Lignes d’évolution pour les CIO

L’année 2011, année de mise en œuvre de la réforme du lycée sera également sans doute l’année du grand service d’orientation tout au long de la vie.

Je vous propose donc quelques réflexions sur les changements que j’organise donc en deux lignes d’évolution pour les CIO.

En interne à l’Education nationale


a) Une nouvelle conception de l’orientation, l’orientation éducative, se développe depuis plusieurs années. En France elle a commencé son institutionnalisation avec les Nouveaux programmes du Collège de 1985, le TSO et dix ans après avec l’EAO. Cette conception est soutenue par l’EUROPE. Le processus de Lisbonne lancé en 2000 (CONSEIL EUROPÉEN DE LISBONNE 23 ET 24 MARS 2000) « L’Europe de la connaissance… »

En 2008, lors de la présidence française, le Conseil de l’Europe publie une résolution intitulée : « Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie » 2905ème session du Conseil ÉDUCATION, JEUNESSE et CULTURE, Bruxelles, le 21 novembre 2008.


Cette conception décale les préoccupations. Il s’agit moins d’orienter les personnes, que de faire en sorte qu’elles soient capables de le faire elles-mêmes. C’est une conception libérale, trop libérale diront certains.

La conséquence dans l’enseignement initial, c’est l’introduction de l’objectif d’acquisition de la capacité à s’orienter. Ce qui modifie le rôle professionnel des uns et des autres. Les conséquences pour les COP :

  • réduction du champ du conseil individuel
  • développement des rôles
    • de conseiller technique
    • de rôle d’ingénierie de formation (au niveau local)
    • de rôle de formateur

b) Dans le contexte plus général du fonctionnement de l’établissement et du pilotage du système émerge le développement de l’autonomie pédagogique locale. Le « comment » de la mise en œuvre des réformes est décidé au niveau de l’établissement, dans le cadre défini par le national et les objectifs à atteindre étant définis par l’académie (les contrats d’objectifs).

Cela implique que des ressources locales d’accompagnement s’organisent. Elles ne sont sans doute pas conjoncturelles. Le CIO notamment comme observateur du bassin, devrait y contribuer.

c) Un nouveau texte sur les missions des conseillers d’orientation-psychologues sera très bientôt publié. Changement de ministère sans changement de ministre, est-ce favorable à sa publication ? Il prend en compte les conséquences de ces évolutions sur les missions des COP. Ce texte est très discuté et critiqué par les syndicats, ce qui augure sans doute des difficultés d’applications sur le terrain. Outre ces évolutions dans la conception de l’orientation et le fonctionnement des établissements, il introduit une autre priorité dans la pratique des COP : les publics à besoins particuliers, ce qui est perçu comme une réduction du champ de travail des COP.


Ces trois thèmes d’évolution supposent de fortes modifications dans les pratiques et les conceptions des rôles professionnels tant des personnels d’orientation que des autres. Cela sera sans doute difficile, mais pas impossible. En tout cas cela suppose un travail et des dispositifs collectifs pour accompagner ces changements, tant dans la formation initiale que continue (et il semble que l’on ne prenne pas ce chemin avec l’évolution des IUFM) que surtout dans le fonctionnement de chaque CIO.



Contexte à l’externe : le « grand service public d’orientation »


Lié à la conception européenne de l’orientation dont je parlais plus haut, il y a la création d’un grand service public d’orientation tout au long de la vie. Je suppose que vous suivez l’affaire. Le quatrième DIO, sans moyens spécifiques, doit s’attaquer à sa mise en œuvre. Voir l’un de mes posts : Le DIO auditionné au Sénat, déceptions.

Il faut rappeler le principe général : l’accès du public à l’information et au conseil en matière d’orientation et non pas politique d’action sur les personnes avec définition d’un public d’ayant droit.


Il faut donc faire la différence entre « service » et « dispositif ».

  • service : il y a offre de service, ce qui présuppose une demande de service de la part de l’usager-client ;
  • dispositif : s’inscrit en tant qu’étape dans un traitement présupposant une obligation, et une décision concernant l’usager-assujetti.

