William Hooi : l’hack-ducator qui fait de Singapour une ville de makers

Les chiens ne font pas des chats et il n’est pas complètement surprenant que William Hooi, formé à l’ingénierie des matériaux, puis enseignant de technologie et de design, soit devenu le pivot de la scène makers à Singapour. La Cité-Etat n’est pourtant pas coutumière de changements de carrière de ce type. Surtout pour choisir un métier qui n’a pas vraiment de nom : William se définit tour à tour comme un hacker, un maker, un éducateur, un « hack-ducator » en VO.

Tout cela est loin, très loin des carrières de banquier, de juriste ou de médecin que le système éducatif et familial local favorise dans son ensemble, avec peu ou pas de tolérance pour les marges. La réputation des « Tiger mothers » singapouriennes n’est plus à faire, et le “kiasu”, cette peur de perdre, reste extrêment fort », précise William.

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Après 15 ans à œuvrer dans les écoles, et deux ans au musée des sciences et des arts, William va pourtant faire ce grand saut. D’abord, en quittant pour de bon le confort du service public singapourien, réputé pour sa qualité et les privilèges qu’il offre à ses membres. Ensuite, en réunissant de manière informelle les makers de l’île.

Le premier meetup, comme on les appelle dans les pays anglophones, réunit à peine une vingtaine de personnes. À la surprise de William, les participants lui demandent quand aura lieu la prochaine de ces réunions. Au fil des mois, la communauté croit, elle atteint une centaine de membres au bout d’un an et aujourd’hui, deux ans après les débuts, elle réunit régulièrement 200 à 300 personnes.

L’enjeu d’un tel mouvement, dit William, est de faire passer les personnes intéressées d’un statut d’observateur, voire de consommateur, à celui d’acteur et de participant de ces réunions. Sans eux, rien ne se passe. La réunion à laquelle nous avons participé n’a connu son programme que quelques heures avant, la salle a été changée deux fois pour s’ajuster au flot des inscrits qui, sur la page Facebook de l’événement, sont passés de 80 à 580 en l’espace d’une semaine. Cinq intervenants se succèdent finalement, dans une ancienne école catholique reconvertie en ‘Design Center’. Chacun dispose de 10-15 minutes pour montrer son projet. La plupart des personnes présentes sont arrivées bien avant et resteront bien après l’événement, pour causer, trouver un designer, un développeur, refaire le monde dans une île où, rappelons-le, les gens ne sont pas  habitués à participer et à donner leur avis.

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Après deux ans de développement de la communauté, William a lancé une entreprise, Hyperflow, qui organise des événements en lien avec la scène makers. Le mot est devenu à la mode ; nombreuses sont les entreprises et, ironie de l’histoire, les institutions éducatives singapouriennes, qui veulent elles aussi être estampillées maker-friendly.

La feuille de route de William est d’ailleurs incroyablement riche.

En juin, le Tech Plan Grand Prix sera la principale compétition pour makers à Singapour avec, à la clé, un aller-retour à Tokyo pour y rencontrer l’un des sponsors, une société qui opère la jonction entre le monde des sciences et celui des makers.

En juillet, William dispose de 10 jours pour un festival qu’il doit concevoir entièrement. Ses premières pistes dessinent un événement en 4 temps : des Sessions, qui permettent d’échanger et de parler ; des Labs, équivalents d’un FabLab ouvert à tous, le temps de l’événement ; les Mashups, qui vont tenter de mettre à profit la diversité des participants par équipes, en les associant de manière aléatoire à des projets ; l’Apprenticeship, pour offrir aux participants une chance de vivre comme un maker pendant 10 jours, et de comprendre les valeurs qui sous-tendent cette communauté, comme le partage, l’enseignement, et l’amour des composants électroniques de toute taille.

En août, il ira sur l’ile malaisienne de Penang pour s’associer au Georgetown Festival et implanter une équipe de makers au cœur d’un événement plutôt connu pour être une immense fête de la gastronomie locale. À nouveau, pour faire tomber les barrières, et montrer que l’important, c’est de faire et d’échanger.

En décembre enfin, son ancien employeur, le musée des arts et des sciences, offre les clés de leur espace, un bâtiment ultra-moderne, sis telle une fleur de lotus au cœur de la ville sur la baie, pour 31 jours. « Comment ça va se passer ? Franchement, je n’en ai aucune idée, c’est à vous de m’aider et de venir profiter de l’espace », dit William. Sa mue semble être complète, il faut désormais que la communauté locale ose s’aventurer à l’étranger pour dépasser l’étroitesse du marché national (5.5 millions d’habitants).

>> Images : photos d’OpenBrief (©)

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