PISA et l’argument du redoublement

Suite au texte de Jean-Marie Quairel « Enquête PISA et réactions des Profs de CPGE »  que j’ai publié sur ce blog, je vous propose une petite réflexion sur les interprétations de cette dernière enquête PISA.

 

Je relève quelques éléments que l’on peut trouver dans le rapport « France PISA 2012 : faits marquants »

  • Concernant les mathématiques : « Par rapport aux résultats de 2003, il y a à peu près autant d’élèves très performants (niveau 5 ou 6 de compétence) en France, mais surtout beaucoup plus d’élèves en difficulté (sous le niveau 2 de compétence), ce qui sous-entend que le système s’est dégradé principalement par le bas entre 2003 et 2012. »
  • Concernant la performance en compréhension de l’écrit et en sciences : « Cependant, les écarts de performance en compréhension de l’écrit se sont creusés sur cette période. Point positif : la proportion d’élèves très performants a augmenté de 4 points de pourcentage. Point négatif : la proportion d’élèves peu performants a elle aussi augmenté de 4 points de pourcentage sur cette période. »

 

 Traduction très simple, la population des élèves de 15 ans se clive en deux groupes caractérisés par leurs différences de performances. Le constat qui était fait au travers des résultats des enquêtes précédentes, était que les pays qui faisaient progresser ensemble les élèves avaient à la fois de bons résultats globalement, mais aussi que ces résultats étaient partagés de manière homogène entre les élèves.

D’où une explication souvent utilisée en France pour expliquer notre mauvaise réussite et cette séparation de la population scolaire : l’existence d’un redoublement important dans notre pays (à la différence de ces autres pays qui réussissent). Les élèves français ayant fait un parcours normal sont en seconde à 15 ans. Les autres sont au collège et ne suivent pas le même programme.

Donc depuis la première enquête PISA ce phénomène de séparation en deux groupes d’élèves se renforce. Et qu’en est-il du redoublement ?

Et bien la réponse se trouve en page 2 de ce même rapport sur l’enquête 2012 : « Le nombre de redoublants en France a significativement diminué depuis 2003, mais reste toujours élevé, avec 28% des élèves de 15 ans ayant indiqué avoir redoublé au moins une fois (contre 12%, en moyenne, dans les pays de l’OCDE). »

Pour l’enquête de 2009 il était indiqué :

« Le redoublement est inexistant en Corée, au Japon et en Norvège. Plus de 95 % des élèves de 8 autres pays de l’OCDE et 12 pays et économies partenaires indiquent n’avoir jamais redoublé. À l’inverse, plus de 25 % des élèves en France (37 %), au Luxembourg, en Espagne, au Portugal, en Belgique et aux Pays-Bas, et dans les pays et économies partenaires, à Macao-Chine, en Tunisie, au Brésil, en Uruguay, en Colombie, en Argentine, à Panama, à Trinité-et-Tobago et au Pérou, indiquent avoir déjà redoublé. »

 

 

Donc malgré un moindre taux de redoublement des élèves à 15 ans, les élèves en difficultés se sont accrus !

 

Certains pourraient en prendre argument pour défendre le redoublement. Ceux qui sont passés en classe supérieure et qui auraient dû redoubler restent des élèves en difficultés.

On pourrait en effet accepter cet argument si ou oubliait que globalement les pays qui utilisent de manière importante le redoublement ont aussi un mauvais score dans cette enquête.

A mon avis on pourrait surtout dire que les résultats des élèves français, reliés à la diminution du taux de redoublement, montrent surtout l’immobilisme de nos formes pédagogiques. Les élèves redoublants, moins nombreux dans les classes, ne progressent pas plus qu’avant, et ceux qui sont en difficulté sans avoir redoublés le restent.

 

 

Un petit rappel. Lors la publication de la précédente enquête, j’avais fait une série d’article pour rappeler la manière dont cette enquête avait été accueillie et interprétée en France (voir PISA : la claque pour la France ?)

Bernard Desclaux

 

 

 

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This entry was posted on jeudi, décembre 5th, 2013 at 17:59 and is filed under Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “PISA et l’argument du redoublement”

  1. Pedro Cordoba Says:

    Totalement FAUX. Il n’existe aucune corrélation entre taux de redoublement élevés et mauvais scores à PISA comme le démontrent les chiffres de PISA. Une analyse approfondie des données 2009 ici :
    http://pedrocordoba.blog.lemonde.fr/2012/11/12/non-disputemus-sed-calculemus/

    Bref extrait :

    Classons les pays de l’OCDE en 6 groupes, des meilleurs aux plus nuls, et donnons d’abord pour chaque groupe le taux de redoublement moyen :
    1. Excellents (de 539 points à 515 points) : Corée, Finlande, Canada, Nouvelle-Zélande, Japon, Australie. Taux de redoublement moyen = 4,1%.
    2. Bons (de 508 à 501) : Pays-Bas, Belgique, Norvège, Suisse, Estonie. Taux de redoublement moyen : 18%.
    3. Moyens (de 500 à 494) : Etats-Unis, Pologne, Islande, Allemagne, Suède, France, Irlande, Danemark, Hongrie, Royaume Uni. Taux de redoublement moyen : 11,3%.
    4. Faibles (de 489 à 481) : Portugal, Italie, Grèce, Slovénie, Espagne. Taux de redoublement moyen : 18,7%.
    5. Très faibles (de 478 à 470) : Tchéquie, Slovaquie, Israël, Luxembourg, Autriche. Taux de redoublement moyen : 12,9 %.
    6. Nuls (de 464 à 425) : Turquie, Chili, Mexique. Taux de redoublement moyen : 19,3%.

    On remarque en première approche que le groupe des bons présente un taux de redoublement de 18%, qui est nettement supérieur à celui des moyens (11,3%) et du même ordre que celui des faibles (18,7%) et même des nuls (19,3%). Quant aux très faibles, ils ont un taux de redoublement de 12,9% qui est, là encore, nettement inférieur à celui des bons. Comment donc peut-on soutenir, comme le font tous les experts, français et internationaux, qu’un fort taux de redoublement est associé à de « piètres résultats » ?
    (…)

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