonheur du projet collectif. Le « plaisir d’apprendre » de l’élève qu’évoquait parfois le candidat Macron pendant sa campagne, on ne le voit guère apparaitre dans des discours ministériels très tournés vers une conception à l’ancienne de l’école et des rapports maitres-élèves. Ce qui est vanté et qui soi-disant « marche » (mais quelles études le montrent ?), ce sont les dispositifs dits d’excellence : classes bilangues, classes de latinistes… On se demande si on le droit de discuter de l’incroyable privilège du latin de disposer d’autant d’heures au collège pour les volontaires, quand on pourrait les donner à l’éducation musicale, aux arts plastiques ou à la technologie, si on peut continuer à débattre sur les mérites respectifs d’un enseignement limité à un petit nombre d’élèves qui en plus abandonneront cet enseignement en fin de troisième et du développement nécessaire pour tous d’une sensibilisation à l’héritage gréco-latin à travers les EPI . (les commentaires de cette phrase peuvent se déchainer si besoin, je maintiens qu’il ne faut pas confondre étude de la langue et travail sur la culture antique, dont j’ai toujours dit qu’il était essentiel et devait concerner tous les élèves et en particulier les décrocheurs comme l’a montré Serge Boimare)(1)

 

  • Même si cela reste mesuré et timide, la critique du « pédagogisme » est toujours présente. Le ministre mesure-t-il à quel point est offensante cette reprise d’un vocabulaire manipulé par une extrême-droite et une droite extrême ou par des intellectuels dévoyés qui tous par ailleurs s’opposent à ce que veut incarner mode métierle président de la République (Onfray, Debray, Finkielkraut, etc.) ? Certes, on n’en est pas aux « pédagogistes prétentieux » et le ministre vise, dit-il, surtout le « jargon », mais en succombant à la tentation du populisme et de la caricature, il n’est pas très loin des diatribes passées des ministres de Sarkozy (à la notable exception de Luc Chatel qui sur ce point était relativement respectueux).

 

Arrêtons-nous là pour l’instant. On voit mal derrière les apparences de modération et de courtoisie du ministre, en quoi les mesures annoncées, sauf peut-être la réduction du nombre d’élèves dans ce qui reste un petit nombre d’écoles, seraient nouvelles par rapport à ce qui s’est pratiqué de 2002 à 2012 avec le peu de succès que l’on sait (creusement des inégalités visible lors des enquêtes PISA, malaise enseignant croissant qui, il est vrai, s’est prolongé ensuite, dans la foulée pourrait-on dire). Les espoirs que certains mettent dans une sorte de nouvelle donne macronienne, que j’aurais envie de partager (ce qui m’a d’ailleurs conduit à accorder mes suffrages  aux deux tours à celui qui constituait un rempart face à la montée de la droite réactionnaire, celle de l’uniforme, du maître à qui on donne raison toujours et tout le temps, de la sélection à l’entrée en sixième ou du pré-apprentissage précoce), ces espoirs de renouveau, on ne les voit guère poindre dans ces grands retours en arrière, masqués par une habile com et ce ton poli qui semble cacher des options idéologiques marquées. On n’est guère du côté du progressisme, que ce soit en matière de lutte contre les inégalités  ou en matière de « modernisme » et d’ouverture sur le monde actuel. Le pire : libéraux sur le plan économico-social, conservateurs sur le plan sociétal ?

Malgré tout, il faut continuer à profiter de marges de manœuvre, saluer le maintien (et tout faire pour le sauvegarder) des outils positifs du quinquennat précédent : le socle commun, les programmes curriculaires, les cycles, les dispositifs interdisciplinaires… Tout faire pour qu’à l’occasion des « devoirs faits » une vraie réflexion soit engagée sur le travail personnel des élèves, à l’heure des « classes inversées » et du nécessaire travail avec les familles. Tout faire pour que les intentions de la ministre de la Culture de développer davantage les projets artistiques dans l’école se concrétisent vraiment. Tout faire pour que l’école soit aussi concernée par la transition écologique (et à cet égard, il faudrait encourager les EPI sur le développement durable entre autres…Nicolas Hulot, au secours !) Tout faire pour que la logique de l’efficacité réelle l’emporte sur l’idéologie, en opposant aux études partielles et limitées que peut mettre en avant le ministère d’autres études qui ne vont pas forcément dans le même sens.  (Tiens par exemple, cette étude qui montre que l’attention s’accroit lorsque les élèves peuvent bouger et se déplacer dans la classe, voir ici). Tout faire pour diffuser les innovations qui combinent l’objectif de formation du citoyen du XXIème siècle et celui de la réduction des inégalités qui ne passe pas par le « ruissellement » et par la bonne conscience des « dispositifs d’excellence ». Pas de découragement, mais de la ruse pédagogique et de la conviction…

 

(1) Une proposition, un défi qui n’a bien sûr aucune chance de voir le jour et qui n’est porté par pas grand monde, y compris nos pourfendeurs de la réforme du collège se réclamant de l’extrême-gauche : autorisons les classes bilangues et des horaires de latin-grec conséquents, mais uniquement dans les réseaux d’éducation prioritaire, puisqu’on déclare vouloir des voies d’excellence pour les plus défavorisés…

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« En même temps » , vraiment? http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/06/07/ce-que-ne-doit-pas-en-meme-temps/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/06/07/ce-que-ne-doit-pas-en-meme-temps/#comments Wed, 07 Jun 2017 20:08:14 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1464 Savoir plus >]]> L’expression est à la mode, mais on remarque au passage qu’elle est en fait très employée par nombre de commentateurs dans tous les domaines. « En même emttemps » peut représenter le refus de la pensée binaire, symboliser la pensée complexe, exprimer les « tensions fécondes » qui nous éloignent du simplisme et du manichéisme.
Pour ma part, depuis longtemps, je suis un adepte du « en même temps » à condition qu’il ne veuille pas dire « pensée molle », convictions mal assurées (« être d’accord avec tout le monde ») et qu’il n’exclue pas les prises de position claires et tranchantes quand cela est nécessaire. On ne condamne pas le racisme qu’on « comprendrait » en même temps (en revanche, il faut chercher à comprendre pourquoi il existe). On ne lutte pas contre l’extrême-droite si en même temps on a quelque complaisance que ce soit pour ses idées, ce qui est le cas d’ailleurs de certains intellectuels aujourd’hui, hélas qui au fond pensent que la meilleure façon de résister au Front national serait d’adopter son programme!

