Le baccalauréat et son statut

Quatrième article qui développe mon intervention lors de la conférence proposée par Educpros : « Orientation : comment toucher vos futurs étudiants ? ».  La baccalauréat a perdu son statut de porte automatique vers le supérieur.

Le baccalauréat a perdu la moitié de sa valeur

On l’a vu dans l’article précédent, jusqu’à la fin des années 60 l quasi-totalité des places de l’enseignement supérieur sont en Université. Il y a bien le réseau des classes préparatoires, mais avec les classes de technicien supérieur (BTS) et les IUT, qui viennent tous les deux d’être créés, tout ceci ne représente pas grand-chose à côté de l’Université. En 1980, 80% des places post-bac sont encore universitaires. Mais aujourd’hui il en reste 52%. Et sans doute qu’en Ile-de-France on est passé en dessous au milieu des années 90. Voir le tableau ci-dessous.

 

Tableau 3 –  Flux d’entrée en première année dans les principales filières post-baccalauréat 
 France métropolitaine + DOM          
   
 

2010

2011

 

Variation

 
 

Constat

Constat

 

Effectif

%

Proportion 2011

Universités et établissements assimilés (hors IUT)

231 270

235 983

53

4 713

2,0

52,6

 IUT 

49 479

49 168

11

-311

-0,6

11,0

   – dont IUT secondaire 

20 884

20 548

5

-336

-1,6

4,6

   – dont IUT tertiaire 

28 595

28 620

6

25

0,1

6,4

 CPGE  

39 321

39 732

9

411

1,0

8,9

 STS et autres formations 

119 740

123 716

28

3 976

3,3

27,6

   – dont STS production 

39 252

39 944

9

692

1,8

8,9

   – dont STS service 

80 488

83 772

19

3 284

4,1

18,7

 Ensemble 

439 810

448 599

 

8 789

2,0

 
Source: MESR – DGESIP – DGRI – SIES          

Tableau extrait de Projections des effectifs dans l’enseignement supérieur pour les rentrées de 2012 à 2021, Notes d’information 12/12 septembre, 2012, p. 4.

Lorsque le baccalauréat est créé, il l’est en tant que premier diplôme de l’Université. C’est à ce titre qu’il ouvre droit à poursuite d’étude… en Université. Lorsqu’il y a monopole ou quasi-monopole de celle-ci, le bac est un ticket d’entrée pour le supérieur, Mais ce monopôle n’existe plus, et la totalité des autres dispositifs de l’enseignement supérieur ont imposé une sélection à leur entrée. Pour la très grande majorité de ceux-ci, c’est l’examen du dossier scolaire (notes, appréciations, âge, établissement, etc.) qui sera utilisé. Très rarement se sont des épreuves. Mais dans tous les cas, c’est l’établissement accueillant qui contrôle son entrée, l’Université étant tenue de recevoir tous les candidats, plus ou moins…

De l’extension du territoire de la sélection

Aujourd’hui, ce qui fait problème, ce n’est pas l’existence d’une sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur, mais la fonction d’entrée automatique du bac vers l’Université ! Argument de base : la moitié des entrants en Université échouent.

Dans sa chronique, Emmanuel Davidenkoff  (Question d’éducation : Le lycée a rendez-vous avec la fac) rappelle les deux tendances actuelles dont le but est de réduire les échecs en Université et en particulier en première année.

Certains misent sur l’amélioration de l’adéquation des lycéens aux exigences des différents parcours universitaires. Beaucoup d’expériences d’échanges d’enseignement lycée-université se développent sous des formes diverses. L’information au sens large est développée ainsi que le « conseil », les tentatives d’orientation active allaient dans ce sens. Mieux se connaître, mieux faire connaître par les élèves eux-mêmes

L’autre tendance, c’est la « filiarisation », à chaque type de bac on favorise l’entrée dans un type de formation supérieure. On voit se dessiner peu à peu une forme de tuyautage, le bac pro vers le BTS, le bac de techno vers l’IUT, les bacs généraux vers les classes prépa et l’Université. Ce projet ministériel est ancien,  Voir le vieux projet dans le livre d’Antoine Prost dans le chapitre de son livre utilisé dans mon article précédent y fait référence, tout en faisant remarquer, que souvent évoqué, il ne fut jamais appliqué. Il y eu des tentatives, mais jamais abouties. La sélection ne fut jamais décidée, mais finalement elle se trouve largement pratiquée.

Il y a toujours une hésitation dans le secondaire dans le traitement de l’Orientation : prendre la voie de l’éducation ou celle de la contrainte ?

L’échec par la structuration des études

La structuration des études est également à prendre en compte, et cela de deux manières.

