De l’eao au pdmf, et le titre de psychologue ?

Au cours de la conférence faite à Angers et dont j’ai commencé à rendre compte dans ce blog, j’ai fait l’impasse sur l’histoire de nos services de l’effet de l’obtention du titre de psychologue que Jean-Marie Quairel a relevé dans un commentaire. Je ne lui ai pas répondu sur le moment. Je vais tenter de le faire maintenant.

Le commentaire de Jean-Marie Quairel

« Un remarquable travail que ce Prezi, une vrai richesse sans aucun doute , car sans mémoire et oublieux de leurs racines , les services sont un peu comme un « bateau ivre » . Cependant, je n’ai pas bien perçu ce qui a précipité le désengagement de l’état et que je situe dans la première moitié des années 90. Compte tenu de la richesse et de l’histoire de ces Services, comment peut-on comprendre l’attitude de l’Etat que nous avons tous ressenti et l’entreprise de démolition d’un métier qu’il a laissé se développer ? Car la richesse et la qualité de ce travail ne peuvent pas masquer l’énorme gâchis et l’impasse dans lequel se trouvent les collègues en activité. A mon sens, il manque dans ce Prezi ( à moins que je ne l’ai pas vu) la référence à l’obtention du titre de Psychologues, en 91 , qui explique, en grande partie selon moi , l’abandon de l’Etat et les ambiguïtés autour de la question, « aider l’élève à s’orienter » ou bien « l’orienter », symbolisées par celle des procédures. Il subsiste à mon avis un non-dit assourdissant de nos dirigeants, sur « quels psychologues dans le secondaire » et sur la compatibilité de cette fonction avec celle de Conseiller d’orientation. On peut faire « comme si » cette question était dépassée, mais tant qu’elle ne sera pas traitée, elle empoisonnera nos pratiques. L’idée selon laquelle, il est indispensable d’avoir une solide formation en Psycho pour exercer des missions de conseil en orientation, si elle fait consensus dans la profession (malgré des différences sur le champ d’exercice) est loin de constituer une culture commune et partagée par les décideurs, politiques, économiques et éducatifs, ainsi que par un nombre important de parents. Un travail de pédagogie et de conviction aurait dû être conduit, par l’État et par nous-mêmes : il n’a pas été fait et je me demande s’il n’est pas trop tard. »

Merci encore de ce commentaire stimulant, et je vais tenter quelques réponses.

La bagarre pour l’obtention

Dans le cadre de la Loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social, « L’usage professionnel du titre de psychologue, accompagné ou non d’un qualificatif, est réservé aux titulaires d’un diplôme, certificat ou titre sanctionnant une formation universitaire fondamentale et appliquée de haut niveau en psychologie préparant à la vie professionnelle et figurant sur une liste fixée par décret en Conseil d’Etat ou aux titulaires d’un diplôme étranger reconnu équivalent aux diplômes nationaux exigés. ».

Il faut attendre six ans pour que les conseillers d’orientation soient reconnus comme des psychologues. L’argument pour l’obtenir est double. Les conseillers d’orientation professionnelle ont été les premiers psychologues praticiens en France, et les conseillers d’aujourd’hui font passer des tests obligatoires aux élèves pour l’orientation vers l’enseignement dit « spécialisé » à l’époque.

La profession d’alors est divisée sur cette réclamation pour différente raisons.

La composition à l’époque est encore très « bigarrée » quant à la formation initiale. La moitié des conseillers ont fait des études de psychologie, mais l’autre moitié est constituée de formations universitaires très diverses. Il y a encore une forte proportion d’anciens instituteurs étant passés par l’INETOP. Et le recrutement direct par le CAFCO II (concours niveau licence et exercice immédiat de la profession) fonctionne encore.

Il faut rappeler également que la génération des psychologues sortie des universités après 68 est plutôt critique vis-à-vis des tests. Beaucoup se rattachent plus à une conception non-directive de la relation psychologique. Et d’une manière générale ces générations d’universitaires, qu’ils soient passés ou non par les formations psychologiques, sont marqués par la critique institutionnelle.

L’unanimité pour l’obtention du titre n’est donc pas évidente. Tous ne se sentent pas capables, tous ne sont pas d’accord sur le rôle de psychologue ainsi réclamé. Et pourtant la profession quasi unanime finit par descend dans la rue pour cette réclamation. Pourquoi ?

Le syndicat majoritaire (le SNES) a fait passer, a fait accepter son argumentation que je rappelais en premier ? Peut-être. Le SGEN s’est finalement rallié à cette idée, sans doute, mais ce n’est pas suffisant.

Je me rappelle d’une rumeur lancée à ce moment par notre IG, car il y avait alors un IG spécialisé pour l’orientation : une circulaire sur le temps de travail étaient en préparation qui prévoyait une augmentation certaine de celui-ci. Le statut de psychologue semblait être une bonne parade.

Conseiller d’orientation-psychologue

Le Décret n°91-290 relatif au statut particulier des directeurs de centre d’information et d’orientation et conseillers d’orientation-psychologues est publié le 20 mars 1991. La dernière version consolidée après une modification en août 2011 est consultable sur Legifrance .

A l’époque, je militais contre l’obtention du titre. Je considérais qu’une formation en psychologie était sans doute nécessaire pour exercer ce métier relationnel, mais que nos conditions de travail ne nous permettaient pas d’exercer une réelle relation psychologique professionnelle avec les élèves ou les parents. Les conditions n’ont pas changé après 91, on pourrait même dire qu’elles ont empiré. Les missions ont continué de s’accumuler nous invitant à la collaboration dans tous les nouveaux dispositifs pédagogiques, mais l’arrêt du recrutement nous envoyait à l’inverse un message d’insignifiance dans le fonctionnement de l’éducation nationale.

