Former à l’inexistant

Depuis plusieurs années l’injonction au changement pédagogique s’accélère. Le principe de l’expérimentation, plus ou moins observée et évaluée, suivie d’une généralisation s’est muté en un principe de demande-proposition à changer immédiatement, à mettre en oeuvre du nouveau.

Lorsque j’exerçais, il y avait eu l’éducation à l’orientation et l’éducation à la citoyenneté puis de nouveaux dispositifs pédagogiques (travaux croisés, TPE, PPCP), ou des dispositifs de fonctionnement tels que les heures de vie de classe. Une tendance que l’on peut observer régulièrement lors de l’apparition de nouveautés pédagogiques de ce type, c’est une recherche de réponses en termes de contenu à une demande de modification de forme.

La commande

 

La formation continue se trouve soudain avec l’obligation soit de mettre en œuvre, soit de répondre à une demande à propos d’un nouvel objet, souvent encore peu identifié, pour lequel il faut tout à la fois élaborer un contenu, une forme, une définition,  un dispositif de formation, et trouver des « formateurs ». A ces formateurs-aventuriers la tâche non seulement d’élaborer cet objet, mais également de se transformer en messager auprès de leurs collègues. Et l’on sait ce que l’on fait du messager lorsqu’il est porteur d’une « mauvaise nouvelle » car dans n’importe quel groupe social, et c’est ce qui le tient ensemble, la majorité est conservatrice et perçoit le changement, le nouveau comme un danger qui remet en cause un équilibre si difficilement établi.

 

Il est donc essentiel de concevoir des dispositifs qui à la fois permettent cette élaboration, mais qui doivent également protéger les formateurs de cet épuisement institutionnel.

 

Analyser les symptômes

 

Un stage est ce qu’on peut appeler en analyse institutionnelle un événement analyseur du quotidien. En proposant, en provoquant un autre mode de vie à des acteurs, pendant un temps donné, il remet en question un fonctionnement normal, évident, habituel, ce qui permet, si on fait l’effort de cette observation questionnante, de repérer des « règles » invisibles dans le quotidien pour les acteurs en général.

Bien sûr cette « observation » ne va pas de soi. Elle suppose un dispositif, une attitude particulière, un effort des formateurs. Elle doit être organisée un tant soit peu pour avoir une espérance de production de quelques savoirs peut-être utiles pour imaginer d’autres dispositifs de formations plus « efficaces ».

 

Les formateurs doivent inventer des dispositifs divers pour assurer ce travail qui est à la fois un travail de régulation pour les intervenants, un travail d’analyse des phénomènes non signifiants pris individuellement, mais qui le deviennent lorsqu’ils font nombre, et enfin un travail d’élaboration collective de dispositifs de formation et d’intervention.

 

Le dispositif de formation de formateurs

 

Il doit donc assurer différentes fonctions ou permettre certaines activités.

  • Acquérir des compétences générales d’animation d’utilisation de méthodologies créatrices
  • Etre une occasion de comprendre les évolutions en général
  • Permettre une élaboration collective, et assurer ainsi une référence collective aux formateurs
  • Construire des dispositifs sécurisants tant pour les stagiaires que pour les formateurs, et on peut l’espérer un peu efficaces.

 

Et ceci intéresse également les formateurs disciplinaires. Ceux-ci sont amenés à intervenir sur des activités qui débordent les contenus disciplinaires,  ou en tout cas qui remettent en cause des pratiques installées. Ils seront sans doute également amenés à intervenir en établissement ou dans des stages d’établissement ou de bassin, où d’autres enjeux ont cours.

 

Bernard Desclaux

 

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This entry was posted on samedi, août 17th, 2013 at 11:05 and is filed under Formation de formateurs. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Former à l’inexistant”

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