Startups et accélérateurs edtech: 5 tendances pour une transformation digitale de l’enseignement

Le nombre d’accélérateurs de startups s’est multiplié au cours des dernières années, avec un récent engouement en particulier pour les edtech.

En 2014, plus de 2.34 milliards de dollars ont été investis au niveau mondial pour financer des entreprises edtech, et ce record devrait encore être dépassé en 2015, d’après un livre blanc de Ambient Insight.

Les plus importants accélérateurs sont Imagine K-12 et Co.lab à San Francisco, Emerge Education à Londres ou encore The Open Education Challenge à Barcelone. Des universités américaines ont également lancé leurs accélérateurs, comme le Kaplan EdTech Accelerator à New York, un partenariat entre l’accélérateur Techstars et l’entreprise américaine Kaplan qui fournit de nombreux programmes éducatifs.

Tous ces programmes durent quelques mois et visent à accélérer le développement d’une dizaine de startups sélectionnées parmi plus de 100 projets, en mettant en contact les équipes de ces startups avec des personnes clés dans la communauté edtech, que ce soient des investisseurs, des mentors, des leaders dans l’industrie ou d’autres partenaires potentiels. Les startups sélectionnés reçoivent généralement un montant de 14.000$ jusqu’à 150.000$ en échange de 0.5% à 15% des parts de la société, selon le niveau d’avancement initial.

Nous avons relevé 5 tendances qui se dégagent des dernières promotions de startups des accélérateurs Imagine K-12, Co.lab, Emerge Education, The Open Education Challenge et le Kaplan EdTech Accelerator.

1) L’apprentissage personnalisé et adaptif

L’éducation n’échappe pas à l’effet Big Data. L’enseignement en ligne et la grande disponibilité des données ont ouvert de nouvelles possibilités de personnalisation. Les enseignants peuvent en effet traquer les erreurs de leurs étudiants et adapter les exercices en fonction de ce feedback instantané. Et cela de manière individualisée, sans rendre public au reste de la classe les faiblesses de chacun. Les startups qui offrent un apprentissage adapté aux forces et faiblesses des étudiants a donc explosé au cours des dernières années, avec par exemple Branching Minds, une startup soutenue par le Kaplan EdTech Accelerator qui identifie les troubles d’apprentissage et propose des programmes adatpés, Grockit, acquise par Kaplan en juillet 2013, ou Eduvee, qui toutes deux aident les étudiants à se préparer aux examens grâce à des questionnaires personnalisés, ou encore DoodleMaths, une App pour s’améliorer en mathématiques.Edtech1

2) L’intégration des technologies en salle de classe

La tendance est au BYOD (Bring Your Own Device). Plusieurs startups cherchent ainsi à faciliter l’intégration des tablettes ou smartphones en salle de cours, notamment Nearpod qui aide les enseignants à réimaginer la manière dont ils préparent leurs cours en utilisant des appareils connectés en classe, ou encore Lab4U qui transforme smartphones et tablettes en mini laboratoires scientifiques de poche.  La nouvelle génération d’objets connectés pourrait également s’inviter en classe. C’est en tout cas l’intention de la startup RobotsLab qui a créé des robots pour aider les enseignants à rendre des concepts de math et de science plus vivants, funs et engageants en classe.

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3) Les plateformes de partage et collaboration

Les réseaux permettant aux enseignants, élèves ou même parents de partager des conseils, résultats scolaires, ou même de collaborer sur des leçons ou tout autre projet, sont de plus en plus nombreuses à voir le jour. Quelques exemples de telles plateformes:

  • Unitu, accélérée par Emerge Education, connecte les étudiants et le personnel académique pour collecter les feedback et communiquer plus efficacement.
  • OB3, accélérée par Emerge Education, est une App qui permet de partager des documents d’étude qui peuvent être discutés et annotés.
  • Edusight permet aux enseignants de conserver les résultats des élèves au même endroit et de les partager avec les parents.

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  • MathChat est une plateforme collaborative mobile qui permet aux étudiants de prendre une photo d’un problème mathématique et de collaborer en temps réel grâce au dessin et à la messagerie.
  • AdmitSee, soutenue par Imagine K12, permet aux étudiants de partager leurs conseils et dossiers de candidature pour s’inscrire dans une école ou une université spécifique.

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4) La gamification

Pour motiver les étudiants, les plateformes d’e-learning s’inspirent de plus en plus des jeux vidéos.  L’accélérateur Co.lab à San Francisco est d’ailleurs dédié à ces nombreuses startups hybrides.  Parmi ses finalistes, citons TeachMe, une startup créée par les mêmes fondateurs que AddictingGames, le plus grand site de gaming aux USA, qui produit des jeux éducatifs déjà utilisés dans plus de 2.500 écoles, ou Mosa Mack Science qui fournit des exercices construits autour de mystères scientifiques animés, avec de nombreux personnages, épisodes et challenges.

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5) L’apprentissage du code

De plus en plus de startups cherchent à initier les futures générations aux nouveaux métiers créés par les nouvelles technologies, et ce de plus en plus tôt. Avec reKode ou codeSpark, les enfants peuvent apprendre le code tout en s’amusant, tandis que Tickle va même jusqu’à apprendre à piloter un drone, naviguer un robot ou programmer une smart home.

