Une nouvelle orientation de Pôle emploi ?

L’histoire de Pôle emploi  est récente.  Créé fin 2008, il fusionnait  l’ANPE (Agence nationale pour l’emploi) et les Assedic (Les associations pour l’emploi dans l’industrie et le commerce, et en avril 2010, il intégrait les personnels de  l’AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes).

Une nouvelle circulaire vient en modifier son « orientation ».

 

Le projet initial

Pôle emploi est aujourd’hui une institution de près de 50000 personnes. En juin 2011,   Daniel Jamme, rapporteur  du Conseil économique, social et environnemental  publiait un rapport intitulé Pôle emploi et la réforme du service public de l’emploi : bilan et recommandations.

L’article consacré à Pôle emploi dans Wikipédia précise : « Depuis le 1er avril 2010, environ 900 professionnels de l’AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes) ont intégré Pôle emploi, conformément à la loi du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation tout au long de la vie. Les personnels sont majoritairement des psychologues du travail, mais également des assistants techniques d’orientation et des ingénieurs de formation. Ils constituent des « équipes d’orientation spécialisée » réparties sur le territoire métropolitain, selon différentes configurations (en agences, sur des plates-formes de service…). »

Lors de sa création, en 2008, dans le but de faciliter la vie des demandeurs d’emploi, les deux fonctions antérieures, placement et indemnisation devaient être non seulement intégrée dans un même lieu, mais également exercées par le même professionnel. Cette politique est très vite  abandonnée, et en février 2010, Christian Charpy, directeur général de Pôle emploi,  s’exprime dans les Echos : « C’est le sujet de la négociation en cours sur la prévention des risques psychosociaux. Mais déjà, nous avons pris plusieurs décisions. 2009 nous a montré que rassembler dans un métier unique placement et indemnisation n’est ni réaliste, ni souhaité par les agents. Sur le terrain aujourd’hui, les ex-ANPE aident les ex-Assedic sur le placement et les ex-Assedic aident les ex-ANPE sur l’indemnisation et cela fonctionne plutôt bien. Il faut un socle commun de connaissances pour répondre aux questions simples, mais il y a nécessité d’expertises professionnelles. Nous allons aussi rassembler le front et le back-office quand ils ne sont pas dans les mêmes locaux, soit sur 450 sites. »

Jusque-là, les fonctions de Pôle emploi ne font qu’agglomérer celles des deux organismes précédents :

  •  l’inscription et la gestion de la liste des demandeurs d’emploi
  • l’accueil, l’information, l’orientation et l’accompagnement des personnes à la recherche d’un emploi, d’une formation ou d’un conseil
  • le versement des allocations
  • la prospection du marché du travail et la collecte des offres d’emplois ; l’aide et le conseil aux entreprises dans leurs recrutements ; la mise en relation de l’offre et de la demande d’emploi, en participant notamment à la lutte contre les discriminations à l’embauche et à l’égalité professionnelle
  • le recueil et le traitement des données relatives au marché du travail et à l’indemnisation des demandeurs d’emploi.

Une nouvelle « orientation »

Le transfert des psychologues de l’AFPA le 1er avril 2010 s’accompagna de la création d’une direction de la formation et de l’orientation. Cela augurait d’une nouvelle direction de l’organisme. Dans une audition au Sénat en mai 2011, Marc Piquette, directeur de l’orientation et de la formation à Pôle emploi indiquait : « Nous avons aussi renforcé la notion de diagnostic, opéré par le conseiller dès l’entretien d’inscription et de diagnostic (EID) du demandeur d’emploi. Ce dispositif permet de définir un projet d’évolution ou de mobilité professionnelle dès l’inscription du demandeur d’emploi, alors qu’auparavant la discussion sur la formation intervenait souvent après plusieurs mois. Aujourd’hui, l’orientation est au cœur du métier du conseiller. La question de l’orientation doit être abordée dès ce premier entretien pour mettre en œuvre rapidement les solutions adéquates. »

Cette préoccupation de l’orientation avant celle du placement est sans doute l’effet à la fois de la conjoncture très difficile du « marché de l’emploi » dans cette période, et de la publication de la loi n°2009-1437 du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie.

