Cazeneuve en Chine: une pincée d’ESR

Bernard Cazeneuve, à quelques semaines de la fin de son mandat, aura malgré tout trouvé de quoi bien remplir sa visite d’Etat de trois jours en Chine continentale.

ESR: les déclarations de Li Keqiang plus intéressantes que les accords

Alors oui, les accords signés devant lui et le Premier Ministre chinois Li Keqiang le 21 février au Palais du Peuple à Pékin ne sont pas tant le fait de Matignon que l’aboutissement du travail de nombreux services et agents de la République depuis plusieurs années. Pour la reconnaissance du permis de conduire, on peut même parler de plusieurs décennies… Malgré tout, accordons-nous sur le fait qu’il ne s’est pas déplacé pour rien à en juger par la liste des accords, en particulier dans le domaine industriel.

Bernard Cazeneuve et le Premier Ministre chinois Li Keqiang le 21 février 2017 (crédits photo: MAEE)

Bernard Cazeneuve et le Premier Ministre chinois Li Keqiang au Palais du Peuple, le 21 février 2017 (crédits: MAEE)

Cela étant dit, pour sa part, le volet Enseignement Supérieur et Recherche du voyage relevait davantage de la visite de courtoisie. La faute peut-être à la sympathique batterie d’accords (instituts franco-chinois, label qualité des coopérations, coopération scientifique…) déjà signés le 30 juin à Paris à l’occasion du forum franco-chinois de l’enseignement supérieur, en présence de notre Ministre Mme Najat Vallaud-Belkacem et de Mme Liu Yandong, Vice-Premier Ministre.

Certes, le MESR figure bien parmi les parties prenantes d’un accord portant sur la mobilité des jeunes chercheurs, mais le fait qu’il soit signé uniquement avec le Ministère chinois de la Science et de la Technologie (MOST) éloigne de l’équation les sciences humaines et sociales, qui restent invariablement les parents pauvres de tels dispositifs.  Il s’agit du reste d’une déclaration d’intention, ce qui n’est pas la forme la plus contractuelle et contraignante que puisse prendre un accord… Des préliminaires en attente d’être suivis d’effet, donc.

A mon sens, le vrai coup de pouce – et coup de cœur – ESR de la visite se retrouve plutôt dans l’évocation par le Premier Ministre chinois du programme dit des « 1000 stagiaires » et de sa (re)mise en route. Comme en France, en de telles circonstances, on ne parle que du discours de notre propre Premier Ministre et pas de ce que raconte son homologue, il faut s’aventurer par-delà la barrière de la langue pour en trouver trace :

李克强强调[…]双方可深化科教文卫体等合作,落实好“千人实习生计划”[…]

Li Keqiang a souligné que […] les deux parties peuvent approfondir la coopération dans de nombreux domaines dont ceux de la science, de l’éducation et de la santé, et mettre correctement en œuvre « le plan des 1000 stagiaires » […]

Extrait du communiqué de presse du Gouvernement chinois – 21/02/2017

La genèse de ce programme remonte déjà au moins à 2015, et a connu des hauts et des bas, malgré l’enthousiasme réel des négociateurs et des opérateurs français en Chine. Reconduit officiellement en janvier, le voir désormais évoqué par des centaines d’organes de presse chinois, du fait de sa présence dans le communiqué officiel, est sans doute une belle récompense pour les efforts consentis par le Poste diplomatique et ses équipes.

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Au 25 février, plus de 600 pages internet chinoises ont apparemment repris verbatim le communiqué officiel des autorités, soit autant de mentions du programme franco-chinois des 1000 stagiaires… Les petits robots de l’information ont parfois du bon ! (source: Baidu)

Ce dispositif vise à faciliter les stages étudiants français en Chine – et vice-versa – sans que pour cela l’étudiant soit obligé d’être inscrit dans un établissement étranger. C’est une composante fondamentale de l’insertion professionnelle des étudiants issus de l’ESR français en Chine, qui permet de renforcer l’élément déterminant d’une coopération universitaire et culturelle pérenne : les échanges humains. A présent que le programme est stabilisé, que la Chine est bien au courant (nos amis francophones sur Wechat se font largement écho de la chose…) et très officiellement enthousiaste, aux entreprises et aux établissements français d’en tirer parti et de transformer l’essai !

Pour davantage de renseignements, c’est par là :
http://cn.ambafrance.org/Decouvrez-le-programme-1-000-stagiaires


La France rend visite à un vieux compagnon de route

Maigre en termes d’accords éducatifs, la visite d’Etat n’a cependant pas fait l’impasse sur la traditionnelle descente de l’invité de marque dans un temple universitaire local. Cela a été l’occasion de rendre visite au Prof. Hao Ping, nouveau Secrétaire Général du Parti au sein de la très prestigieuse Université de Pékin (Beida), alors qu’il vient tout juste de quitter ses fonctions de Vice-Ministre de l’Education après 7 ans de service.

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Le Secrétaire Général du Parti de l’université de Pékin, Hao Ping, aux côtés de Bernard Cazeneuve, le 21 février 2017 (crédits: MAEE)

En tant que Vice-Ministre suivant de près les affaires étrangères, il aura accompagné l’internationalisation de l’enseignement supérieur chinois à un moment où celle-ci sortait tout juste de son adolescence. Cette période a vu la naissance de plusieurs dizaines de programmes et d’instituts conjoints, mais également l’assainissement des coopérations existantes, menant à la « mise en extinction » des programmes les moins solides de la première vague post-OMC. Dans ce contexte, en tant qu’ancien président de la Beijing Foreign Studies University (BFSU, ou Beiwai dans le jargon) où il était déjà un collaborateur régulier du MAEE et du MESR, Hao Ping est resté un interlocuteur de choix de la France en Chine et un habitué de nos initiatives conjointes.

Hao Ping, alors Vice-Ministre de l'éducation, rencontre Jean-Pierre Raffarin à Beiwai le 18 novembre 2009 (crédits: BFSU)

Hao Ping, alors Vice-Ministre de l’Education, rencontre Jean-Pierre Raffarin à Beiwai le 18 novembre 2009 (crédits: BFSU)

Titulaire d’un doctorat de Beida et Professeur des universités en relations internationales, il retrouve donc ses terres en devenant Numéro 1 de son Alma Mater, une fonction prestigieuse qui lui permettra de terminer sa carrière sur une belle note. A 61 ans, il est en effet à 4 ans de la retraite obligatoire, et il s’agit donc a priori de son dernier poste.

Maintenant que l’hommage à Hao Ping a été rendu, rappelons que Beida est peut-être une université des plus grandioses, mais qu’elle reste en 2017 dépourvue de programme co-diplômant franco-chinois accrédité  – ou même de tout programme sino-étranger de la sorte. L’arrivée de l’ancien Vice-Ministre, dont l’expérience de l’international n’est plus à démontrer, au poste très influent de Secrétaire Général du Parti permettra peut-être de développer de nouveaux liens, et ainsi d’émuler d’autres établissements pékinois d’excellence. Je pense en particulier à l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin (Beihang) ou à l’Université Renmin de Chine (Renda), qui pilotent via Centrale Pékin et l’IFC Renmin depuis plusieurs années de solides coopérations, et comptent aujourd’hui à elles seules plus de 1800 étudiants d’élite francophones. A l’heure où le nouveau plan de développement des universités chinoises met l’internationalisation au coeur de la réflexion et des enjeux, croisons les doigts!