La « France diplômante » en Chine (1/3): le cadre réglementaire

La mise à jour récente (hiver 2016-2017) de la liste des filières universitaires sino-étrangères accrédités par le Ministère chinois de l’Education, qui révèle quels établissements ont vu leur dossier validé au 31 décembre 2016, a apporté de bien belles nouvelles à la communauté universitaire franco-chinoise. Au vu du nombre d’universités et d’écoles impliquées dans cette vague, et pour l’avoir vécu moi-même, ces annonces soulagent certainement tous les acteurs et observateurs qui suivaient les projets de près. Elles viennent récompenser un travail de fond qui, dans certains cas, s’est étendu sur plusieurs années.

J’avais prévu de faire des récentes accréditations le cœur de mon propos, mais il m’a paru prématuré d’évoquer les nouveaux venus sans réaliser, au préalable, une mise en contexte. La première partie de cette série va donc traiter du cadre réglementaire touchant aux coopérations sino-étrangères dans l’enseignement supérieur chinois[1]. Une deuxième partie sera consacrée à la présentation des partenariats déjà existants, et une troisième, enfin, abordera les nouvelles coopérations franco-chinoises tout juste validées par les autorités.

La coopération universitaire sino-étrangère expliquée par le Ministère de l’Education,
courte introduction aux bases du concept dans le cadre de la promotion de la
nouvelle FAQ sur le sujet. (crédits: MoE. Merci à G.F. pour l’avoir repérée!)

La réglementation

L’accréditation d’un programme ou d’une structure universitaire en Chine impliquant un établissement étranger requiert une autorisation du Ministère chinois de l’Education. Qu’il y ait ou non double ou co-diplomation chinoise en complément d’un diplôme étranger, tout dossier doit d’abord recevoir l’approbation des autorités s’il présente ces deux caractéristiques:

  • Un recrutement d’étudiants chinois (par voie de concours national ou non) ;
  • La délivrance d’un diplôme ou certificat étranger suite à une reconnaissance partielle ou totale de crédits d’enseignements dispensés en Chine.

Le cadre réglementaire actuel est défini par un texte de 2003[2], qui est venu se substituer à un dispositif dit « provisoire » en vigueur depuis 1995[3], époque qui avait vu l’éclosion des premières coopérations de ce genre nouveau. Le texte de 2003 avait pour but d’accompagner et d’encadrer la transition du secteur de l’enseignement supérieur chinois vers davantage d’ouverture, en l’adaptant aux exigences consécutives à l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce en 2001. Bien que commenté et enrichi par plusieurs circulaires ministérielles depuis, le règlement de 2003 reste aujourd’hui en vigueur et demeure le texte de référence.

La convention de coopération signée entre les établissements partenaires doit respecter à la lettre ce cadre réglementaire – qui comporte également des volets liés à la gouvernance et aux finances du projet – sous peine de devoir être amendée ultérieurement, voire rejetée par les autorités. Dans les grandes lignes, ce cadre impose une majorité statutaire de la partie chinoise dans l’organisme de gouvernance des structures, quand bien même les décisions doivent être prises dans un esprit de co-gestion et de consultation avec la partie étrangère. Le règlement et les circulaires ultérieures rappellent également que l’enseignement supérieur ne saurait constituer « un commerce », et que les partenaires étrangers ne sont pas en droit d’attendre un profit de leurs activités. Secteur contrôlé où l’Etat central s’est arrogé un monopole régalien, l’enseignement supérieur et son processus d’internationalisation doivent veiller à remplir une série de critères protectionnistes visant à limiter les risques d’abus, tout en maximisant le développement des institutions universitaires chinoises.

Quelques-uns des textes de référence en vigueur, définissant ou reprécisant le cadre légal des coopérations universitaires sino-étrangères. Il va sans dire qu'il est sage de s'aventurer là-dedans avec quelqu'un qui connaît son affaire!

