Pédagogisation de l’orientation dans le secondaire

Dans notre précédent post, 2011-2012 les enjeux pour les services d’orientation nous avons commencé par le thème de l’orientation dans la réforme du lycée. Nous allons ici élargir ce thème à l’ensemble du secondaire et tenter de formuler les effets sur les rôles professionnels des acteurs. Notre hypothèse est que la plus grande résistance tient à la modification des rôles professionnels.

La continuité pédagogique

La circulaire n° 2011-126 du 26-8-2011 intitulée : « Scolarité du socle commun, Continuité pédagogique », NOR : MENE1120530C, par son titre rappelle l’existence du socle commun, et c’est tant mieux, mais pour le reste, on y réclame éternellement les mêmes « améliorations » : favoriser la continuité des apprentissages, en utilisant le livret personnel de compétences, « outil de liaison et de continuité », en repérant les élèves en difficulté, et en utilisant les outils institutionnels « récemment » créés (PPRE, les stages et modules de remise à niveau). Elle voudrait favoriser également la meilleure connaissance entre les acteurs du primaire et du secondaire, et pour terminer la coopération entre les enseignants du secondaire est réclamée. Comme dit habituellement Antoine Prost, on peut y lire en creux les problèmes de la scolarité du socle commun. Inutile sans doute de développer. La séparation des bâtiments (école vs collège) redouble celle des statuts des personnels. Comme le dit Antoine Prost, notre système scolaire est bâtit sur du « dur » que l’on ne peut modifier facilement, que ce soit les murs ou les statuts (voir cette conférence sur le site de l’ESEN « Regards historiques sur l’éducation en France : XIXe – XXe siècles ».

Le socle commun est évalué

Dans sa présentation aux parents, sur son site, le ministère rappelle que sa validation en fin de troisième est nécessaire pour obtenir le DNB. Il y est précisé que « Le livret personnel de compétences est complété au plus tard en fin de troisième. Tous les enseignants participent à l’évaluation des élèves, sur les sept compétences du socle. La maîtrise des compétences est validée par l’ensemble de l’équipe pédagogique et attestée par le chef d’établissement ».
Mais concernant la compétence 7 « l’autonomie et l’initiative » et sa composante « construire son projet d’orientation », nul doute que la collaboration du professeur principal, au moins, du côté de l’équipe pédagogique » et celle du conseiller d’orientation-psychologue seront nécessaire, même si elle n’est pas inscrite dans les circulaires. Les uns diront, elle n’est pas inscrite et donc n’est pas prévue, les autres diront que si elle n’est pas inscrite, elle n’est pas interdite.

Le pdmf, parcours de découverte des métiers et des formations

L’ONISEP présente Le PDMF au lycée : une progressivité pédagogique en rappelant les objectifs de formation selon les classes de seconde, première, terminale. Et sur Eduscol vous trouverez les « 15 repères pour la mise en œuvre du parcours de découverte des métiers et des formations ». L’objectif de cette action éducative est recentré sur son utilité pour la préparation du post-bac. On n’est plus dans l’acquisition d’une compétence utile pour le futur citoyen, mais sur la préparation d’une performance : bien s’orienter à l’issue du lycée. La particularité de l’articulation lycée-enseignement supérieur c’est de ne pas être organisée sur la base d’une procédure d’orientation, mais sur de multiples procédures d’affectation. Aucun conseil de classe pour décider à la place du lycéen de son orientation. Ce moment est très particulier, car il est le seul moment de liberté dans la scolarité du jeune français. Et donc la question se posais depuis bien longtemps de comment l’y préparer ? Le pdmf, côté lycée, et l’orientation active, côté enseignement supérieur, sont les deux manières de le faire qui ont été mise en place depuis quelques années.
Une particularité de ces deux dispositifs, c’est de ne pas reconnaître le travail réalisé jusque-là par les services d’orientation. Bien sûr leur activité de conseil n’est pas rejetée, et même intégrée aux deux dispositifs, mais l’accent n’est pas mis là. Pas question de développer cette activité. Le ministère mise sur l’implication des établissements du secondaire et du supérieur et de leurs personnels. On peut comprendre sans doute que les conseillers d’orientation vivent mal cette indifférence.
Comprendre oui, mais en rester là, ce serait dangereux. Car même si la mise en œuvre du pdmf reste sans doute timide au lycée, et que l’orientation active a du mal à trouver ses acteurs pertinents, on peut penser que cette prise en charge de l’aide à l’orientation par les établissements ne sera pas abandonnée. Si elle l’était, il n’y aurait que deux solutions possibles

