Situation d’un CIO parmi tant d’autres, Fontainebleau

La création du Centre d’Information et d’Orientation (CIO) en 1970, qui faisait suite au centre d’orientation scolaire et professionnelle (COSP) a en fait mis en place deux types de CIO, les CIO d’état et les CIO départementaux. La première loi de décentralisation en 82 a oublié l’existence de ces centres. La prochaine envisage une attribution de ceux-ci à la région. Du coup, certains conseils généraux prennent les devants et décident de remettre les CIO entre les mains de l’état.
Avec la permission de l’auteur, je publie la situation du CIO de Fontainebleau dans le 77. Mais il n’est pas le seul, ni le dernier sans doute. Je rappellerais ensuite l’origine de cette situation des services d’orientation de l’éducation nationale.

La situation du CIO de Fontainebleau

Le CIO de Fontainebleau se trouve dans une situation inextricable. La mairie de Fontainebleau a dénoncé le bail locatif passé avec le CG de Seine et Marne et nous demande de quitter les lieux pour le 30 juin 2013.
Le CG77 nous a informé qu’il « nous remettait entre les mains du ministre » et ne nous financerait plus à partir du 1er juillet 2013, que d’ici là il récupérait les crédits d’investissement de 2012 qui pourtant avaient été votés, et supprimait ceux de 2013. Seuls les crédits de fonctionnement sont maintenus jusqu’au 30 juin 2013.
En conclusion, le 1er juillet, le CIO n’a plus de budget, plus de matériel qui appartient au CG77, et plus de locaux!….
A ce jour, personne ne veut assurer à minima le financement des crédits de fonctionnement à partir du 1er juillet:

— le CG puisqu’il se désengage officiellement (et l’a écrit)
— le rectorat qui ne veut pas reprendre à sa charge le financement du CIO au pied levé
— le conseil régional puisque les lois de refondation de l’école et le volet 3 de la régionalisation ne sont pas votées (si elles l’étaient, il y aurait la contrainte d’attendre les décrets d’application…). Le Conseil régional est donc légalement dans l’impossibilité de le faire.

Ce qui est nouveau dans cette situation, c’est qu’elle concerne un CIO de grande taille à l’échelle des CIO (10 postes de COPsy, 2 de secrétariat, un de DCIO).
Nous agissons pour trouver une solution de relogement, avec l’aide des établissements du district.
Si dans les mois qui viennent une solution concrète n’est pas définie et acceptée, il sera tentant pour le rectorat de fermer le CIO, solution souvent observée ces dernières années dans des situations analogues, mais il est vrai pour de plus petites structures.
Bien cordialement,
Pour les personnels du CIO de Fontainebleau,
Yves Hardouin
Directeur du CIO
15 rue Royale, 77300 Fontainebleau