Mais je suis pleinement d’accord pour employer dans le domaine éducatif le « en même temps » de la complexité. Ainsi peut-on :

  • epi_lafontaine 3

    Pol Le Gall, variations EPI La Fontaine dans le numéro 528 des Cahiers pédagogiques

    valoriser l’interdisciplinarité et en même temps montrer tout l’intérêt de travailler dans sa discipline la dimension didactique en refusant les confusionnismes

  • être favorable à davantage d’autonomie des établissements et en même temps souhaiter que soit préservé un cadre national qui fixe de grands objectifs
  • vouloir que chaque élève maitrise des savoirs élémentaires (terme que je préfère au galvaudé « fondamentaux ») et en même temps développe sa créativité par la pratique artistique notamment
  • considérer indispensable de s’appuyer sur des recherches scientifiques et en koch3même temps ne pas penser que celles-ci pourraient être prescriptives quand elles ne doivent être qu’ « éclairantes ».

On pourrait allonger la liste, mais je voudrais ici les mettre en regard des déclarations de notre ministre. Celles-ci se réfèrent au pragmatisme et se présentent comme dépassement de contradictions superficielles. Je crains qu’en réalité, le « en même temps » cède souvent la place au « mais » d’opposition. Même si ces déclarations ne sont pas toujours les mêmes selon les interlocuteurs (ce qui n’a rien de nouveau en politique, il est vrai !) Pas sûr que la complexité soit vraiment centrale dans le projet ministériel qui n’est pas loin d’opposer le « bon sens » au prétendu « pédagogisme ».

Reprenons les points ci-dessus.

M.Blanquer prétend être pour l’interdisciplinarité, mais il semble la réserver à ceux qui déjà maîtrisent les disciplines et les fameux fondamentaux. Peu de « en même temps » qui montrerait la fécondité de l’interdisciplinarité pour mieux saisir la spécificité des disciplines, ce qui est le cas des EPI « bien compris ».

L’autonomie des établissements parait être parée d’une vertu magique. Ceci dit, au niveau des collèges, le « mais » est du côté de la défense de dispositifs dits d’excellence (classes bilangues, retour en force du latin-grec) et non du maintien d’un cadre national pour les EPI ou l’accompagnement personnalisé. Refuser tout cadrage national sous prétexte de « liberté » laissée aux équipes n’incite guère à la poursuite de dispositifs auxquels on ne laisse pas le temps de montrer leur efficacité, alors que bien des projets réalisés sont stimulants et enthousiasmants. L’incitation est du côté du latin-grec et de l’allemand et le « en même temps » est pour le moins discret et timide…

Le ministre ne veut pas, dit-il, réduire les enseignements artistiques et sportifs, « mais » insiste sur davantage d’heures de français-maths (même si ce n’est pas toujours aussi clair). Comme si les « fondamentaux » ne passaient pas aussi par la lecture en sciences ou les pratiques d’oral dans toutes disciplines.

La recherche scientifique semble tout de même mise du côté du prescriptif. Elle ne nous dit pas ce qu’il faut faire, « mais » il y aurait des « preuves » en matière de lecture par exemple ou de méthode d’enseignement (« explicite », « progressif », comme si l’alternative était « implicite », « sans progression »). D’ailleurs, comme l’a fait remarquer la responsable nationale du SGEN-CFDT, cette « recherche » semble limitée aux neurosciences et à des études nord-américaines quantitatives sur les types d’enseignement en ignorant les controverses et des disciplines comme la sociologie. On n’imposera rien, nous dit-on, « mais » quand  même…

parodie dictée

Martin VIberg, l’innovation?

Le ministre se veut tout sauf idéologue. Mais il ne suffit pas de se proclamer « à l’écoute », de déclarer qu’on ne fera pas une grande loi lorsqu’on prend tout de même beaucoup de décisions qui démolissent finalement un édifice qui se construisait peu à peu. Rétablir des repères annuels par exemple vide la logique des cycles de leur sens. Encourager des innovations marginales ne peut suffire. Que fait-on pour non seulement encourager ceux qui innovent, mais inciter à innover, et en pratiquant une innovation visant la réussite de tous et non d’un petit noyau, voilà le vrai défi qui ne semble pas à cette heure être la priorité du ministère.

Espérons nous tromper, mais la philosophie du « en même temps » n’est pas vraiment au cœur de l’action de ce ministère qui parait davantage celui de la restauration en bien des domaines d’un ordre ancien qui a pourtant montré son inefficacité (le recul des résultats des élèves les plus faibles de 2002 à 2012), davantage celui de la marche en arrière que d’une école républicaine vraiment « en marche » !

 

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Abécédaire de l’ère Blanquer 2 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/28/abecedaire-de-lere-blanquer-2/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/28/abecedaire-de-lere-blanquer-2/#comments Sun, 28 May 2017 10:42:47 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1452 Savoir plus >]]> Précision et réponse à certains commentaires sur ce blog ou via facebook par rapport à la première partie de cet abécédaire : oui, il faut faire des choix. Je n’ai pas retenu « expérimentation » et « innovation », mais je reviendrai sur ces notions et le sens qu’elles peuvent avoir sous le ministère Blanquer. Je n’ai pas mis non plus « management », mais il faudra aussi voir ce qu’il sera réellement entre bonnes intentions (« redonner la confiance à tous ») et réalités…

Poursuivons donc à partir de la lettre M

Médiateurs/médiation. Dans son interview à RMC, le ministre a évoqué la médiation entre pairs pour régler des conflits. On peut se féliciter qu’il cite ces expériences effectivement très riches et qui nous sortent de la verticalité descendante. Mais à mon avis, il faudrait étendre cette notion au domaine cognitif. Développera-t-on enfin les diverses formes de tutorat/monitorat dont on sait entraidel’efficacité depuis les expériences des années 80 (évaluation de l’INRP à l’époque sous la direction de Brigitte Peterfalvi, dispositif « Requins et Rémoras » dans un collège de l’Essonne, etc.) Dans la réflexion sur les « devoirs », il faudrait aussi évoquer l’intérêt de l’entraide qui peut aussi se manifester dans les classes multiâges où les grands aident les petits.