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Les startups edtech ne manquent donc pas d’idées pour transformer l’éducation. Mais il est important qu’elles collaborent plus étroitement avec le corps enseignant pour développer et tester leurs produits le plus tôt possible.  Les accélérateurs edtech, et en particulier des accélérateurs liés à des institutions académiques comme Kaplan, peuvent dès lors être réellement bénéfiques au développement de ces projets s’ils permettent de les connecter avec des écoles pilotes et enseignants passionnés.

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Les startups innovantes se multiplient pour séduire les « Tiger Moms » en Asie

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« Tiger Moms » est le surnom donné à ces nombreuses mères asiatiques qui poussent leur enfant à exceller à l’école, en particulier en mathématiques et en sciences, et à être meilleurs que leurs camarades de classe. Pour ces mères autoritaires, avoir un enfant qui n’obtient pas la mention « très bien » à l’école est considéré comme un échec. C’est pourquoi les parents asiatiques engagent des tuteurs, envoient leurs enfants en école maternelle, en cours d’été et les inscrivent à des cours de piano, de musique ou de danse pour occuper leurs weekends.  Un rapport récent de la St. Louis Federal Reserve Bank a montré que les collégiens américains de parents asiatiques passent 50% plus de temps à étudier que leurs autres camarades de classes.  Au Japon, les examens d’entrée pour les jardins d’enfants commencent dès l’âge de 3 ans.  L’Asie représente le plus gros marché du tutorat privé, en particulier florissant à Singapour, Hong Kong, au Japon, en Corée du Sud, en Inde et en Chine, mais de plus en plus également dans toute l’Asie du Sud-Est.

Cet esprit de compétition fait de l’Asie un marché extrêmement propice au développement de startups éducatives, pour les enfants mais aussi et surtout pour les parents.  Un exemple: la startup Taamkru, basée en Thailande, qui a créé une application pour tester les enfants en âge préscolaire.  La startup a rencontré un succès déroutant : 500 nouveaux téléchargements en moyenne par jour dans les mois qui ont suivi son lancement, principalement en Thailande et en Chine.  Les parents peuvent ainsi comparer le score de leur enfant à ses camarades du même âge dans d’autres écoles du pays. Taamkru a également organisé une compétition nationale en Chine, Thailande et Vietnam pour tester le QI des participants, avec plus de 300.000 visites et 20.000 familles enregistrant leurs enfants à l’événement.

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(Taamkru)

L’utilisation déjà impressionnante et continuellement en croissance du mobile dans la région (85% des Singapouriens ont un Smartphone, 80% en Corée du Sud, 74% à Hong Kong et 70% en Chine) a aussi donné naissance à de nombreuses plateformes de tutorat mobile afin de préparer les étudiants aux tests, comme les startups indiennes Vedantu et Toppr qui viennent de lever respectivement 5 et 10 million de $, la chinoise Yuan Tiku, évaluée à 360 millions de dollars selon le blog QQ Tech ou la japonaise Mana.bo.image 3

Et pour les « Tiger Moms » qui n’ont pas les moyens de faire appel à des tuteurs privés, il existe désormais des services pour l’instant gratuits comme God Of Homework, actuellement en beta-testing, qui répond aux questions des parents cherchant à résoudre les problèmes mathématiques de leurs enfants via l’application de messagerie WhatsApp, très utilisée à Singapour. La startup était inondée de questions peu après son lancement.  Une autre startup Singapourienne, EduSnap, a lancé une application mobile permettant aux parents de photographier le problème et de recevoir une réponse gratuitement. L’application reçoit 150 questions par jour.

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Tout l’enjeu pour la « Tiger Mom » est aussi d’arriver à motiver l’enfant à développer ses connaissances même en dehors de l’école et du tutorat, ce qui se traduit par le recours à des outils d’apprentissages plus engageants faisant appel aux nouvelles technologies et à la « gamification ».  Le marché des jeux mobiles éducatifs est en quelques années devenu extrêmement compétitif en Asie, avec des startups comme Kunfu Math à Singapour, QQL (quick language learning) en Chine, KnowRe en Corée du Sud, Mathaly en Inde ou encore une version éducative finlandaise du célèbre jeu Angry Birds, lancée notamment en Chine et à Singapour.  L’Asie devrait représenter 27% des revenus de cette industrie d’ici 2017, d’après une étude d’Ambiant Insight de 2013 et est déjà considérée comme le leader mondial en technologies d’apprentissage ludiques et mobiles.

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(KnowRe)

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(KungFu Math)

Même si cette méthode d’éducation stricte encourageant l’esprit de compétition et l’excellence est critiquable car elle met en danger la confiance en soi de l’enfant et laisse peu de place à la créativité ou à la prise de risque, les « Tiger Moms » asiatiques ont incontestablement boosté l’innovation en technologies éducatives dans la région au cours des dernières années, faisant de l’Asie un terrain d’expérimentation idéal pour les startups de cette industrie.

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Bienvenue à The Change School, une école pour accompagner les « pivots de la vie » dans un monde en perpétuelle évolution.

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Le changement, c’est maintenant, et surtout, c’est permanent. Les emplois qualifiés d’aujourd’hui exigent toujours plus de polyvalence et de flexibilité, et s’éloignent progressivement de ce que l’on a appelé longtemps le « corporate », un modèle de grande entreprise où directions, managers et employés connaissaient bien leurs rôles et positions respectives, à défaut d’offrir une mobilité et une autonomie aujourd’hui plus prisée.

