Enquête PISA et réactions des Profs de CPGE

Je vous propose un texte de Jean Marie Quairel en réaction à ces deux événements.

 

 

 » L’enquête PISA 2013, qui porte sur des observations faites entre 2009 et 2011, montre que le creusement des inégalités s’est aggravé depuis 2003 et que nous sommes en tête des pays de l’OCDE sur cet aspect de l’éducation. Elle montre en même temps, une stabilité en Math, avec des résultats un peu au-dessus de la moyenne (18ème rang des pays de l’OCDE) et de légers progrès en compréhension de l’écrit (14ème). Il est donc démontré que l’effet des politiques conduites ces 10 dernières années, avec un recul de la formation pédagogique des maitres, a eu plus de conséquences sur l’augmentation du creusement des inégalités, que sur le niveau de performance moyen des élèves : en clair , les élèves culturellement les plus éloignés de l’école et de ses codes, profitent de moins en moins de l’enseignement proposé .

Parallèlement, les réactions négatives des enseignants de CPGE à un projet de V. Peillon visant à « harmoniser les situations entre enseignants de Classe prépa « , ainsi que celles de certain hommes politiques de droite, ont toutes pour objet de défendre la « méritocratie républicaine « , ou de dénoncer une « chasse aux élites « .

Je pense qu’il n’est pas illégitime de chercher à équilibrer un système éducatif qui concentre des moyens très importants pour dégager une élite, dont la base sociale reste, socialement et culturellement très favorisée. Un enseignant agrégé de classe prépa, émarge à 5000 Euros / mensuel en moyenne, avec des disparités importantes (de 4000 à 9000 euros avec les heures sup). Il enseigne 12hrs/semaine, à 3% maximum d’une classe d’âge (à vérifier c’est peut-être moins). Un élève de Prépa coute 15000 Euros/an, alors qu’un élève

d’Université en coute 10000 (chiffres de 2009). Alors, certes l’excellence à un prix, mais il me parait tout à fait insupportable de ne rien vouloir changer à un système tout à fait prospère et performant pour une toute petite minorité de nos jeunes. Il devrait être tout à fait possible de redistribuer les moyens de l’état, en préservant la qualité de la formation des « élites » et celle de leurs enseignants, pour permettre de mieux faire vivre « l’égalité des droits » à l’accès à des formations qualifiantes, pour le plus grand nombre possible de nos jeunes. Les enseignants de Prépa, qui disposent de l’intelligence et des savoirs et qui n’ont rien usurpés de leur fonction ni de leur situation, se grandiraient s’ils consentaient à faire des efforts qui puissent bénéficier à l’ensemble d’une classe d’âge et donc soutenir l’intérêt général.

 

Il serait dommage et dangereux pour notre démocratie, de continuer à opposer  enseignement de masse et enseignement pour les élites. Dans un système équilibré et construit sur des principes émancipateurs pour chaque enfant, il est parfaitement possible de concilier l’émergence d’une élite aux bases sociologiques plus larges et la réussite du plus grand nombre. Prétendre le contraire, c’est vouloir conserver un système qui démontre tous les jours ses limites en matière d’insertion professionnelles et, plus grave, en matière d’absence de conscience et d’esprit de responsabilité chez trop d’acteurs sociaux-économiques et politiques, dirigeants et décideurs, ayant réussi dans le système .

 

Nous sommes nombreux (suffisamment ?) à penser que les enjeux à venir, en matière économiques, sociales et environnementales, exigent des citoyens, conscients, autonomes et responsables, qui ne pourront se construire que dans un système éducatif profondément rénové.