Numérique. Quelle place celui-ci va-t-il avoir ? Peu de choses dans le discours ministériel, sinon des généralités. Puisqu’il est question d’encourager des innovations, pourquoi n’y a-t-il aucune allusion aux « classes inversées » qui cl inverséeconnaissent un vif succès (conseil : lire le dernier dossier des Cahiers, passionnant sur ce thème et déboulonner d’idées toutes faites) ? On peut espérer aussi que l’apprentissage du codage, très tôt (la remarquable opération 1,2,3 Codez de la Main à la pâte) sera poursuivi, malgré les chants de sirènes des papys grognons (selon l’expression de Michel Serres)…

Orientation. Tous les ministres veulent améliorer l’orientation des élèves, mais des choix seront à faire. En principe, nous échappons à l’orientation précoce, voulue par Fillon et Lemaire (qui avale ses couleuvres à son poste de ministre), mais l’idée de « parcours différenciés » peut inquiéter. De même encourager l’enseignement professionnel peut être la meilleure ou la pire des choses selon la façon dont s’est fait. Valoriser à l’excès les « Humanités » en excluant la technique, moins noble, n’est pas forcément un bon signal. De même ne pas encourager certains EPI qui permettaient de découvrir des métiers les plus divers. Qu’en sera-t-il du « parcours avenir » ? Restera-t-il une « ardente obligation » ou un dispositif discrètement enterré, alors même qu’il permet déjà de belles réalisations.

Pédagogie/pédagogisme. Je remarque que le ministre utilise peu le mot de « pédagogie » qui avait été réhabilité par Peillon et était au centre du discours de Najat Vallaud-Belkacem. Et malheureusement, il n’a pu s’empêcher de réemployer l’horrible vocable de « pédagogisme » qui est une vraie insulte aux milliers d’enseignants qui cherchent à transformer leurs pratiques et à développer leur créativité pour la réussite de tous les élèves, un mot d’extrême-droite de la même lignée que « européiste » ou « fiscaliste », mots promus par Jean-Marie Le Pen. Certes, Le Point (à l’occasion d’une interview qui n’est pas disponible gratuitement), magazine souvent en pointe dans la pensée réactionnaire sur l’école, a abusivement traduit les propos mesurés de JM Blanquer sous la forme « en finir avec le pédagogisme » alors qu’il a pris une certaine distance (« ce qu’on appelle pédagogisme ») et en évoquant le vocabulaire soi-disant abscons de certains pédagogues (il l’est parfois, mais  que celui qui n’a jamais pêché, etc.). Mais si M.Blanquer veut rétablir des relations de confiance, en particulier avec la frange réformiste (souvent la plus dynamique) des acteurs de l’éducation, il devrait s’interdire ce genre de mots qui blesse et qui n’est pas digne de la hauteur intellectuelle qu’il déclare vouloir prendre.

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dessin de Martin Viberg

Quatre jours : Y a-t-il eu inflexion entre déclarations relativement claires sur la liberté qui serait donnée de revenir sur la semaine de quatre jours et demi et discours plus prudent, qui renvoie à 2018 après débats, à des réaménagements qui doivent prendre en compte l’intérêt de l’enfant ? Je le souhaite, car en l’occurrence, j’aimerais qu’on cite des études montrant l’efficacité plus grande des quatre jours. IL sera difficile d’affronter la démagogie de la « fatigue » des élèves (comment font-ils dans les autres pays d’Europe ? et puis, regardons un bon coup le documentaire « sur les chemins de l’école » de Pascal Plisson pour prendre un peu de recul, au moins un temps !), d’affronter l’hypocrisie de ceux qui prétendront que les retours en arrière seront dans « l’intérêt de l’enfant », de ne pas écouter la désinformation selon laquelle les activités périscolaires sont du pur occasionnel et un échec complet, alors mêmes que des rapports parlementaires notent la richesse de certains.

Réforme. Le Ministre ne veut pas de « grande réforme ». S’agit-il d’une ruse tactique à la manière du faux turc qui persuade M. Jourdain que son père n’était pas marchand , mais qu’il donnait des marchandises par générosité, et que les gens à qui il donnait en retour le payait de quelque argent par reconnaissance ? On sait toutes les connotations négatives de ce mot quelque peu « maudit », surtout quand il s’accompagne, comme sous l’ère Sarkozy (et avec JM Blanquer comme DEGESCO) de très nombreuses suppressions de postes. L’essentiel n’est pas de réformer ou pas, mais bien de savoir si on peut enfin établir un peu de continuité dans l’éducation nationale. Peillon avait suivi Chatel sur le lycée par exemple. On souhaite donc qu’il n’y ait pas entreprise de démolissage, mais pas non plus de détricotage intensif. Des retouches, si on veut, mais pas de « radicalisme » s’il vous plait, car cela démoralise et décourage. Il ne faut pas imaginer Sisyphe heureux !

Silences. Dans une série de discours, c’est parfois le silence qui est éloquent, ce qu’on ne dit pas, ce dont on ne parle pas. J’ ai dit plus haut que je ne trouvais guère le mot « pédagogie ». Pas grand-chose non plus sur la mixité sociale et scolaire, la coopération, assez peu sur la citoyenneté, le développement de l’esprit critique à travers la vérification de l’information et plus généralement « l’éducation aux médias et à l’information ». On trouvera sans doute prochainement des allusions et évocations de ces notions, mais une étude lexicale montrerait sans doute l’évolution par rapport au ministère précédent. Mais portons au crédit du ministre de  ne pas brandir « l’autorité du maître » ou le rôle essentiel de la dictée, de ne pas injurier les pédagogues (malgré le dérapage signalé plus haut sur l’emploi de « pédagogisme »), en espérant qu’il ne joue pas le « bon cop », son directeur de cabinet –(voir lettre K du précédent billet) jouant alors un rôle de « bad cop »…

Temps. Le temps est toujours long en éducation.  Lorsqu’on veut réduire les fractures de la société française en mettant l’accent sur les premières années du primaire, il faut bien être conscient que, si ça marche, les effets bénéfiques au niveau de la société française se produiront pour le moins dans dix ans ! En même…temps, il faut parfois aller vite et saisir les occasions. Je persiste à penser que le tempo d’enfer imposé par la ministre à la fin du quinquennat pour mettre en place simultanément le socle, les nouveaux programmes et de nouveaux dispositifs (cycles, collège) était une bonne chose  alors même qu’on était menacé d’un gigantesque retour en arrière, évité malgré toutes les réserves qu’on peut faire sur le nouveau ministre, sur les orientations globales d’un gouvernement qui n’est pas forcément notre idéal, par l’élection de Emmanuel Macron. Il convient de choisir le bon braquet mais en se disant toujours que l’important est le long terme,  « l’apprentissage durable » et de s’inscrire dans une histoire quand tant de français, d’enseignants, de journalistes, ont, aurais-je dit, la « mémoire courte » en matière d’éducation, si cette expression n’avait pas été utilisée dans des circonstances bien déplorables dans les années 40 !

Uniforme. Pourvou que ça doure, on ne parle plus de l’uniforme voulu par Fillon dans toutes les écoles. Cette question a disparu des médias, on n’a pas envie qu’elle réapparaisse. Surtout si on veut une école pas uniforme justement !

Vocabulaire. M. Blanquer insiste beaucoup sur l’acquisition du vocabulaire dès le plus jeune âge. Certes, oui, mais comment ? On sait par exemple qu’au niveau de l’école maternelle, la conception très simpliste des « leçons » de vocabulaire par accumulation de Alain Bentolila s’opposent aux avis de spécialistes du langage dessin maitrise languecomme Philippe Boisseau qui met en avant la construction conjointe du raisonnement, y compris à travers des syntaxes défectueuses. Il faudrait que le ministre n’écoute pas les seuls experts qui lui conviennent et ne confondent pas des dilettantes brillants (comme Eric Orsenna qui est un ami du président) avec des personnes qui ont travaillé avec les classes et proposent des outils efficaces et précis (je pense à une Sylvie Cèbe par exemple). La crainte est toujours que l’idée du « préalable » prenne le dessus : tant qu’on n’a pas un bagage de vocabulaire on ne peut rien faire, alors que ce bagage se construit aussi en « faisant », y compris des sciences ou des activités physiques.

XXI : Il s’agit bien de faire davantage de notre école celle du XXIème siècle. Il n’est pas certain que les discours actuels aillent dans ce sens, malgré l’apologie de l’innovation et de la créativité. On a vu plus haut le peu d’allusions au travail nécessaire sur et avec internet, le décodage d’une réalité de plus en plus numérisé, ou encore la formation au travail de groupe. Bien sûr lire/écrire (plus que « compter » qui en soi est une capacité de faible ampleur) reste une nécessité incontournable, mais peut-on l’aborder de la même façon à l’ère des tweets, des SMS et de « petite poussette » Le candidat Macron avait lancé l’interdiction du téléphone portable, en nuançant quelque peu ensuite : il avait oublié qu’il pouvait avoir un usage pédagogique.

Par ailleurs, parmi les compétences du citoyen de notre siècle, il doit y avoir impérativement la capacité à comprendre « pour agir » les phénomènes de réchauffement climatique et de menaces sur l’environnement. Nicolas Hulot, l’éducation nationale a besoin de toi !

Yes, we can. La référence obamienne est certes abusive, mais on n’est pas trop regardant pour ces lettres du fond  d’alphabet, que j’accueille finalement, en séchant sur le W. Mais il y a bien chez chaque ministre qui vient d’arriver un volontarisme et des déclarations sur tout ce champ de possibles qui s’ouvre devant lui. François Bayrou devait ainsi diviser le nombre de non-lecteurs par deux, très rapidement, et Xavier Darcos mettre fin à l’inégalité entre établissements, quitte à fermer les collèges ghettos. Le récent discours sur les « devoirs faits » participe de ce même phénomène, en ignorant quelque peu les conséquences matérielles et les aspects techniques bien plus complexes, ou encore les leçons d’un passé récent. Je reviendrai sur cet important sujet.

ZEP. Le dénominatif ZEP  a été remplacé par REP, mais reste-t-il dans ce cas l’idée de « zone », de territoire. L’angle quantitatif des dédoublements ne doit pas occulter l’angle qualitatif : le travail d’équipe, la présence de coordonnateurs. De cela, il est trop peu question. Arrivera-t-on à davantage de travail commun avec ce qui s’appelle désormais « ministère de la cohésion sociale ? »

 

11 000 signes : il est temps d’arrêter…

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Abécédaire de l’ère Blanquer (1) http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/23/abecedaire-de-lere-blanquer-1/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/23/abecedaire-de-lere-blanquer-1/#comments Tue, 23 May 2017 20:03:20 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1445 Savoir plus >]]> Notre nouveau ministre multiplie les interventions et on commence à y voir un peu plus clair dans ses intentions même s’il reste beaucoup de flou ! L’occasion m’avait été donnée de réagir à ses déclarations sur RMC (où il était interviewé par JJ Bourdin juste avant), mais le temps très bref et surtout les interventions d’auditeurs totalement à côté du sujet on bien limité cette possibilité de pouvoir développer quelques idées…. (l’émission ici, minute 16)

Essayons donc la forme toujours commode de l’abécédaire pour analyser un peu le vocabulaire blanquérien (mais pas seulement), en évitant les acrobaties pour parvenir à remplir toutes les lettres de l’alphabet….

dessin 509

dessin de Lecroart numéro 509 des Cahiers pédagogiques (

Autonomie : un mot-clé, mais aussi une notion bien vague. De quoi s’agit-il ? Pouvoir faire « ce qu’on veut » dans un établissement : constituer des classes de niveau, supprimer  les activités interdisciplinaires, établir des règlements intérieurs s’éloignant de règles éthiques et juridiques ? Tout le problème est l’articulation avec le pilotage national. Oui, il faut supprimer les règles tatillonnes, laisser de la souplesse, permettre les innovations (mais c’est déjà souvent le cas), mais tout doit être au service des objectifs nationaux : réduction des inégalités, objectif de mixité sociale et scolaire. A noter que l’autonomie prônée par Macron-Blanquer est un peu contradictoire avec des dispositifs rigides comme la division par deux des classes au CP-CE1 ou l’imposition de classes bilangues (voir ci-dessous)

Bilangue : On ne sait toujours pas quel est le vrai objectif de ce qu’on appelle tantôt « parcours bilangue » ou « classes bilangues » , ce qui n’est pas la même chose. Sauver l’allemand ? (on envisage peu le bilangue anglais-espagnol) ? Permettre des soi-disant parcours d’excellence (mais alors pourquoi pas d’autres types de parcours incluant le numérique par exemple ? L’idée de « rétablissement » est un peu curieuse, quand on sait que les « bilangues » existent massivement, mais il est vrai qu’il y a une inégalité géographique qui peut paraitre injuste (au profit par exemple de Paris). En tout cas, même si leurs partisans le nient, les classes bilangues sont dans la plupart des cas sélectives. On pourrait imposer qu’il y ait des regroupements d’au moins deux classes. Et il faut arrêter de répéter comme des perroquets « ça marche » car quelle étude sérieuse montre l’intérêt de ce dispositif ?

Caricatures : On espère qu’elles seront évitées par le nouveau ministre. Malheureusement, dans sa tribune du Monde avant l’élection, il présentait la pédagogie « à la finlandaise » comme celle de l’enfant-roi et du spontanéisme. Il faudrait qu’il se renseigne davantage sur ce qu’est réellement l’exigence de la pédagogie dite nouvelle, celle d’ailleurs mise en œuvre dans les micro-lycées qu’il a soutenus comme recteur.

Direction : Le rôle des chefs d’établissement devrait être accru et sera peut-être remis sur le tapis la vieille question du statut des directeurs d’école. Il ne faut surtout pas faire de cette question une querelle théologique. Oui, il faut des leaders sachant piloter et disposant de certains pouvoirs, mais il faut aussi contrebalancer cela par une gouvernance démocratique. Le livre de Alain Juppé sur l’éducation contenait des propositions audacieuses que JM Blanquer pourrait relire avec profit.

Évaluations. Le ministre veut s’appuyer sur des évaluations fréquentes afin de voir ce qui marche et de repérer les difficultés des élèves. On espère qu’il fera mieux que les évaluations Darcos qu’il a pilotées et qui étaient de l’avis des spécialistes désastreuses, si on les compare avec celles élaborées par des experts, comme celles de la DEPP ou de PISA. Le problème reste de savoir ce qui est évalué, comment c’est évalué et si on évalue le long terme. On sait qu’un enseignement basé sur les compétences donne ou non d’excellents résultats selon qu’on met les élèves devant des tâches complexes (où dans l’ensemble ils s’en tirent bien) ou devant des QCM basiques, certes plus faciles à corriger, mais qui valident souvent des savoirs éphémères et où l’enseignement traditionnel peut être plus performant. Les évaluations à court terme sont souvent simplistes et trompeuses. Comment valoriser le développement durable des savoirs et compétences ?.

cahiers péda 500 dessin 01 (3)

dessin de Pol Le Gall, Cahiers pédagogiques, 500

Fondamentaux. Nous sommes nombreux à être agacés par ce mot à la mode surtout quand il est précédé de « retour aux » (jusque là on utilisait l’expression plutôt en rugby !) Ces fondamentaux n’ont pas été oubliés, et le nombre d’heures consacrées au français et aux maths en témoignent (le plus important d’Europe au primaire). Ne pas reconnaitre d’emblée l’évidence de ce terme est indispensable. N’est-il pas « fondamental » de savoir parler, raisonner, créer, etc. Et « compter » est-il du même niveau ?  Il serait déjà préférable de parler de « l’élémentaire » qu’on opposerait au « rudimentaire » : quels sont les éléments-clés qui permettent de continuer à apprendre ? Bien sûr la lecture en fait partie et est sans doute une priorité. Mais cela ne nous dit pas comment faire. Et quand l’accord du participe passé ou la conjugaison du futur antérieur semblent être au-dessus de la capacité à argumenter dans une discussion à visée philosophique, on se demande de quoi on parle.  L’apprentissage ne peut être comparé, comme il l’est parfois, à la construction d’une maison avec ses « fondations ». Méfions-nous toujours de ces métaphores qui se substituent au raisonnement (« comparaison n’est pas raison » disait le bon vieux Pascal)

Gestionnaires : On craint un peu en voyant notamment la constitution du cabinet Blanquer le règne de gestionnaires (hommes jusqu’ici) qui n’auraient pas de vision de l’éducation autre que comptable (encore que, voir ci-dessous à la lettre K). Nous avions publié un dossier des Cahiers pédagogiques toujours d’actualité : l’administration tue-t-elle la pédagogie ? A relire…

Humanisme, humanités. Ce mot est utilisé ici ou là avec souvent une valorisation du littéraire sur le scientifique. On se souvient que dans le premier socle commun, la culture « humaniste » excluait les sciences et techniques. JM Blanquer saura-t-il dépasser ces frontières anachroniques ? On aimerait qu’il aille dans ce sens, mais l’insistance sur la langue, la culture dans son sens traditionnel fait craindre que  les sciences et techniques soient exclues de ses préoccupations dans la scolarité obligatoire ou en tout cas réduites à leur aspect fonctionnel au détriment de l’indispensable dimension culturelle.

interInterdisciplinarité Le ministre semble trouver positive l’interdisciplinarité. Elle ne doit pas être imposée, dit-il. Certes, mais doit-elle être au moins « encouragée » ? Laisser les EPI à la bonne volonté des établissements ou assouplir leur mode de fonctionnement ? Nous attendons les décisions, mais on sait que minorer des dispositifs qui ont permis à des équipes de lancer des projets ambitieux, stimulants, souvent très motivants, serait désastreux.

Juste. L’objectif de « justice scolaire » est-il toujours à l’ordre du jour ? Les discours actuels oscillent entre réaffirmation de la nécessité de lutter contre les inégalités et simple promotion de la méritocratie (pousser en avant « ceux qui en veulent ») Il faut tout faire pour continuer à accoupler « école juste » et « école efficace ».