Les générations qui arrivent sur le marché du travail aujourd’hui ne peuvent plus être appréhendées avec ce cadre. Selon une étude de Millenial Branding, seuls 7% des « Millenials », nés entre 1980 et 2000, souhaitent rejoindre de grandes entreprises.

L’entrepreneuriat, le travail en freelance, la quête de sens dans l’activité professionnelle collent mal avec l’image de bureaux aseptisés, compartimentés, que l’on se fait des géants d’hier. Si l’on rajoute à ça une sensibilité plus forte à l’interculturalité – la plupart des diplomés du supérieur ont vécu, étudié ou fait un stage à l’étranger – on obtient une tension très forte entre deux mondes du travail qui peinent à se rejoindre.

Cette tension, c’est précisément l’objet de The Change School, une école un peu particulière qui accompagne des personnes de tous les âges et origines dans le réalignement de leurs valeurs avec leur activité professionnelle.

Le constat de Grace Clapham, sa fondatrice, est simple : « nos vies comportent de plus en plus de « pivots », pour reprendre un terme propre aux startups, qui y voient le moment de changer radicalement de modèle lorsqu’elles font face à un échec, ou à une situation de stagnation ». Et nous savons tous que ces changements sont difficiles à accepter et encore plus à mettre en place.

Les étudiants se posent tous des questions quant à leur avenir professionnel, et prennent de plus en plus souvent des années sabbatiques pour prendre du recul. Les nouveaux « ménages célibataires » optent pour un enrichissement professionel précoce, loin des contraintes familiales, mais se retrouvent souvent en crise autour de 40 ans. Plus loin dans le cycle de nos vies de plus en plus longues, la retraite devient un moment de renouveau, avec d’autres choix et engagements à opérer.

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Les programmes de la Change School visent à aider les personnes à franchir ces pivots, et à en tirer le meilleur : « Aujourd’hui, nous vivons jusqu’à 80 ans ou presque. Il faut en général 7-8 ans pour parfaitement maitriser un sujet. Il est donc possible, et la mobilité professionnelle ou géographique en témoigne, d’avoir plusieurs vies au lieu d’une seule carrière ». Pas d’apriori non plus concernant la « solution » à trouver : « aujourd’hui, la mode, c’est l’entrepreneuriat, les startups, mais tout le monde n’a pas l’âme d’un entrepreneur. Nous aidons nos participants à trouver la meilleure solution pour une étape de leur vie ».

Cette nouvelle école repose sur trois piliers. Le premier, ce sont des programmes pour les entreprises, qui leur permettent de mieux assimiler les notions, somme toute nouvelles, de diversité, d’inclusion, d’égalité entre les genres, et de leadership. Le second, c’est la « Residency », une période de retraite de 4 à 21 jours sur l’île de Bali, en Indonésie, pour décélérer et se concentrer sur l’essentiel, sur nos essentiels respectifs. Le troisième, c’est le « Change Gym », une série de programmes courts de quelques heures qui permettent à des actifs, en soirée, de réfléchir sur des thématiques qui vont de la prospective au « retour au travail » (pour des mamans, ou les fins de congés sabbatiques).

Cette « ingénierie culturelle », comme elle qualifie l’ensemble de ces programmes, sont implémentés en invitant des experts de champs très variés, aussi bien des consultants que des philosophes, des artistes ou des entrepreneurs. Le brassage culturel des participants aident aussi la construction d’une nouvelle élite de « citoyens du monde », la plupart ont travaillé dans au moins deux pays différents, quand ils ne sont pas eux-mêmes des « TCK », pour « Third Culture Kids », c’est à dire des personnes ayant grandi dans plusieurs pays, ou avec des parents d’origines diverses, une situation que l’on retrouve de plus en plus dans les grandes métropoles du monde, de New York à Singapour en passant par Paris ou Brasilia.

Il s’agit, en Asie, d’une vraie révolution. La région la plus dynamique du monde est aussi connue pour sa rigidité au changement quand il s’agit des trajectoires individuelles. Les familles – et l’ensemble du système éducatif – font pression très tôt sur les enfants, qui sont toujours poussés vers des professions très cadrées, comme banquier, médecin, juriste. C’est aussi cette culture que The Change School vise à compenser.

En dehors de The Change School, Grace a lancé un réseau de femmes entrepreneures en Asie du Sud-Est, nommé Secret {W} Business. Elle est également l’organisatrice locale, à Singapour, de Creative Mornings, une petit-déjeuner mensuel autour d’une personnalité du monde créatif. Grace vit entre Singapour, Bali et Jakarta.

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Online school : des initiatives hybrides entre salles de classes virtuelles et traditionnelles ouvrent la voie à une éducation de qualité pour tous

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Les modèles des cours en ligne ouverts aux masses (MOOC, Massive Online Open Course), sensés permettre l’éducation pour tous grâce à la technologie, sont régulièrement remis en question. Dans les pays émergents, des initiatives d’éducation hybrides utilisant les nouvelles technologies mais conservant les atouts des traditionnelles salles de classe en termes de motivation et d’interactions sociales, rencontrent un succès grandissant.

Les « Ecoles en ligne » au Bangladesh sont un modèle de réussite en ce sens. Ces salles de classe dans les régions reculées et les bidonvilles sont connectées en ligne avec des écoles dans la capitale, à Dhaka, où le professeur donne cours en vidéoconférence, avec le soutien d’une équipe de modérateurs assignés à la salle de classe locale. Ces modérateurs viennent des communautés locales et soutiennent les professeurs en cas de problèmes opérationnels.