 

Il semble que certains personnels de l’ex-AFPA étaient très dubitatifs et le sont sans doute encore. Au temps de l’AFPA, association nationale, le catalogue des formations possibles à proposer aux demandeurs était national et donc très large. Il permettait ainsi une ouverture de la formation professionnelle et favorisait une mobilité des demandeurs. Ce catalogue national ne serait plus disponible, et l’offre de formation serait essentiellement régionale. Les psychologues du travail, nouvellement intégrés à Pôle emploi considéraient que cette opération en réduisait leur marge de manœuvre, faisait encore plus dépendre les demandeurs d’emploi de la politique régionale.

 

Dernière circulaire

En janvier 2012, l’instruction  « Le passeport Orientation / Formation de Pôle emploi » est publié au  (BOPE n°2012-9). Elle se veut être la mise en œuvre de la loi  relative à l’orientation et la formation professionnelle tout au long de la vie. C’est une instruction très technique sur ce nouvel outils et se relations avec les prestations du Pôle emploi qui doivent permettre de le « nourrir ».

 

Un an plus tard une nouvelle instruction est publiée de 27 juin 2013 (BOPE n°2013-71) : « L’offre de services en orientation professionnelle ».  Curieusement, elle se clôture par la formule « Remplace l’instruction n° 2012-17 du 25/01/12 relative au passeport Orientation », alors que la seule occurrence de ce « passeport Orientation » se trouve à la fin de ce paragraphe : « L’enjeu est d’accompagner les demandeurs d’emploi pour leur donner les moyens d’acquérir les compétences nécessaires à la gestion de leur carrière. Il s’agit de prendre en compte les caractéristiques individuelles des personnes et leur niveau de maturité vocationnelle (capacité à prendre de manière éclairée les bonnes décisions quant à leur choix d’orientation) pour leur apporter le service le plus pertinent. Il s’agira également de leur fournir un outil de synthèse de leur parcours professionnel et de leur projet avec le passeport Orientation – Formation. »

 

Il me semble que l’on a ainsi un tournant important dans la mission de Pôle emploi. Du placement et de l’indemnisation, une troisième mission se formule : accompagner les demandeurs d’emploi pour leur donner les moyens d’acquérir les compétences nécessaires à la gestion de leur carrière. On n’est plus dans un simple marché basé sur l’adéquation emploi-qualification.  Le demandeur d’emploi est un acteur essentiel dans le processus d’insertion :

« La posture professionnelle doit donc permettre d’accompagner les demandeurs d’emploi dans l’acquisition, le maintien ou le développement d’un référentiel de 8 compétences nécessaires pour s’orienter tout au long de sa vie professionnelle :

• Confronter ses caractéristiques personnelles aux caractéristiques du métier

• Chercher de l’information sur le marché du travail et de la formation

• Trouver des pistes de métier diversifiées

• Prioriser des pistes de métier

• Expliciter son expérience, ses choix et son projet professionnel

• Mettre en œuvre et adapter son plan d’action à des fins professionnelles

• Identifier, dans son environnement, les soutiens à son projet

• Activer et élargir son réseau à des fins professionnelles » 

 

L’instruction organise deux modes d’intervention adaptés aux besoins du demandeur d’emploi. Cette autre petite révolution, pour atteindre cet objectif consiste à distinguer une orientation généraliste exercée par les conseillers, et une orientation spécialisée menée par les psychologues du travail. Et pour que cette préoccupation de l’orientation soit première, « Tous les conseillers et les psychologues du travail bénéficieront d’une culture commune et partagée en matière d’orientation professionnelle tout au long de la vie ».

Un beau projet de formation en interne ! Espérons qu’il ne s’arrêtera pas comme le précédent plan de formation qui devait accompagner la fusion originelle et l’intégration des fonctions dans un même métier.

 

Enfin on peut s’interroger, et en tout cas c’est ce que je fais, sur le rapport entre cette instruction et le rapport de l’Assemblé nationale déposé PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES que je signalais dans mon article sur ce blog : « Vous n’avez pas voulu du SPO, vous aurez le SPE »

La préoccupation du placement reste bien vivante !

Bernard Desclaux

 

Be Sociable, Share!

Tags:

This entry was posted on samedi, juillet 20th, 2013 at 18:13 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply