Professeur principal, la complexité du rôle

Nous avons en France, rassemblé sur une seule personne, le professeur principal, un ensemble de fonctions et de responsabilités très important. C’est l’état actuel de l’organisation de notre système. Dans certains établissements, on voit apparaître différents rôles de coordination attribués à d’autres enseignants, mais c’est encore rare.
Notre professeur principal a donc plusieurs fonctions :

  • Pédagogique. Coordination de l’action pédagogique de l’ensemble de l’équipe.
  • Animation de la classe. A la fois dans ses aspects disciplinaires et maintenant « expressif » avec notamment la gestion des heures de vie de classe.
  • Orientation. Dans de multiples directions : administratives, informatives, de conseil, de préparation de l’évaluation…
  • Educative. Coordination de l’équipe pour notamment l’éducation à l’orientation, mais également l’organisation de nouveaux champs d’intervention (éducation à la santé, éducation routière…, etc).

La complexité du rôle est donc traditionnellement expliquée par la multiplicité des tâches et des acteurs avec lesquels il est amené à agir. Voir la dernière circulaire du professeur principal qui remonte à 1993 : Rôle du professeur principal dans les collèges et les lycées. Circulaire n° 93-087 du 21 janvier 1993.
Je voudrais ici insister sur une autre source de complexité.

La complexité temporelle concernant l’orientation

Le rôle du professeur principal s’inscrit dans trois horizons temporels.


Un premier horizon est le présent immédiat. Il s’agit de stimuler l’investissement de chacun des élèves dans ses activités scolaires, mais aussi dans ses activités extra-scolaires, qui le constituent. Sans oublier ses activités de recherches d’information, de curiosité… Au fond créer, offrir des occasions de grandir, d’acquérir des connaissances, et des compétences, de nourrir des envies, des motivations, des intérêts.


Un deuxième horizon est celui de l’orientation scolaire, la préparation des projets scolaires, des choix, des décisions. C’est l’horizon le plus encadré par les procédures d’orientation.


Il y a toujours un lien plus ou moins conflictuel entre ces deux horizons. Si les résultats scolaires ne sont pas en cohérences avec la nature du projet scolaire envisagé, que faire ? Modifier les comportements présents pour améliorer la réussite ? Mais il faut s’y prendre suffisamment tôt dans l’année pour espérer une modification efficace. Modifier le projet ? Proposer une décision d’orientation basée sur un pari ? Persuader l’élève, et souvent sa famille qu’il doit renoncer à ce projet.

Mais il existe un troisième horizon, celui de l’avenir, hors l’école. Jusqu’à présent nous avions un consensus qui supposait qu’il existait un lien, une relation très forte entre la réussite scolaire et l’insertion dans la vie active, entre les formations professionnelles et l’activité professionnelle. Nous savons que ce consensus qui peut-être était une illusion, est en tout cas aujourd’hui en très grande partie faux et le sera encore plus à l’avenir.


Le temps de l’insertion à la sortie de la formation est de plus en plus long, et l’observation réelle des activités professionnelles des personnes montrent qu’elles sont de plus en plus déconnectées de la formation reçues pour toute une série de raisons. Des raisons qui tiennent à la complexité extrême et à la mouvance des champs professionnels, mais aussi à l’accélération des changements technologiques.


Bien sûr, et malheureusement (?), les changements sont aussi provoqués par des ruptures d’emplois pour diverses raisons.


Et il ne faut pas oublier les comportements des personnes elles-mêmes qui mettent de plus en plus de temps à se « trouver ». La construction de soi dépasse aujourd’hui de beaucoup le temps de la scolarité, de la formation initiale (qui s’étend dans l’enseignement supérieur).


Cette construction de soi se fait dans le présent de la classe et donc dans ce premier horizon temporel, et elle se poursuivra bien au-delà.

L’éducation à l’orientation, c’est la prise en compte de ces différents temps : aider au développement de soi, gérer les parcours de formation, acquérir des comportements et des attitudes qui permettront l’orientation tout au long de la vie.

Ps : texte écrit il y a 10 pour le lancement de la formation des professeurs principaux dans l’académie de Versailles. Etait-il pertinent à l’époque ? Et l’est-il encore aujourd’hui ?

Bernard Desclaux

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This entry was posted on mercredi, avril 18th, 2012 at 15:36 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Professeur principal, la complexité du rôle”

  1. Z.A. Says:

    Cette complexité existe toujours ; et la difficulté du professeur, même pour l’orientation scolaire (mais justement la complexité réside dans ce que l’orientation n’est jamais que scolaire), est qu’à cette complexité temporelle se superpose une complexité spatiale : à quelques exceptions près, le professeur n’enseigne que dans un établissement et un cycle ; il peut entrevoir pour l’élève de 6ème une évolution scolaire et une orientation post-3ème, pour l’élève de 2nde générale et technologique une filière terminale, en lien ou non avec le projet éventuel de l’élève.

    Les professeurs ont en général peu d’informations sur la prise en charge de leurs élèves dans le cycle suivant, et le financement des stages et liaisons inter-cycles a fait l’objet des premières économies budgétaires, dans le même temps que des dispositifs nouveaux ont été instaurés : découverte professionnelle, socle commun, PDMF (programme de découverte des métiers et des formations). Derrière la ligne d’horizon, les chefs d’entreprise ont peu de connaissance des contenus et conditions de la formation initiale.

    Les conseillers d’orientation psychologues ont une perspective plus large au travers de leurs relations avec des élèves de collège, de lycées généraux ou professionnels, des apprentis, des décrocheurs, des étudiants, des jeunes à la recherche d’une première insertion, des jeunes ou adultes désirant valider leurs acquis ou se promouvoir… Mais l’accompagnement en orientation ne s’improvise pas, et ne constitue pas une compétence innée, ni pour les profs, ni pour les COP.

    Les rattrapages, financièrement possibles autrefois dans le cadre de la formation continue, témoignaient déjà à l’époque de l’absence de formation initiale des enseignants sur ce thème ; dans le contexte actuel d’intervenants multiples pour informer voire « orienter » les élèves, l’association nationale des directeurs de centres d’information et d’orientation (ANDCIO), dans ses positions et propositions pour un avenir des services d’orientation (partie V – Personnels d’orientation des CIO et des établissements scolaires – Formation et compétences), souligne la nécessité d’une formation à part entière aux fonction de guidance et de conseil, pour partie commune aux enseignants et aux COP (suivre le lien : http://www.andcio.org/spip.php?article134 ).

    Pour répondre à la question, il y a 10 ans comme aujourd’hui, l’orientation reste l’enfant pauvre de l’éducation.

    Confraternellement,
    Z.A.

  2. bernard-desclaux Says:

    Merci beaucoup pour ce commentaire-apport à cette réflexion mon cher Z.A.

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