Dans un pays où environ 50% des enfants abandonnent l’école avant d’avoir fini le primaire pour travailler, où 72% de la population vit dans des régions rurales reculées et où les enseignants qualifiés se font rares, ce modèle innovant est un véritable succès. Les enfants partagent avec enthousiasme ce qu’ils ont appris avec leurs parents, qui les envoient dans ces écoles car ils pensent que l’enseignement y est de meilleure qualité et plus compétitif internationalement.

La première « Ecole en ligne » du pays a été lancée en 2013 à Gazipur, à 20 km au nord de Dhaka, et se sont ensuite multipliées. L’objectif à terme est de fournir 2.1 millions d’heures de cours à 250 écoles à travers le pays, pour 100.000 élèves.

Ces écoles sont le résultat d’un partenariat entre la principale compagnie telecom locale, Grameenphone, la fondation JAAGO qui fournit le cursus scolaire, et la société Agni Systems qui offre et maintient une connexion gratuitement dans les régions les plus reculées. « Nous voulions montrer comment la connectivité mobile peut transformer les manières conventionnelles d’offrir des services basiques aux populations » explique Kazi Monirul Kabir, Chief Communications Officer chez Grameenphone.

Publicité de Grameenphone sur les « Ecoles en ligne » au Bangladesh

Au niveau universitaire, un phénomène similaire s’est mis en place à l’initiative des communautés locales défavorisées dans les pays émergents : des petits groupes de travail informels qui suivent collectivement les cours en ligne les plus récents mis à disposition gratuitement par les institutions les plus prestigieuses au niveau mondial Coursera, la plus large société américaine de MOOC associée à une centaine d’universités prestigieuses, annonçait d’ailleurs en 2012 que 62% de son premier million d’utilisateurs étaient situés en dehors des Etats-Unis, en particulier dans les pays émergents. Ces rassemblements informels ont le mérite de faire le pont entre le « online » et le « offline », de bénéficier d’un matériel éducatif autrefois réservé aux élites tout en comblant le manque d’interactions sociales et d’entraide qui lui font défaut et qui sont nécessaires à la motivation des étudiants.

Lors de leur lancement en 2012, l’objectif premier des MOOC était de rendre l’éducation accessible à tous, tout en permettant aux enseignants, écoles et universités d’acquérir une visibilité internationale. Si la plupart de ces cours en ligne sont effectivement accessibles gratuitement, l’objectif initial est loin d’être atteint et l’excitation de départ est largement retombée. En effet, il s’avère que ces cours sont suivis essentiellement par des étudiants déjà diplômés qui cherchent à maintenir leurs connaissances à jour.  Une évaluation sur 2 ans des MOOC créés par les HarvardX et MITx sur la plateforme edX révèle que strictement aucun cours n’est suivi par une majorité de non-universitaires. De plus, la participation chute souvent de 43% entre le premier et le second cours, ce qui pose des questions sur la qualité du cours mais aussi et surtout la difficulté de rester motivé lorsqu’on est livré à soi-même et qu’on étudie seul à la lumière de sa lampe de chevet.

Rendre l’éducation accessible à tous grâce aux MOOC suppose que les futures générations de par le monde soient capables de s’auto-motiver, aient toutes accès à internet et maîtrisent les nouvelles technologies, ce qui est encore utopiste à l’heure actuelle. C’est pourquoi les initiatives hybrides entre salles de classes virtuelles et traditionnelles, qui ouvrent la voie à une véritable éducation pour tous, devraient continuer à fleurir dans les pays émergents et pourraient même transformer l’éducation supérieure dans tous les pays où les coûts des études exorbitants la réservent encore aux élites.

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MakerFaire Shenzhen : plongée dans l’effervescence créative des makers

En allant à Shenzhen, cette mégalopole chinoise connue pour être l’usine du monde, nous nous étions fixés comme objectif de rencontrer les « makers », ces bricoleurs qui, mêlant logiciels et composants électroniques, constituent une nouvelle vague d’innovation technologique, celle de « l’internet des objets ».

On estime que près de 50 milliards de ces objets seront connectés d’ici 2020 (du bracelet capable de mesurer votre sommeil et votre jogging aux Google Glass, en passant par les voitures sans conducteur). La plupart seront fabriqués, si ce n’est conçus, à Shenzhen, qui porte le double héritage de la culture de la contrefaçon créative chinoise (dite shanzhai) et des makers qui y trouvent, à des prix imbattables, composants et rapidité d’exécution.

La Maker Faire, cette foire à la bidouille que l’on retrouve un peu partout dans le monde, voit à Shenzhen son édition la plus grande et la plus internationale. Plusieurs inventeurs que nous y avons croisés ont démontré comment ils sont en train de révolutionner l’éducation.

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Si le code est le nouveau latin du XXIe siècle, la capacité de faire des objets à la manière des makers est toute aussi importante. Pourquoi ? Tout simplement car nos enfants sont nés dans une « ère numérique ». Le monde réel les ennuie, mais nous savons également qu’il leur est toujours nécessaire pour se socialiser, échanger et se bouger (sic.). Le monde du logiciel a lui seul n’est pas capable de redorer le blason de la réalité pour ces enfants qui utilisent tablettes et applications plus facilement que nous autres parents ou enseignants. Et c’est à Shenzhen que nous avons rencontré trois exemples très différents de ce lien entre makers et éducation.

