Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale


Depuis 1989, nos lois d’orientation concernant l’éducation nationale comportent des objectifs chiffrés.

Où en sommes-nous ? Et quels sont les conséquences pour le management des établissements ?

La loi de 2005 avait repris les deux objectifs quantitatifs de celle de 1989

  • 100% de qualifiés ; selon les manières de compter, il y a entre 6 et 10% de sorties sans qualification soit entre 60 000 et 150 000 jeunes chaque années, avec la particularité que leur insertion est extrêmement difficile.

Les courbes sont extraites de L’état de l’École : 29 indicateurs sur le système éducatif français n°20, novembre 2010

Entre 1965 et aujourd’hui, l’éducation a fait un énorme effort de « diplomation » que l’on peut constater sur la courbe ci-dessus. Mais pour ceux qui n’ont pas de diplôme, l’entrée dans l’insertion est très difficile. Pour ces 150000 personnes sans diplômes, 40%, 7 ans après leur sortie du système scolaire, sont au chômage. Nous avons là une bombe sociale, alimentée chaque année de manière constante depuis une dizaine d’année et dont la décroissance est très faible.

(voir Que vaut l’enseignement en France ? de Claude Thélot, Christian Forestier et Jean-Claude Emin, Stock, 2007, l’introduction de Christian Forestier )

  • 80% d’une génération atteignant le niveau du bac. Depuis 15 ans nous sommes dans un système bloqué à 63-64%.

La courbe de gauche, au cours de mes formation, je l’appelais « euphorique », correspond au pourcentage d’une génération atteignant le niveau du bac de 1920 à 1992. Elle est caractérisée par trois chiffres :

  • 2% au début du siècle
  • 5% en 1950
  • 50% en 1990

Le slogan des 80% inscrit dans la loi de 1989, était donc tout à fait réaliste. L’envolée de la courbe devait permettre de l’atteindre. Sauf que le système s’est bloqué peut après en 1995.

L’explication essentielle est l’arrêt de la progression des taux de passages fin de troisième vers le lycée général et technologique (voir encore Christian Forestier 2007). A remarquer que cette courbe n’apparaît plus dans les « Etats de l’Ecole » produit par la DEPP le dernier est en 2008.

La loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (24 mars 2005) avait ajouté un troisième objectif

S’est donc ajouté l’objectif de 50% d’une génération avec un diplôme de l’enseignement supérieur (à la mode européenne, cela veut dire du niveau L, Licence). Actuellement nous en sommes à 30%. Avec plus de 50% d’une génération qui entre dans l’enseignement supérieur, et 40% qui obtiennent un diplôme bac + 2.

PROJET DE LOI d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école

(Texte définitif) adopté le 24 mars 2005

RAPPORT ANNEXÉ

I. – Orientations

Une nouvelle ambition pour l’école

La nouvelle loi d’orientation a pour ambition de répondre aux évolutions de la société française et de l’école depuis ces quinze dernières années. Elle entend rappeler à chacun ce qu’il doit aux valeurs fondatrices de la République. Elle veut aussi inscrire l’effort de l’éducation nationale dans le cadre des engagements européens de la France, poursuivre et adapter la politique de démocratisation dans laquelle notre système éducatif s’est engagé résolument.

C’est pourquoi la Nation fixe au système éducatif l’objectif de garantir que 100 % des élèves aient acquis au terme de leur formation scolaire un diplôme ou une qualification reconnue, et d’assurer que 80 % d’une classe d’âge accèdent au niveau du baccalauréat. Elle se fixe en outre comme objectif de conduire 50 % de l’ensemble d’une classe d’âge à un diplôme de l’enseignement supérieur.

Toutes les composantes, publiques et privées sous contrat, du système éducatif, relevant de l’éducation nationale, de l’enseignement agricole ou d’autres statuts concourent à la réalisation de ces objectifs.

http://ameli.senat.fr/publication_pl/2004-2005/259.html

Cet objectif de 50% n’est pas un objectif franco-français. On le trouve affiché depuis longtemps par l’OCDE. L’’Europe en 2000 l’a repris également dans le traité de Lisbonne. Cet objectif est nécessaire d’après les experts pour que l’économie de nos pays s’adapte à ce qui va découler de  « l’économie de la connaissance ».

« L’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur est conforté par les derniers travaux prospectifs menés par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP). En effet, ces travaux évaluent, à l’horizon 2015, les besoins globaux de ces diplômés en fin de formation initiale à 45-47 %, auxquels il convient d’ajouter l’impact souhaitable de la formation tout au long de la vie. » (Objectif 50% d’une génération diplômée de l’enseignement supérieur, LEGENDRE Bernard, MAILLARD Jean-Jacques, FRANCE. Haut comité éducation-économie-emploi, p 11 http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/074000134/0000.pdf

Quelques conséquences

Conséquences sur le système

On voit bien, que la dernière loi sur l’Université vise cet objectif. Il y a sûrement quelque chose à faire pour améliorer l’efficience de l’Université et réduire les sorties en cours de formation notamment pour la première année. Il s’agit également de créer des poursuites d’études possibles pour les détenteurs de BTS et de DUT afin de les amener au niveau L.

On voit également que certaines réflexions sur l’orientation se concentrent sur l’articulation Lycée-enseignement supérieur, avec le dossier unique et l’orientation active, entre autre. Voir la circulaire sur l’orientation active , signée des deux ministres de l’époque. La mise en place du système de gestion des inscriptions (Admission Post-Bac), va théoriquement dans le même sens : assurer déjà l’inscription d’un maximum de lycéen dans l’enseignement supérieur.

Mais il est certain que cet objectif a également des conséquences sur l’ensemble des types d’établissements du secondaire, que ce soit les collèges, les lycées ou les lycées professionnels. Tous sont amenés à concourir d’une manière ou d’une autre à l’atteinte de cet objectif collectif.

Conséquences pour le management

Cet objectif des 50% niveau licence est aussi problématique pour les élèves, pour les enseignants, que pour les établissements.

On pourrait se dire qu’on fond il ne s’agit que d’une question de gestion des flux, et qu’il s’agirait simplement de s’arranger pour augmenter les taux de passage. Cela peut être une tentation. Mais cette question doit être prise sous un angle plus sérieux.

C’est une affaire de motivation, et d’aspiration qui sont à soutenir tant chez les élèves que chez les parents.

C’est aussi une affaire de confiance et de préparation des élèves à être capables de faire des études supérieures. Autrement dit il ne suffit pas de les « faire passer ».

La mobilisation des équipes autour de cet objectif est donc essentielle.

La circulaire sur les parcours de découverte des métiers et des formations (dont j’ai déjà parlé ici) organise cette mobilisation.

Rajoutons que cet objectif est aussi à mettre en relation avec l’efficacité de l’établissement, et son nouveau mode de management (cf. dialogue de performance, lettre de mission, projet d’établissement, conseil pédagogique…). Les indicateurs de performance des académies et des établissements prennent en compte la participation de chacun à l’atteinte des objectifs nationaux.

Conclusion

Il s’agit donc de prendre conscience de l’enjeu « orientation des élèves » (orientation pris au sens le plus large possible) à travers l’objectif des 50%, qui concerne tous les acteurs de l’établissement, tous les types d’établissement. Il s’agit, pour l’atteindre de mettre en place une stratégie d’établissement initiée par l’équipe de direction en développant une démarche de management à travers des processus de changement touchant l’organisation, les structures, les représentations, les conceptions des rôles professionnels.

Ressources pour l’objectif des 50% niveau L

Objectif 50% d’une génération diplômée de l’enseignement supérieur

LEGENDRE Bernard, MAILLARD Jean-Jacques, FRANCE. Haut comité éducation-économie-emploi, Paris ; La Documentation française;2006;256 pages

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/074000134/index.shtml

Sur le Cahier Pédagogique : à propos de l’inflation scolaire

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/larecherche/Pages/80InflationscolaireLaFrancecompte-elletropdedipl%C3%B4m%C3%A9s.aspx

Les Métiers en 2015

Publication conjointe du Centre d’analyse stratégique et de la DARES

http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_metiers_2015.pdf

Présentation stratégique du projet annuel de performances : Jean-Marc MONTEIL, Directeur général de l’enseignement supérieur, Responsable du programme n° 150 : Formations supérieures et recherche universitaire :

http://www.minefi.gouv.fr/performance/cout_politique/loi_finances/2007/bleus/BLEUSHTM/DBGPGMPRESSTRATPGM150.htm

Christian Forestier, Claude Thélot et Jean-Claude Emin : Que vaut l’enseignement en France ? Editeur : Stock, 2007


L’état de l’école : http://www.education.gouv.fr/cid53863/l-etat-ecole-indicateurs-sur-systeme-educatif-francais.html#R%C3%A9sultats%20l%27%C3%89ducation%20nationale

Le traité de Lisbonne 2000 : La stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi

http://www.touteleurope.fr/fr/union-europeenne-en-action/strategies-et-grandes-orientations/la-strategie-de-lisbonne-dossier/presentation.html

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12 Responses to “Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale”

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  2. Dubois Says:

    Bonjour Bernard. Les 3 objectifs sont clairs. Mais on s’y perd dans tous les documents que vous mobilisez !

