Faut-il choisir son métier en fonction du marché de l’emploi ?

Telle est la formulation d’une des questions posées sur le newsring, semble-t-il fondé et animé par Frédéric Taddeï. Suite à mon post précédent on m’a demandé d’y répondre. Je reprends donc ici la matière de ma réponse .


Si vous êtes intéressés vous pouvez suite l’évolution du débat sur le site de Newsring.

Reprise d’un débat

Très curieusement, j’ai retrouvé cette question dans la présentation du travail de Laure Endrezzi : dossier d’actualité Veille et Analyses : La relation école-emploi bousculée par l’orientation, n° 47, septembre 2009.

Voici comment s’ouvrait le résumé de ce document :

« Peut-on encore demander à un jeune ce qu’il veut « faire comme métier plus tard » ? Cette question a-t-elle encore un sens si elle ne s’insère pas dans une approche plus globale ? Quelles missions l’école doit-elle assurer pour non seulement favoriser la réussite de chaque élève, mais également celle des adultes socialement et professionnellement intégrés qu’ils aspirent à devenir ?


Si la naïveté de telles questions n’échappe à personne, l’acuité singulière avec laquelle elles se posent, à une époque où l’insertion professionnelle souffre d’une conjoncture mondialisée incertaine, est bien réelle. Dans le prolongement du n° 25 consacré aux politiques d’orientation scolaire et professionnelle (Endrizzi, 2007), ce nouveau dossier de la VST offre un panorama international des politiques publiques au service d’un rapprochement école-emploi et d’une approche éducative de l’orientation. »

A cette époque j’avais écrit un commentaire à ce document, publié sur ce blog et intitulé : « « La relation école-emploi bousculée par l’orientation », quelques remarques ».

Méfiance vis-à-vis des questions simples

Cette question est apparemment simple. Elle semble attendre une réponse simple. Et comme toujours avant de répondre, il est préférable de faire un petit repérage des présupposés de la question. Et la complexité ma fait pencher pour la réponse « non ». Sur le site de newsring il n’y a que deux possibilités pour être autorisé à formuler un contenu de réponse : d’abord répondre oui ou non. Pas d’autres réponses possibles. Ce que bien sûr les répondants contournent ensuite dans leurs exposés.


Je repère au moins trois sous-entendus que je vais commenter :

  • Chacun est en position de pouvoir choisir ou ne pas choisir son métier
  • Ce qui serait premier à choisir c’est le métier, et non l’emploi
  • Il existerait un marché de l’emploi connaissable et connu de tous

Chacun est en position de pouvoir choisir ou ne pas choisir son métier

Vous êtes sûr de cela ? Chaque individu est bien maitre de ce qu’il veut faire ? Sommes-nous dans une société où tous les individus sont tout puissants vis-à-vis d’eux-mêmes ? Faut-il répondre vraiment à ces questions ? Cette maitrise de soi, si elle existe (et jusqu’à quelle point ?) ne doit pas être répartie d’une manière équivalente mais sans doute dépendre au moins à la fois de la position sociale et de son histoire, de son éducation. Rajoutons la théorie des modèles de personnalité, les dépendants et les indépendants du champ, et autres manières de dire que les structures psychiques ne sont pas les mêmes et qu’elles structurent ce que font et pensent les hommes.

Ce qui serait premier à choisir c’est le métier, et non l’emploi

Sans doute que le métier serait plus noble que l’emploi. On retrouve là l’ancienne distinction entre les gens de métier et les salariés. Le métier fonde l’indépendance du travailleur, non seulement il le définit en dehors de l’emploi qu’il occupe, mais il lui donne une certaine autonomie dans l’employabilité dirait-on aujourd’hui. Au début du XXème siècle mon grand-père disait merde à son patron parce qu’il avait un des tous premiers CAP, et le jour même il était réembauché ailleurs, ce que le simple salarié (il ne vend que sa force de travail et non sa qualification) ne peut faire.


Aujourd’hui, beaucoup d’emplois requièrent de fortes compétences sans qu’il existe un métier correspondant. Et d’une certaine manière on peut dire que le métier restreint le champ de l’employabilité. Si je ne cherche qu’un emploi correspondant à mon métier, je risque fort de trouver peu de choses. Il y a fort longtemps que la notion de compétences transférables à été utilisé dans l’aide à la recherche d’un emploi.

Il existerait un marché de l’emploi connaissable et connu de tous

Le marché de l’emploi est sans doute une notion facile à manipulé mais difficile à cerner. Quelle est sa définition, sa délimitation, géographique, temporelle… ?


Mon insertion, si tout va bien, se fera dans le mois qui vient, dans deux ans, dans cinq, dans plus ? L’élève de troisième se projette à quel horizon ? Sans doute que celui qui se trouve orienté vers une voie professionnelle et celui qui se voit autoriser à s’engager dans les études générales, n’ont pas un même horizon temporel !


Quelle mobilité géographique je me donne, pas seulement pour l’emploi d’ailleurs, mais aussi pour le lieu de formation ? Et ce n’est pas seulement du côté de la personne que cela se pose, il y a le groupe social (famille, copains…) qui soutient ou non cette autorisation. Et la répartition géographique des formations et des emplois n’est sans nulle doute pas la même si on se situe en région parisienne ou dans la Corrèze.