ArcRobotics, une startup basée à Hong Kong, propose ainsi des robots sur le marché américain, notamment à destination des écoles. Deux d’entre eux servent de support aux enseignants : ils sont démontables, on peut alors expliquer comment les mathématiques ou la physique les font marcher et l’un des objectifs, une fois les entrailles découvertes, est de créer un circuit sur lequel les robots savent se diriger. Le fondateur d’ArcRobotics explique que le contact avec l’objet est facile, instinctif  pour un enfant, qui le prend comme un jouet avec lequel interagir. Des lignes de codes sur un écran sont beaucoup plus compliquées et sollicitent moins directement l’imagination.

Les projets du japonais Masakazu Takasu sont encore plus étonnants. Prenant acte que la réalité n’amuse plus les enfants, il a créé deux dispositifs interactifs. Le premier est un sapin de Noël interactif, constitué de plusieurs centaines de LEDs. Avec une application pour smartphone, les enfants peuvent choisir des motifs qui vont s’imprimer en s’illuminant sur le sapin. L’un des mécanismes de jeu demande aux enfants de choisir correctement le motif à afficher par le biais de quizz : une bonne réponse modifie la réalité du sapin et le sourire qui s’affiche sur le visage des enfants montre bien que l’expérience marche. Le second projet de Masakazu est un aquarium digital dans lequel les enfants vont pouvoir s’amuser avec leurs amis. Un rétroprojecteur diffuse sur un mur un aquarium géant. Les enfants peuvent déjà interagir avec les poissons : quand ils les touchent, ceux-ci réagissent, fuient, gigotent. Mais les enfants peuvent également prendre une photo de leurs amis avec leurs téléphones et accoler cette photo à un poisson, les transformant en avatars aquatiques de leurs amis ! À nouveau, les interactions et l’éveil suscités par l’expérience sont manifestes.

Enfin, le singapourien William Hoi a montré comment il tentait de maintenir cette excitation une fois l’expérience passée. Après avoir passé 15 ans à enseigner à Singapour comme instituteur en découverte des sciences, il a créé une application qui tient à la fois de MacGyver et du club des Cinq. Son jeu permet aux enfants d’utiliser des savoirs du monde des sciences et de l’ingénierie (largement simplifiés) pour résoudre des énigmes et, grâce à un cycle d’événements, de revoir les enfants pour assurer le suivi des interactions qu’ils ont pu avoir avec l’application et son univers.

L’importance d’une éducation à la culture makers va au-delà de l’amour du bricolage. De plus en plus, l’innovation doit être locale, adaptée, en réponse à des contextes et des besoins spécifiques. C’est en donnant tôt la capacité à faire — et non pas uniquement à concevoir ou à appliquer — que des solutions peuvent apparaître.

>> Image : photo de MakerFaireShenzen (©)

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William Hooi : l’hack-ducator qui fait de Singapour une ville de makers

Les chiens ne font pas des chats et il n’est pas complètement surprenant que William Hooi, formé à l’ingénierie des matériaux, puis enseignant de technologie et de design, soit devenu le pivot de la scène makers à Singapour. La Cité-Etat n’est pourtant pas coutumière de changements de carrière de ce type. Surtout pour choisir un métier qui n’a pas vraiment de nom : William se définit tour à tour comme un hacker, un maker, un éducateur, un « hack-ducator » en VO.

Tout cela est loin, très loin des carrières de banquier, de juriste ou de médecin que le système éducatif et familial local favorise dans son ensemble, avec peu ou pas de tolérance pour les marges. La réputation des « Tiger mothers » singapouriennes n’est plus à faire, et le “kiasu”, cette peur de perdre, reste extrêment fort », précise William.

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Après 15 ans à œuvrer dans les écoles, et deux ans au musée des sciences et des arts, William va pourtant faire ce grand saut. D’abord, en quittant pour de bon le confort du service public singapourien, réputé pour sa qualité et les privilèges qu’il offre à ses membres. Ensuite, en réunissant de manière informelle les makers de l’île.

Le premier meetup, comme on les appelle dans les pays anglophones, réunit à peine une vingtaine de personnes. À la surprise de William, les participants lui demandent quand aura lieu la prochaine de ces réunions. Au fil des mois, la communauté croit, elle atteint une centaine de membres au bout d’un an et aujourd’hui, deux ans après les débuts, elle réunit régulièrement 200 à 300 personnes.

L’enjeu d’un tel mouvement, dit William, est de faire passer les personnes intéressées d’un statut d’observateur, voire de consommateur, à celui d’acteur et de participant de ces réunions. Sans eux, rien ne se passe. La réunion à laquelle nous avons participé n’a connu son programme que quelques heures avant, la salle a été changée deux fois pour s’ajuster au flot des inscrits qui, sur la page Facebook de l’événement, sont passés de 80 à 580 en l’espace d’une semaine. Cinq intervenants se succèdent finalement, dans une ancienne école catholique reconvertie en ‘Design Center’. Chacun dispose de 10-15 minutes pour montrer son projet. La plupart des personnes présentes sont arrivées bien avant et resteront bien après l’événement, pour causer, trouver un designer, un développeur, refaire le monde dans une île où, rappelons-le, les gens ne sont pas  habitués à participer et à donner leur avis.

