L’orientation éducative (ANDEV 3)

Troisième partie de mon intervention à l’ANDEV le 6 décembre 2012 dans un atelier du congrès de l’association. Voir la présentation, la première et la deuxième partie.
Dans cette troisième partie, je présente le dernier point d’évolution de la question de l’orientation dans le secondaire qui s’opère dans les années 80 : l’approche éducative.

Les origines de l’éducation à l’orientation

L’idée que l’orientation ne peut être résolue que par une action sur autrui n’est pas neuve. Dans la première partie nous avons parlé de la mise en place d’un service d’orientation sous l’égide de l’état, et d’une notion de conseil très pressant sur les individus. Dans la deuxième partie il s’agissait de présenter la manière dont l’éducation nationale avait conçu la circulation des élèves dans le système par la mise en œuvre des procédures d’orientation, autre forme d’action sur autrui.

Cette troisième partie va indiquer que l’orientation est aussi une affaire éducative, et que l’école joue un rôle et doit jouer un rôle, dans le développement des aptitudes, des motivations, des compétences permettant à chacun de s’orienter dans la vie.

Cette troisième conception, je ne l’ai pas dit lors de mon intervention, apparaît au cours de la seconde guerre mondiale. Pierre Naville, s’opposant aux idées innéistes liées aux tests, affirme que les aptitudes s’élaborent au cours des expériences. Dès lors l’école a un rôle à jouer. Au début des années 50, Antoine Léon reprenant cette idée propose une pratique éducative de l’orientation. Il considère que c’est l’un des rôles de l’instituteur. Ces deux auteurs étaient conseillers d’orientation. Le premier quittera la profession très vite et le deuxième sera exclu de l’INOP.

La question revient en France à la fin des années 70 par le Québec qui a élaboré l’ADVP (activation du développement vocationnel et personnel) puis par Geneviève Latreille avec l’association Trouver-créer. Mais tout cela se situe en dehors de toute institutionnalisation.

Finalement dans les années 80, avec la notion de projet, revient en force le thème éducatif dans le champ de l’orientation, et en 85 est publié une annexe aux programmes du collège, intitulée sobrement : « Orientation ». Il s’agit d’un descriptif des activités à mener, dans chaque matière à propos de l’orientation. Mais ce texte est publié par le Bureau de l’orientation du ministère et n’est pas exploité par les inspecteurs disciplinaires.

La circulaire de 1995 : l’éducation à l’orientation

En 1995, plusieurs phénomènes sont durement ressentis, la crise économique, le chômage, un emballement technologique et une crise du « travail » et de sa permanence (Rifkin, La fin du travail, sera publié en français en 1997). Le ministère Bayrou publie une circulaire pour expérimenter puis généraliser l’éducation à l’orientation.

Ses modalités supposent que l’ensemble des enseignants du collège (de la 5ème à la 3ème) prennent en charge cette activité, ce qui suppose une modification de leur rôle professionnel centré sur la discipline et l’enseignement. Mais il n’y a pas de « programme », celui-ci doit être élaboré par l’établissement et voté en CA. Cette activité, obligatoire pour tous les élèves, est néanmoins « gratuite » : pas de notes, pas d’évaluation. Enfin le conseiller d’orientation-psychologue lui doit devenir un conseiller technique en la « matière » auprès du chef d’établissement et des équipes. Autrement dit les rôles professionnels traditionnels sont remis en cause.

Le pilotage est problématique. A part l’Inspecteur général qui a rédigé la circulaire et qui intervient dans plusieurs académie, la circulaire n’est pas réellement soutenue par le ministère. Au niveau académique, les recteurs s’impliquent peu (il y a en parallèle d’autres « réforme »s du collège), et ce sont les chefs du service académique d’information et d’orientation (CSAIO) qui s’engagent, alors qu’ils n’ont aucun « pouvoir » sur les établissements. Et on observe une absence des inspecteurs disciplinaires. Les démarches seront donc très différentes selon les académies. Voir mon article L’éducation à l’orientation en tant qu’innovation.

Les objectifs sont ambigus. S’agit-il d’améliorer les choix d’orientation des élèves (c’est l’interprétation majoritaire qui en est faite), ou bien de préparer les jeunes à leur tâche d’orientation qui se posera plusieurs fois dans leur vie ?

2008, la résolution européenne

La Résolution « Mieux inclure l’orientation tout au long de la vie dans les stratégies d’éducation et de formation tout au long de la vie », est adoptée le 21 novembre 2008 sous la présidence française. Elle recommande notamment aux États membres de « favoriser l’acquisition de la capacité à s’orienter tout au long de la vie ». Et le ministère met en œuvre le Parcours de découverte des métiers et des formations (PDMF).

On y retrouve les mêmes caractéristiques que pour l’éducation à l’orientation : organisation locale et modification des rôles des personnels. Un accent est mis sur l’aspect coordination des actions qui sont moins « pédagogiques ».
On peut repérer néanmoins quelques améliorations. La circulaire est explicitement reliée à une thématique européenne. Le ministère soutient la circulaire en publiant des documents élaborés et installés sur le site EDUSCOL du ministère sous un titre semble-t-il clair quant à l’objectif Apprendre à s’orienter tout au long de la vie. Mais on y retrouve encore l’ambiguïté de l’objectif, ainsi on indique que le but est de permettre à chaque élève de construire son parcours ! Une évaluation de l’acquisition de cette compétence est prévue dans le socle commun. Un outils, le webclasseur de l’ONISEP et développé et mis à disposition des élèves et des enseignants pour gérer le pédagogique et l’évaluation des activités. Les actions se font dans la classe, mais beaucoup se font hors de la classe et nécessite un partenariat avec le monde économique, les associations locales, les collectivités territoriales et les parents.
C’est notamment par ce biais que le PDMF pourrait s’articuler avec les PEL des collectivités territoriales pour organiser ce qui ne peut l’être au niveau d’un seul établissement. C’est déjà le cas pour les organisations de Forum par exemple. Mais on pourrait imaginer d’autres opérations notamment avec les acteurs économiques locaux et qui pourraient être organisées et soutenus par la ville ou le département.

Références
Sur l’histoire :
Edition par Rémy Guerrier et Bernard Desclaux du n° Hors-série de l’Orientation scolaire et professionnelle, juillet 2005/vol. 34, Actes du colloque : Orientation, passé, présent, avenir, INETOP-CNAM, Paris, 18-20 décembre 2003. Dans ce numéro, Bernard Desclaux : Commentaires aux articles extraits des revues BINOP et OSP pp. 467-490 et les articles sélectionnés, pp. 491-673
A propos de l’éducation à l’orientation
Olivier Brunel, L’éducation à l’orientation au collège : origines, textes et enjeux, in Questions d’orientation, n°4, 2000, pp.
Bernard Desclaux, L’éducation à l’orientation en tant qu’innovation. Publié en fait en 2005 dans la revue Perspectives documentaires en éducation, n° 60, 2003, L’éducation à l’orientation, pp 19-32
Pour le PDMF
Le cadre national et la mise en œuvre académique du parcours de découverte des métiers et des formations

Bernard Desclaux

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This entry was posted on vendredi, décembre 28th, 2012 at 11:47 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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