Apprendre un métier et trouver du travail en trois mois pour 2000 euros : les « bootcamps » sont-ils un mauvais présage pour les écoles d’informatique ?

devbootcamp

 

Pourquoi étudier 5 ans, s’endetter sur 10 ans pour obtenir un diplôme alors qu’il est désormais possible d’obtenir le même résultat en trois mois, pour une somme très modique ? Les programmes de formation spécialisés et intensifs proposés par des experts d’un secteur peuvent-ils mettre à mal les universités classiques peu adaptées aux évolutions permanentes des technologies et des besoins du monde du travail ? Cette réflexion sur le modèle de l’enseignement supérieur est alimentée par le développement des MOOCs et des formations ouvertes. Mais d’autres formats existent, qui pourraient avoir bien plus d’impact.

 

 

Qu’est-ce qu’un  » bootcamp  » ? Il s’agit d’une formation en présentiel, d’une durée de 6-8 semaines, destinée à tous ceux qui souhaitent devenir développeurs professionnels (on ne parle plus d’informaticiens, voyons !). Lancés par des startups comme DevBootCamp, le Wagon ou encore Simplon en France, ces programmes rencontrent un succès phénoménal et affichent déjà complets.  Alors qu’on estime le nombre de développeurs à 18 millions dans le monde aujourd’hui et que de très nombreuses entreprises peinent à trouver les profils qu’elles recherchent, ces formations sont-elles la solution pour les recruteurs ? Contrairement aux écoles classiques, les bootcamps ont pour objectif une mise en application immédiate, concrète, en mode projet. Ils offrent une pédagogie appliquée, collaborative, amicale : surtout, ils ont pour objectif de donner aux apprenants des outils de base puis de leur permettre de prendre leur envol. L’ambition académique est donc limitée.

 

– Qui sont les participants ? Que recherchent-ils ?

Selon Boris Paillard, fondateur de « Le Wagon », les motivations sont variées : on trouve  tout d’abord des jeunes entrepreneurs souhaitant créer eux-mêmes leur site web ou application. Ces profils sont donc des personnes déjà très diplômées, souhaitant monter en compétences pour réaliser des projets personnels. Le second type de profil regroupe les professionnels (chefs de projets, designers, artistes etc…) souhaitant monter en compétences pour postuler à des emplois mieux rémunérés et valorisés. Enfin, certaines personnes sont en reconversion professionnelle, sur un marché très porteur ou les recrutements battent leur plein. L’emploi et l’employabilité sont clairement les moteurs du phénomène.

 

– Qu’en pensent les recruteurs ?

Ces programmes courts de formation soulèvent un certain nombre de questions : s’ils ne sont pas radicalement innovants en terme de pédagogie (le « learn by doing » étant une méthode intrinsèque à la programmation), les bootcamp innovent en ce qui concerne la relation entre étudiants et marché du travail et court-circuitent les acteurs traditionnels. Les recruteurs, dont les besoins en développeurs vont croissant, cherchent souvent des profils polyvalents, flexibles «  couteau suisse ». Cette capacité à être autonome et en apprentissage permanent est un critère essentiel pour des startups, des entreprises innovantes. A l’heure du numérique, les entreprises incapables de renouveler leurs compétences et de s’adapter aux évolutions de leur marché sont condamnées, la situation économique actuelle le prouve bien. Dès lors, se former et changer de métier rapidement est une capacité valorisée.

 

Quel modèle économique ?

Ces programmes recrutent des promotions d’une vingtaine d’apprentis par session. Le modèle économique fonctionne de la manière suivante, avec des « marges arrières » et des marges « avant ».

1- marges avant : les participants paient leur participation de 10 000$ (Dev Bootcamp) pour une durée de 3 mois.

2 – marges arrières : les cabinets de recrutement et employeurs paient pour avoir un accès prioritaire aux profils des participants et les recruter.

 

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– Le modèle des bootcamp est-il applicable à d’autres secteurs ?

Le développement des formations courtes à très forte valeur ajoutée et immédiate employabilité sont-elles l’avenir ? Montrent-elles un décalage croissant entre le monde de l’enseignement supérieur et le marché du travail ? A-t-on encore besoin de payer des études longues et chères pour trouver un travail ? Au contraire, peut-on dire que les bootcamps fabriquent à la chaine des développeurs low-cost et tirent le marché vers le bas ? Les questions soulevées par ce modèle pédagogique sont nombreuses. Comme le faisait très justement remarquer une personne ayant suivi un bootcamp, apprendre à coder n’est pas du tout la même chose qu’être ingénieur en sciences de l’information. Former des personnes à des outils pratiques sans leur donner les bases conceptuelles de ce qu’ils apprennent est risqué.

Une autre question soulevée par les bootcamp est la capacité pour ce type de formation à sortir  du petit monde « tech ». Rien n’est moins sur : en effet, dans le monde du Web et de la programmation, le rôle des diplômes a toujours été secondaire. L’important est la compétence, la capacité à se maintenir à jour, à gérer un projet en équipe. Les histoires de développeurs de 22 ans, n’ayant pas le Bac et payés 50 000 euros par an si ce n’est plus, sont courantes dans ce milieu.

Tout dépend de l’acceptation de ces formations par le monde du travail et donc d’un changement de mentalité.Les premières promotions françaises de développeurs formés par des bootcamp arriveront sur le marché du travail dans les prochains mois. L’occasion d’un nouveau billet sur la pérennité de ce modèle.

Que des startups créées par des jeunes de 25 ans en moyenne soient en mesure, avec très peu d’investissements, de former et réinsérer professionnellement des jeunes sortis du système scolaire sans le Bac montre tout de même que l’agilité et l’écoute pourraient faire un grand bien aux formations plus officielles proposées par les universités et les grandes écoles.

Si vous souhaitez prolonger le débat, voici un échange intéressant sur Quora.

Et pour rencontrer les fondateurs du Wagon, participez le 12 Décembre prochain à La French Touch de l’éducation.

 

 

 

 

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