    Pour le 3ème Objectif (50% de jeunes diplômés du supérieur), je vous invite à lire ma chronique : « Le chiffre ne peut ignorer la loi » http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/10/27/le-chiffre-ne-peut-ignorer-la-loi/

    . Bref, les objectifs sont clairs, mais on n’a pas les données pour savoir si on progresse vers l’objectif !!!

  3. bernard-desclaux Says:

    Merci Pierre de ce commentaire. je suis bien d’accord, c’est compliqué, et surtout statistiquement très difficile de définir ce qu’est une « génération ».

    C’est pourquoi j’ai lu avec intérêt votre article auquel vous renvoyez.
    Plusieurs difficultés, que vous signalez d’ailleurs :
    glissement entre effectif et diplômés, et entre taux de diplômés et part d’une génération. Ce dernier point ne peut se calculer que sur plusieurs années et non ponctuellement.
    En tout cas il est sûr que notre organisation politique est peu cohérente, et qu’il y a des luttes internes avec des conceptions différentes. Mais au fond c’est peut-être heureux d’être dans ce paradoxe ! Une politique totalement cohérente serait également un système totalitaire.
    Bernard Desclaux

  4. Orientation. Salons, JPO, Nuit, Train… | Histoires d'universités Says:

    […] formation : Tag IES. Pour l’orientation, consulter également le blog de Bernard Desclaux sur Educpros. Partager cet […]

  5. Le blog de Bernard Desclaux» Blog Archive » De quelques caractéristiques de la forme scolaire du secondaire Says:

    […] Qui suis-je ? 8 February 2011 « Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale […]

  6. Le blog de Bernard Desclaux» Blog Archive » L’insertion, produit d’une histoire Says:

    […] de ce point de vue dans un système bloqué depuis le début des années 90. (voir mon post «Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale […]

  7. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » L’apprentissage, une voie à privilégier pour les non-diplômés ? Says:

    […] Et celle de 2005 a repris cet objectif. J’ai déjà commenté cela dans un post intitulé « Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale […]

  8. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » L’orientation entre projet affiché, projet caché, projet oublié Says:

    […] On doit se rappeler que lors de la promulgation de la loi de 1989 et l’affirmation de l’objectif des 80% niveau bac, on a assisté à une augmentation des demandes des parents vers la fameuse seconde de détermination, le bac étant compris comme le bac général. On doit également se rappeler que le résultat fut une stagnation des décisions d’orientation fin de troisième vers la seconde GT, et un plateau de plus de dix ans sur le taux d’accès d’une génération au niveau du bac (voir mon article sur ce blog Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale ). […]

  9. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » De l’autorité en orientation, réponse à Marie Duru-Bellat Says:

    […] Ajoutons que l’objectif des 80% niveau bac n’est pas encore atteint. Voir mon article Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale. […]

  10. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Ouvrir les portes de l’enseignement supérieur, une réponse suffisante ? Says:

    […] Le 24 septembre, Najat Vallaud-Belkacem et Geneviève Fioraso dressaient les perspectives de la rentrée universitaire. En mettant l’accent sur la démocratisation de l’accès. Poursuivre la massification du supérieure tout en combattant la ségrégation dans des filières séparées et hiérarchisantes. C’est un objectif louable mais pas nouveau puisque la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (24 mars 2005) avait ajouté un troisième objectif (aux deux de La loi de 1989, toujours pas atteints) : l’objectif de 50% d’une génération avec un diplôme de l’enseignement supérieur (à la mode européenne, cela veut dire du niveau L, Licence). Voir mon article. […]

  11. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Questionner l’histoire de l’orientation et des conseillers en France (IX) évolutions en cours, les établissements Says:

    […] Depuis la loi de 1989, des objectifs chiffrés sont assignés à l’éducation nationale, 80% d’une génération au niveau du bac, 100% de qualifiés, et plus récemment 50% d’une génération porté au niveau L de l’enseignement supérieur ? Voir sur ce blog : Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale. […]

  12. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Les cadres d’une réforme du lycée. Que produit notre système ? 1/5 Says:

    […] complément, voir mon article « Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale ».  Pourquoi trois ? Parce que la loi de 2005 a ajouté l’obtention d’un diplôme de […]

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