Kerrero . Ne cachons pas notre inquiétude de voir ce monsieur Kerrero à la tête du Cabinet du Ministre. L’interview qu’il a donné à SOS éducation, cet organisme ultra-réactionnaire et ennemi de l’école publique, et qui a été retiré depuis, est un monument d’idéologie rétrograde, bien éloignée de la bienveillance macronnienne. On y trouve pêle-mêle une condamnation du socle commun, des diatribes brighelliennes contre le prétendu « pédagogisme », une méfiance vis-à –vis du numérique et un discours d’ordre  qui n’aurait rien à envier aux candidats  autoritaires battus au premier et au second tour et qui est heureusement absent du discours présidentiel. On aimerait savoir si ce directeur de cabinet renonce ou pas à ses velléités destructrices en se conformant au discours rassurant du ministre qui déclare ne pas vouloir démolir ce qui a été fait depuis 2012…

Latin  Le feuilleton du latin n’est pas terminé. On va « rétablir » ce qui n’avait pas disparu, on va continuer à confondre appropriation ô combien nécessaire des lCAcultures de l’Antiquité et de l’héritage gréco-romain et étude de la langue (oui, je sais, je risque de recevoir des commentaires désobligeants si je continue à affirmer que cette distinction est essentielle, je persiste et signe), on va consacrer des pages et des pages sur cette thématique alors qu’on pourrait aussi évoquer les manques en matière de culture scientifique, la dramatique carence en matière de capacités orales, ou encore les nécessités d’avoir un fort taux d’activités physiques ou encore de trouver les moyens de faire travailler les élèves sur le problème numéro 1 du XXI ° siècle : la préservation de l’environnement et la prise de conscience écologique. C’est surtout l’incroyable prétention des défenseurs purs et durs du « latin-grec » qui est irritante, comme s’il n’y avait pas d’autres voies d’excellence, comme si on ne pouvait pas être un citoyen éclairé, cultivé, réfléchi sans passer par l’étude de cette langue, cet orgueil démesuré et parfois hystérique qui est détestable. Mais si, je sais très bien que beaucoup d’enseignants de latin-grec font des choses remarquables (j’ai des exemples vraiment très proches de moi, mais qui pensent aussi la même chose que moi !)

Il n’est pas raisonnable de dépasser les 10 000 signes pour un billet de blog, aussi je renvoie la suite à un prochain billet pour notamment les mots : Médiateurs, Numérique, Orientation, Pédagogie/ « pédagogisme »,Quatre jours, Réforme, Temps…

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http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/23/abecedaire-de-lere-blanquer-1/feed/ 9
Deux soulagements, trois craintes, et quelques raisons d’espérer http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/12/deux-soulagements-trois-craintes-et-quelques-raisons-desperer/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/12/deux-soulagements-trois-craintes-et-quelques-raisons-desperer/#comments Fri, 12 May 2017 07:27:04 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1436 Savoir plus >]]> Le premier soulagement, c’est bien sûr l’écrasante défaite de Le Pen, alliée avec Dupont-Aignan qui avaient en commun un programme très réactionnaire sur l’école et dont l’alliance a dû faire plaisir à un Brighelli qui oscillait d’un parti à l’autre. Au passage, il est aussi rassurant de savoir que plus on est diplômé et instruit, moins on vote extrême-droite, même si cela signifie que la tâche est considérable justement d’éveiller à la citoyenneté notamment ceux qui ont fait ce choix détestable et de les remettre dans l’arc « républicain », pour au moins la part de ceux qui ne sont pas des extrêmistes convaincus. L’objectif serait de réduire le vote FN à 10 ou c-Philippe-Geluck12%, mais on prévoyait des scores tellement élevés que les 10 à 11 millions d’électeurs paraissent peu par rapport au pire. Cela reste énorme… D’autant que le but ultime n’est pas de réduire le score du front national, mais de réduire le poids de ses idées et il y a du travail quand on voit des enquêtes y compris auprès d’enseignants qui sont finalement d’accord avec certaines propositions sur l’école.

Le second soulagement, il ne faut pas l’oublier, c’est d’échapper à la politique de « terre brûlée » de Fillon qui voulait remettre en cause toutes les réformes progressistes de l’école, avait ciblé les « pédagogistes prétentieux » comme cible privilégié dans un poujadisme anti-intellectuel qui par certains côtés n’était pas très loin des idées du FN.  On peut mesurer la radicalisation de ce programme en comparant avec les premières moutures. Dérive catastrophique de personnes comme Annie Genevard, qui avait pourtant au début voté les textes du Conseil supérieur des programmes ou du sénateur Grosperrin, jadis défenseur courageux du socle commun et répondant aux invitations dans des colloques progressites (suivre son dialogue avec Philippe Watrelot lors d’une audition au sénat). Non, les enfants français n’auront pas à réciter les dynasties des Rois et surtout il n’y aura faujourbonheurpas de fin du collège unique. Même si certains points peuvent revenir par la fenêtre avec les élections législatives.

Les craintes ? j’en citerai donc trois, que j’ai déjà évoquées ici-même :

  • la liberté donnée aux communes de revenir à la semaine de quatre jours, pourtant condamnée par les spécialistes des rythmes. On peut discuter des activités péri-scolaires, dont le bilan est contrasté, des difficultés des communes, etc. mais pas permettre de revenir à quatre jours, ce qu’aucun pays européen ne pratique, à ma connaissance. M. Macron ouvrirait la boite de Pandore, le déchainement de demandes pas très inspirées par l’intérêt de l’enfant et une grande désorganisation. On peut admettre de nouveaux assouplissements, mais pas cette remise en cause qui choque de nombreuses personnes pourtant bien disposées envers le nouveau président.
  • la légereté dans la façon dont on aborde la question de la priorité à la réduction des effectifs. Je renvoie à l’excellente analyse de Sylvain Connac. Comment peut-on penser que des solutions quantitatives peuvent constituer « la » solution ? Et d’ailleurs, n’y a-t-il pas contradiction entre le crédo de l’autonomie laissée au local et l’application uniforme d’une disposition qu’il serait bien plus judicieux de laisser des équipes aménager, à partir de moyens distribués, avec des formules diverses, inspirées du « plus de maîtres que de classes ». L’équipe de Macron semble ne pas mépriser la recherche et s’appuie sur quelques études justifiant ce choix, mais ignore l’importance des pratiques pari collectifpédagogiques qui, si elles ne suivent pas, transformeront l’or en plomb.
  • - le flou entretenu sur l’autonomie des établissements peut conduire à des politiques trop hétérogènes dans les collèges en particulier. On suivra avec intérêt si des verrous peuvent exister pour bloquer les dérives, dont celles de la classe de niveau. Et si la réflexion sur la mixité sociale ne s’accompagne pas d’une autre sur la mixité scolaire (à l’intérieur de l’établissement), il y a peu de chances que les plus fragiles s’en sortent, surtout s’ils sont cantonnés dans des classes « faibles » au nom de parcours différents et des « solutions adaptées ».