 

 

Amicalement Jean Marie Quairel

 

 

 

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This entry was posted on mardi, décembre 3rd, 2013 at 17:28 and is filed under Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

5 Responses to “Enquête PISA et réactions des Profs de CPGE”

  1. Jean-Michel Zakhartchouk Says:

    tout à fait d’accord. Dans l’étude PISA, on remarquera aussi ce chiffre: très peu d’élèves dits « résilients » en France, élèves qui devraient normalement si j’ose dire échouer et qui font partie des meilleurs, si on compare à des pays d’asie du sud-est mais même à la moyenne OCDE
    « Dans les pays d’Asie du sud-est, plus de la moitié des élèves les plus défavorisés sont considérés comme résilients, car ils obtiennent des performances en mathématiques qui les classent parmi les 25% d’élèves les plus performants. Elle a augmenté dans des pays comme l’Allemagne. En France, nous sommes à 22%, 4 points en dessous de la moyenne OCDE.  » (extrait de mon blog, analyse de ce jour sur pisa:
    http://blog.educpros.fr/Jean-Michel-Zakhartchouk/
    ça montre bien que notre soi-disant méritocratie ne fonctionne pas…
    JMZ

  2. Paul P. Says:

    Renseignez-vous : les CPGE ne sont pas réservés à l’élite. Tous les élèves de France peuvent y accéder, on ne regarde pas la situation des parents, les revenus, la religion ou que sais-je encore !

    Seuls les résultats scolaires comptent : il y a en CPGE 30% de boursiers du supérieurs et un élève de ZEP peut très bien atterrir ensuite en CPGE (il y est d’ailleurs bienvenu !)

    Cet esprit de sacrifice que vous appeler de vos voeux est bien étrange : on l’impose à une catégorie de personne, sans discussions, sans concertations et sans vision d’ensemble ! J’appelle ça une mesure vexatoire, rien de plus…

    Pourquoi pas les footballeurs de L1, les journalistes ou les orthopédhistes ? Ça n’a aucun sens !

  3. Pedro Cordoba Says:

    « Il est donc démontré que l’effet des politiques conduites ces 10 dernières années, avec un recul de la formation pédagogique des maitres, a eu plus de conséquences sur l’augmentation du creusement des inégalités, que sur le niveau de performance moyen des élèves »

    Absurde. La dernière enquête PISA concerne des élèves de 15 ans en 2012. Ils ont donc accompli toute leur scolarité primaire – là où se mettent en place les inégalités – entre 2002 et 2006 avec les programmes Jack Lang, remplacés à la rentrée 2009 par les programmes Darcos qui ont donné d’excellents résultats en maternelle, le seul cycle ayant pu être évalué. Ces programmes Darcos, dont personne ne peut encore dire s’ils ont été efficaces ou non à partir du CP, vont être à nouveau remplacés pour des raisons de fanatisme idéologique par un retour aux programmes Lang, dont le dernier PISA montre le caractère néfaste.

    Quant au prétendu « recul de la formation pédagogique des maîtres », il concerne les stagiaires de l’année 2010-2011, titularisés en 2011-2012 : là encore aucune répercussion possible sur les résultats de PISA. D’autant plus que ces néo-titulaires ne représentent guère plus de 3% des 800 000 professeurs de l’enseignement scolaire et que, pour couronner le tout, il n’y a eu aucun « recul » de la formation. Ce qu’avait impliqué la réforme Darcos-Chatel, c’est une surcharge de travail pour les stagiaires devant assurer la totalité du service. L’année de stage avait donc été alourdie, pas allégée. La seule partie de la formation qui avait subi une petite réduction concerne la bouillie pseudo-scientifique infligée par les IUFM aux malheureux stagiaires : une enquête officielle effectuée auprès de ces stagiaires en 2011 donna comme résultat que ces derniers trouvaient cet horaire encore trop lourd eu égard à son inutilité absolue. La partie pratique de la formation, elle, avait été renforcée sous la conduite de conseillers pédagogiques ayant une expérience réelle de l’enseignement.

    Autrement dit, rien de ce qui est affirmé par Jean-Marie Quairiel n’a le moindre début de commencement d’un quelconque rapport avec la réalité des choses. Il s’agit simplement d’une énième opération de propagande idéologique pour promouvoir une politique scolaire dont les effets néfastes ne sont plus à démontrer : qu’il s’agisse d’enquêtes internationales comme PISA, PIRLS et TIMSS ou d’études réalisées par la DEEP (qui portent en particulier sur une comparaison du niveau des élèves depuis 25 ans), les statistiques ne montrent qu’une chose : plus on donne de place aux prétendues sciences de l’éducation et plus on œuvre au délabrement de l’école et au creusement des inégalités sociales.