On peut tout d’abord prendre les choses du point de vue du secondaire. Ici le constat est simple. On observe une extension du titre de « baccalauréat » à des formations dont la fonction n’est pas la poursuite d’études supérieures. Les brevets de technicien sont devenus des baccalauréats, et la formation professionnelle secondaire aboutit également à un baccalauréat. Le taux d’accès au bac atteint les 79,03% en juin 2012, après avoir stagné à un peu plus de 60% durant près de 15 ans. La pointe à 86,04% en 2011 étant due au passage la même année des derniers bacs pros en 4 ans et des nouveaux bacs pros en 3 ans. Avec ce dispositif, un peu moins des deux tiers des bacheliers ne sont pas préparés spécifiquement à une poursuite d’étude générale dans le supérieur. Or le projet européen auquel adhère la France suppose une diplomation au niveau L de la moitié d’une génération (voir).

 

Maintenant, si on regarde du côté du supérieur on est frappé par l’extrême complexité de l’offre de formation et de la diversité surtout des « types de formation » avec apparemment des particularités nationales : des diplômes professionnels à bac + 2, et surtout les fameuses classes préparatoires. Cette situation est un thème de discussion qui se trouve en particulier relancé par le mouvement de regroupement des établissements dans le supérieur, lancé par le gouvernement précédent et poursuivi par le gouvernement présent.

Avec les démarches de « discrimination positive » engagées par l’ESSEC et HEC et bien d’autres à la suite, Carole Daverne et Yves Dutercq ont pu mettre en évidence une forte évolution de la pédagogie dans notre de CPGE (en particulier celles de « proximités » qui se sont créés récemment, voir l’interview des auteurs sur le café pédagogique  suite à la publication de leur livre, Les bons élèves. Expériences et cadres de formation, PUF, Paris 2013, 212 p. A tel point que les auteurs s’interrogent sur la possibilité de transposer cette pédagogie à l’Université.

Pierre Dubois sur son site sur Educpros défend une autre idée depuis longtemps : « … je suis favorable à la fusion d’établissements pour parvenir à une quinzaine d’universités de recherche, dédiées aux seuls masters et doctorats ; toutes les universités actuelles doivent pouvoir intégrer une fusion. Fusions mais à une condition indispensable : sortir la licence de l’université et créer des établissements publics de 1er cycle (intégrant la CPGE, la licence, le DUT, le BTS), établissements devenant associés à une université de de recherche. »

 

Ici, on ne sélectionne pas monsieur, on tire au sort

La sélection s’est infiltrée en Université par différents canaux. L’article de Jean-Claude Lewandowsky en fait un état des lieux (La sélection à l’université, encore un mythe qui s’écroule).

Il y a la dérogation par exemple de l’Université Paris-Dauphine, qui depuis très longtemps a imposé une sélection et ainsi qui contrôle ses entrants.

Le secteur de la santé est également sous contrôle par la sélection sur dossier, la limitation des places par le numerus closus, et les concours des premières années.

Dominique Seux écrit dans un article intitulé « Faire sauter un tabou » : « Il faut en finir avec une énorme et scandaleuse hypocrisie, celle qui consiste à jurer, la main sur le cœur, que l’université française est ouverte à tous et qu’elle ne pratique aucune sélection à l’entrée. Car il saute aux yeux chaque jour davantage que c’est un tout aussi gros mensonge. Oui, la sélection existe et elle prend la pire forme qui soit, le tirage au sort ! La ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, indique dans nos colonnes qu’elle ne concerne pas plus d’un quart des filières de licence. Dans cette déclaration, c’est le « pas plus » qui détonne. En réalité, un quart est une proportion considérable et la variété des disciplines touchées (activités sportives et culturelles, droit…) montre qu’il ne s’agit pas d’exemples anecdotiques. »

 

On n’est donc pas à 50% des places du supérieur ouverte automatiquement aux détenteurs du bac, et une nouvelle modalité de « sélection » se généralise : le tirage au sort.

Caroline Beyer du Figaro dans un article « Tirage au sort à la fac : les universités demandent des comptes » écrit : « À côté des filières officiellement sélectives (BTS, DUT) et de cursus instaurant une sélection plus «confidentielle», comme les bi-licences, nombreux sont les diplômes à «capacités d’accueil limitées» affichés à Paris, Toulouse, Lyon, en droit, sciences politiques, langues… »

 

Le tirage au sort qui était une manière de résoudre ce problème des capacités limitées devient une « arme médiatique » utilisée par les Université. On vient de le voir à Bézier pour obtenir une rallonge budgétaire auprès de l’Etat. Et de son côté, le syndicat étudiant UNI, lui, réclame la mise en place d’une sélection par tests d’aptitudes.

 

L’absurdité du terrain prise entre le tirage au sort et le mirage des tests se trouve face à la surdité du ministère dans le contexte économique actuel.


Bernard Desclaux

 

Articles précédents

Evolution sur 30 ans des pratiques d’accompagnement vers le post-bac

Les choix des lycéens et leurs résultats

L’orientation dans le secondaire : effets des procédures

 

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This entry was posted on mardi, octobre 29th, 2013 at 18:34 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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