Quelques-uns des textes en vigueur, définissant ou reprécisant le cadre légal de référence des coopérations universitaires sino-étrangères. Il va sans dire qu’il est sage de ne s’aventurer là-dedans qu’en compagnie de quelqu’un de bien informé! Choisissez vos interlocuteurs avec soin… (crédits: MoE)

Le Ministère chinois a parfois été critiqué pour cette vision perçue comme peu libérale, pour ne pas dire contraire à l’esprit de l’OMC, pourtant censé l’avoir inspirée. Un rapide tour d’horizon invite à relativiser ce jugement, alors que chaque pays montre ses propres réticences dès lors qu’il s’agit d’ouvrir son marché éducatif public ou parapublic aux acteurs et aux investissements étrangers. C’est par exemple le cas de l’Inde, qui a attendu 2016 pour offrir un cadre comparable à ses propres coopérations internationales[4]. Plus près de chez nous, demandons-nous quelles seraient en France les implications de l’ouverture d’une UFR franco-chinoise au sein de nos universités ? Ou, plus radicalement encore, de quel ordre serait le séisme législatif et conceptuel préalable à l’ouverture d’universités franco-chinoises privées, auto-financées et autorisées à délivrer nos diplômes nationaux sur le modèle des « joint-ventures » du système chinois (voir plus bas) ?

En résumé, ce qui caractérise le cadre réglementaire chinois, avec les quinze années de recul dont nous disposons, c’est sa relative flexibilité et ouverture, bien davantage qu’un supposé repli sur soi. En y souscrivant en masse, les établissements étrangers asiatiques, européens et américains ont pour leur part validé le concept[5]: entre septembre 2003 et janvier 2016, pas moins de 648 programmes et 40 structures ont été accrédités par le Ministère chinois. Ils ont ainsi rejoint les projets antérieurs au cadre de 2003, pour un total de 1086 programmes et 64 structures accréditées[6]. Les établissements étrangers associés représentent un panel de 30 pays (pour la plupart membres de l’OCDE, Russie mise à part). L’ensemble des coopérations mène à l’obtention de 1445 diplômes chinois et étrangers, pour une capacité autorisée de plus de 440.000 étudiants[7].

Les types de coopérations

Il existe trois catégories de projets éducatifs sino-étrangers accrédités. Ils associent systématiquement un établissement chinois à un ou plusieurs établissements étrangers au sein ou bien d’une faculté existante, ou bien au travers d’une structure ad-hoc.

Le premier niveau de coopération, dit « programme de coopération sino-étranger » (中外合作目) ou « joint education program » (JEP) dans la littérature anglo-saxonne, porte en règle générale sur la délivrance d’un unique diplôme étranger ou sino-étranger (une spécialité & un niveau) associé ou non à la délivrance d’un diplôme ou d’un certificat universitaire chinois supplémentaire, pour des cohortes allant de quelques dizaines d’étudiants pour les programmes de master ou de doctorat, à plus d’une centaine pour certains programmes de licence. Les « programmes » fonctionnent comme des diplômes classiques: ils sont mis en œuvre par une faculté ou une entité équivalente au sein de l’université chinoise partenaire, sans qu’il n’y ait besoin pour ce faire de créer une nouvelle structure dédiée. Modèle de coopération le plus courant, le plus aisé à mettre en œuvre et à faire valider, il est également le plus limité dans le temps, son accréditation devant être régulièrement renouvelée. De ce fait, il est aussi le plus fragile, car relativement simple et indolore à mettre en extinction en cas de désaccord entre partenaires[8].

Si le succès d’un programme se confirme dans le temps et que le partenaire chinois est disposé à faire évoluer la coopération, cette « tête de pont » peut constituer une bonne base de départ pour une coopération plus ambitieuse. Celle-ci pourra alors être basée sur l’un des deux modèles présentés ci-après, plus avancés mais aussi plus exigeants à tous les niveaux. L’étape du « programme » ne constitue pas un passage obligé pour autant, et de nombreux instituts sino-étrangers sont nés à partir d’une coopération nouvelle, sans liens préexistants.

Le deuxième niveau de coopération est la « structure de coopération sino-étrangère » (中外合作学机构). Les projets de ce type impliquent de créer une structure-réceptacle ad-hoc pour délivrer les diplômes de plusieurs spécialités et/ou de plusieurs niveaux. Ce format pérennise l’alliance sino-étrangère en lui donnant une assise physique « brique et mortier », « en dur », en tant que composante d’une université chinoise, ou bien en tant qu’université autonome de plein droit. Ces coopérations se déclinent en deux formes distinctes :

