Trop jeune pour s’orienter ! Mais où ?

Le post d’Olivier Rollot sur son blog, intitulé « S’oriente-t-on trop jeunes ? » a provoqué beaucoup de commentaires. Cette question me semblait tout-à-fait pertinente étant donnée l’organisation de nos procédures d’orientation dans le secondaire. Mais cette question ne se posait pas à ce niveau. Elle portait sur l’Université ! Alors discutons de cette question.

La fonction du lycée

Olivier Rollot commence par indiquer que « un des buts du lycée général est de donner un aperçu de l’ensemble des disciplines qui pourraient apparaitre dans les études supérieures ». Il ne s’agirait donc que du lycée général. C’est lui qui fournirait les étudiants aux Universités.


Rappelons qu’il existe, en France, trois types de baccalauréats : général, technologique, professionnel. La proportion, dans une génération, de jeunes accédant au niveau IV de formation est de 71 % en 2009, (L’Etat de l’Ecole ). Les lycéens « généraux » représentent un peu plus de la moitié de l’effectif de ces formations, la répartition des effectifs entre les trois types de bac étant la suivante.


L’enseignement supérieur ne se résume pas à l’Université ?

« À la session 2009, le taux de réussite au baccalauréat général atteint le niveau de 88,9 %..[..] Au total en 2009, 65,6 % des jeunes d’une génération ont obtenu un baccalauréat. » (page 24 de L’état de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en France)

Et page 26 de ce même document il est résumé : « 85 % des nouveaux bacheliers s’inscrivent dans l’enseignement supérieur. Ils se dirigent moins vers les formations universitaires générales, au profit d’écoles variées recrutant après le baccalauréat. Les bacheliers professionnels poursuivent de plus en plus leurs études, en particulier par alternance. Au total, 53 % des jeunes d’une génération accèdent à l’enseignement supérieur. »

La note de la DEPP : Que deviennent les bacheliers, les deux années après leur bac ? indique : « À la rentrée 2002, juste après l’obtention de leur baccalauréat, 88 % des bacheliers ont poursuivi leurs études. Les plus nombreux (35 %) ont pris la voie des études longues à l’université. Plus de trois jeunes sur dix ont rejoint les sections de techniciens supérieurs (STS) ou les instituts universitaires de technologie (IUT) et un sur dix s’est inscrit en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). » p. 1

La majorité des entrants en Université sont porteurs d’un bac général. Mais les autres bacs fournissent également un contingent avec deux caractéristiques. Pour une partie le choix de l’Université correspond à un sentiment de revanche. Ils se sont sentis orientés et exclu de la voie générale, et ils tentent de reprendre le contrôle. L’autre partie est dans une position inverse en quelque sorte : ils voulaient poursuivre une formation professionnelle et étant refoulés, ils s’inscrivent en université.


La comparaison France-USA : la carte et le menu

« On est là bien loin de l’université à l’américaine où il n’est pas question de s’engouffrer dès le bac en médecine ou en droit! Les deux premières années de bachelor universitaire (notre licence mais en 4 ans) y sont très libres. Loin de se spécialiser tout de suite comme en France, les étudiants américains piochent picorer dans les cours parmi toutes les matières dont seulement quelques unes sont obligatoires. Sciences, littérature, arts, ils se construisent un parcours à la carte avant d’opter pour des spécialisations en troisième année. Même un non scientifique doit avoir validé des cours de sciences qui leur sont d’ailleurs spécifiquement destinés. » (Olivier Rollot)

On peut résumer cette comparaison de la façon suivante : en France, nous devons choisir entre différents menus, pendant qu’aux Etats Unis, ils choisissent à la carte.

La première tentative de déspécialisation du DEUG (Savary 1984) n’a pas été généralisée. J’en ai raconté un aspect dans un post précédent « De l’orientation en milieu universitaire ».

On peut rappeler également l’échec du LMD. Lorsqu’il a été formulé, il a été présenté comme une réorganisation de la formation sous la forme de modules permettant à l’étudiant de composer sa propre formation. Et cela devait s’appliquer à toute l’offre de formation supérieure.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le « menu » a résisté au découpage en module. Au fond le principe institutionnel a bien résisté en France face à la conception libérale.