Dans l’hypothèse de la création de ce type de service, il y a diverses conséquences pour les COP et les CIO :

  • travail côte-à-côte dans un environnement du type Maison de l’information, Cité des métiers, etc…
  • travail en réseau
  • intégration, dilution, disparition des identités professionnelles

A cette idée de service de proximité « multi-carte » pourrait-on dire, il y aura/aurait le développement d’un service à distance de « première réponse ». Et sans doute, tous les organismes d’orientation seront amenés à s’y impliquer.


Il faut ajouter à cela le contexte difficile du financement des CIO (départementaux et d’état) qui va provoquer sans doute de plus en plus de suppressions, de rapprochements, de fusions de CIO, modifiant ainsi le maillage territorial et le travail de proximité.


Et ceci intervient dans le cadre d’une modification des cartes des services publics en 2011. Entre la RGPP et les problèmes économiques des Conseils généraux, les CIO sont bien mal placés.


Cette ouverture sur « tout public » n’est pas nouvelle pour nos services. Mais pour certains collègues, pour qui le vrai travail se fait en établissement auprès des élèves, il s’agit d’un travail supplémentaire. Cela dit, et malgré cet aspect morose, je pense que les CIO ont de bonnes chances, s’ils travaillent leurs prestations, sur la question de la certification dans le cadre du grand service.


A écouter sur Dailymotion : La qualité dans le champ de l’orientation professionnelle, plusieurs enregistrements d’intervention dans un colloque en PACA.

Bernard Desclaux

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This entry was posted on mercredi, janvier 12th, 2011 at 15:44 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

7 Responses to “Lignes d’évolution pour les CIO”

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  2. Dubois Says:

    Bonjour Bernard. Grand merci pour l’ensemble de ces précisions (pas seulement techniques). On apprend beaucoup en vous lisant.

    Il demeure que vous omettez de signaler (mais vous n’êtes évidemment pas le seul !) qu’un des problèmes clés de l’orientation est celui de l’offre de formation. Ouvez donc le site admission post-bac : les élèves en terminale actuellement ont le choix entre près de 10.000 localisations de 1ère année post-bac. Cette offre pléthorique est évidemment illisible et le restera quelle que soit la performance du système d’orientation et des orienteurs.

    Cette offre de formation pléthorique est un chou gras pour les salons divers et variés, pour les publications spécialisées diverses et variées, pour les palmarès. Ces salons sont organisés de plus en plus tôt dans l’année. Ils coûtent sans doute plusieurs centaines de millions d’euros. Argent public et dans quelle poche va cet argent ? En grand partie, dans les poches du privé lucratif (salon des expositions…). A vous lire avec intérêt.

  3. bernard-desclaux Says:

    Merci de cette remarque.
    En effet, nous (mais qui ?) avons développé en France une véritable jungle de formations au post-bac. A l’arrivée de la gauche au début des années 80, 80% des places post-bac étaient universitaires. Dans années 90, dans l’Ile-de-France, c’était devenu du 50/50. Où en est-on aujourd’hui ?
    Et bien sur face à ce maquis, il faut informer ! Les Salons, forums, carrefour, nuits (sur twittter, je les tag avec #nuitéclairelavenir)et autres rencontres pullulent. Pour en avoir montés, les organisateurs de salon depuis les années 90 se sont également développés. Les « places » y étant payantes, il est de plus en plus difficile pour les Universités de suivre, d’autant plus que sur une même région, il peut y en avoir plusieurs à l’échelle régionale, départementale, voire locale. Les moyens humains ne suivent pas. Et comme vous le dites l’argent public fait prospérer les choux gras.
    D’autant que l’on peut se demander qu’elle est l’efficacité de ce type de dispositif, s’il n’y a pas un minimum de préparation préalable. J’ai repéré sur le site de l’académie de Rennes quelques outils à ce sujet : http://www.ac-rennes.fr/jahia/Jahia/site/academie2/accueil/pid/3281
    A bientôt pour d’autres échanges enrichissants, et poursuivez votre indignation !