  • Le modèle le plus couramment rencontré, la faculté sino-étrangère ou « joint-education institute » (JEI), qui s’apparente à la constitution ex-nihilo d’une faculté au sein de l’université chinoise partenaire. Bénéficiant en général du même statut que toute autre faculté lambda historique, elle ne détient pas la personnalité morale et reste dépendante administrativement et financièrement de sa tutelle publique. La contrepartie de cette incorporation est qu’une telle structure s’inscrit dans la durée, offrant à tous les égards des garanties bien supérieures à celles des « programmes »[9]. Les filières de double ou co-diplomation qui justifient la mise en place d’une faculté conjointe garantissent l’implication de l’université chinoise, puisque les étudiants qui y sont recrutés sont systématiquement issus de son quota aux concours nationaux d’entrée en licence ou en master.
    Ecole Centrale de Pékin

    L’Ecole Centrale de Pékin (ou sous son nom chinois institut franco-chinois d’ingénierie de l’université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin / Beihang) est l’une des facultés franco-chinoises les plus emblématiques du genre. Accréditée dès 2005, elle a servi de modèle à pas moins de 5 autres établissements du même type. Elle opère sous le régime de faculté sino-étrangère, ou joint-education institute (JEI). (Crédits: SL pour l’Etudiant)

    En ce qui concerne la gouvernance, la partie étrangère est associée à l’administration de la structure, tout particulièrement à la gestion de la part des finances et de la pédagogie qui lui revient. Contrairement aux programmes, à la marge de manœuvre plus réduite, la faculté sino-étrangère conserve la possibilité de faire évoluer certains de ses paramètres (nouvelles matières, nouveaux plafonds de recrutement, frais d’inscription…) au gré des années et des nouvelles requêtes remontées au Ministère. A plein régime et suivant les cas, de telles facultés ont une capacité d’accueil autorisée entre 200 et 5000 étudiants, mais la moyenne est plutôt à placer autour de 500 à 1500 inscrits. Notons que la France s’est faite « championne » du modèle, avec ses « instituts franco-chinois » (IFC) : ils sont désormais au nombre de onze, suite à l’accréditation de trois nouvelles structures le 31 décembre 2016. Nous y reviendrons dans la deuxième partie de cette série.

  • Enfin, les universités sino-étrangères, ou « joint-ventures » (JV) sont le pinacle de la coopération universitaire. L’association d’un partenaire chinois et d’un partenaire étranger donne lieu à la création d’une nouvelle entité de nature privée, autonome sur le plan administratif et financier, et disposant de toutes les prérogatives d’une université classique. La capacité d’accueil des « joint-ventures » reflète cette ambition, avec des populations étudiantes potentielles supérieures à 10.000 étudiants pour les plus larges d’entre elles (XJTLU et CUHK Shenzhen[10]). En contrepartie de ces avantages, le nouvel établissement doit répondre de lui-même aux obligations et défis posés par la gestion et la croissance d’une université traditionnelle (recrutement des personnels et des étudiants, construction et entretien des bâtiments, communication d’établissement…). Elle doit en particulier prospecter, trouver et pérenniser ses financements sans pouvoir compter sur l’aide de l’Etat, réservée aux établissements publics chinois. Par ailleurs, si l’université sino-étrangère délivre bien les diplômes du partenaire étranger, en cas de double-diplômation elle doit en revanche délivrer ses propres diplômes chinois, et non pas ceux du partenaire – potentiellement un vrai handicap pour son prestige et la qualité de son recrutement de départ.
    Plan du campus de l'université sino-britannique de Xi'an Jiaotong Liverpool. Le terrain d'athlétisme donne une bonne idée de la taille du campus de cet établissement, devenu la plus grande coopération sino-étrangère en existence.

    Plan du campus de l’université sino-britannique de Xi’an Jiaotong-Liverpool, à Suzhou (Jiangsu). Le terrain d’athlétisme donne une bonne idée de la taille du campus de cet établissement, devenu la plus grande coopération sino-étrangère en existence. Elle opère sous le régime de l’université sino-étrangère, ou joint-venture (JV) (crédits:XJTLU/AJP)

    Sur le plan de la gouvernance, enfin, le règlement de 2003 continue à s’appliquer sur tous les plans : bien qu’établissement co-géré sur le principe, la présidence de la structure ne peut être assumée que par un ressortissant chinois, proposé de fait par le partenaire local et généralement issu de ses rangs académiques. A l’image des JV industrielles en Chine, la partie étrangère est obligatoirement minoritaire au sein du conseil d’administration de l’établissement. A ce titre, même si l’établissement chinois partenaire accepte le plus souvent de s’effacer dans la dénomination du nouvel établissement pour des raisons de « marketing », et que les établissements étrangers n’hésitent pas à appeler ces entités des « branch campus », il ne s’agit que d’un désengagement de surface. La « joint-venture » n’est pas une extension ou un campus délocalisé de l’établissement étranger partenaire, mais bien une structure nouvelle où celui-ci est statutairement en minorité.