01 64 22 32 41   yves.hardouin@ac-creteil.fr

Les origines de cette situation

Suite à la loi dite Astier de 1919 qui commence l’organisation de l’apprentissage en France, le front populaire impose le financement d’un centre d’orientation professionnelle dans chaque département, et les conseillers de l’époque, installés dans ces centres, délivrent l’avis d’orientation obligatoire pour la signature d’un contrat d’apprentissage (La naissance de l’orientation professionnelle (ANDEV 1) ).
Au retour de la seconde guerre mondiale, avec la massification de l’enseignement, La réforme Berthouin qui transforme des Centres d’orientation professionnelle et Centre d’orientation scolaire et professionnelle, ceux-ci se multiplient dans les départements, toujours financés par les départements, et occupés par les personnels d’orientation, fonctionnaires payés et gérés par l’état.
En 1970, ces COSP deviennent des centres d’information et d’orientation (CIO). Les nouveaux centres qui seront créés, seront des CIO d’état, financés par l’état sur une ligne budgétaire du ministère de l’éducation nationale. Et il est dit que les CIO « départementaux », les anciens COSP, seront étatisés au fur et à mesure.
Lors de la première loi de décentralisation en 1982, l’état attribue les responsabilités de financement et de fonctionnement des divers établissements scolaires aux collectivités territoriales. Mais dans cette opération, les CIO sont oubliés, ignorés… de fait le statut quo persiste.
Sur 567 centres répartis sur le territoire national, les dépenses de fonctionnement et d’investissement de 267 sont encore à la charge des départements (Inspection générale de l’éducation nationale et Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche Le fonctionnement des services d’information et d’orientation, rapport n° 2005-101, octobre 2005, La Documentation française, p. 13).
Au cours des années 90 le principe de globalisation des budgets se développe, et la ligne « CIO » disparait, les rectorats recevant une enveloppe globale. L’engagement de l’état dans le financement des CIO dépend alors de chaque recteur et de la politique académique, de l’influence du conseiller technique pour les questions d’orientation (le CSAIO), de l’état des services d’orientation dans l’académie, etc.
Dans les années 80, les CIO départementaux étaient en général bien mieux budgétés que les CIO d’état. Aujourd’hui on peut s’interroger.
Depuis 1982 les Conseils généraux s’interrogent sur leur obligation de financement des CIO. Depuis 3-4 ans, certains se sont engagés effectivement dans une politique de restriction des budgets, et plusieurs ont engagé un « bras de fer » avec le rectorat de l’académie pour se dégager de leur responsabilité.
L’annonce d’une prochaine loi de décentralisation qui attribuerait au Conseil régional la responsabilité du financement du fonctionnement de l’ensemble des CIO déclenche une nouvelle vague de retrait des conseils généraux dans ce financement. La décision du Conseil général du 77 en est un exemple qui risque bien de se propager.

Ajoutez à cela l’indécision du ministère quant à savoir que faire des conseillers d’orientation-psychologues, les mettre sous la responsabilité du conseil régional, ou les affecter en établissement scolaire, et vous avez une situation explosive, très risquée pour l’ensemble des personnels de ce service. D’ici la publication de la loi de décentralisation et ses décrets, les situations de travail des collègues vont sans doute empirer, et le service rendu en pâtira bien sûr.

Bernard Desclaux

Voir également mon article : Après la décentralisation, la territorialisation des services d’orientation

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This entry was posted on mercredi, janvier 23rd, 2013 at 17:05 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

5 Responses to “Situation d’un CIO parmi tant d’autres, Fontainebleau”

  1. Quairel Jean marie Says:

    La situation des CIO et de leurs personnels est finalement révélatrice de l’embarras du MEN et de L’ARF concernant la question de l’Orientation : Il n’existe pas en France de consensus autour d’une culture commune de cette notion qui divise au lieux de réunir , essentiellement parce qu’il y a confusion entre des procédures relativement dirigistes et un processus qui se voudrait éducatif . Il faudra bien sortir de cette contradiction et je ferais part bientot de quelques axes de réflexions pour y aider .

  2. Dubois Pierre Says:

    Situation ubuesque !
    Quid de la mise à disposition de COPSY à mi-temps dans les SCUIO des universités ?

  3. bernard-desclaux Says:

    C’est en effet assez inquiétant pour les Universités et leur service d’orientation.

    Mais il faut également savoir que cela fait bien longtemps qu’il n’y a plus de poste fléché de COP pour les universités.

  4. charlie Says:

    Bonsoir,

    votre article résume assez bien ce qui se passe. D’autres structures d’orientation sont aussi mises à mal avec cette attente de la loi de décentralisation.
    De plus, les problèmes d’orientation sont souvent mis en avant dans l’échec scolaire alors que nous n’avons pas les moyens de faire notre travail.
    C’est bien dommage.
    Bonne soirée Charlie K

  5. universite Says:

    Si on veut faire en sorte que les université proposent à leur étudiants la meilleure condition pour s’inserer dans la vie active, ces centres d’ortientation sont essentiels. Il faut esperer que ce besoin de ressources d’orientation soit pris en compte dans les nouvelles orientations de la reforme de l’université.

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