  • renforcer le corps des conseillers d’orientation-psychologues pour assurer le droit au conseil de tout lycéen ;
  • créer une procédure d’orientation et la coupler à une procédure d’affectation unifiée.

La première solution parait bien improbable en période de réduction des effectifs des services publics, et la seconde remettrait en question la double valeur du bac (certification et autorisation).
L’ère de l’expertise et donc de l’autorité sur les autres se termine au profit d’une ère éducative
tournée vers la préparation des personnes à exercer leur autonomie. Cela fait sans doute un peu pompeux et simpliste de le dire ainsi, cela fait aussi discours « libéral », mais nul doute que cette direction soit prise. Bien sûr cette voie est risquée, et c’est bien pourquoi il nous semble que l’implication des conseillers d’orientation-psychologues est nécessaire, non seulement au côté des autres acteurs, et en particulier des enseignants, mais également dans la pensée de l’organisation de ces dispositifs (conseil technique auprès du chef d’établissement, ingénierie de la formation, formation). Cela suppose une modification profonde de leur représentation de leur rôle professionnel. Beaucoup la vivent comme une remise en cause de leur travail, alors qu’il s’agit là d’une nouvelle étape, qui a un goût de mutation, de cette profession de l’éducation nationale. Combien de modifications radicales depuis le conseiller d’orientation professionnelle du début du XXème siècle ?

L’aide à l’orientation, une action formalisée

Dans le précédent post nous écrivions « Sur ces deux versants de l’orientation, pédagogie de l’orientation et conseil d’orientation, il y a inscription des actes dans un projet institutionnel ». C’est doute une modification peu formulée comme telle par les acteurs, mais qui sans doute les touche le plus, et peut expliquer les résistances.
Du côté des enseignants
, surtout du lycée, les enseignants s’impliquaient individuellement dans l’aide à l’orientation de leurs élèves. Il s’agissait d’un acte volontaire, un acte de bonne volonté, sur lequel ils avaient la maîtrise. Ils pouvaient s’en retirer comme et quand ils voulaient. Ils y trouvaient des bénéfices secondaires, sans doute amélioration de la relation avec les élèves, tout en préservant leur liberté par rapport à l’établissement. Il s’agissait d’un acte personnel. Aujourd’hui il leur ait demandé de participer à des dispositifs conçus par l’établissement et pilotés par le chef d’établissement, des actions collectives, inscrites au projet d’établissement ou des entretiens avec les élèves, entretiens obligatoires.
Du côté des conseillers d’orientation-psychologues
, si bien sûr leurs actions étaient bien jusque-là des actes professionnels et non des actes de « bénévoles », ils en étaient les maîtres. Ils étaient maître de la définition des services qu’ils pouvaient rendre. Cette maîtrise semble être remise en cause par l’inscription de leurs actions dans ces dispositifs pilotés par les établissements.
Perte du sentiment d’implication personnelle dans son travail, perte du sentiment de maîtrise sur son travail
. Ces deux pertes partagées par la plupart des acteurs ne sont pas faciles à gérer si on ne les reconnait pas d’abord, avant de rechercher de nouvelles formes d’implication de ces acteurs.

Bernard Desclaux

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This entry was posted on Samedi, septembre 10th, 2011 at 16:19 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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