L’accréditation

L’autorisation permettant à un projet d’exister et de diplômer est délivrée à l’issue d’une procédure parfois longue et exigeante, qui sollicite les évaluations et les avis de nombreux représentants et autres agents de l’administration. Il peut être question d’un diplôme étranger partiellement ou complètement « délocalisé » en Chine, d’un double diplôme chinois et étranger, ou encore d’un diplôme chinois faisant appel à une ingénierie pédagogique ou une reconnaissance étrangère particulière – c’est par exemple le cas de l’homologation CTI[11] d’un diplôme chinois.

Bandeau de la plate-formes d'information en ligne du Ministère chinois de l'éducation consacrée aux coopérations sino-étrangères. (crédit: MoE)

Bandeau de la plate-formes d’information en ligne du Ministère chinois de l’éducation consacrée aux coopérations sino-étrangères. (crédit: MoE)

Le dossier d’accréditation, une fois complété et déposé auprès des autorités éducatives par le partenaire chinois, s’apprête à entamer un long voyage au sein de l’administration. Dans un premier temps, il est soumis à l’appréciation du département provincial (教育厅) / bureau municipal de l’éducation (教育局) qui représente le Ministère dans la circonscription éducative dont dépend l’établissement chinois partenaire. Après ce premier audit, le dossier remontera aux services centraux du Ministère à Pékin, où il sera examiné par la Direction de la coopération et des échanges internationaux (国际合作与交流司). Celle-ci, après consultation des autres services concernés (tels que la Direction des affaires financières ou celle des affaires juridiques) décidera d’accréditer, de renouveler ou en ultime ressort de mettre en extinction les projets qui lui sont soumis.

Sur son chemin, le dossier va être systématiquement commenté, des pièces supplémentaires ou des ajustements seront demandés, de multiples aller-retours auront lieux, et des inspections sur site pourront même être menées – un passage obligé pour les structures de coopération universitaire, qui verront tôt ou tard la visite de commissions ad-hoc chargées de les évaluer. Les procédures peuvent différer d’une province/municipalité à une autre, du fait de certaines facilités et délégations accordées aux autorités locales, en particulier pour les coopérations de type « programme » ; d’autres paramètres (tels que le déplafonnement des frais d’inscription) restent quant à eux invariablement du ressort des autorités provinciales/municipales, et donc de l’autorité régionale de tutelle. L’accréditation est un processus lent et rigoureux, dont le bon déroulement reste largement dépendant des qualités organisationnelles et relationnelles du partenaire chinois, qui restera de bout en bout l’interlocuteur des autorités. En l’absence d’un suivi rapproché ou d’une explication de texte par l’université chinoise, le parcours un peu tortueux du dossier pourra sans doute mettre à rude épreuve les nerfs des partenaires étrangers les plus pressés. C’est au demeurant un test de résistance inévitable (et instructif !) auquel devra se soumettre toute coopération de ce type en Chine[12].

Ces campagnes ont lieu deux fois par an, le Ministère chinois acceptant le dépôt des dossiers en mars et en septembre. La date de dépôt ne présage cependant en rien des délais, et certains des projets que nous allons évoquer dans les prochains billets de ce blog ont connu des périodes de gestation pouvant aller d’un semestre à plusieurs années. En cours d’examen, tout projet peut être recalibré, temporairement rejeté en l’absence de modifications, voire tout simplement refusé dans la forme ou dans le principe pour des raisons diverses et variées : nature des diplômes, financement, gouvernance, spécialités politiquement sensibles, spécialités ou provinces non prioritaires, qualité des établissements étrangers, capacité de l’établissement chinois à remplir ses missions… Les raisons différentes de couper court sont aussi nombreuses que les projets eux-mêmes, mais d’expérience elles sont toujours argumentées. Dans tous les cas, les acteurs issus des établissements restent les mieux placés pour évoquer les raisons pour lesquelles un projet a traîné ou échoué, car seules les initiatives ayant finalement abouti sous une forme ou une autre apparaîtront sur la fameuse liste des coopérations accréditées, qui peut être consultée sur le site officiel [13]. Une fois accrédité, le projet reçoit un matricule unique, numéro de référence qui l’identifiera et le suivra durant toute son existence.


