Si la sélection est naturelle, faut-il que notre école le soit également ?

Suite aux positions que je défends à propos de l’orientation et de la notation (voir plusieurs articles précédents), j’ai reçu divers commentaires et questionnements, qui semblent s’opposer à ma thèse (la nécessité de supprimer les procédures d’orientation, et la notation) et la considèrent sans doute largement utopique étant donné que la fonction sélective de notre école paraît naturelle et normale. Je vais donc tenter d’expliquer.

La sélection comme évidence


Christine Vallin des Cahiers pédagogiques m’a envoyé ce questionnement il y a quelques temps : « La sélection perdurera, bien forcément. On est bien d’accord qu’il n’y aura pas 200 000 majors de l’ENA. Alors quoi faire ? Faire progresser un peu tout le monde en termes de connaissances acquises, capacités à se débrouiller dans le monde et à l’école ? Et arrêter d’accentuer les inégalités sociales/scolaires ? Vous attendez cela ou autre chose encore ? Et pour vous c’est surtout en supprimant tout palier visible ou invisible au cours du collège. C’est ça ? » Et elle me proposait d’essayer d’établir une liste simple des gestes efficaces pour une orientation… écologique.


Annick Soubaï, directrice de CIO m’a également questionné suite à mon petit article « La notation et la procédure d’orientation » :


« Maintenant, il faut bien un système pour légitimer la sélection, donc la distinction… La note est arbitraire, c’est sûr, mais qu’y a-t-il de réellement juste ? » Plus loin : « C’est une question épineuse… Peut-être pourrais-tu réfléchir à l’idée même qu’il faut telle note pour être admis en classe supérieure. Et s’il n’y avait plus de classe supérieure mais des modules… Peut-on éviter les niveaux dans la progression pédagogique? ». Et encore : « Le problème est l’étalon, la mesure. Dans les concours, on introduit une certaine équité par la double correction qui atténue peut être un peu la subjectivité.
Dans ton sujet, il y a 2 niveaux : celui du principe, c’est la note qui détermine le passage et l’autre niveau celui de la manière dont la note est obtenue (là encore plus ou moins juste). »


Et à propos du même article, un certain « numéro 6 » dans son commentaire écrit : « Mais hélas, je crois une hiérarchisation des élèves socialement nécessaire et éthiquement souhaitable. Bien sûr certains disent et à juste raison que cette hiérarchisation participe de la reproduction. Mais elle reste le seul moyen par exemple, de faire de la sélection positive pour de grands établissements parisiens, elle préside à l’établissement de certaines bourses à caractère sociaux, elle permet même marginalement à quelques francs-tireurs d’accéder à des cercles sociaux et économiques dont l’accès leur aurait autrement été formellement proscrit. »

Exaltation ou souffrance ?


Le projet pour 2012 de l’UMP dessinait l’Ecole de la sélection


L’UMP le 3 novembre 2011 à Paris avait organisé le « Rendez-vous pour la France« . « Tout commence par l’éducation » explique le parti présidentiel. A quelques mois de l’élection présidentielle, l’UMP avait mobilisé ses ténors pour présenter un programme conservateur pour l’éducation nationale : autorité, mérite, sélection. L’UMP avait ancré ses militants et son programme bien à droite, les mots
autorité, mérite, sélection, s’y bousculaient, tout un programme…


De l’autre côté, François Dubet dans une petite vidéo sur curiosphère rappelle à propos des finalités de l’école et sélection que l’école classe, c’est sa fonction. Mais la qualité de l’école s’apprécie à la manière dont elle traite les plus faibles. Et au cours du colloque organisé par Education & Devenir, il pose la question : la production de « champions » suppose-t-elle la mise en souffrance des autres ?

Quelle est donc la fonction de l’école ?

Marcel Crahay et Arlette Delhaxhe dans « L’école obligatoire en Europe, des conceptions divergentes » Sciences humaines  2003 écrivaient :

« En Europe, l’école se voit attribuer deux missions : doter chacun des connaissances indispensables à la vie dans nos sociétés, et préparer les individus à assumer des fonctions spécialisées. La comparaison des systèmes scolaires européens indique comment chacun tente de trouver l’équilibre entre ces deux missions. ».

Mais est-ce une question d’équilibre ?


Dans les différents systèmes décrits, on voit que la fonction « cohésion » s’arrête plus ou moins tôt dans l’organisation du système par rapport à celle de la « répartition ». Parmi les trois modèles repérés par les auteurs, la France se trouve représenter un modèle particulièrement ambigüe. Si le modèle germanique fait débuter la répartition dès la fin du collège, le modèle nordique la place dans la deuxième partie du secondaire. Et la France ? Depuis 1976 et la réforme Haby, nous serions du côté du modèle nordique. Sauf, sauf que la fonction répartition reste exercée par le collège, avec toutes ses conséquences que nous avons déjà indiquées dans plusieurs billets précédents.


Une position simple, simpliste (?), que je défends, serait de considérer que la partie « obligatoire » (soit le collège) assume totalement la fonction cohésion, au reste du système d’assurer la répartition.

Bernard Desclaux

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This entry was posted on vendredi, août 3rd, 2012 at 18:29 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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