L’insertion, produit d’une histoire

En France cette notion, en tant que problème politique, apparaît récemment dans notre histoire : essentiellement à partir de la crise économique du début des années 70. A tel point que la nécessité de créer un dispositif pérenne s’impose : l’ANPE (l’agence nationale pour l’emploi). Mais cela concerne à l’époque pour l’essentiel les « adultes ». Dix après, ce sont les jeunes pour qui l’insertion professionnelle pose problème. Le rapport célèbre de Bertrand Schwartz identifie la difficulté de ces jeunes : la non-qualification professionnelle (voir les idées principales de ce rapport ). A l’époque, les jeunes sortant du système éducatif sans diplôme sont évalués à 200 000. Aujourd’hui cette population selon les définitions s’élève entre 150 000 et 60 000 personnes (voir Les sorties sans qualification : la baisse se poursuit
Les notes d’information – D.E.P.P. – N°08.05 janvier 2008).  

La fin des trente glorieuses

L’idée de l’insertion professionnelle en tant que question sociale, pour les jeunes, ne se pose de fait qu’à ce moment-là. Jusque-là le passage de l’école à l’emploi, quel que soit le niveau de sortie, avec ou sans qualification, ne soulève pas de problèmes au sens de difficultés suffisamment nombreuses pour devenir une difficulté « sociale ». Il faut rappeler tout de même une autre période de grande inquiétude pour la jeunesse, le début du XXe siècle qui débouche sur la loi dite Astier de 1919 créant l’apprentissage (voir mon post « Apprentissage : le contexte historique français »  )


On pourra se référer à la courbe ci-jointe, remise à jour régulièrement pour la publication de « L’état de l’École : 29 indicateurs sur le système éducatif français». 

Au cœur des trente glorieuses, 40% des jeunes sortant du système scolaire le font sans diplôme professionnel. Ils sortent également beaucoup plus jeunes, et semble-t-il sans grand problème d’insertion. On peut supposer que les évolutions technologiques se généralisant dans l’organisation du travail, une qualification professionnelle est de plus en plus réclamée et nécessaire. Mais la France ayant opté pour une répartition des tâches de formation (« à l’Education de s’en occuper », c’est le deal passé au retour de la seconde guerre mondiale), les entreprises ont du mal à intégrer des « non-formés » pour les former. On peut rajouter que les jeunes sortant sans diplôme du système scolaire, en sortent également plus âgés et marqués par l’échec scolaire. Leur image de soi est atteinte, et les « règles de socialisation » sont peu intégrées. C’est notamment un des éléments du rapport de B. Schwartz. On ne peut simplement les remettre en situation scolaire de formation. Il faut restaurer et reconstruire une image de soi plus acceptable.


Donc, 40% en 1960, 30 % en 1970, 15 % en 1980 et 8 % en 1990. ». Mais plus de 15 ans plus tard, ils représentent toujours le même pourcentage. Nous sommes, de ce point de vue dans un système bloqué depuis le début des années 90. (voir mon post «Rappel des trois objectifs quantitatifs de l’Education nationale » 


Une perspective historique large

Historiquement, l’obligation scolaire termine, sur le plan légal un processus engagé au cours du XIXe siècle, qui consiste en deux opérations simultanées, mais objet de luttes : la réduction du travail des enfants, et la scolarisation des enfants (voir http://www.droitsenfant.com/travail_histoire.htm ). Ce faisant, l’école est un intermédiaire entre l’enfant et le monde du travail. La question de l’entrée dans la vie active, pour la grande masse des  jeunes, ne se pose plus dans le passage du statut d’enfant à celui de travailleur, mais de celui d’élève à celui de travailleur.


Il faut ajouter deux autres précisions dans les dernières modifications structurelles de l’entrée dans la vie active (voir les enquêtes du CEREQ sur les générations).


Ø  L’âge d’entrée dans la vie active est repoussé : désormais pour la quasi-totalité des  membres de la société l’âge minimum est de 18 ans, la moyenne se situant à 21 ans.)


Ø  Le critère d’entrée dans la vie active : une norme s’impose, en France, l’obtention d’une qualification certifiée par un diplôme augmente la probabilité d’une insertion réussie rapidement.


Cela peut expliquer la difficulté rencontrée par le système d’apprentissage pour le premier niveau de qualification (CAP) qui suppose de quitter le système scolaire pour signer un contrat de travail à « un jeune âge », et de faire cette « sortie » sans avoir obtenu préalablement un diplôme. Par contre, on voit un développement et une appétence importante pour développement de l’apprentissage dans le supérieur.

Bernard Desclaux

l’introduction à cette série :

L’apprentissage favorise l’insertion : thématique du gouvernement

 Le détour historique : l’insertion est un produit d’une histoire (l’article présent) ;
 La comparaison internationale : l’insertion est un construit sociétal ;
 L’analyse stratégique : l’insertion est la résultante des stratégies d’acteurs.

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This entry was posted on jeudi, août 4th, 2011 at 16:56 and is filed under Apprentissage. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

3 Responses to “L’insertion, produit d’une histoire”

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