    Pour un autre son de cloche, voir le Blog « Expertisons les experts » : http://pedrocordoba.blog.lemonde.fr/

  4. bernard-desclaux Says:

    Il est un peu facile de considérer que les résultats PISA des élèves de 15 ans en 2012 , reposent sur leurs acquisitions à l’école primaire ….Vous laissez donc entendre que leur 4 années de collège ne leur ont servi à rien ? C’est sympa pour vos collègues ! Par ailleurs , on mesure le creusement des inégalités aux moments de l’orientation en fin de 3° et PISA porte sur des élèves en seconde en 2012 . Donc , des élèves qui n’ont jamais redoublés , mais dont PISA a pu constater que la proportion d’élèves issus des milieux populaires ou immigrés avait chuté en 5 ans . Ces élèves ont donc « bénéficié » pendant leurs années collèges de la réforme Darcos et se sont notamment trouvé confronté à de nombreux jeunes enseignants largués dans les classes , sans aucune préparation pédagogique …Je peux témoigner de l’importance des appels angoissés aux syndicats de ces jeunes collègues et des difficultés humaines engendrées par cette situation : Si des dégâts ont existé chez les profs , on peut imaginer ceux provoqués chez les élèves , que j’ai pu vérifier jusqu’en 2011 dans mon activité de Directeur de CIO .

    Jean-Marie Quairel

  5. Pedro Cordoba Says:

    Je maintiens que les élèves évalués par PISA 2012 sont les victimes des programmes-Lang et n’ont pas pu être concernés ni de près ni de loin par les programmes-Darcos, ni en primaire ni en collège. Contrairement à PIRLS et TIMMS, l’enquête PISA évalue les élèves selon leur âge et non pas d’après le niveau d’études. Certains élèves étaient donc en seconde au printemps 2012 mais beaucoup d’autres (et en particulier les plus faibles) se trouvaient encore en troisième : ce sont eux qui font baisser les performances moyennes et qui témoignent du creusement des inégalités. Mais de toute façon ni les uns ni les autres ne pouvaient être en sixième à la rentrée 2009-2010. Or c’est à ce moment là qu’ont commencé à s’appliquer, de façon échelonnée, les programmes-Darcos. A la rentrée 2011-2012, on en était donc à la quatrième.

    Je ne suis d’ailleurs pas un enthousiaste des programmes-Darcos pour le collège ni, encore moins, des programmes-Chatel pour le lycée. Je me contente de dire que toutes les déclarations qui s’enchainent (de Vincent Peillon à Maryline Baumard) pour rendre la droite responsable des résultats de PISA s’inscrivent dans une campagne d’intoxication de l’opinion publique. Simple tentative de désintox de ma part. Tentative de mise en garde aussi : un retour aux programmes-Lang et à toute l’idéologie qui va avec donnera des résultats encore pire dans les prochaines évaluations.

    Pour ce qui est des stagaires-Chatel (puisque Darcos était déjà parti), il est vrai qu’ils ont été soumis à rude épreuve. Mais dire que la « formation a été supprimée » relève là encore de la campagne d’intox. Il existe une enquête très fouillée du Ministère sur ces stagiaires : ils se sont unanimement plaints d’une surcharge de travail, ils ont plébiscité les conseillers pédagogiques de terrain et, comme toujours depuis la mise en place des IUFM en 1991, ont trouvé que la formation délivrée dans ces établissements était du « temps perdu ». De toute façon, ils étaient si peu nombreux (entre autres choses, à cause du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux) que les élèves évalués par PISA et ayant eu un de ces stagiaires pour enseignant cette année-là ne doivent pas dépasser les 1 ou 2% : aucune répercussion possible sur les résultats.

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