Une ébauche d’histoire de l’information en orientation

Dans le cadre de la Conférence-débat : Jeunes et pratiques d’information, organisée le mardi 25 septembre 2012 par l’INJEP, j’ai participé à la première table ronde intitulée : Orientation : les pratiques d’information changent la donne. Voir la présentation de cette opération sur le site de l’INJEP http://www.injep.fr/Conference-debat-Jeunes-et .

J’ai proposé une intervention en trois parties sur le contexte de la situation actuelle. Le prezi utilisé est visible à l’adresse suivante : http://prezi.com/5srqtuwau__i/information-orientation-jeunes/
Cette première partie ébauche une histoire du/des rapports à l’information pour l’usager et le professionnel.

Le mouvement d’orientation en France prend sa naissance sur la question de la formation professionnelle des jeunes. La suppression des corporations en France, à la période révolutionnaire, a désorganisée la formation. La question de l’orientation est celle de l’orientation professionnelle, et elle aboutit à la loi Astier de 1919, légiférant l’apprentissage, puis à celle de 1938, qui créé un centre d’orientation professionnelle par département, et rend obligatoire l’avis d’orientation délivré par un conseiller d’OP pour signer un contrat d’apprentissage. La question de l’information est alors bien mince. Chaque conseiller se fait sa propre information qui consiste surtout à établir un réseau de connaissance avec les lieux de formations. Le conseiller examine le jeune, détermine une orientation, et parfois place le jeune. Celui-ci et sa famille n’exerce que très peu de choix. Le conseiller est testeur et un « placeur ».
C’est dans les années 30 que débute le rassemblement d’information pour un public. Le BUREAU UNIVERSITAIRE DE STATISTIQUES ET DE DOCUMENTATION SCOLAIRE, le B.U.S., est créé en 1933 « sous le régime de la loi d’association de 1901 grâce à un accord conclu sous le patronage d’A. de Monzie, ministre de l’Éducation nationale, entre la Confédération des travailleurs intellectuels, l’Union nationale des associations générales des étudiants de France, la Fédération des associations de parents d’élèves des lycées et collèges et l’Institut national d’orientation professionnelle, devint un établissement public en 1954. Il fonctionna jusqu’en 1970, date de création de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (O.N.I.S.E.P.). Bien avant la Seconde Guerre mondiale, le B.U.S. avait élargi son champ d’action limité lors de sa création à des tâches d’information : citons l’établissement de nombreuses statistiques, la réunion d’une abondante documentation, la mise en œuvre de plusieurs enquêtes et des interventions auprès des pouvoirs publics pour créer de nouveaux débouchés en faveur des jeunes diplômés. » http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/series/pdf/63AJ.pdf

En 1959, au moment de la loi Berthoin, les Centres d’OP deviennent des centres d’OSP (orientation scolaire et professionnelle). Les conseillers de l’époque poursuivent leur travail d’examen et d’orientation au sein du système scolaire (alors qu’ils étaient à la charnière du primaire et des centres de formation). La « réussite scolaire » et les tests orientent, nul besoin d’information.

C’est au début des années 70, après 68, que la question de l’information s’impose. Le Centre d’information et d’orientation prend la suite des COSP. Les conseillers sont conseillers d’orientation. Les nouvelles procédures d’orientation de 1973 créent la possibilité du choix pour les parents et les élèves, ce qui suppose qu’ils soient informés. Et le BUS devient ONISEP. Même si l’ONISEP commence à publier et vendre des documents d’information, même si un secteur marchand (privé) de l’information sur l’orientation se créé avec par exemple la naissance de l’Etudiant, pour l’essentiel elle reste produite pour les professionnels, et avoir accès à l’information suppose d’abord de rencontrer un conseiller. Le conseiller est un médiateur obligatoire ou quasi-obligatoire.
Il faut attendre les années 80 pour que la notion d’auto-documentation se développe. L’ONISEP créé son auto-documentation qui sera installée dans les CIO puis dans les CDI des établissements, et le CIDJ diffuse ses classeurs. Avec la décentralisation, une région comme celle de l’Ile-de-France va payer ces classeurs pour tous les CDI des lycées. La mise en place de l’ « auto-doc » dans les CIO sera souvent difficile pour des raisons architecturales, mais aussi pour des raisons de pratiques professionnelles, le public ayant ainsi un accès directe à la « matière première » de l’information1/ . Le conseiller n’est plus médiateur, mais accompagnateur.

Vient dans la foulée, l’explosion des Salons, carrefours, nuits, forums, etc…, qui suppose une rencontre directe entre le demandeur d’information et les offreurs d’information. Deux nouveaux acteurs prennent alors de l’importance, les collectivités territoriales (de la région à la commune) qui organisent, financent ces opérations, et les salonniers qui les mettent en œuvre. On est alors sur le mythe du contact direct, de l’absence d’intermédiaire.
Et ce mythe va se réaliser avec l’Internet. L’information est produite pour le web, pour le public. Elle est produite de plus en plus « facilement », à moindre coût aussi bien par les grands organismes d’information (ONISEP, CIDJ, et autres) que par chaque organisme de formation. La période antérieure est marquée par la question du classement des documents, avec le web la question devient la recherche d’information. Au fond, l’usager comme le professionnel se trouve face à la même source d’information. Au pire le professionnel se trouve placer dans le rôle du vérificateur, au mieux, dans celui d’accompagnateur. C’est la posture « côte-à-côte » qui s’installe face à l’écran commun. D’une relation asymétrique, complémentaire, on passe à une relation symétrique.
Bien sûr, le professionnel peut toujours se penser en avance sur l’usager. Mais pour avoir vécu l’implantation laborieuse des ordinateurs dans les salles d’auto-documentation des CIO, j’ai pu constater la crainte des collègues. Chacun devait se débrouiller seul pour tenter d’élaborer une ébauche de compétence à la recherche. Et j’assistais plus à un co-apprentissage (professionnel et usager) de cette nouvelle pratique.
Nous sommes aujourd’hui dans un emballement informationnel, pris dans un cercle vicieux, ou vertueux (selon sa vision). La masse d’informations s’accumulant, divers acteurs veulent aider, ou profiter de l’angoisse qu’elle déclenche, en créant des occasions de rencontres (que ce soient des salons ou que ce soient des portails sur le web). Cet accroissement d’acteurs dans ce champ de l’information créé de plus en plus d’informations, et ainsi de suite.
Pour terminer, il faut ajouter que cette évolution se place dans une évolution beaucoup plus vaste des « métiers travaillant sur autrui », analysé par François Dubet dans son livre Le déclin de l’Institution, 2002, Le Seuil. La relation d’autorité qui caractérisait ces métiers (santé, éducation, social) s’est transformée dans une relation supposant la coopération entre la personne et le professionnel. Nos amis québécois parlent de métiers adressés à autrui. Voir par exemple l’article de Philippe Maubant et Lucie Roger : Les métiers de l’éducation et de la formation : une professionnalisation en tensions.

1/ J’écrirai sans doute un article sur cette période durant laquelle j’ai mené une quinzaine de stage en région parisienne dans les CIO.

Bernard Desclaux

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This entry was posted on Samedi, octobre 6th, 2012 at 11:08 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Une ébauche d’histoire de l’information en orientation”

  1. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Où en sont les recommandations européennes ? Says:

    […] partie de mon intervention à l’INJEP. Voir la présentation, la première partie intitulée Une ébauche d’histoire de l’information en orientation , et la deuxième partie Ce n’est pas l’information qui est complexe. Cette troisième […]

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