La réforme du système éducatif en Flandres

La Flandres, vient d’arrêter une réforme de son système éducatif. Elle s’engage dans une évolution du fonctionnement de l’équivalent de notre collège quelques années après la Belgique francophone. Le modèle germanique, séparation des publics scolaires à la fin du primaire semble ainsi remis en question. Et ceci n’est pas sans évoquer notre évolution historique rappelée récemment par Claude Lelievre  dans un billet.

Le masterplan en quelques points

 

La presse belge décrit ainsi les modifications prévues.

 

Le masterplan devant réformer l’enseignement secondaire en Flandre prévoit notamment l’abandon des labels d’enseignement général, technique, professionnel et artistique, ainsi que l’instauration de cinq domaines d’études. En cinquième et sixième primaires, le cursus sera renforcé par des enseignants spécialisés en français, technique, sciences et musique. La différenciation sera consolidée pour stimuler les élèves les plus forts et soutenir les plus faibles.

Les élèves certifiés du primaire accéderont à un premier degré du secondaire « élargi » en termes de « compétences » à acquérir. Un tronc commun de 27 heures sera dispensé en première année pour les sciences, l’économie et la culture. Cinq heures de différenciation laisseront la place à des options (dont le latin, a spécifié le ministre de l’Enseignement néerlandophone Pascal Smet). En deuxième année, le tronc commun se réduira à 25 heures, avec possibilité pour l’élève qui le souhaite de favoriser un domaine d’étude.

Ce n’est qu’en troisième (14 ans) qu’il aura l’obligation de faire le choix entre cinq domaines: sciences et techniques, langues et culture, bien-être et société, art et création, économie et organisation. Il pourra aussi choisir entre trois objectifs: continuer à étudier, entrer au plus vite sur le marché du travail ou combiner les deux.

 

 

Mais l’accord n’est pas unanime. Un blog francophone belge, relève deux problèmes.

« Une réforme essentiellement cosmétique donc… où l’on voit que CD&V et sp.a ont dû faire de larges concessions aux nationalistes de Bart de Wever, qui exigeaient le maintien des trois filières afin de ne pas contaminer l’enseignement général et risquer un nivellement par le bas.

 

Et chez nous? Le Ministre Smet doit rencontrer son homologue francophone, Marie-Dominique Simonet (cdH) ce vendredi pour lui exposer sa réforme. Mais comme on l’a dit, il n’y a vraiment rien d’extraordinaire. Chez nous, on aurait même tendance à vouloir aller plus loin encore : la majorité des acteurs du monde scolaire plaident ainsi pour un allongement du tronc commun… à 16 ans. »

 

Les uns veulent faire progresser le temps de la « scolarisation en commun, jusqu’à 14 ans, en prolongation du primaire, et les autres veulent protéger le lycée, la poursuite d’études par l’ensemble des élèves jusqu’à 14 ans entrainerait une diminution la sélection.

 

La mise en oeuvre

 

Dans un récent billet, Claude Lelièvre, à propos du débat sur la bivalence en France, fait le rappel historique suivant.

« Il faut remonter jusqu’au début de la Ve République: dès 1959, il est décidé que les enfants ayant six ans cette année-là auront obligatoirement deux années de scolarisation supplémentaire. La structure où devait se faire la prolongation de la scolarité obligatoire pouvait prendre des formes bien différentes. Ce qui est finalement choisi par la réforme Capelle-Fouchet de 1963 (qui a été décidée et tranchée par Charles de Gaulle lui-même), c’est l’institution d’un collège d’enseignement général (le CES) par lequel devront désormais transiter tous les élèves de 11-12 ans à 15-16 ans. »

Mais si le collège (6ème– 3ème) fut donc créé peu de temps après la décision de la prolongation de la scolarisation commune, le palier 5ème, et ce malgré la réforme Haby de 75, ne disparait qu’avec la réforme du collège de Bayrou en 1994.

Et la presse belge précise : « Mais cette réorientation n’est pas pour tout de suite: les 300 options existant actuellement doivent d’abord être examinées et rabotées, ce qui ne devrait pas être fait avant 2016.

Les écoles, elles, seront encouragées par des incitants financiers – mais pas forcées – de se spécialiser dans un ou quelques-uns des cinq domaines, voire devenir des « écoles campus » proposant tous les domaines et les divers objectifs. »

 

 

Cette réforme perçue en Flandres comme dangereusement « démocratique » est réclamée ici en France par la droite, et peut-être pas seulement par celle-ci. Le collège unique, aujourd’hui le socle commun réduisent la sélection. Certains rêvent d’un retour à l’avant Haby, moment où un quart de la population scolaire pouvaient être orientée hors du collège, hors du chemin vers le lycée. Certains réclament le retour de l’apprentissage dès 14 ans.

La conception du système éducatif est liée à notre conception de la société. A chacun sa chance ou une éducation de tous ?

Claude Lelièvre, encore lui, sur son blog d’Educpros  a proposé : « Egalité des chances » et/ou « démocratisation »   qu’il conclut en rappelant le plan Langevin-Wallon : «  l’enseignement doit offrir à tous d’égales possibilités de développement, ouvrir à tous l’accès à la culture, se démocratiser moins par une sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la nation ».

 

Bernard Desclaux

 

 

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This entry was posted on jeudi, juin 13th, 2013 at 12:01 and is filed under Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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