En même temps (bien sûr, en même temps), il existe des motifs d’espoir, alors même qu’on était angoissé par ce qui risquait d’arriver pour l’école

  • espoir qu’on ne bouleversera pas sur le fond les programmes, les cycles, qu’on laissera au moins se faire l’interdisciplinarité
  • espoir autour de la formation continue, même si on attend de voir les modalités
  • espoir de voir valorisé autrement qu’en vaines paroles l’enseignement formationprofessionnel, même si là encore le chemin est étroit, car il y a certaines valorisations qui peuvent équivaloir  à des renoncements (« il n’est pas fait pour les études générales », « il est bon pour l’apprentissage », etc.

L’avenir n’est pas bloqué, mais il faudra beaucoup d’énergie pour éviter à la fois l’absence de vent (l’immobilisme) et les vents contraires (les retours en arrière et les conservatismes). Chiche que l’école soit du côté du progressisme ?

 

Voir aussi l’article du Café pédagogique et le « testament » de l’actuelle ministre : ici

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Il faut laisser les Lumières allumées http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/04/il-faut-laisse-les-lumieres-allumees/ http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/2017/05/04/il-faut-laisse-les-lumieres-allumees/#comments Thu, 04 May 2017 13:58:23 +0000 http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/?p=1424 Savoir plus >]]> Le débat Le Pen-Macron du 3 mai a été bien sûr une caricature de ce qui aurait pu être un échange d’arguments rationnels et étayés sur les politiques qui conviennent pour la France. On sait que cela a été un pugilat, dû au choix stratégique de la débatcandidate d’extrême-droite : attaquer « l’homme des banques » et la créature des islamistes de l’UOIF.

Je ferai simplement trois remarques avant d’en venir à ce qui fait l’objet de ce billet

  • il est un peu désolant que des commentateurs suite au débat, après avoir critiqué l’attitude de Marine Le Pen, brocardent néanmoins le ton « professoral » de E.Macron, comme si s’appuyer sur des données précises et tenter de faire preuve de pédagogie contre la démagogie était forcément « condescendant ». On peut ne pas partager son point de vue sur un certain nombre de questions économiques ou sociales, il faut cependant reconnaitre que ce point de vue s’appuie sur des arguments et des hypothèses qui ont leur rationalité. L’absence de chiffrage raisonnable par son adversaire fait partie de cet univers de « réalité alternative » qui déconsidère la politique. Quand « professeur » résonne comme une injure, ce n’est pas bon signe. Lu récemment dans Libé (4 mai) cette affirmation forte de Cynthia Fleury : « La « haine du logos » est un des leitmotivs du populisme qui accuse la culture d’être une maladie et les intellectuels des « hors-sol » parasitaires. Mais la résistance des intellectuels reste un des grands remparts contre cette désubstantialisation de la démocratie.». Au moins chez Macron ne lit-on pas ce mépris des « intellos » qui est une des choses les plus horripilantes que je connaisse (quand mes élèves le manifestaient, je m’emportai souvent !)
  • le sujet de l’éducation a occupé un temps très bref. Heureusement pourrait-on dire, car ce qui a été énoncé était peu réjouissant. D’un côté, les diatribes (recopiées de Brighelli, un des inspirateurs de la « pensée » du FN sur l’école) contre la mise à mal de l’autorité du maître ou l’apologie de la « transmission » la
    ronsard

    Transmission du savoir…

    plus verticale possible. De l’autre, de bonnes intentions, mais la reprise de mesures qui n’ont parfois pas grand-chose à voir avec le louable objectif de mettre la priorité sur ceux qui « ne maîtrisent pas bien la lecture, l’écriture et le calcul » (quand se décidera-t-on à ne pas mettre le calcul sur le même plan que la lecture ?) : les classes bilangues, le latin-grec, les heures de français soi-disant perdues. Mais j’ai déjà exprimé ici mes réserves sur une politique éducative macronienne pas vraiment à la hauteur des enjeux, mais qui ne ferme pas le champ des possibles et nous permet d’éviter le pire de la « politique de terre brûlée » de Fillon ou Le Pen.. J’y reviens plus bas.

  • la part considérable que jouent désormais les réseaux sociaux y compris sur la forme du débat, sur l’accompagnement qu’ils assurent des interventions des candidats, avec un avantage pour la « fachosphère » prompte à reprendre les calomnies, mais avec un versant positif bien sûr : les décodeurs, les parodies qui
    fake news

    dessin de Etienne Lecroart, Cahiers pédagogiques 536

    brocardent les « pires moments » avec parfois de la lourdeur, mais aussi de l’imagination et de la créativité ;

 

 

 

 

 

 

 

Attendons donc le 7 mai et un futur billet post-élection…Venons-en à des considérations plus globales sur la lutte impitoyable qui est à mener entre les risques de « sommeil de la raison » qui engendre les monstres et le nécessaire réveil de ces Lumières qui restent un idéal indépassable, quand bien même elles doivent intégrer les affects, les émotions et les sentiments.

Par périodes, on a droit dans les médias ou sur les réseaux sociaux  à un déferlement de « raisonnements » tordus, d’assertions assénées d’autant plus fort qu’elles sont aberrantes, mais aussi à des manifestations d’inculture historique ou sociologique, le tout dans un climat malsain parfois digne de procès staliniens. Je crois qu’en grande partie cela a été le cas lors des discussions autour de la réforme du collège. Mais à l’occasion de l’élection présidentielle, on a encore dépassé les limites. Je prendrai trois exemples : la critique des sondages et « des » médias dits officiels, les argumentations autour du vote blanc ou de l’abstention et les lectures tendancieuses de certains programmes éducatifs.

« On nous ment ! »

fake2

idem

La grande paranoïa autour des médias qui nous mentent a pris des proportions gigantesques. Certes, il y a bien des critiques à faire à ces journaux qui mettent en « une » des horreurs et alimentent  la peur de l ‘étranger, de l’islam ou la détestation des fonctionnaires, ou encore qui rabâchent à coup de Onfray-Finkielkraut que nous sommes en pleine décadence. Ce n’est pas nouveau, il y  a trente ans, Le Figaro Magazine titrait en couverture que la France serait islamisée dans trois décennies, en s’appuyant sur des projetions démographiques fantaisistes. Certes, trop de reportages sont bâclés, superficiels et les chaînes d’info accentuent la médiocrité de l’information télévisée qui s’intéresse davantage aux selfies sur le parking d’une usine qu’aux débats de fond sur les reconversions nécessaires ou pas dans l’économie française. Certes, on aimerait que se taisent certains éditorialistes et que soient plus pugnaces certains intervieweurs. Néanmoins, comment ne pas louer le rôle de la presse, pas assez à mon goût mis en avant dans les classes, cette presse qui révèle des scandales (à changer le sort d’une élection  peut-être), qui offre quand même la possibilité de vrais débats ? Je me souviens avoir été en Algérie travailler avec des enseignants, le lendemain d’un important débat télévisé français : mes interlocuteurs nous enviaient d’avoir ainsi votecette possibilité d’échanges contradictoires. Et malgré tous ses défauts, le débat télévisé entre les candidats était d’un autre niveau qu’aux USA.

