Réflexion sur la formation continue face à l’évolution de l’Education nationale

Une réflexion sur la formation continue ne peut se suffire d’une réflexion sur les contenus de formation. Elle doit prendre en compte également les raisons de cette formation, ainsi que les dispositifs mis en œuvre, et leur adéquation à cette tâche, aider, faciliter, accompagner le changement, les évolutions du système éducatif. Cette tâche, officiellement confiée aux inspections, a de plus en plus été exercée par la formation continue depuis plusieurs années, les inspecteurs étant encore trop liés à la fonction d’évaluation des personnels.

Je me propose de repérer quelques lignes d’évolution dans l’Education nationale, et de réfléchir sur les conséquences possibles concernant la formation continue des personnels. Il s’agit de rassembler quelques idées à mettre en débat. Plusieurs articles vous seront proposés par la suite.

De fortes évolutions de l’éducation nationale

Parmi les évolutions importantes au sein de l’éducation nationale, nous en retiendrons deux qui ont des incidences particulièrement importantes sur la formation continue :

  • le développement officiel d’une autonomie de fonctionnement pédagogique de l’établissement ;
  • l’apparition d’objectifs non-disciplinaires à introduire dans les objectifs pédagogiques de l’établissement.

C’est notamment pour ces deux raisons que les organismes de la formation continue qui se sont succédés dans les académies ont proposés de plus en plus de stages « pour » les établissements et non plus seulement des stages pour des individus avec regroupement extérieur des stagiaires.

Ces dispositifs de formation, qui peuvent être très divers selon les académies,  sont toujours pris entre deux pressions : la commande institutionnelle qui est le plus souvent une commande de mise en œuvre d’un changement, et la/les demandes du terrain qui peuvent être l’expression de résistances, de tentatives de « prise de pouvoir » ou une réclamation de tout autre chose.

 

L’intégration du transversal

Il y a depuis plusieurs années, et ceci quelques soient les ministères, des évolutions de fond dans le domaine pédagogique bouleversent la forme pédagogique traditionnelle française. De nouveaux « problèmes » apparaissent également amenant les enseignants sur un autre terrain, hors du disciplinaire.

 

Les thématiques transversales s’intègrent dans les missions générales des enseignants. Ils ne pourront sans doute pas rester à l’écart  de ces pratiques. L’éducation à l’orientation, l’éducation à la citoyenneté, par exemple, et plus récemment les cultures artistique et numérique et bien d’autres encore seront des préoccupations qui s’imposeront à tous les acteurs.

  • Des dispositifs pédagogiques impliquent le travail collaboratif  vont se généraliser.
  • L’heure de vie de la classe, ou son équivalent, sera un espace institutionnel « obligatoire » pour tous les enseignants.
  • La globalisation des moyens et la pression à faire réussir  vont engager tous les enseignants sur les dispositifs d’aide individualisée qui pour beaucoup étaient surtout investis par les aides-éducateurs.
  • La généralisation de nouveaux comportements des jeunes (démobilisation, décrochage, violence, suicide) au cours d’une scolarité de plus en plus longue, interroge la pratique pédagogique, et la capacité de l’ensemble des personnels à réagir à ces situations de façon pertinente.

Il y a donc toute une recomposition des investissements des acteurs qui devra avoir lieu, mais qui touche en grande partie à la représentation du métier d’enseignant jusqu’à présent centrée, dans le monde secondaire, sur la discipline.

 

L’établissement : d’un lieu d’application à un espace intégrateur

 

Depuis vingt ans, la décentralisation (pas seulement en France) pose le problème du fonctionnement de l’établissement scolaire. Il n’est plus seulement un espace d’application d’ordres reçus et de mise en œuvre de formes organisationnelles imposées de l’extérieur et de contenus pédagogiques a transmettre. Il élabore des contenus et des organisations. Il prend des décisions, et met en œuvre des partenariats ou des coopérations avec son environnement.

En un mot, les personnels deviennent des acteurs qui nécessairement doivent s’engager, s’impliquer dans le fonctionnement collectif, et pas seulement dans son aspect « affectif » du groupe, mais dans les enjeux institutionnels, dans les enjeux de représentation, dans les enjeux de conceptions.  Le problème de l’engagement de l’acteur est devenu un objet sociologique. Voir par exemple : Engagement public et exposition de la personne, coordonné par Jacques Ion et Michel Peroni, Editions de l’Aube, 1997. Voir le compte rendu par Patricia Loncle-Moriceau .

L’école est dans plusieurs mondes comme dit Jean-Louis Dérouet, et inversement, il y a une confrontation de plusieurs mondes dans l’école (Sous la direction de Jean-Louis Dérouet : L’école dans plusieurs mondes, DeBoeck Université, 2000).

 

Aussi toute nouvelle sollicitation est vécue sur des modes très différents selon les acteurs, selon les personnes, et cela ne va pas de soi. La formation continue n’est alors jamais « neutre » par rapport au fonctionnement de l’établissement. C’est un appel au secours, c’est un allié dans un combat, ou c’est au contraire un danger. Et c’est toujours tout à la fois ces trois états, avec les surprises tournantes de l’allié qui se révèle un combattant redoutable, ou encore le demandeur qui devient  en fait le résistant le plus farouche quand il perçoit les conséquences, pour lui, du changement qu’il réclamait pour les autres.

On ne se lasse pas de ces retournements de position.

 

La suite dans les prochains articles

Bernard Desclaux

 

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This entry was posted on vendredi, juillet 26th, 2013 at 15:24 and is filed under Formation de formateurs. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

3 Responses to “Réflexion sur la formation continue face à l’évolution de l’Education nationale”

  1. jm quairel Says:

    La chaleur, insupportable depuis plusieurs jours , paralyse un peu ma réflexion …Je suis admiratif de ta constance et , très vite , je dirai simplement qu’il me semble que la FC des enseignants devrait comporter 4 axes essentiels :
    – Apprendre à travailler ensemble
    – Apprendre à évaluer autrement
    – Apprendre aux élèves à apprendre des contenus dont ils ( les profs) ne seront plus les seuls transmetteurs .
    – Apprendre à travailler avec des partenaires extérieurs à l’école .

    Mais ces changements ne pourront se faire que dans le cadre d’un véritable bouleversement systémique : Nous en sommes loin !

    Au retour de 10 jours de randonnée dans les Alpes , j’espère pouvoir en écrire un peu plus . Bon courage !

    Jean marie Quairel

  2. bernard-desclaux Says:

    Merci Jean-Marie de la formulation de ces quatre axes de formation pour les enseignants. Mais peut-être que pas que pour eux d’ailleurs…

    De mon, côté, j’essaye de réfléchir plutôt sur les conséquences pour les formateurs.
    A bientôt

  3. Formation, enseignement, environnement universitaire | Culture numérique Says:

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