Voici pour ce qui est de résumer la situation dans ses très grandes lignes. Les différents formats mis en œuvre par le Ministère de l’éducation encadrent désormais les activités de plusieurs centaines d’universités étrangères et chinoises, ce qui fait du secteur de l’enseignement supérieur internationalisé en Chine une sorte de « coupe du monde » permanente de la communauté TNHE [14]. On y (re)trouve une nébuleuse de partenaires aux origines, aux statuts, aux stratégies – et à la réputation – très divers, et nombreuses sont les structures qui cherchent à tirer le meilleur parti de ce contexte pour intégrer la plus grande communauté d’étudiants et d’établissements au monde[15]. Nous nous intéresserons dans le billet suivant à la place qu’occupe l’enseignement supérieur français dans cet ensemble imposant, stimulant, mais aussi éminemment compétitif.

(à suivre)

[1] Note : « Chine », « chinois » et autres qualificatifs, sauf remarque contraire, désigneront ici la Chine continentale, soit le territoire de la République Populaire de Chine hors régions administratives spéciales de Hong-Kong et Macao.

[2] Réglementation portant sur les coopérations éducatives sino-étrangères (中华人民共和国中外合作办学条例), texte publié le 1er mars 2003, en vigueur depuis le 1er septembre 2003.

[3] Règles provisoires portant sur les coopérations éducatives sino-étrangères (中华人民共和国中外合作办学条例), texte publié et entré en vigueur le 26 janvier 1995, annulé et remplacé au 1er septembre 2003.

[4] India moves to open up international collaboration for universities via ICEF Monitor, juillet 2016 – http://monitor.icef.com/2016/07/india-moves-open-international-collaboration-universities (en anglais).

[5] Statistiques extraites de Gow, Mike Chinese Foreign Cooperatively Run Schools: An Examination of Officially Approved Transnational Higher Education Degree Programmes in the People’s Republic of China dans l’ouvrage collectif Western Higher Education in the Middle East and Asia: Politics, Economics, and Pedagogy, Lexington Books (2017). Les lecteurs s’intéressant aux thèmes abordés dans ce billet sont par ailleurs fortement encouragés à aller lire les billets de Mike Gow sur son blog à l’adresse suivante: http://www.thedaxue.org (en anglais)

[6] Ces chiffres incluent les programmes et structures dont l’accréditation n’a pas été renouvelée entretemps.

[7] Chiffre théorique, car ne tenant pas compte ni des projets éteints, ni de ceux qui peinent à remplir le quota alloué. Du reste, même si cette capacité était pleinement atteinte, elle ne représenterait que 1,5% du total des étudiants effectivement inscrits dans le supérieur chinois dit « standard » (hors formation à distance pour adultes et formation en ligne) pour l’année 2015. (source : Bureau national chinois de la statistique)

[8] En janvier 2016, seuls 46,7% des 438 programmes accrédités entre 1995 et 2003 étaient encore pleinement en activité. Le taux de fermeture actée ou imminente des 648 programmes accrédités à partir de 2003 était pour sa part de 12,7% (Gow, 2016).

[9] Entre 1995 et janvier 2016, seules 2 des 57 facultés sino-étrangères initialement accréditées par le Ministère ont dû cesser leur activité (Gow, 2016).

[10] XJTLU : université sino-britannique de Xi’an Jiaotong – Liverpool (accréditée en 2006, située à Suzhou, province du Jiangsu) ; CUHK Shenzhen : université chinoise de Hong-Kong à Shenzhen, en partenariat avec l’université de Shenzhen (accréditée en 2014, située à Shenzhen, province du Guangdong). A noter dans ce dernier cas que le cadre réglementaire de 2003 concerne également les établissements universitaires de Hong-Kong, Macao – et Taiwan – pour lesquels les règles s’appliquent de la même manière que pour les partenaires complètement étrangers.