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Après deux ans de développement de la communauté, William a lancé une entreprise, Hyperflow, qui organise des événements en lien avec la scène makers. Le mot est devenu à la mode ; nombreuses sont les entreprises et, ironie de l’histoire, les institutions éducatives singapouriennes, qui veulent elles aussi être estampillées maker-friendly.

La feuille de route de William est d’ailleurs incroyablement riche.

En juin, le Tech Plan Grand Prix sera la principale compétition pour makers à Singapour avec, à la clé, un aller-retour à Tokyo pour y rencontrer l’un des sponsors, une société qui opère la jonction entre le monde des sciences et celui des makers.

En juillet, William dispose de 10 jours pour un festival qu’il doit concevoir entièrement. Ses premières pistes dessinent un événement en 4 temps : des Sessions, qui permettent d’échanger et de parler ; des Labs, équivalents d’un FabLab ouvert à tous, le temps de l’événement ; les Mashups, qui vont tenter de mettre à profit la diversité des participants par équipes, en les associant de manière aléatoire à des projets ; l’Apprenticeship, pour offrir aux participants une chance de vivre comme un maker pendant 10 jours, et de comprendre les valeurs qui sous-tendent cette communauté, comme le partage, l’enseignement, et l’amour des composants électroniques de toute taille.

En août, il ira sur l’ile malaisienne de Penang pour s’associer au Georgetown Festival et implanter une équipe de makers au cœur d’un événement plutôt connu pour être une immense fête de la gastronomie locale. À nouveau, pour faire tomber les barrières, et montrer que l’important, c’est de faire et d’échanger.

En décembre enfin, son ancien employeur, le musée des arts et des sciences, offre les clés de leur espace, un bâtiment ultra-moderne, sis telle une fleur de lotus au cœur de la ville sur la baie, pour 31 jours. « Comment ça va se passer ? Franchement, je n’en ai aucune idée, c’est à vous de m’aider et de venir profiter de l’espace », dit William. Sa mue semble être complète, il faut désormais que la communauté locale ose s’aventurer à l’étranger pour dépasser l’étroitesse du marché national (5.5 millions d’habitants).

>> Images : photos d’OpenBrief (©)

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Sterio.me, l’application mobile basse technologie qui prolonge le temps de l’éducation au Nigeria

Les innovations technologiques dans le secteur de l’éducation ne se limitent plus aux désormais célèbres MOOCs, à l’arrivée des tablettes dans les écoles ou à l’apprentissage du code dès la primaire. Dans les pays en voie de développement, ces avancées ne sont pas adaptées, trop coûteuses, pas assez en phase avec les problèmes rencontrés sur le terrain comme la simple distance géographique entre une école et ses élèves ou le niveau d’alphabétisation encore trop faible pour consommer des contenus écrits, fussent-ils en ligne.

C’est précisément à ces besoins que répond Sterio.me, une application dite de basse technologie (low-tech, en VO), classée par le magazine Forbes comme l’une des 10 idées les plus innovantes en Afrique l’année passée. Le principe est aussi simple qu’ingénieux : les élèves peuvent, en envoyant un SMS au service Sterio.me, être appelé en retour pour écouter une leçon pré-enregistrée par leur instituteur. Des quizz vocaux permettent à l’élève de dicter ses réponses, qui sont alors analysées, à distance, par l’enseignant. L’utilisation de la voix, plutôt que du texte, et de la fonction de rappel permettent tout à la fois d’éviter aux élèves de payer la communication, et aux illettrés (38% des adultes en Afrique) de disposer d’une éducation.

La naissance de ce projet est l’histoire d’une éducation à l’entrepreneuriat social. Passé par Oxford, où il a été le plus jeune président du Club Oxford Entrepreneurs à 17 ans, Christopher Pruijsen a lancé StartupBus Africa, un projet d’apprentissage à l’entrepreneuriat social en Afrique. Il a ainsi organisé plusieurs voyages de 5 jours en bus, pour réunir à chaque fois une trentaine de développeurs et d’entrepreneurs, avec un minimum de 30% de femmes pour favoriser la diversité dans un milieu traditionnellement masculin.

Founder Bus

C’est au cours de l’un de ses propres voyages en bus à travers l’Afrique du Sud que Christopher a commencé à travailler avec Dean et Danielle, deux autres participants formés aux technologies audiovisuelles. Chacun avait son idée pour associer technologies mobiles et éducation et c’est finalement l’idée de pouvoir apprendre et faire ses devoirs par la voix qui les a séduit.

Le principe : les élèves reçoivent des leçons pré-enregistrées par leurs instituteurs. Pour développer ces contenus, l’équipe de Sterio.me a noué des partenariats avec les ministères de l’éducation de différents pays, ainsi qu’avec les syndicats d’enseignants. La plupart répondent positivement au projet, notamment dans les zones urbaines et semi-urbaines. Comme les cours passent par le réseau de téléphonie mobile – et non pas internet – ce modèle comble une vraie lacune de l’enseignement local. Les enseignants sont formés par l’équipe de Sterio.me et les contenus sont définis conjointement avec les programmes des différents pays. À terme, les enseignants pourraient enregistrer des contenus propres à leurs cours et Sterio.me devenir ce que l’on appelle une marketplace, c’est à dire un site où l’offre et la demande de contenus seraient gérés directement par les parties prenantes, un peu à la manière d’un MOOC audio.

