De l’eao au pdmf, deuxième partie de l’histoire

Deuxième partie de mon intervention à Angers  . Vous pouvez voir le prezi que j’ai utilsé a cette occasion  et le premier article : De l’eao au pdmf, première partie de l’histoire

Cette deuxième séquence historique portera sur la période des années 70 et 80.

On a vu que la conception éducative de l’orientation a été éliminée au retour de la seconde guerre mondiale. Elle va réapparaître, mais à l’étranger.

L’outre-atlantique et l’idée éducative

C’est au Québec que cette conception est reprise, conceptualisée et appliquée dans le système scolaire. C’est le livre de PELLETIER (denis), NOISEUX (gilles), BUJOLD (charles) : Développement Vocationnel et Croissance Personnelle. Mac GRAW-HILL Editeurs, 1974, qui fonde ce nouveau courant que l’on appellera l’ADVP (activation du développement vocationel et personnel). Vous trouverez une présentation sur Wikipédia.

L’autre courant se développe aux Etats Unis. Kenneth Hoyt est directeur de l’Office of Career Education des Etats-Unis à partir de 74. Il conçoit et met en œuvre un programme d’éducation à la carrière, reprenant lui aussi les travaux de Donald Super des années 50.

On peut repérer un certain nombre de différences entre ces deux conceptions :

Pour l’ADVP, la pratique de celle-ci est mise en œuvre par un professionnel formé, un conseiller d’orientation, dans un temps spécifique, et selon une progression prévue et structurée.

Pour l’éducation à la carrière de Hoyt, c’est l’ensemble des enseignants qui sont impliqués, et l’action se trouve « infusée » dans les enseignements (infusion), et ces activités ne supposent pas un programme stricto sensu à suivre.

La revue de l’INETOP, L’Orientation scolaire et professionnelle (OSP), revue scientifique se doit de faire une veille sur les conceptions et pratiques de l’orientation dans le monde. Concernant l’ADVP, le seul article qui y fait référence est celui de Michel GARAND : De l’Orientation à l’Activation. Orientation Scolaire et Professionnelle, 1978, N°4, soit quatre ans après la publication du livre cité plus haut. Il s’agit surtout de la présentation d’un outil créé par l’auteur français d’une méthodologie d’entretien utilisant les concepts de base de l’ADVP, exploration, catégorisation, hiérarchisation, cristallisation. Et pour l’autre courant, celui de Kenneth Hoyt, il faut attendre l’article de Pierrette Dupont : « Vers un nouveau modèle d’éducation à la carrière pour les écoles du Québec », OSP. 1988, 17, n° 4, 309-322, pour en avoir une description. Et très curieusement on y trouve cette phrase surprenante p. 313 :

 

« L’excellent bilan de l’évaluation des programmes d’éducation à la carrière qu’il (Hoyt) a dressé est suffisamment positif pour que nous nous inspirions de ce concept. D’ailleurs, nous ne connaissons pas d’approches éducatives en orientation qui aient eu autant d’envergure et qui aient fait l’objet d’autant de recherches et d’évaluations. »

 

Ainsi cette théorie et surtout cette pratique la plus évaluée au monde est passée inaperçue aux yeux sagaces des rédacteurs de la revue OSP, et l’ADVP fut à peine évoquée ! Dès lors on peut penser que l’absence d’écho dans une revue scientifique française n’est pas à interpréter sur un plan de passivité, mais comme une attitude tout à fait active. Quelques années avant, les conseillers avaient bien failli être supprimés au profit d’enseignants spécialisés (projet annulé par les événements de 68). Il était donc nécessaire de défendre la conception française de l’orientation basée sur l’expertise d’un professionnel formulant une prescription.

Malgré ce silence, la conception québécoise a des émules en France notamment avec l’association Trouver-créer qui traduit interprète la méthode et en fait l’Education aux choix. D’autres groupes, associations, individus s’essaye à cette conception, ce qui fait que cette idée finalement avance en France et va être reprise par « en haut », par le ministère lui-même.

Les premières reformulations ministérielles

A l’arrivée de la Gauche au pouvoir début des années 80  le ministère d’Alain Savary reprend ces idées, et réduit le pouvoir institutionnel lié aux procédures d’orientation.

C’est le droit au redoublement en fin de cycle qui est institué, et la décision « vie active » est supprimée. J’entends, à l’époque, dans les salles de professeurs : « on va se les garder jusqu’à 20 ans ! ».

Pour la première fois, parmi les objectifs du collège, il y a l’éducation au choix d’orientation. Cette affirmation va découler au moins deux tentatives de mise en œuvre de cette éducation.

En 1985, de nouveaux programmes pour le collège sont publiés en juin. En novembre 1985, une annexe est publiée ayant pour titre, Programme et instructions des classes de collège : l’orientation. On y retrouve la reprise du concept d’infusion de K. Hoyt. Toutes les matières sont concernées, mais la rédaction de ce programme a été réalisée par un inspecteur de l’orientation du Bureau de l’orientation au ministère, totalement indépendamment des autres rédacteurs disciplinaires. Quelques académies mettent en place des groupes de travail, mais ces programmes ne seront pas réellement soutenus et donc peu appliqués.

En juin 1991 le Conseil national des programmes publie un avis : le temps scolaire pour l’information et l’orientation. Après le contenu, ce sont le temps qui est abordé, mais sous l’angle d’un temps spécifique, utilisable par n’importe quel intervenant (enseignant ou autre). Beaucoup d’académies se lancent, mais l’ambigüité est forte. Le temps est le plus souvent attribué au professeur principal, et les enseignants ne se sentant pas formés considèrent que c’est au conseiller d’orientation d’y intervenir.

Entre temps la notion de projet d’orientation, scolaire universitaire et professionnel est inscrite dans la loi de 1989. Ambiguïté encore, la notion de projet désigne surtout une démarche, une pratique à acquérir, ou la formulation d’une décision concernant son avenir ? Le maintien des procédures d’orientation ne peut que faire choisir la deuxième interprétation. Il en est toujours de même aujourd’hui.

 

Bernard Desclaux

 

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This entry was posted on vendredi, avril 12th, 2013 at 17:34 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “De l’eao au pdmf, deuxième partie de l’histoire”

  1. jm quairel Says:

    Comme  » l’expertise d’un professionnel formulant une prescription » n’est plus, à ma connaissance et depuis longtemps , revendiquée par la profession et que l’EAO ou l’ADVP sont restées des pratiques minoritaires , on cherche désespérément les fondements théoriques qui caractérisent les modalités d’interventions des COP et qui soient portés institutionnellement , car le statut de Psychologue , justifié , n’est pas suffisant dans la mesure où il ne nous a même pas permis d’atteindre un consensus , autour de la notion de « pratique du Conseil en orientation » : De fait « le roi est nu  » et toute la place est occupée par les procédures . Je formule des vœux pour que l’expérimentation dans quelques académies , du « dernier mot laissé à la famille en matière de décision d’orientation » , soit positivement concluante , car la disparition de cet obstacle , libérerait enfin un espace à des pratiques éducatives significatives .

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