[11] Commission des titres d’ingénieur (France).

[12] A ce sujet, voir Willis, Mike, et Kennedy, Rowan : Not Quite like a Honeymoon: Charting the First 24 Months of Sino Foreign Educational Programmes. Australian Universities’ Review 51, no. 1 (2009): 48–55.

[13] Chinese-Foreign Cooperation in Running Schools (中华人民共和国教育部中外合作办学). URL: http://www.crs.jsj.edu.cn (en chinois).

[14] « Transnational Higher Education », une branche de la TNE, ou « Transnational Education ».

[15]  Au dernier recensement administratif, plus de 28 millions d’étudiants étaient inscrits dans le supérieur chinois dit « standard » (hors formation à distance pour adultes et formation en ligne) pour l’année 2015. L’ajout des étudiants inscrits aux formations à distance pour adultes et en ligne fait monter ce chiffre à 41 millions. Si l’enseignement supérieur chinois était un pays, il serait le 35me dans le monde. Toujours selon les dernières statistiques disponibles, la Chine compte 2560 établissements d’enseignement supérieur (source : Bureau national chinois de la statistique).

Cazeneuve en Chine: une pincée d’ESR

Bernard Cazeneuve, à quelques semaines de la fin de son mandat, aura malgré tout trouvé de quoi bien remplir sa visite d’Etat de trois jours en Chine continentale.

ESR: les déclarations de Li Keqiang plus intéressantes que les accords

Alors oui, les accords signés devant lui et le Premier Ministre chinois Li Keqiang le 21 février au Palais du Peuple à Pékin ne sont pas tant le fait de Matignon que l’aboutissement du travail de nombreux services et agents de la République depuis plusieurs années. Pour la reconnaissance du permis de conduire, on peut même parler de plusieurs décennies… Malgré tout, accordons-nous sur le fait qu’il ne s’est pas déplacé pour rien à en juger par la liste des accords, en particulier dans le domaine industriel.

Bernard Cazeneuve et le Premier Ministre chinois Li Keqiang le 21 février 2017 (crédits photo: MAEE)

Bernard Cazeneuve et le Premier Ministre chinois Li Keqiang au Palais du Peuple, le 21 février 2017 (crédits: MAEE)

Cela étant dit, pour sa part, le volet Enseignement Supérieur et Recherche du voyage relevait davantage de la visite de courtoisie. La faute peut-être à la sympathique batterie d’accords (instituts franco-chinois, label qualité des coopérations, coopération scientifique…) déjà signés le 30 juin à Paris à l’occasion du forum franco-chinois de l’enseignement supérieur, en présence de notre Ministre Mme Najat Vallaud-Belkacem et de Mme Liu Yandong, Vice-Premier Ministre.

Certes, le MESR figure bien parmi les parties prenantes d’un accord portant sur la mobilité des jeunes chercheurs, mais le fait qu’il soit signé uniquement avec le Ministère chinois de la Science et de la Technologie (MOST) éloigne de l’équation les sciences humaines et sociales, qui restent invariablement les parents pauvres de tels dispositifs.  Il s’agit du reste d’une déclaration d’intention, ce qui n’est pas la forme la plus contractuelle et contraignante que puisse prendre un accord… Des préliminaires en attente d’être suivis d’effet, donc.

A mon sens, le vrai coup de pouce – et coup de cœur – ESR de la visite se retrouve plutôt dans l’évocation par le Premier Ministre chinois du programme dit des « 1000 stagiaires » et de sa (re)mise en route. Comme en France, en de telles circonstances, on ne parle que du discours de notre propre Premier Ministre et pas de ce que raconte son homologue, il faut s’aventurer par-delà la barrière de la langue pour en trouver trace :

李克强强调[…]双方可深化科教文卫体等合作,落实好“千人实习生计划”[…]

Li Keqiang a souligné que […] les deux parties peuvent approfondir la coopération dans de nombreux domaines dont ceux de la science, de l’éducation et de la santé, et mettre correctement en œuvre « le plan des 1000 stagiaires » […]

Extrait du communiqué de presse du Gouvernement chinois – 21/02/2017

La genèse de ce programme remonte déjà au moins à 2015, et a connu des hauts et des bas, malgré l’enthousiasme réel des négociateurs et des opérateurs français en Chine. Reconduit officiellement en janvier, le voir désormais évoqué par des centaines d’organes de presse chinois, du fait de sa présence dans le communiqué officiel, est sans doute une belle récompense pour les efforts consentis par le Poste diplomatique et ses équipes.