Dans le cas du déploiement de l’application au Lesotho, les leçons font à peu près 10 minutes, avec une moyenne de 100 mots par minute, soit l’équivalent de trois pages de texte. Les élèves peuvent répondre aux devoirs par des QCM ou des questions ouvertes en parlant au serveur vocal. Les instituteurs peuvent alors corriger aussi bien le fond (les réponses) que la forme (prononciation, vocabulaire). Les différents partenaires incluent le ministère de l’éducation du Lesotho, le principal syndicat d’enseignants, et la Fondation Vodacom Lesotho pour fournir le temps de télécommunication. Au Nigeria, le modèle sera réadapté car les partenaires sont organisés différemment : il n’y a par exemple qu’une seule fondation télécoms et une licence doit être attribuée pour ce type de service.

Si les leçons s’appliquent mieux à des contenus riches en langage et en texte (histoire, langue locale) plutôt que des contenus visuels (mathématiques), on peut imaginer que ce modèle s’applique largement en Afrique, et en dehors. L’illettrisme aux Etats-Unis touche 14% des adultes, et, dans bien d’autres pays, l’usage de la voix peut aussi permettre de ne pas utiliser la connexion Internet, dont l’accessibilité n’est pas garantie, techniquement et financièrement.

>> Images : photo AMPION (©)

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Culture makers : l’étonnante histoire de la « fabrique de métiers » d’Hackidemia

Le constat que dresse Stefania Druga est à la fois brutal et réaliste : « Le nombre d’étudiants augmente globalement mais pas la capacité de formation et d’insertion ; les jeunes générations vont donc devoir inventer leur métier et assembler de manière indépendante les savoirs et expériences pour y parvenir ». C’est ce qui a poussé cette fille d’un ingénieur en électronique et d’une institutrice à lancer le projet Hackidemia, notamment dans les pays émergents qu’elle parcourt inlassablement pour populariser cet état d’esprit.

Stefania

Pour répondre aux défis que pose le XXIe siècle – urbanisation croissante, pression sur les ressources naturelles, fracture numérique… – Hackidemia se positionne comme un catalyseur de communautés de makers. L’objectif : créer un réseau de makerspaces où chacun peut trouver de quoi expérimenter et prototyper dans l’esprit de la philosophie STEAM (Science, Technology, Engineering, Arts, Mathematics). Plusieurs écoles ici et là emploient déjà ce nouveau cadre de pensée pour mettre les enfants en situation d’apprentissage « par le réel »… mais la plupart des institutions éducatives ne sont pas prêtes. C’est là qu’Hackidemia passe du réseau au produit.

D’abord, parce que le voyage de Stefania se développe sous la forme d’un laboratoire mobile : école après école, elle évangélise, comme on le dit souvent dans les milieux technologiques, enseignants, parents et élèves à ce nouveau cadre de pensée. Ensuite, parce qu’elle a conçu — après avoir visité 10 villes en Afrique — un kit appelé « Maker Box » qui sert de base à cette éducation. On retrouve dans cette boîte à outils des livres et des plans, comme des supports de cours et un ensemble d’outils et de composants qui permettent rapidement de faire les premiers pas vers un objet manufacturé sur mesure : des LEDs, des capteurs de température, d’humidité, de couleur, une mini-caméra, une puce RFID, des ciseaux, pinces, scotch et, bien sûr, les composants Arduino de base qui permettent d’assembler sur une même plate-forme ces items.

make-box-Afrimakers

Au-delà du kit pour tout fabriquer soi-même, Hackidemia organise de nombreux ateliers pour aider à la prise en main de ces nouveaux outils. L’un des projets annexes de Stefania, Afrimakers, va même jusqu’à demander la participation des internautes pour le financement de 14 kits “Makers” qu’elle entend distribuer, accompagnés de formations, dans 10 nouvelles villes en Afrique, de la Zambie au Kenya. Elle a aussi prévu des bourses pour qu’une quarantaine de makers africains puissent aller former des lieux à proximité, et s’implanter plus largement dans un continent à l’esprit entrepreneurial et débrouille réputé.

La beauté du projet Hackidemia réside dans l’encapacitation des jeunes enfants. Comme le précise Stefania, « donnez un smartphone à un enfant, il le retournera dans tous les sens, cherchera à en comprendre le fonctionnement. En dotant les enfants de technologies très accessibles, on leur permet de faire et de créer des choses, dont, à terme, leurs propres métiers ».

>> Images : photos d’HacKidemia (©)

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Comment l’accélérateur JFDI revitalise l’écosystème d’innovation de Singapour

Quand Hugh Mason et Meng Weng se sont rencontrés en 2009, ils étaient tous deux des business angels bien installés à Singapour. Pourtant les affaires tournaient au ralenti… En cause (1) des investissements orientés principalement vers l’immobilier et le foncier (2) des entrepreneurs aux idées prometteuses mais incapables de répondre à un besoin précis.

Meng Weng a donc décidé de poser la première brique d’un nouvel l’écosystème d’innovation à Singapour en lançant en 2009 le coworking space Hackerspace (toujours en activité). Dans la foulée, les deux compères vont profiter du passage de David Cohen — fondateur de Techstars — pour lancer une déclinaison locale, donnant ainsi naissance à l’accélérateur JFDI.

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Deux valeurs vont alors guider le développement du dispositif :

- un fonctionnement en communauté qui mise sur le capital social d’individus d’horizons divers. Si l’entrepreneur qui réussit a en moyenne 38 ans, c’est bien parce qu’il a de l’expérience et un réseau. Concrètement, cet esprit s’incarne dans l’espace, dont un tiers est en fait un café, ainsi qu’un « open-house » tous les vendredi après-midi pour entretenir cet effort.