Les conséquences de nos procédures d’orientation


L’organisation de nos procédures d’orientation dans le secondaire a des effets sur les personnes. Jusqu’en seconde, l’institution décide pour vous. Lorsque l’élève doit choisir une orientation c’est qu’il ne peut poursuivre « normalement ». Pire à résultat équivalent, celui qui sera orienté est celui qui aura montré un intérêt professionnel. Celui qui « ne sait pas quoi faire » sera « sauvé » et poursuivra. Nos procédures ont donc un effet paradoxal : « ne pas choisir », ne pas avoir d’intérêt est un garant de la poursuite d’étude !

Depuis très longtemps les études sur les critères d’orientation en Université des lycéens montrent que le rapport aux disciplines est déterminant, bien avant le projet professionnel. La projection dans un avenir professionnel est très rare. (Jean Guichard : Pour une approche copernicienne de l’orientation à l’école )

Même le choix d’une CPGE est une manière de repousser plus loin dans le temps le moment de ce choix. Et nombre d’étudiants en STS, et encore plus en IUT envisagent ces études comme un sas vers d’autres études universitaires, entre autres.

Pourquoi cette immaturité décisionnelle, même chez ceux qui choisissent apparemment ?

L’orientation post-bac est une orientation de survivants


Les étudiants sont passés au travers de différents filtres. Jusque-là, on a choisi pour eux. Et arrivés soudain en terminale, associé à la pression du bac, il y a le « choix » de son orientation dans le supérieur ! Comment croire que ce choix est serein, assuré, lorsque pour la première fois ils se trouvent dans une réelle position de choix et vis-à-vis d’une offre impossible à prendre en compte dans sa totalité ?

Depuis quelques années, le MEN cherche à organiser un accompagnement institutionnel à plusieurs niveaux :

  • Une éducation à l’orientation tout-au-long du secondaire dont le dernier avatar serait le PDMF (parcours de découverte des métiers et des professions), et l’accompagnement personnalisé. Jusqu’à présent ils sont peu présents au niveau du lycée (LGT), et que dire du lycée professionnel sur ce sujet !
  • En l’absence de procédures d’orientation au niveau terminal (le bac est autorisation à poursuite d’étude en Université), une « orientation active » (conseils donnés par les personnels du lycée, et par les personnels du secondaire), et un système d’affectation (APB) cherchent à assurer la connexion secondaire-supérieur.


Il faudra sans doute attendre de longues années, si les procédures d’orientation antérieures à la terminale ne sont pas supprimées, pour espérer une orientation plus sereine à cette articulation de notre système de formation.


Question subsidiaire : pourquoi un changement d’orientation serait-il un échec, une erreur, une faute ?

Bernard Desclaux

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This entry was posted on Lundi, janvier 16th, 2012 at 12:34 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Trop jeune pour s’orienter ! Mais où ?”

  1. Bayet Says:

    Bonjour,
    quand la question de l’orientation est évoquée, pourquoi ne pas parler de cette circulaire qui n’est pas abrogée mais tellement oubliée ou appliqué qu’en 3ème ? Je parlais de la Circulaire du 31 juillet 1996 : mise en oeuvre de l’expérimentation sur l’éducation à l’orientation au collège. Puis suivie de celle du 1er octobre 1996 : mise en oeuvre d’une éducation à l’orientation dans les lycées d’enseignement général et technologique Circulaire n’ 96-230 du 1er octobre1996 : mise en oeuvre d’une éducation à l’orientation dans les lycées d’enseignement général et technologique. L’éducation à l’orientation comprenant 4 axes dont la connaissance de soi qui m’apparait première. Souvent n’est travaillée que la connaissance des métiers… Déjà si l’EAO était mise en oeuvre, les élèves ne seraient plus des passifs/subissant mais des sujets acteurs de la construction de leur projet qui pourrait se réaménager selon une logique de parcours, slogan de l’EN.

  2. bernard-desclaux Says:

    Cher Monsieur Bayet,
    Je vous remercie de ce commentaire.

    En effet le principe de l’éducation à l’orientation devrait inspirer de plus en plus toute réflexion sur le fonctionnement de notre système scolaire. Beaucoup de mes billets concernent cette question.

    Vous pouvez entre autres suivre les deux hashtag EAO et pdmf sur ce blog.

    l’un des problèmes (parmi tant d’autre) est le statut des textes concernant aussi bien l’éducation à l’orientation que le pdmf : des circulaires. Les circulaires sont des textes « indicatifs ».

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