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Au 25 février, plus de 600 pages internet chinoises ont apparemment repris verbatim le communiqué officiel des autorités, soit autant de mentions du programme franco-chinois des 1000 stagiaires… Les petits robots de l’information ont parfois du bon ! (source: Baidu)

Ce dispositif vise à faciliter les stages étudiants français en Chine – et vice-versa – sans que pour cela l’étudiant soit obligé d’être inscrit dans un établissement étranger. C’est une composante fondamentale de l’insertion professionnelle des étudiants issus de l’ESR français en Chine, qui permet de renforcer l’élément déterminant d’une coopération universitaire et culturelle pérenne : les échanges humains. A présent que le programme est stabilisé, que la Chine est bien au courant (nos amis francophones sur Wechat se font largement écho de la chose…) et très officiellement enthousiaste, aux entreprises et aux établissements français d’en tirer parti et de transformer l’essai !

Pour davantage de renseignements, c’est par là :
http://cn.ambafrance.org/Decouvrez-le-programme-1-000-stagiaires


La France rend visite à un vieux compagnon de route

Maigre en termes d’accords éducatifs, la visite d’Etat n’a cependant pas fait l’impasse sur la traditionnelle descente de l’invité de marque dans un temple universitaire local. Cela a été l’occasion de rendre visite au Prof. Hao Ping, nouveau Secrétaire Général du Parti au sein de la très prestigieuse Université de Pékin (Beida), alors qu’il vient tout juste de quitter ses fonctions de Vice-Ministre de l’Education après 7 ans de service.

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Le Secrétaire Général du Parti de l’université de Pékin, Hao Ping, aux côtés de Bernard Cazeneuve, le 21 février 2017 (crédits: MAEE)

En tant que Vice-Ministre suivant de près les affaires étrangères, il aura accompagné l’internationalisation de l’enseignement supérieur chinois à un moment où celle-ci sortait tout juste de son adolescence. Cette période a vu la naissance de plusieurs dizaines de programmes et d’instituts conjoints, mais également l’assainissement des coopérations existantes, menant à la « mise en extinction » des programmes les moins solides de la première vague post-OMC. Dans ce contexte, en tant qu’ancien président de la Beijing Foreign Studies University (BFSU, ou Beiwai dans le jargon) où il était déjà un collaborateur régulier du MAEE et du MESR, Hao Ping est resté un interlocuteur de choix de la France en Chine et un habitué de nos initiatives conjointes.

Hao Ping, alors Vice-Ministre de l'éducation, rencontre Jean-Pierre Raffarin à Beiwai le 18 novembre 2009 (crédits: BFSU)

Hao Ping, alors Vice-Ministre de l’Education, rencontre Jean-Pierre Raffarin à Beiwai le 18 novembre 2009 (crédits: BFSU)

Titulaire d’un doctorat de Beida et Professeur des universités en relations internationales, il retrouve donc ses terres en devenant Numéro 1 de son Alma Mater, une fonction prestigieuse qui lui permettra de terminer sa carrière sur une belle note. A 61 ans, il est en effet à 4 ans de la retraite obligatoire, et il s’agit donc a priori de son dernier poste.

Maintenant que l’hommage à Hao Ping a été rendu, rappelons que Beida est peut-être une université des plus grandioses, mais qu’elle reste en 2017 dépourvue de programme co-diplômant franco-chinois accrédité  – ou même de tout programme sino-étranger de la sorte. L’arrivée de l’ancien Vice-Ministre, dont l’expérience de l’international n’est plus à démontrer, au poste très influent de Secrétaire Général du Parti permettra peut-être de développer de nouveaux liens, et ainsi d’émuler d’autres établissements pékinois d’excellence. Je pense en particulier à l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin (Beihang) ou à l’Université Renmin de Chine (Renda), qui pilotent via Centrale Pékin et l’IFC Renmin depuis plusieurs années de solides coopérations, et comptent aujourd’hui à elles seules plus de 1800 étudiants d’élite francophones. A l’heure où le nouveau plan de développement des universités chinoises met l’internationalisation au coeur de la réflexion et des enjeux, croisons les doigts!