- apporter un marché à une technologie et non l’inverse. Trop souvent, les entrepreneurs partent d’une idée et en font une technologie (un brevet)… ce qui les met en porte à faux avec les cycles d’innovation modernes (très itératifs).

Après deux années, 4 promotions et 27 startups accélérées, JFDI prend cette année un nouveau tournant et propose désormais deux modules de formation qui  se connectent à l’entrée et à la sortie de l’accélérateur.

En amont, il s’agit de remettre dans le bain des entrepreneurs trop éloignés des besoins des consommateurs avec un stage pour … « désapprendre ». Le constat de Hugh Mason, c’est que la plupart des équipes perdent environ trois semaines au début de l’accélération pour se remettre en phase avec leurs utilisateurs.

En aval, JFDI compte aider les startups à passer le cap des séries A. Traditionnellement, il est simple pour une petite équipe  de récolter ce que l’on nomme le seed funding, ces quelques centaines de milliers de dollars qui permettent de tester un projet avec un risque réduit (à Singapour, ces investissements sont largement soutenus par l’Etat). Arriver aux séries A, c’est demander plusieurs millions et montrer qu’on est passé de la bande de copains à une startup avec une  stratégie de croissance.

L’expérience de JFDI est donc passionnante… mais loin d’être unique : cet accélérateur fait partie du Global Accelerator Network (motorisé par TechStars), un  groupe d’une cinquantaine d’accélérateurs qui permet d’échanger des bonnes pratiques et — surtout — des données pour comprendre et optimiser ces dispositifs aujourd’hui à la base des écosystèmes d’innovation.

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Comment la Wallonie renouvelle ses forces vives pour redevenir innovante

Après la Malaisie et au Kenya, nous revenons en Europe pour nous intéresser au cas de la Wallonie, une région qui fut un centre de l’industrie au XIXe siècle et où parler d’utopie n’est pas tabou. C’est d’ailleurs la ligne directrice du KIKK Festival où nous avons rencontré Emilie Vandermeiren qui agit depuis 2010 dans la promotion de l’innovation au sein d’ID Campus. Si l’objectif du festival est de proposer des parcours pour inspirer les jeunes, ID Campus s’inscrit dans une dimension plus opérationnelle : l’objectif est de développer la créativité dans les pratiques de l’enseignement et dans les entreprises.

Concrètement, Emilie Vandermeiren a monté plusieurs comités académiques : d’abord à HEC Liège, puis dans d’autres facultés et établissements de la région. Les relations internationales, notamment européennes, sont également du programme, grâce à des rapports tissés avec le Bureau d’économie théorique et appliquée de Strasbourg (une unité de recherche du CNRS), mais aussi l’Université Catholique de Lille ou encore la Design Factory d’Helsinki.

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Un premier « master en créativité » – basé sur l’interdiscplinarité et l’idéation – a été testé en 2012 pour aider les étudiants à passer de l’idée à l’application. Expérience poursuivie avec l’ID Camp qui se base sur le prototypage de solutions innovantes avec des entreprises partenaires (le passage de la BD  l’ère numérique avec la maison d’édition Le Lombard).

L’Exécutive Master est venu compléter le dispositif. Les étudiants, en provenance de filière de management, d’ingénierie ou de sciences humaines, travaillent sur une alternance de « projets bulles » (1 à 2 jours par semaine) et de projets longs (7 mois). La gestion de ces deux temps est un impératif bien réel : des startups sont capables en quelques semaines d’émerger et de bousculer des acteurs installés (on pensera au réseau social SnapChat) alors que d’autres ont besoin de plusieurs mois, voire d’années pour éclore.

Un nouveau campus a permis de s’associer à l’incubateur Nest’Up, où l’on retrouve plusieurs défricheurs et innovateurs qui restent en contact rapproché avec les jeunes et la formation.

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ID Campus s’insère plus largement dans deux autres scènes. D’abord, à l’échelle régionale, dans le « Plan Marshall », expression donnée au plan de redressement de la région Wallonie – initié en 2004, relancé en 2009 – qui comporte une dotation de près de 2,6 milliards d’euros pour la période 2009-2014. Son ambition est de redéployer les forces vives en pôles de compétitivité autour des compétences, plutôt qu’autour des filières, en plaçant la créativité au coeur du projet Wallon. C’est ainsi qu’a pu être créé le label « Creative Wallonia« , dont les premières mesures sont liées à l’enseignement.

D’autre part, ID Campus s’insère dans une dimension européenne – la proximité avec Bruxelles n’y étant pas pour rien. La Commission Européenne a ainsi retenu la Wallonie aux côtés de la Toscane dans le cadre de son appel à projet « European Creative Districts« , avec le support de la Direction Générale « Entreprise et Industrie ». L’idée, c’est de transformer les anciennes gloires industrielles en région à nouveau innovantes et créative

L’ensemble du dispositif semble particulièrement intéressant : il s’agit d’une initiative propulsée localement, qui « travaille » littéralement le terrain de la jeunesse et de la formation pour s’inscrire dans le cadre plus large de la région et de l’Europe. Vous pouvez suivre l’actualité d’ID Campus sur leur site et par les comptes sociaux d’Emilie Vandermeiren.

>> Images : photos d’ID Campus (©)

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