Bernard Desclaux

Be Sociable, Share!

Tags:

This entry was posted on jeudi, janvier 19th, 2012 at 11:53 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

4 Responses to “Faut-il choisir son métier en fonction du marché de l’emploi ?”

  1. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Faut-il choisir son métier en fonction du marché de l’emploi ? | ESDES école de management | Scoop.it Says:

    […] jQuery(« #errors* »).hide(); window.location= data.themeInternalUrl; } }); } blog.educpros.fr – Today, 8:40 […]

  2. chrisducq1 Says:

    Certains de mes eleves de terminale L ne savent toujours pas ce qu’ ils veulent faire l’an prochain. Et la procedure d’inscription APB est bien anxiogene, je trouve. Du moins tel que c’est presente dans mon lycee !Aucun. Lyceen ne sait exactement ce qu’il veut faire comme metier. Et c’est bien normal …

  3. bernard-desclaux Says:

    C’est en effet une situation assez classique et largement répandue que vous vivez et que vous décrivez, difficile à vivre, autant pour vous que pour eux.
    Pourquoi faudrait-il qu’ils sachent ce qu’ils veulent faire, alors qu’ils sont dans une filière qu’ils ont choisit, ou non d’ailleurs pour des raisons « scolaires » et non pas de projet professionnel.

    Le fonctionnement de notre système scolaire produit cette situation, il ne la subit pas !

    Et merci pour le commentaire
    Bernard Desclaux

  4. DAIRI Says:

    Portefeuille de compétences : Du stage de 3ème au collège à l’insertion dans l’emploi

    Le portefeuille de compétences, est un outil de dialogue avec l’environnement professionnel : « Se connaître pour se faire reconnaître »
    Si, la 1ère transition (école entreprise) ne fonctionne pas (1 jeune sur 4 est au chômage), c’est peut-être parce que le jeune est seul, désarmé, face à un environnement nouveau, inconnu, instable : Seul, pour gérer cette 1ère transition.
    Comment aider le jeune à « vivre » sa 1ère transition : de l’entreprise à l’école

    Il est essentiel de préparer l’immersion en entreprise et d’exploiter les retours d’expérience en entreprise dans un document personnalisé, actualisable…permettant au jeune d’y porter par exemple, 3 choix de métier, les connaissances sur le monde de l’entreprise…
    L’objectif pour le jeune : Choisir, écrire, réécrire, s’approprier ce qu’il a appris…(Dés, le stage de 3ème)
    Disposer d’un outil de dialogue « Entreprise-Ecole » pour parler le même langage, partager la même logique.
    Initier très tôt, en amont du processus, la démarche de portefeuille de compétences constitue un Outil de connaissance de soi et de l’environnement des entreprises et des métiers.

    L’école prépare à un diplôme, l’objectif de celui-ci, étant de nous ouvrir ensuite, les portes de l’emploi.
    Néanmoins, la connaissance de l’entreprise, du monde du travail est tardive ou inexistante.
    Il faut donner aux jeunes, les moyens de continuer à apprendre, « d’apprendre à apprendre », de se positionner dans un environnement qui change. Aujourd’hui, chacun est responsable de son employabilité.
    Sortir d’une culture Cartésienne du découpage, « saucissonnage », pour aller vers une culture systémique, dynamique, du « faire ensemble », construire ensemble.

    Le portefeuille de compétences à vocation à être actualisé, en cours de chemin, d’y porter les derniers changements, apprentissages. Il est une sorte de super CV, il appartient au candidat. Si, l’on veut qu’il soit un outil dynamique et efficace, il convient d’aider le jeune à se l’approprier et l’entreprise à lui donner toute sa légitimité afin qu’il devienne un outil de dialogue, d’échange constructif (Compétences exigées par l’entreprise, compétences maîtrisées par le candidat à un moment, sur un territoire..).
    Le portefeuille de compétences, lorsqu’il est porté par le CFA, les entreprises, qu’il répond aux besoins des uns et des autres (offre d’emploi, de poste…pour les entreprises, proposition de talents et compétences pour les jeunes) a davantage de chance » de porter ses fruits au niveau d’un territoire…
    Souvent, à la fin de sa formation en alternance, le jeune repart avec un projet, une idée de métier, néanmoins, celui qui ne trouve pas de débouché ou qui se souhaite se réorienter, se retrouve seul pour élaborer son CV, s’insérer professionnellement : Il fait l’expérience de la solitude. Les structures d’insertion (Mission Locale…tentent de capter ces jeunes).
    Ne pourrait-on pas envisager de proposer aux jeunes à la fin de leur formation en alternance, une période de mobilisation ou de remobilisation tant qu’ils sont encore au CFA : Ils sont là, mûrs pour valoriser leur candidature, leur projet ou le travailler.
    Le portefeuille de compétences serait ainsi, un formidable outil d’insertion, renseigné et actualisé par chaque jeune tout au long de sa scolarité, de sa formation en alternance, il lui permettrait de repérer les activités, compétences qu’il maîtrise, qu’il souhaite développer en relation avec les métiers, emplois, les postes proposés autour de lui.

Leave a Reply