Mais beaucoup de collègues ont cru à ce titre. Normal, après 91, les nouveaux entrants étaient tous des psychologues le plus souvent diplômés de psychologie déjà à bac+5 avant même leur passage en formation dans les instituts. Beaucoup ont donc cherché à créer les conditions d’un exercice de psychologue : secret professionnel, réception seulement des volontaires, allongement du temps d’entretien, etc. Et surtout cette pratique se voulait duelle. C’est sans doute au moins en partie pour cela que les pratiques d’animation de groupe, et les interventions éducatives ont été souvent rejetées par les tenants de la psychologie, l’entretien étant la pratique centrale.

Le désintérêt du ministère

Jean-Marie Quairel semble situer le désintérêt du ministère à l’encontre des services d’orientation après l’obtention du titre. Je n’en suis pas si sûr, et je vais remonter le temps.

En 1985 les établissements deviennent des EPLE, munis d’un projet d’établissement. Pour dire vite, les circulaires ne sont plus à appliquer mais à interpréter et à adapter selon le projet de l’établissement. Dans ce nouveau cadre, l’activité d’aide à l’orientation est de la responsabilité de l’établissement. Le conseiller est un intervenant qui participe a cette activité. Et je situe à la même époque une réduction du recrutement des conseillers, et une stagnation du corps autour de 4700 postes (COP et DCIO).

Sous le ministère Barre la question de l’insertion de la jeunesse commence à être pris au sérieux et un plan d’accompagnement par des stages est mis en œuvre. Les services y participent. Mais en 1882 le gouvernement opte pour une politique interministérielle (création des PAIO et Missions locales), et engage les différents services concernés à coopérer. Mais vue la résistance des personnels d’orientation, la coopération sera volontaire, et ce sont des individus et non le service qui vont participer à cette aventure.

Dans la foulée, l’Education nationale crée la mission d’insertion, des moyens sont créer, mais très peu de titulaires vont s’engager dans ces activités, et ce sont de nombreux contractuels qui exerceront cette activité. Certains seront ensuite titularisés dans le corps des conseillers.

Un grand pas en arrière, en 68, le ministère tente de mettre en place dans les établissements des professeurs-conseillers. Les événements de 68 vont balayer le projet.

Et dix ans avant, en 1959, lorsque les conseillers d’orientation professionnelle deviennent des conseillers d’orientation scolaire et professionnelle, c’est à l’occasion de la mise en système comme l’évoque Antoine Prost : l’enseignement technique étant intégré à l’Education nationale, le Secrétariat de l’enseignement technique qui gère les conseillers d’OP et qui dépend du ministère du travail, bascule dans l’EN. Les conseillers de l’époque vont donc surtout servir à gérer les « sortants » de l’enseignement général pour les orienter et les placer dans les établissements techniques. Dans le même temps, les procédures d’orientation introduisant une demande parentale (une première dans l’histoire), l’éducation nationale créé une nouvelle fonction, celle de professeur principal, fonction qui sera boycottée les premières années par les enseignants.

Cette question du désintérêt pour les conseiller, que l’on peut également formuler par « que faire des conseillers d’orientation » n’est pas nouvelle, je pense même qu’elle est congénitale avec leur arrivée au sein de l’éducation nationale.

Bernard Desclaux

 

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This entry was posted on mardi, avril 16th, 2013 at 18:23 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “De l’eao au pdmf, et le titre de psychologue ?”

  1. jm quairel Says:

    Les rappels historiques évoqués ne démontrent pas un « désintérêt » pour les COP , mais une réelle difficulté pour leur donner une place significative dans le système . En vérité , c’est l’absence de vision collectivement partagée sur  » comment orienter les jeunes  » ou « comment les aider à s’orienter », qui a toujours empêché une reconnaissance sans ambiguïté de la profession et de ses pratiques . J’ai le sentiment que l’obtention du titre de Psy a déplacé le problème et qu’il a acté une rupture avec le MEN , puisque , progressivement , nous n’avons plus été représenté en son sein . On peut critiquer l’inspection , mais celle ci s’appuie au moins sur une vision et une conception des pratiques qui structure à minima une profession . Le titre de Psy , incompatible apparemment avec l’inspection , nous a précipité vers une conception et des pratiques « libres » , en laissant entendre qu’il suffisait à lui seul , pour donner sens et cohérence à la profession . Ce manque signifiait, en réalité , que nous étions « hors champ » du MEN et de ses fonctionnaires et qu’il n’y avait plus de culture de l’orientation au ministère . J’ai vainement plaidé , auprès des Syndicats , pour réclamer une forme d’inspection ( supervision) adaptée à notre profession : Nous payons , depuis 20 ans , cette absence d’évaluation institutionnelle , qui , si elle avait existé , aurait permis de faire taire les fantasmes sur les pratiques des CO Psy …..Mais c’est tellement agréable de se sentir libre ! Quand on est fonctionnaire , il arrive un moment où il faut en payer le prix .

  2. bernard-desclaux Says:

    Excellent commentaire Jean-Marie.
    L’invisibilité des pratiques a été en effet fatale dans notre relation aux ministères successifs.
    L’évaluation des services par la DEP en 96 n’a pas été suffisante pour réduire cela.
    Bernard Desclaux

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