Et que dire de la critique si facile des sondages. Nous avons la chance de disposer d’instituts performants, et il semble bien que nous soyons bien meilleurs que dans bien d’autres pays. On peut être admiratifs de la précision de ces instituts qui se trompent assez peu finalement. On leur a opposé les « big data » , parfois commandés par « l’œil de Moscou » qui sont les supergrands perdants de ces élections (Macron quatrième la veille du premier tour pour ces organismes douteux !). Bien sûr, il y a une obsession de ces sondages, des surinterprétations, des analyses fausses (confusion entre photographie de l’opinion et prévisions), mais le cliché selon lequel « les sondages sondagesse trompent » n’est pas prêt de disparaitre. Il est vrai que les mêmes qui affirment cela sont les premiers à les mettre en avant lorsqu’ils correspondent à leurs vœux….

Je pense plus que jamais indispensable de mettre au cœur du socle commun de connaissances et compétences une vraie culture des statistiques. Dans les tests PISA, une épreuve avait été peu réussie (pas seulement en France) : il s’agissait d’établir une hiérarchisation de sondages quant à leur fiabilité en fonction de la taille de l’échantillon, de la représentativité des sondés, etc. Cela fait partie d’une « éducation aux Lumières » qui pourrait même nous faire considérer que nous sommes tellement moins menacés statistiquement par un attentat terroriste que par un accident de voiture (du moins pour ce qui concerne des actes limités, la vraie crainte étant plutôt le sabotage d’une centrale nucléaire par exemple). Quel usage sera fait ou non des statistiques, des sondages, c’est une autre histoire, mais arrêtons de parler de « mensonges des chiffres », car il n’y a que les hommes qui mentent ou pas…

Arguments douteux

J’ai beaucoup bataillé ces derniers jours sur les réseaux sociaux pour convaincre ici ou là d’aller voter le 7 mai (et pas pour Le Pen bien sûr !) Laissons ici de côté les arguments politiques, mais considérons les effets concrets du vote. Il y a ceux qui oublient que s’ils souhaitent une faible victoire du favori, cela signifie une défaite plus qu’honorable de son challenger et en l’occurrence, ça a une très grande importance. Il y a ceux qui feignent de penser que l’abstention est neutre, puisqu’elle antifnn’enlève une voix à personne, ignorant le phénomène évident de l’abstention différenciée. Lorsqu’on est susceptible de voter pour un candidat, toute voix en moins pour lui est une augmentation du pourcentage de l’autre. On ne peut pas s’en laver les mains. Ne parlons même pas de l’incroyable argument qui consisterait, sous prétexte qu’on craint la victoire du Front national en 2022, à accepter qu’il gagne dès 2017. On peut toujours se suicider parce qu’on craint de mourir du cancer des années plus tard, certes… Autre supercherie intellectuelle : compter les voix de chaque candidat soit par rapport aux exprimés, soit par rapport aux inscrits, soit encore  par rapport au potentiel d’électeurs, même non inscrits, selon qu’on veut vanter le score d’un candidat ou au contraire montrer sa faible représentativité.

Sur le plan scolaire, il me parait important d’étudier les phénomènes électoraux, y compris en montrant l’importance du système électoral choisi, ce que signifie la proportionnelle. L’éducation civique et morale ne doit surtout pas faire l’impasse sur la formation « politique » du futur citoyen. Il n’est pas sûr que ce soit toujours fait, dans un contexte d’un certain désengagement de trop d’enseignants.

Lire sans trop d’œillères

Beaucoup est dit sur les programmes électoraux des candidats. Certains journaux ont fait un travail comparatif très intéressant. J’ai pour ma part essayé de contribuer à ces analyses. Il est vrai qu’ils ne sont pas d’une grande richesse sur le plan de l’éducation, entre points de détail mis en avant de façon un peu dérisoire (port de l’uniforme, interdiction du téléphone portable…), délires nationalistes (la dynastie des Rois et la proscription des langues régionales) ou simples additions de promesses quantitatives.

Mais là où la raison s’éclipse, c’est lorsqu’on fait dire à ces programmes le contraire de ce qu’il y a dedans ou qu’on les qualifie de manière outrancière. Comment notamment peut-on qualifier le programme de Macron de « ultra-libéral » parce qu’il est question d’autonomie des établissements ? On peut être perplexe devant le flou du contenu de cette autonomie, on peut s’inquiéter de la faible place de l’exigence de mixité sociale, des ambigüités sur la possibilité de rétablir des parcours bilangues ou de latin-grec (choix de l’établissement ? dans quelles conditions ? avec quel pilotage ? et s’agit-il de rétablir des filières ?), mais pour autant un programme qui met l’accent sur des moyens supplémentaires en éducation prioritaire et qui donne de l’importance à une formation pédagogique des enseignants ne peut être réduit à une caricature. On a évoqué ici les zones d’ombre d’un tel programme et depuis je me suis aperçu que les propositions sur les réductions d’effectifs en REP étaient directement issues d’études de Bruno Suchaud et Picketty (lequel, par ailleurs, n’est pas en odeur de sainteté chez Macron !) qui ne sont pas forcément l’alpha et l’oméga. On ose espérer des discussions sur les moyens accordés, sur les orientations, mais proclamer avec suffisance qu’il s’agit là d’un programme abominable ou d’une grande pauvreté, quand par ailleurs on a prôné (programme de la France insoumise) la liquidation de la refondation et une grande marche arrière néo-jacobine, c’est là encore se moquer d’analyses nuancées et subtiles .

Mais soyons optimistes. Les trois candidats qui ont au premier tour plutôt joué sur les peurs, le grand retour en arrière, la nostalgie d’une France d’antan, etc. ont recueilli  un peu moins de la moitié des suffrages.  Gardons un optimisme qui ne soit pas seulement celui du coeur, mais aussi de la raison…

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