Les « J’voeux » présidentiels au monde de l’éducation

Notre président viens de présenter ces « je veux » au monde de l’éducation. De nombreuses critiques ont été formulées depuis, et je vais m’inclure dans cette liste qui ne fait que s’ouvrir ses jours-ci. Notre président a abordé un certain nombre de thèmes : le métier d’enseignant, l’autonomie de l’établissement, les objectifs pédagogiques et la structure du système.
Nous mettrons ici l’accent sur ce dernier thème.

Un diagnostic erroné : l’unité du collège

Le Monde a présenté ainsi l’expression présidentielle :

Pour le collège, M. Sarkozy a rappelé qu’ »il faut mettre fin aux faiblesses du collège unique tel que nous le connaissons aujourd’hui ». Et précisé que l’heure est venue, selon lui, d’ »assumer la diversité des parcours en quatrième-troisième ».
« Il n’est pas normal que le collège actuel prépare exclusivement à l’enseignement général, et pas à la voie professionnelle : comment, dans ces conditions, cette dernière ne serait-elle pas vécue comme une voie de relégation ? », s’est-il interrogé. S’il n’a jamais été vraiment « unique », le collège pourrait voir ses parcours se diversifier encore si M. Sarkozy obtient un nouveau mandat.

Si le collège est faible, ce n’est pas parce qu’il est « unique », mais parce qu’il n’a jamais été « unique » depuis sa création !


Le collège unique créé sous Giscard par Haby en 1976 devait emmener tous les élèves à l’issue de l’école primaire jusqu’à la troisième (il existait alors une répartition des élèves entre des voies différentes après l’école. Il a fallu attendre 1994 avec la réforme du collège en trois cycle de F. Bayrou, pour voir disparaître l’orientation fin de cinquième. Au fur et à mesure, les solutions d’orientation hors collège (les Cap) avaient disparues quasiment, remplacées par les nouveaux dispositifs pédagogiques internes au collège (quatrième technologique, quatrième CPPN, etc…). Aujourd’hui nous avons les options, découvertes professionnelles, les langues, les modules, et autres aménagements locaux qui assurent une diversité des parcours.


Ces parcours diversifiés déjà existant officiellement ou localement servent à la distillation comme le dit François Dubet. Ils permettent en fait de répondre sans trop de difficulté à la fonction d’orientation du collège. Car il est vrai que le collège ne prépare pas à l’enseignement professionnel. Il y oriente ceux qui ne sont pas capables de poursuivre un enseignement général, ou ceux qui sont volontaire, peu nombreux, qui veulent s’engager dans la voie professionnelle.


Dans notre système, la fonction d’orientation de la troisième implique une préparation, une justification préalable tout au long du collège, redoublement, échec scolaire, parcours particulier. Tout ceci abouti à une position scolaire qui fait accepter l’orientation « proposée » par le conseil de classe vers la voie professionnelle. Ceci permet de réduire également la culpabilité des personnels (chef d’établissement, enseignant, conseiller d’orientation-psychologues) engagés dans le processus d’orientation.


C’est un paradoxe français. D’un côté, d’après la loi de 2005, le socle commun doit être acquis par tous les élèves à l’issue du collège. C’est maintenant un objectif clairement affirmé par la loi. Mais de l’autre côté, le collège doit toujours distinguer les élèves pour les orienter à l’issue de la troisième.


Faire acquérir à tout le monde, mais s’arranger pour que ce ne soit pas le cas à fin de justifier aux yeux de tous cette répartition imposée, telle est l’ambiguïté fondamentale de notre collège à la française.


Formation professionnelle et apprentissage

Sur cette question, le Monde présente la position présidentielle ainsi :


Pour ce qui concerne le lycée, le président de la République a parlé de la dernière année des formations professionnelles. « Pourquoi ne pas rendre l’alternance obligatoire en dernière année de baccalauréat professionnel, ainsi qu’en CAP ?, a-t-il demandé. J’ai conscience qu’il s’agirait d’un profond bouleversement, qui impliquerait d’augmenter de plus 200 000 par an le nombre de contrats d’alternance. Une réorganisation complète du mode de relation entre lycées professionnels et entreprises serait nécessaire. Mais une telle disposition serait une réponse extrêmement forte au problème structurel du chômage des jeunes et même au problème du chômage en général. »

Un premier oubli présidentiel : l’alternance existe déjà dans la formation professionnelle en lycée. Cette alternance est obligatoire (22 semaines). Elle se fait sous statut scolaire et est évaluée pour la validation du diplôme. Voir la réglementation générale sur Eduscol .


Un deuxième oubli présidentiel : le contrat d’apprentissage est un contrat de travail. Il s’agit d’un acte privé. Il ne peut être imposé à un élève à moins d’une modification très profonde et du code du travail et du code de l’éducation. Voir plus généralement du rapport entre l’Etat et les citoyens.


Un troisième élément dont le président ne semble pa mesurer l’importance : les contraintes du monde du travail. Il est actuellement difficile de trouver sur un territoire accessible aux élèves un nombre suffisant de places de stages. Mais il est aussi difficile de « développer » l’apprentissage. La politique engagée par le gouvernement (N. Morano) ne semble pas modifier l’état de l’apprentissage en France.


« Quatre chefs d’entreprise sur dix auront moins recours à l’apprentissage en 2012. C’est ce que révèle le quatrième baromètre Apprentis d’Auteuil-Ipsos, réalisé fin 2011 auprès de 301 dirigeants de PME de 1 à 499 salariés et publié le 5 janvier 2012. ». Voir le détail du baromètre Apprentis d’Auteuil-Ipsos publié le 5 janvier.

Bernard Desclaux

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This entry was posted on Mercredi, janvier 11th, 2012 at 12:27 and is filed under Non classé, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Les « J’voeux » présidentiels au monde de l’éducation”

  1. Christophe Says:

    Bravo! (Moi aussi à chaque fois que j’entends qu’il faut supprimer ou réformer le collège unique, je réponds: mais relisez donc les textes fondateurs et comparez avec la réalité! Le collège unique n’a JAMAIS existé!)

    Bravo!!!!

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