Une autre conception de l’orientation est-elle acceptable ?

Jusqu’à présent, lorsque le ministre de l’éducation nationale s’intéressait enfin aux services d’orientation, un remaniement du gouvernement mettait en place un nouveau ministre qui prenait un ou deux ans pour découvrir qu’il y avait au sein de l’EN un service d’orientation. Cette fois-ci, le remaniement de 360° du 14 novembre 2010 n’a pas changé les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur. Un nouveau texte sur les missions des services d’orientation qui se préparait au ministère depuis plusieurs mois verra donc peut-être le jour.

Il fut âprement discuté par les organisations syndicales. Mais depuis, il n’a été soumis à nouveau aux organisations syndicales. Pour certaines, on peut se demander si le changement est concevable. La lecture des remarques syndicales à propos du projet du ministère me fait penser qu’aucun changement n’est acceptable par ces organisations. Toute nouveauté est suspecte. Bien sûr ce texte peut être amélioré et c’est la fonction des syndicats, mais mesurer l’acceptabilité d’un nouveau texte à l’aune de sa reproduction de l’ancien texte parait très … conservateur et peu prospectif.

Je vais donc affirmer que ce texte, le dernier texte en discussion (je n’ai pas eu connaissance du premier), me semble tout à fait acceptable. Et je ferai deux remarques.

Le contexte du grand service public d’orientation tout au long de la vie

Dans ce contexte, il me semble, et c’est sans doute paradoxal aux yeux de nos syndicats, que ce texte défend les conseillers d’orientation-psychologues. Au fond le ministère comme toute institution défend ses personnels. Comment va se construire ce grand service ? En attribuant des missions aux personnels des organismes déjà existants. Il ne s’agit pas de création d’une nouvelle entité dotée de nouveaux personnels. Le contexte ne va pas dans ce sens. On se servira donc de l’existant en y puisant les ressources. Pour s’en convaincre, on peut lire l’Audition au Sénat de M. Jean-Robert Pitte, délégué interministériel à l’information et à l’orientation
et mes remarques dans ce billet.

Face à la Délégation interministérielle de l’orientation, chaque institution, chaque organisme, doit à la fois faire en sorte d’être reconnue apte à participer à ce « Service » (être labellisé), mais doit également faire en sorte de ne pas s’y perdre totalement et de pouvoir maintenir ses missions propres, ses missions spécifiques. Il me semble que c’est ce que fait ce texte. Il délimite fortement les missions spécifiques, internes à l’éducation nationale tout en ouvrant la possibilité de participer à ce « Service ». Bien sûr dans ce double mouvement, le « libre arbitre » du conseiller disparaît, et un certain nombre de priorités sont affirmées. Celles-ci correspondent à des évolutions de fond de la conception de l’orientation.

Les conceptions de l’orientation ont évoluées dans le temps

Avec la « démographisation »1, comme disait Prost, puis l’objectif des 80%, le travail des conseillers est passé petit à petit d’une centration en priorité sur les « orientés vers les formations professionnelles » à un travail auprès de tous dans une perspective de l’accès à un baccalauréat, puis maintenant à un accès aux études supérieures. Depuis le rapport Hetzel, les problèmes d’orientation sont identifiés à l’échec dans les études supérieures, en particulier le post-bac, c’est-à-dire précisément au moment où il n’existe plus de procédures d’orientation institutionnalisées.

Après le testing, utilisé largement et systématiquement jusque dans les années 70, c’est l’entretien qui est devenu la pratique centrale en matière d’orientation, à tel point que les enseignants eux-mêmes doivent s’y mettre eux aussi.

Si on remonte plus loin, les conseillers d’orientation-psychologues étaient des conseillers d’orientation professionnelle. Ils travaillaient à la fin du primaire et dans le primaire supérieur, testaient les élèves afin de les orienter et de les placer dans diverses formations professionnelles dont l’apprentissage. Rappelons que la connaissance institutionnelle des conseillers d’OP se fait en 1938 pour enfin faire fonctionner l’orientation vers l’apprentissage créé en 1919.

On peut imaginer le bouleversement pour les collègues de l’époque lorsqu’en 1959, avec la réforme Berthoin, ils deviennent des conseillers d’orientation scolaire et professionnelle ! Ils entrent dans le secondaire et surtout vont servir à mettre en place les procédures d’orientation. C’est là leur grande utilité pour le système qui a besoin d’un levier extérieur à la profession enseignante pour mettre en place ces procédures. Rappelons, pour mémoire, qu’à la même date est créée la fonction de professeur principal, fonction qui sera très longue à être acceptée par le corps professoral.

Je fais l’hypothèse qu’au fond on se trouve dans la même configuration : le système a besoin d’un levier extérieur pour la mise en œuvre des réformes éducatives concernant l’orientation. Bien sûr on a là un changement très fort de pratique qui remet en cause les relations professionnelles des conseillers avec les autres acteurs (voir un certain nombre de billets précédents:


De même que le processus d’entrée en apprentissage qui nécessitait l’examen d’orientation a disparu, on peut faire l’hypothèse que très bientôt les procédures d’orientation (qui nécessitent une fonction d’information et de conseil) vont disparaître. Une réelle éducation à l’orientation des élèves sera alors nécessaire.

Heureusement nos prédécesseurs ne se sont pas arque-boutés sur l’examen d’orientation comme pratique incontournable en orientation.

Bernard Desclaux



1Voir par exemple l’article de Francis Danvers dans les Cahiers pédagogiques http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article3991

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This entry was posted on lundi, novembre 15th, 2010 at 17:15 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Une autre conception de l’orientation est-elle acceptable ?”

  1. Juliette Rambaud Says:

    Salut, je suis en train de suivre les débats retransmis sur Curiosphere en direct du salon de l’Education. hier, le sujet était le numérique à l’école, Luc Chatel à annoncé tout un programme pour « l’école numérique », c’est à dire par exemple, le remplacement des bon vieux tableaux noirs par des tableaux interactifs tactiles, des clés USB pour avoir tous ses cahiers, et livres au lieu du cartbale de 8kg, etc… aujourd’hui, le débat c’est sur linfo, l’intox et le journalisme, nos enfants sont-ils manipulés sur le web ?
    Allez voir : http://www.curiopshere.tv

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