Arguments pour le maintien et la définition du CIO

Depuis plusieurs années, le corps des conseillers d’orientation-psychologues est en régression : quasi arrêt du recrutement, application de la RGPP. Depuis peu les Conseils généraux annoncent leur retrait du financement des CIO départementaux, provoquant des organisation de « fusion-disparition » de plusieurs CIO1. Enfin la mise en place du Grand service publique d’orientation fait craindre à nos syndicats une dilution de cette structure.

Il est donc nécessaire de rappeler à quoi sert un CIO.


L’argument habituellement employé de la notion de service de proximité est malheureusement à relativiser de par la réalité du maillage actuel des CIO, notamment hors des grandes zones urbaines. Les décisions des Conseil généraux de se défausser des CIO « départementaux » risque de remettre en cause encore plus ce maillage. Rappelons que le décret de création du CIO (1971) imposait à l’état une étatisation de tous les CIO dans un délai de cinq ans.

Il n’empêche que nous chercherons ici à formuler des arguments de principe.

1/ Le CIO (centre d’information et d’orientation) est un organisme extérieur aux établissements scolaires. Les COP (conseiller d’orientation-psychologue depuis 1992) y sont nommés. Tout en travaillant dans l’établissement sous l’autorité du chef d’établissement et dans le cadre du projet d’établissement, le COP reste indépendant du chef d’établissement, et son service est défini par le Directeur du CIO.

2/ A la différence du COSP (59-70, centre d’orientation scolaire et professionnelle), le CIO est un espace ouvert au public. C’est une situation très particulière et rare dans le cadre de l’éducation nationale. Ceci suppose notamment qu’un personnel technique (COP) devrait être présent et accessible sur tout le temps d’ouverture au public.

3/ Un espace ouvert à tout public depuis la création du CIO. Bien sûr, le CIO est fréquenté par les jeunes scolaires (du public et du privé) et leurs parents. Mais depuis 15 ans au moins, il l’est également par les étudiants, et de plus en plus par les jeunes adultes en recherche d’insertion ou de formation, et par les adultes en recherche d’une reconversion. D’une certaine manière, le CIO est impliqué de fait et depuis longtemps dans l’orientation tout-au-long de la vie.

4/ Les modalités de conseil et d’information sont déjà très diversifiées :

  • la réception physique bien sûr des demandeurs sous différentes formes ;
  • les réponses téléphoniques, aux courriers et aux mel sont courantes ;
  • les auto-documentations papiers sont de plus en plus supplantées par la consultation accompagnée des ressources sur le net ;
  • certains CIO développent des ressources électroniques locales accessibles par le public.


5/ Dans le cadre d’un travail prioritaire auprès des publics à besoin particulier ou à propos des décrocheurs, il est sans doute nécessaire de disposer d’
un espace neutre, hors de l’établissement scolaire.

6/ Le CIO est un observatoire du bassin. Etant extérieur et non-dépendant des établissements, il est à même de produire des données et des études sur le fonctionnement notamment de l’orientation au niveau du bassin.

7/ Enfin les nouvelles missions des COP vis-à-vis des établissements vont demander le développement de nouvelles compétences professionnelles chez les COP eux (conseil technique, ingénierie, formation). Cela nécessite un travail d’équipe, un travail collectif, hors de l’établissement, aussi bien pour exercer que pour développer ces compétences. Voir deux billets précédents :

Bernard Desclaux


Be Sociable, Share!

Tags: , , ,

This entry was posted on vendredi, octobre 29th, 2010 at 15:27 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

3 Responses to “Arguments pour le maintien et la définition du CIO”

  1. Irnerius Says:

    Chronique fort utile dans un contexte où la désinformation l’emporte souvent. J’aimerais votre avis sur plusieurs points.

    Le bilan du Psy de COPsy ? L’intervention des COPsy dans les universités (j’ai été directeur de SCUIO et le bilan que j’ai fait de leur interventions est fort mitigé) ?

    L’orientation ne peut être pertinente en fin de secondaire car l’offre de formation postbac est illisible et pléthorique : impossible pour les COPsy de la connaître et donc risque de recours à des stéréotypes (il n’y a pas de découché en sociologie)?

  2. bernard-desclaux Says:

    Bonjour, et merci de votre intérêt.

    Au début des années 9O, j’étais conseiller au CIO Nanterre, et j’intervenais à l’université durant deux ans. 2 1/2 postes de conseillers étaient attribués à cette fonction. Il y avait à l’époque 39 000 étudiants à la fac de Nanterre. Nous réalisions 700 entretiens/an. Une goutte d’eau. Mais nous n’étions utilisés qu’à cela. Pas d’ateliers collectifs, pas de travail avec les enseignants.
    Pour en rajouter, à l’époque le département de psychologie (un exemple) était incapable de dire combien il produisait de diplômés.

    Sur la question de l’information sur le supérieur, j’ai toujours pensé qu’il s’agissait d’une mission impossible pour les conseillers des lycées. Et je pensais qu’il était plus sûr de les envoyer rechercher l’information dans les SCUIO des universités. Mais après y avoir travaillé, j’ai compris que l’information était une production, un produit très compliqué à élaborer. Le SCUIO, chargé de cette fonction avait beaucoup de mal à récolter la « matière première » dans les divers départements.
    Et pour que cette information soit réellement sûre (quelle décrive bien ce qui se passe dans un enseignement), il faudrait que cet enseignement soit particulièrement « standardisé », ce qui était loin d’être le cas à l’époque.

    Quant au travail d’orientation intégré dans le fonctionnement même de l’enseignement universitaire, j’ai participé à son « expérimentation » à Nanterre. J’en ai fait un CR que vous pouvez consulter sur mon site : Exposé à propos des GOR (Groupes d’orientation et de réflexion) à Paris X): http://bdesclaux.jimdo.com/documents/avant-l-%C3%A9ducation-%C3%A0-l-orientation/

    Bernard Desclaux

  3. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » La fermeture programmée des CIO du Val d’Oise, et d’ailleurs… Says:

    […] j’alerte régulièrement sur la situation de plus en plus délicate des CIO. Par exemple : « Arguments pour le maintien et la définition du CIO » , « L’avenir des conseillers d’orientation-psychologues et des CIO» . J’ai publié […]

Leave a Reply