Le crowdfunding est-il une solution viable au problème du surendettement étudiant ?

Il y a quelques mois, la doctorante en sciences du langage Olga Turcan décide de lancer une campagne de crowdfunding pour financer son doctorat, lassée des petits boulots d’étudiant(e) qu’elle pratique depuis le début de ses études. En quelques semaines, elle réunit les quelques milliers d’euros nécessaires au financement de ses recherches. Comme elle, Serge vient toujours de lancer sa collecte pour financer ses études en marketing. 


Le crowdfunding, ou finance participative, a été popularisé par le site Kickstarter, qui annonce avoir levé depuis son lancement 895 millions de dollars et financé 50 000 projets. Aujourd’hui, il existe plusieurs centaines de plateformes de crowdfunding dans le monde, que l’on peut regrouper en trois catégories.

–       des plateformes de don et contre-don : le projet financé rétribue, de manière plus ou moins symbolique, le donateur (pour des projets associatifs, artistiques principalement)

–       des plateformes de prise de participation mettant en relation entrepreneurs et investisseurs (pour des entreprises souhaitant réaliser une augmentation de capital)

–       des plateformes de prêt entre particuliers (projets personnels, immobilier, études)

Dernier arrivé dans le monde du crowdfunding : l’éducation. Relativement marginale pour l’instant, l’éducation pourrait bien faire de plus en plus souvent appel au crowdfunding. Et pour cause, le montant de la dette étudiante est passé de 548 à 966 milliard de dollars entre 2007 et 2012 ! De manière générale, le coût des études a considérablement augmenté, de manière souvent inversement proportionnelle avec la qualité de l’enseignement dispensé. Quant aux bourses dédiées aux doctorants ou aux recherches, elles sont également en baisse et parfois complexes à obtenir.

Le recours au crowdfunding est-il pour autant une solution efficace au surendettement étudiant ? N’est-il pas au contraire une fausse solution qui entérine un statu quo et ne remet pas en cause le problème originel, l’origine de cette dette étudiante et l’absence de fonds pour les doctorants ?

Plusieurs startups se sont positionnées sur ce marché, comme Piglt, Wishbone, Future4Learn ou Incited aux Etats-Unis, ou encore Eduklab en France, dont le fondateur Jean-Marc Nourel interviendra prochainement sur le sujet à la French Touch de l’éducation. Sur le site Indiegogo, les projets éducatifs ont leur espace dédié. Sur Microryza, des chercheurs du monde entier peuvent faire financer leurs projets par une communauté de donateurs. Sur Piglt, les donateurs sont des « believers » et les personnes financées des « dreamers ». Les believers financent des étudiants, en échange de quoi ces derniers s’engagent à mettre à disposition des « dreamers » les compétences qu’ils auront développées pendant leurs études. Sur Wishbone, les lycées rêvant de rejoindre une école peuvent présenter leur profil et se faire financer. Le modèle économique de Wishbone repose sur une offre de marketing à destination des écoles et universités : celles-ci bénéficient d’options de mise en avant afin de recruter des élèves.

Si chaque particulier peut donc donner ou prêter une somme X à des étudiants, le principal de l’activité ne repose pas sur les particuliers, mais plutôt sur les fondations d’écoles et les bailleurs de fonds. Autrement dit, le crowdfunding pour l’éducation ne permet pas d’augmenter les fonds alloués aux étudiants mais bien de fluidifier les transferts d’argent entre une demande et une offre déjà existante.

 

On peut déjà imaginer de nombreux usages potentiels à cette solution pour les apporteurs de fonds :

–       une entreprise développe un projet de R&D et propose de financer des étudiants/doctorants travaillant sur le sujet. Il s’agirait en quelque sorte d’un appel à projet public permettant de développer des innovations. Rapprocher recherche et création d’entreprise ne peut qu’être utile.

–       un organisme distribuant des bourses pourrait centraliser toutes les demandes sur une seule interface Web et bénéficier d’un outil dédié permettant une meilleure gestion du workflow.

–       une école/université qui passerait par un site de crowdfunding pourrait communiquer sur ses engagements sociaux, les bourses qu’elle distribue et bénéficier d’une image positive. Alors que le marché de l’enseignement supérieur est en pleine remise en question et concentration, toutes les pistes de différentiation sont bonnes à prendre.

Si le crowdfunding n’apparait pas encore comme une alternative sérieuse au problème du surendettement étudiant et de du financement des projets de recherche, il a le mérite de mettre en lumière un véritable problème, dont la résolution passera avant tout par une évolution de la politique des frais de scolarité. Affaire à suivre !

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