  4. Dubois Says:

    Content, Bernard, de partager avec vous cette analyse des Salons. Je vais faire plusieurs reportages : samedi prochain à Mulhouse et la semaine suivante à Strasbourg. Je vais également publier un reportage fait en décembre à strasbourg, sur les formations « France-Allemagne ».

    Il y a effectivement un décalage entre l’implication forte des personnels des SCUIO dans ces Salons et l’utilité de cette implication.

    Dans admission post-bac, les 1ères années de licence universitaire sont proposées en dernière position !

  5. Z. A. Says:

    Bonjour,
    A propos du projet de texte relatif aux missions des conseillers d’orientation psychologues et directeurs de centre d’information et d’orientation, vous évoquiez dans un précédent blog qu’il pouvait être interprété comme défendant les COP. Ce n’est pas forcément l’interprétation de tout le monde, vous le rappelez ici, mais votre argumentaire montrait bien que la réalité n’est jamais simple. Ce qui nous apparaît nouveau et pourquoi pas essentiel, c’est qu’il confirme le rôle des directeurs de CIO dans le contexte partenarial, et surtout réhabilite le CIO lui-même.

    L’association nationale des directeurs de CIO (ANDCIO), si l’on admet comme vous la possibilité que le texte évoqué constitue une défense de la profession, s’attache à dégager les conditions de cette défense. L’organisation de l’activité des acteurs de l’orientation est essentielle. C’est le rôle d’une ingénierie de l’orientation dont nous appelons la mise en œuvre sous tous ses aspects et en particulier, pour emprunter au langage commun de l’Europe, ceux du counselling et de la guidance dont l’éducation en orientation pourrait être considérée comme l’une des composantes.
    À notre sens, cela implique obligatoirement la reconnaissance des CIO dans l’espace de l’OFTLV. À notre sens encore, cela nécessite que soit mis en place un statut juridique ad hoc pour la structure et pour les directeurs de CIO.
    Les positions et propositions de l’ANDCIO sont publiées sur le site : http://www.andcio.org/
    Pour reprendre le thème mentionné à la fin de votre billet, les atouts des CIO dans la perspective de la « labellisation » sont soulignés dans la dernière lettre aux DCIO : http://www.andcio.org/IMG/pdf/l35juin10.pdf

    Cordialement,
    Le CA de l’ANDCIO

  6. bernard-desclaux Says:

    Merci de vos commentaires.

    A propos de la défense du CIO, une remarque : le mot n’apparaissait pas dans la première mouture du texte. J’ai toujours pensé que le ministère depuis la création des CIO, ne savait pas trop quoi en faire. Les différentes circulaires sur la profession se sont beaucoup centrées sur le rôle des Conseillers, mais très rarement sur le rôle du CIO. C’est un espace a-typique dans l’éducation nationale.
    Il faut rajouter également que globalement il était peu investi par les collègues. J’ai mené une bonne quinzaine de stages collectifs dans les CIO, et j’ai très souvent entendu la formule « le vrai travail c’est dans l’établissement! ».

    Quant à la fonction de counselling et de guidance, c’est en effet le cœur de notre métier, mais il serait très risquer de s’y cantonner, en refusant les autres rôles professionnels qui seraient à développer au sein de l’éducation nationale.

    A bientôt sans doute pour d’autres échanges.
    Bernard Desclaux

  7. Z. A. Says:

    Bonsoir,
    Certes, le vrai travail est auprès du public, majoritairement dans les établissements, auxquels cependant aucun personnel d’orientation n’aspire à être directement rattaché ; mais le CIO n’est pas que la base arrière où sont préparées les actions. L’idée qu’il faut non seulement le défendre, mais promouvoir le rôle qu’il joue localement commence à faire son chemin.
    Nous avons évoqué dans les 16 lignes de notre message précédent le counselling et la guidance comme composantes, mais nous ne nous y cantonnons pas ; pour vous en convaincre nous vous invitons à prendre connaissance des 16 pages de nos « positions et propositions : pour un avenir des services d’orientation » : http://www.andcio.org/spip.php?article134 ; rassurez-vous, ça se lit très bien…
    Z. Adamus, vice président de l’ANDCIO

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